RHYTBHE DE LA MASTICATION. MS
an contraire, on les voit divisés avec lenteur et avec une précaution singulière chez le lion, la panthère, dont les dernières dents ont des pointes acérées, susceptibles de s'éinoQSser ou de se briser. Il est fort remarquable qu'alors le lion et toutes les espèces de son genre ferment plus ou moins les yeux à chaque effort des muscles préposés an rapprochement des mâchoires.
Chez les herbivores, la mastication s'effectue suivant un mode bien différent de celui qui est propre aux carnassiers ; elle s'opère par des mouvements de prépulsion, de rétropulsion et de dlduction qui s'ajoutent à ceux d'écartement et de rapprochement Les deux derniers eussent été insuffisants pour produire une division complète des substances herbacées. En effet, si les mâchoires du cheval et du bœuf, munies de leurs dents à couronne plate, n'eussent exécuté que les deux mouvements propres aux carnassiers, les herbes sèches et même les fourrages verls se seraient simplement assouplis, froissés ; mais ils n'auraient pu se réduire en petites parcelles ; ils se seraient aplatis, comme sous une meule dont la pression la plus forte n'opère jamais qu'un écrasement sans division. Le frottement des dents, soit dans le sens antéro-postërieur, soit dans le sens latéral^ est donc d'une indispensable nécessité pour les herbivores ; aussi y existe-t-il toujours.
Ce n'est pas tout. Les mâchoires des herbivores ont une disposition telle que le broiement des matières alimentaires ne peut s'effectuer en même temps des deux côtés. Camper avait déjà noté que la mâchoire inférieure de ces animaux est plus étroite dans toutes les espèces que la supérieure ; mais il n'avait pas trouvé la signification de ce fait anatomique. Or, par suite de l'étroitesse de la mâchoire inférieure, les molaires ne peuvent se correspondre simultanément des deux côtés à la fois. Lorsque les droites se touchent, les gauches ne s'affrontent plus, et réciproquement. Il en résulte que, chez ces mammifères, la mastication doit être unilatérale.
Aussi, pendant que les solipèdes et les ruminants mangent, on voit, à certains moments, la mâchoire inférieure se porter, à chaque coup de dent, à droite de la supérieure; puis, à d'autres moments, se porter en sens opposé. Si la déviation a lieu à droite, par exemple, elle peut conserver cette direction durant une période d'un quart d'heure, d'une demi-heure, et même d'une heure : la mâchoire inférieure se porte à droite de la supérieure et revient à sa situation normale sans la dépasser à gauche ; les molaires droites frottent, celles d'en haut sur celles d'en bas, et écrasent les aliments qui sont entre elles. Alors, les molaires gauches ne se correspondent point, et il n'y a point d'aliments entre leurs tables. Le contraire a lieu lorsque la déviation s'opère à gauche.
Lorsque l'animal mâche à droite, on voit : 1^ que la mâchoire inférieure se porte à droite bien en dehors de la supérieure; 2<* que le condyle maxillaire gauche éprouve un déplacement plus étendu que l'autre, et qu'enfin, la salière gauche se boursoufle, chez les solipèdes, beaucoup plus fortement que celle du côté sur lequel la mastication s'opère. L'inverse a lieu également lorsque l'animal mâche à gauche. Il est il noter que cette particularité, qu'on n'avait même pas soupçonnée, coindde avec l'un des phénomènes les plus remarquables de la sécrétion des glandes salivaires, c'est-à-dire, avec une sécrétion parotidienne beaucoup plus abondante du côté sur lequel se fait la mastication que du côté opposé.
«. couv. -* Phyiiol. comp., 2*édU. i. — 88
T/anilatéralité de la masticatioD n'est point exceptionnelle ou propre à qnelqoes herbivores. Elle est évidente chez le cheval, Tâne^ le mulet, le dauw, rhémîone, le zèbre, le rhinocéros, le bœuf, le buffle^ le bison, le cerf, l'antilope, le mouton, la chèvre et tous les autres ruminants. Je ne sais si elle existe chez les rongeurs herbivores, le lièvre et le lapin, par exemple.
La durée de la mastication et son degré de perfection varient à Tinfini, suivant les animaux, leur âge, Tétat et la nature des aliments. .
Les carnassiers mâchent très-peu leur proie ; ils avalent des morceaux de chair très-volumineux, après les avoir aplatis, dilacérés en quelques coups de dents. Une division très-grande de ces substances est rendue impossible par le mode d'action des dents et des mâchoires; elle serait, du reste, peu utile, puisque les matières animales, en masses volumineuses, se dissolvent très-bien dans le suc gastrique.
Les herbivores, au contraire, ont besoin de diviser, de réduire en petites par* celles leurs aliments, pour en faire des pelotes capables d'être dégluties, et ensuite pour les digérer ; mais celte division ne devient suflSsamment parfaite qu'après une mastication d'assez longue durée.
Les herbivores qui ne ruminent pas et qui, par conséquent, mâchent une seule fois leurs aliments, mangent avec lenteur. Il faut, en moyenne, à un cheval de taille ordinaire, une heure et un quart pour manger 2 kilogrammes de foin sec, dont il fait de 60 à 65 bols. Un gros cheval mit une heure à prendre cette quantité et en fit 60 bols ; un second, une heure douze minutes et en fit 95 ; un troisième, une heure et demie pour la même quantité, dont il fil 120 bols; enfin, un quatrième, très-petit, employa une heure quarante-quatre minutes et fit 150 bols. En moyenne, on peut dire que le cheval met quarante-cinq secondes pour broyer une trentaine de grammes de foin, en donnant de soixante-dix à quatre-vingts coups de dents par minute.
Le nombre des coups de dents est doublé, et quelquefois triplé lorsque, par suite de la perte de la salive, les aliments ne sont pas convenablement humectés, comme le prouve, du reste, le tableau suivant :