V. » Sécrétion salivaire, dans son ensemble
Si chaque glande a sa manière d'agir, sa vitalité propre, son espèce d'indépendance ou d'individualité, le système salivaire a aussi, dans son ensemble, une physionomie particulière et distinctive pour chacune des prhicipales conditions dans lesquelles se trouvent les animaux. Ce système fonctionne pendant le repas, la rumination, Tabstinence et pendant que des substances excitantes sont mises en contact avec la muqueuse buccale, suivant des lois qui ne sont point les mêmes pour ces quatre circonstances.
Pendant le repas, toutes les glandes fonctionnent très-activement : les deux parotides sécrètent; mais elles ne versent pas toutes les deux, pendant uiie période donnée, la même quantité de salive ; l'une, celle du côté sur lequel la mastication s'opère^ produit le tiers, le double, le triple et même le quadruple de ce que prodoit l'autre : elles fournissent de la salive en abondance tant que la mastication est
rapide ; elles ralentissent leur action sur la fin du repas et à mesure qoe la mastication devient languissante. Les maxillaires sécrètent aussi ensemble, et donnent l'une et l'autre à peu près la même quantité de salive : toutefois, leur produit ne représente ni la moitié, ni même le tiers de celui des parotides chez les animaux oà ces deux espèces de glandes sont sensiblement égales. Les sublinguales sécrètent également, et l'expérience le démontre. Enfin tout porte à croire qu'il en est encore ainsi pour les molaires et les autres glandules. Quant à celles-ci, l'expérimentadoo peut encore, sinon par des moyens directs, au moins par des voies détournées, mettre en évidence leur participation et même l'apprécier assez exactement.
En effet, si, après avoir établi deux fistules parotidiennes et deux fistules maxillaires, de manière à en recueillir le produit, on vient à donner des aliments à l'animal, et si l'on prend les bols qui s'échappent d'une ouverture pratiquée à rcesophage, od voit, en défalquant le poids des aliments de celui des bols, que, .dans une période d'un quart d'heure, par exemple, les sublinguales et les autres glandules ont produit une quantité considérable de salive qui, additionnée avec celle reçue dans les ampoules, donne un total peu différent de celui qu'on avait obtenu dans une période précédente^ alors que tous les canaux étaient libres, afin d'avoir un terme de comparaison.
• On pourj*ait objecter à ce mode d'expérimentaiion que, si les sublinguales et les autres glandules sécrètent lorsque les parotides et les maxillaires versent leur produit à Textérieur, c'est qu'elles restent seules pour fournir les liquides qoi doivent ' imprégner les aliments. L'objection, si spécieuse qu'elle paraisse, n'a pas une grande valeur, et on peut la réfuter expérimentalement. En effet, si les sublinguales et les molaires ne sécrétaient que pour suppléer les parotides et les maxillaires, elles rentreraient dans l'inaction lorsqu'on laisserait, par exemple, les grosses glandes verser leur salive dans la bouche. Or, en prenant un terme de comparaison, quand tous les canaux sont' libres, on constate, après avoir fait successivement, à des intervalles plus ou moins éloignés, une, deux fistules parotidiennes, puis une et deux fistules maxillaires^ que, dans des temps égaux et successifs, les quantités de salive sont peu différentes les unes des autres, eu égard toutefois à la gêne de plus en plus grande apportée k la mastication. Au moyen de cette méthode progressive, qu'il est plus facile de comprendre que d'ex|K)ser, on arrive à cette conclusion que, lors de la mastication, toutes les glandes sécrètent ensemble, et qu'elles jouissent de leur maximum d'activité.
Dans cette circonstance, toutes les dents et toutes les glandes fonctionnent : les maxillaires pour humecter les matières alimentaires dès qu'elles pénètrent dans la bouche ; les parotides pour les ramollir lorsqu'elles se broient sous les molaires, et enfin les diverses glandes à salive visqueuse pour en faciliter la déglutition.
Pendant la rumination, les phénomènes de la salivation ne sont plus ce qu'ils étaient précédemment. Les parotides versent une grande quantité de salive sur les aliments, bien qu'ils aient été déjà broyés puis humectés, tant dans la bouche que dans le premier réservoir gastrique. La masse de salive qu'ils reçoivent est très-peu inférieure à celle qui afflue sur eux au moment de la première mastication ; mais encore ici, l'action des deux glandes conserve son caractère d'alternance et d'inégalité : alors les incisives ne fonctionnent pas; l'aliment ne revient point à l'entrée
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de la cavité boccaie, lé système salivaire antérieur demeure iuactif : les maxillaires se reposent; c'est tout au plus si elles donnent des quaniilés très-minimes égales à celles qu'elles peuvent fournir pendant l'abstinence. C'est là, du reste^ l'une des particularités les plus intéressantes de l'action des glandes salivaires chez les ruminants: elle montre bien l'indépendance dans laquelle ces glandes se trouvent les unes relativement aux autres.
Lors de l'abstioencc^ le fonctionnement des glandes salivaires se présente avec des caractères nouveaux, mais variables suivant les animaux.
Dans ce cas, chez les solipèdes^ les parotides restent iuactives et les maxillaires ne donnent que quelques gouttes de liquidé : l'expérience le prouve de la manière la plus saisissante. Pourtant, la bouche est alors constamment humectée, et de plus, l'animal avale de temps en temps des ondées d'un fluide visqueux qui ne vient ni des parotides ni des maxillaires, puisque ces glandes sommeillent tant que dure l'abstinence.
L'établissement de deux fistules parotidiennes qui ne donnent rien et de deux fistules maxillaires qui fournissent très-peu de chose, démontre donc dairemen que Us autres petites glandes, de même que les amygdalesv la couche glanduleuse du voile du palais, etc. , fournissent la salive déglutie; il prouve, de plus, que presque toute cette salive en dérive, car si, après avoir lié les canaux des parotides et des maxillaires, on adapte une ampoule à robinet à l'oesophage, on voit que la quantité du liquide dégluti est sensiblement la même dans un temps donné que celle qui s'écoule dans une période égale, lorsque tous les canaux salivaires sont demeurés libres. Mais pour arriver ici à des résultats comparables, il importe de prolonger les épreuves, attendu que la somme de salive déglutie durant Tabstinence est assez variable suivant diverses circonstances.
Pendant l'abstinence, chez les ruminants, les parotides ne sont pas inactives ; elles versent continuellement dans la bouche du huitième au quart de la somme totale de salive qu'elles sécrètent sous l'influence de la mastication. Ici encore, comme dans toutes les autres conditions, les maxillaires ne donnent que très-peu de chose ; mais les sublinguales, les molaires supérieures, les glandes du voile du palais, fournissent une notable fraction de la salive déglutie, si l'on en juge par sa viscosité.
Si l'on ouvre l'œsophage à un grand ruminant en bonne santé, et si l'on adapte à ce conduit un tube muni d'une ampoule, on la voit bientôt se remplir de salive épaisse. Si, sur un autre, on introduit, par une plaie pratiquée au flanc et au rumeo, le bras jusqu'au cardia et au réseau, on sent, à des intervalles assez rapprochés, descendre des ondées de salive visqueuse qui tombent en majeure partie dans le second estomac. D'ailleurs, on note cette déglutition sans le secours d'aucune expérience, par les mouvements ondulatoires de l'oesophage ou par les bruits qui les accompagnent
En vertu de quelles excitations particulières y a-t-il une sécrétion salivaire si abondante chez les mminaùls lors de l'abstinence 7 Est-ce par l'effet d'une sympathie entre l'estomac et le système salivaire? Je ne sais ; mais ce qu'il y a de cer*^ tain, et j'en donnerai la preuve plus tard, c'est que cette sécrétion est intimement liée à la rumination et indispensable à l'entretien de cet acte : ainsi nous connaissons