ACTION DES DENTS
ai|[uès et tranchantes, portent à lear extrémité libre trois pointes inégales qai leur donnent une certaine ressemblance avec le haut d'une fleur de lis : les deux médianes sont plus petites que les deux moyennes, et celles-ci plus petites que celles des coins. Les molaires, en nombre variable, augmentent de yolume de la première à la pénultième ou Tantépénultième, qu'on appelle la carnassière : celle-ci, large et à plusieurs lobes vers son bord externe, est suivie d'une on de deux tuberculeuses plus ou moins grandes. Chez le chien, les trois premières molaires supérieures ne touchent pas les quatre premières inférieures qui leur correspondent; elles s'en tiennent toujours à une distance plus ou moins considérable, quel que soit le degré de rapprochement des mâchoires. Le lobe supérieur de la carnassière d'en bas vient appuyer sur le talon de la première tuberculeuse supérieure.
Les dents des carnivores, qui s'usent à peine, d'après la remarque fort exacte de Cuvier, conservent, les incisives exceptées, leur forme et Tacuité de leurs pointes. Les unes, telles que les incisives, les canines et les premières molaires, servent à la préhension et <t la division des substances alimentaires ; et les dernières sont exclusivement réservées à ce dernier office. Les incisives agissent comme de véritables pinces coupantes dont les mors s'affrontent, et les molaires comme des ciseaux dont les lames passent l'une à côté de l'autre en se touchant ; car la mâchoire inférieure étant en arrière plus étroite que la supérieure, les molaires d'en bas viennent glisser en dedans des molaires d'en haut Les dernières d'entre elles, lorsqu'elles sont tuberculeuses, comme chez le chien, le loup, l'ours, l'hyène, servent au broiement des substances végétales ou des os.
L'ours, d'après Cuvier, n'a pas de carnassières proprement dites; il possède deux tuberculeuses de chaque côté à la mâchoire supérieure et trois à l'inférieure; aussi ce plantigrade se nourrit-il en grande partie de racines et de fruits charnus. Les pointes des molaires sont déjà très-aiguès chez les chats, qui n'ont qu'une tuberculeuse fort petite à la mâchoire supérieure ; aussi ces animaux, même le lion et la panthère, ne brisent-ils les os qu'avec une extrême précaution; elles sont encore plus fines et plus acérées chez ceux qui, comme la taupe et la chauve-souris, vivent de vers ou d'insectes.
Le système dentaire des herbivores est disposé d'une manière toute différente.
Les six incisives que les solipèdes portent à chaque mâchoire ont dans le principe une cavité entourée d'émail, qui disparaît bientôt par l'usure de ses rebords, et laisse une surface de frottement assez large, successivement ovale, ronde, triangulaire, etc.; elles servent à pincer le fourrage dans le râtelier et à couper l'herbe. Ces dents préhensiles n'existent„dans la plupart des ruminants, qu'à la mâchoire inférieure; elles y sont si faiblement implantées qu'elles jouissent toujours d'une mobilité remarquable, leur table y est fortement inclinée et leur bord antérieur plus ou moins tranchant
Les molaires do ces deux ordres de manunifêres forment en bas deux arcades plus étroites et plus rapprochées à la mâchoire inférieure qu'à la supérieure ; leur partie libre, assez régulièrement prismatique, possède une surface de frottement inégale, sur laquelle les rubans d'émail dessinent des reliefs en croissants plus on moins réguliers dirigés d'avant en arrière. Ces dents, contrairement à ce qui s^ob-
serve dans les carnivores, s'usent beauconp; aussi leur partie libre est-elle très» longue, et leur croissance se coniinue-t-elle jusqu'à un âge fort avancé. La continuation des lames d'émail jusqu'à la racine et la différence de dureté qui existe entre la substance de ces lames et celle de l'ivoire sont les deux causes qui déterminent, à tous les âges de la vie, une inégalité constante de la sur face de frottement, inégalité dont la permanence, compatible avec Tosure des dents, fait de ces organes « des meules qui se repiquent d'elles-mêmes », comme le disait Guvier. Sans cette remarquable disposition, les molaires à couronne plate des herbivores ne pourraient atténuer et réduire en petites parcelles les matières alimentaires, elles ne feraient que les écraser : la mastication des fourrages resterait donc fort incomplète.
Les tables des molaires ont encore ceci de très-remarquable que les inférieures sont inclinées en dehors et les supérieures en dedans. Les premières, moins larges que les secondes, offrent en moyenne pour chacune, dans le cheval, une étendue superficielle de 28 centimètres 62 millimètres carrés ; et celles-ci une surface de 38 centimètres &0 millimètres carrés. Leur étendue est égaje, en somme, de chaque côté, à celle de la surface de frottement de deux meules glissant Tune sur l'autre par leur périphérie, et ayant un diamètre commun de 6 centimètres avec une largeur à la circonférence de 1 centimètre 1/2 pour la première et de 2 centimètres pour la seconde.
Les molaires dont le jeu est comparable à celui des meules de moulin, ou da mortier qui broie grossièrement les grains^ sont disposées chez les solipèdes et les ruminants, de manière à ne pouvoir agir en même temps des deux côtés. Cela tient à ce que les deux arcades molaires de la mâchoire supérieure sont plus écartées que celles de Tinférieure : aussi, quand les tables droites passent l'une sur l'autre, les tables gauches ne s'affrontent plus. D'ailleurs, lorsque les molaires fonctionnent^ les incisives ne doivent pas se toucher, et réciproquement, pour éviter une usure
inutile.
Ainsi agissent les dents, dans les deux groupes d'animaux qu'il nous importe le plus d'étudier. Ces parties éprouvent, relativement à leur jeu, des modifications infinies qu'il serait trop long d'examiner ici. Dans tous les cas, leur mode d'action, qui est purement mécanique, implique de leur part une insensibilité absolue; néanmoins, elles servent à la sensibilité comme les productions pileuses, puisqu'elles sont implantées sur des papilles fort riches en divisions nerveuses. Elles sont sensibles au froid chez nous, et probablement aussi chez les animaux ; elles transmettent aux nerfs de leurs racines la sensation de la résistance et de la pression jdes corps qu'ils écrasent. Leur sensibilité extrinsèque doit être pHis obtuse chez les animaux qui broient des os, comme l'hyène et le chien, que chez ceux qui sont incapables d'écraser ces substances.