VOMISSEMENT DES CARNIVORES
La participation du diaphragme a été démontrée de plusieurs manières par les expérimentateurs qui ont étudié le mécanisme du vomissement ; elle peut l'être : V ou par la paralysie presque complète du muscle résultant de la section des nerfs phréniqucs; 2"^ par Tcnlèvement des muscles abdominaux; 3** ou encore, comme je l*ai fait, par la section de la moelle épinière à la région dorsale.
Après la section des deux phréniques qui paralyse le diaphragme, le vomissement devient pénible et lent; mais il peut encore s*eiïectuer, car les muscles abdominaux continuent à agir et le diaphragme lui-même fournit, à titre de cloison inerte, un point d'appui à Testomac D'autre part, lorsque les muscles abdominaux sont enlevés, la contraction lente du diaphragme suffit, dit-on, à opérer le vomissement, pourvu que l'estomac demeure soutenu par la ligne blanche. Je doute que le fait soit possible dans les circonstances où l'estomac, au lieu d'être distendu par de l'eau on des matières diffluentes, l'est par des aliments un peu solides^ comme de petits morceaux de chair, par exemple. Enfin, à la suite de la paralysie des muscles du veptre, résultant de la section de la moelle au niveau des dernières vertèbres dorsales, le vomissement a encore lieu, même si l'estomac contient des aliments solides : seulement, il est difficile et fort incomplet La participation du diaphragme, si bien établie par les expériences de Magcndie, ne saurait être niée^ quoique Haller et d'autres, se fondant sur une prétendue compression de l'oesophage entre les piliers de cette cloison, aient avancé que le vomissement est impossible lors de l'inspiration, et, par conséquent, à l'instant de la contraction du muscle.
Il esta noter que la contraction du diaphragme^ lors du vomissement» a une certaine durée et qu'elle est aidée par l'occlusion de la glotte. Cette occlusion qui se produit, du reste, dans tous les efforts, a pour résultat de prévenir l'affaissement du poumon, et, par conséquent, de donner sur cet organe un point d'appui à la cloison diaphragmatique. La constriction de la glotte, et, partant, l'immobilité du thorax, seraient si importantes, d'après Is. Bourdon, que les animaux dont la trachée est ouverte ne pourraient plus vomir. En répétant cette expérience, j'ai vu que le vomissement s'effectuait encore, mais seulement avec plus de difficulté que dans les circonstances ordinaires.
L'intervention des muscles de l'abdomen est mise en évidence après la paralysie du diaphragme. Alors, le vomissement a encore lieu ; seulement, il est devenu difficile.
Quant à l'action combinée du diaphragme et des muscles abdominaux, elle est démontrée par l'impossibilité du vomissement à la suite' de la paralysie du premier et de l'enlèvement des seconds. Elle l'est aussi et bien mieux par la paralysie complète de ces muscles, consécutivement à la section des nerfs phréniques et à celle de la moelle épinière vers le milieu de la région dorsale, car, dans ce dernier cas, l'estomac reste en place : il est soutenu et peut se contracter; enfin, l'oesophage n'éprouve aucun tiraillement.
Cette action synergique joue incontestablement un grand rôle dans le vomissement ; elle en est la puissance principale et la plus énergique ; mais elle est associée, comme nous l'avons vu, à l'action de l'oesophage et de l'estomac.
Tels paraissent être le mécanisme du vomissement et le rôle des puissances qui
concourent à raccompUssement de cet acte, La naasée est le prodrome de toute la fiérie des phénomènes qui caractérisent la réjection des matières contenues dans Testomac. A sa suite, se manifesteDl les contractions violentes îles muscles de Tabdomen, du diaphragme, et les contractions lentes de l'csiomac. L'animal, en proie à une ?i?e anxiété, fait une forte inspiration, comme dans lous les eflbrls ; sa poitrine se distend, sa glotte se ferme, autant pour prévenir rafiaissement du pooim» que pour mettre obstacle à la chute des alimeuis dans les voies aériennes ; le diaphragme, contracté et fortement refoulé en arrière, offre un plan résistant à Teatomac que compriment énergiquement les muscles de l'abdomen; l'encolure s*éteiid et contribue à l'allongement deToBsophage; une certaine quantité d'air est d^lolie pour distendre l'estomac ; la bouche s'ouvre, le voile du palais se soulève, et le contenu du réservoir gastrique est rejeté avec plus ou moins de rapidité ei de violence.
Le vomissement et les actes qui ont quelque analogie avec lui, offrent beaocoop de variétés parmi les divers animaux. De toutes nos espèces, celles qui vomissent le plus aisément sont les carnivores. Girard a cité l'exemple d'une diienne qui, séparée de ses petits, allait leur dégorger une partie de son repas dès qu'elle l*aTait achevé; il pense que d'autres animaux du même ordre peuvent jouir de la même faculté. Le porc vomit avec peine et reste, dit-on, quelquefois longtemps affaibli à la suite de cet acte ; les oiseaux effectuent une sorte de réjection plus ou moins analogue au vomissement; le pigeon déverse dans le bec de ses petits un suc mêlé aux aliments du jabot ; les oiseaux de proie rejettent par la bouche, sous forme de petites boules, les plumes, les poils et les os des petits animaux qu'ils ont digérés.
IL — Vomissement des solipèdes.
On sait depuis longtemps que le cheval et les autres solipèdes ne vomissent point ou ne vomissent que dans des circonstances exceptionnelles. Beaucoup d'observateurs ont cherché la cause de cette particularité.
Pour traiter cette question simple, que l'on a peut-être un peu embrouillée, il faut voir quelles sont, chez les solipèdes, les causes qui s'opposent au vomissement, et quelles sont celles qui lui permettent de s'effectuer, ou, en d'autres termes, rechercher pourquoi ces animaux ne voinissent pa» habituellement, et pourquoi ils vomissent quelquefois. L'étude isolée de ces deux points est indispensable à la clarté de la démonstration.
Les premiers observateurs qui ont voulu expliquer l'impossibilité du vomissement du cheval ont cru en voir la cause dans la grande distance qui existe entre l'arrière-bouche et l'estomac, dans la force de l'hyoïde et la prétendue compression qu'il exercerait sur le pharynx ; mais ce sont là des obstacles imaginaires qu'on ne s'est jamais donné, la peine de discuter.
Lamorier (1), dans une dissertation qui n'est pas sans quelque mérite, crut avoir trouvé ces causes. Il lui vint d'abord à l'idée que le cheval ne vomit point parce
(i) Lamorier, Mémoire où Con dorme h$ raisons pourquoi les chevaux ne vomissent point {Histoire de ^Académie des sciences, 1733, p. 511 et sutv.).
VOMISSEMENT DES SOLIPÊDES. ((77
qu'il manque de vésicule biliaire, et que les fibres de son estomac paraissent très* faibles; mais, ayant va plus tard qae le perroquet vomit, quoique dépourvu de vésicule, et reconnu que les fibres de Testomac du cheval sont aussi fortes que celles des autres animaux, il dut chercher ailleurs les obstacles au vomissement: Il prétendit les trouver : 1^ dans la faiblesse du diaphragme; 2"" dans l'éloignement de l'estomac des muscles abdominaux; 3** dans la présence d'une valvule à Torifice cardiaque de l'oesophage. De ces trois causes, une seule est réelle. Le diaphragme n'est pas plus faible chez le cheval que chez les autres mammifères de sa taille, et s'il peut se rupturer accidentellement, ainsi que Lamorier l'a observé, c'est que le service du cheval exige des efforts violents, qui détermineraient aussi bien le même accident chez les autres. La valvule semi-lunaire de l'orifice cardiaque n'existe pas, et il' ne s'en trouve d'aucune autre espèce. Quant à la situation profonde de l'estomac en arrière du foie et des piliers du diaphragme, et à son éloignenient des parois inférieures de l'abdomen, qui ne peuvent le com* primer directement, c'est la seule raison acceptable qu'il donne, mais elle est in* su£Bsante.
Bertin (1 ), quelques années après, réfute Lamorier au sujet de la prétendue valvule de l'orifice cardiaque, et décrit, avec beaucoup de soin, la structure de l'estomac. Il insiste sur la disposition remarquable des fibres musculaires à l'insertion de l'œsophage, fibres qui forment un sphincter dont le ressort est si grand, même après la mort, qu'il ne laisse pas échapper une goutte d'eau, quelle que soit la pression supportée par le viscère. La présence de ce sphincter eat, d'après lui, <• la première et principale cause qui empêche les chevaux de vomir. » Il en donne la preuve par cette expérience due à Lamorier, qui consiste à comprimer un estomac détaché et plein d'eau. La prétendue obliquité de l'insertion de l'œsophage, comparable à celle des uretères dans la vessie, la situation profonde de l'estomac ne lui paraissent être que des causes accessoires.
Bertin est dans le vrai lorsqu'il trouve l'obstacle essentiel au vomissement dans le sphincter de l'orifice cardiaque : seulement il se trompe en croyant que l'inser* tion de l'œsophage est oblique, et en répétant, avec Lamorier, que le diaphragme du cheval est plus faible que celui des autres animaux.
Bourgelat (2), dans un mémoire où il réfute les erreurs de Lamorier, sans citer les bonnes observations de Bertin, indique assez vaguement la disposition des fibres qui ceignent l'orifice cardiaque, comme s'il l'eût notée le premier, et il prétend que l'obstacle au vomissement se trouve surtout dans les plis entassés de la muqueuse à l'insertion de l'œsophage. Il pense que les fibres charnues qui avoisinent le pylore et qui entourent le sac droit du viscère, étant plus faibles que celles du sac gauche, ne peuvent, lors de leurs contractions antipéristaltiques, a comprimer et chasser les matières à évacuer aVec un empire supérieur à l'obstacle à vaincre et que présentent les plis entassés de la tunique interne de l'œsophage, leurs efforts fussent-ils secondés de ceux des agents auxiliaires du vomissement. «Bourgelat
(1) Berlin, Sur la structure de P estomac du chevalet sur les causes qui empécfient cet ani* mal de vomir (Histoire de V Académie des sciences, 1746, p. 23).
(2) Bourgelat, Rechercha sur les causes de r impossibilité dans laquelle les chevaux sont de vomir (à la fln du Précis anatomique du corps du cheval^ t. II).
cite, à l'appui de sa manière de voir, ce qu'il appelle ses expériences, c'est-^-^iiê Texpérience unique de I^amorier, déjà répétée par Berlin. Il distend, tantôt avec de Tair, tantôt avec de l'eau, un estomac détaché dont le pylore est lié et le cardia libre, et il voit, en le mettant sous une planche, sur' laquelle on fait monter un on deux hommes, que rien ne s'échappe par l'ouverture oesophagienne.
Girard (1), longtemps après les auteurs précités, trouve, comme Bertin, dont ne parle point, l'obstacle au vomissement : 1** dans la disposition des fibres charnno à l'insertion de l'cesophage et autour de l'orifice cardiaque, fibres qui, selon loi, formeraient deux faisceaux entre-croisés appelés déjà, au temps de Haller, les cravates suisses; 2^ dans l'insertion oblique du conduit oesophagien; S"" enfin dans la situation profonde du viscère, toutes choses déjà indiquées.
M. Flourens (2) rappelle les idées et les tentatives anciennes; il décrit avec plus d'exactitude qu'on ne l'avait fait jusqu'alors le sphincter cardiaque, et arrive à cette conclusion que l'obstacle au vomissement, chez le cheval, tient à deux causes :ao sphincter de l'orifice supérieur de l'estomac et à la direction obliqne de cet oriGce; il s'appuie sur les expériences suivantes, faites toutes sur l'estomac détaché. Dau la première, qui est l'expérience classique, l'estomac est rempli d'eau et le pylône lié ; la plus forte compression ne fait pas sortir une goutte de liquide par l'orifice œsophagien. Dans la seconde, l'estomac est également rempli et le pylore lié; uo tube d'un pouce de longueur est engagé dans l'orifice cardiaque, par lequel, celte fois, l'eau s'échappe. Dans la troisième, l'oesophage est complètement retranché, sans que le liquide puisse sortir. Dans la quatrième, la muqueuse de l'orifice, avec tous ses plis, est enlevée, et l'eau ne s'écoule pas davantage. Enfin, le contenu do viscère ne s'échappe pas lorsque, dans une cinquième expérience, les deux faisceaux latéraux du plan musculaire interne sont coupés en travers, le sphincter restant néanmoins intact. Ces résultats prouvent, dit M. Flourens, que l'obstacle au vomissement réside dans l'estomac seul ; qu'il n'est ni dans l'oesophage, ni dans les plis de la muqueuse, mais uniquement dans la présence du sphincter et l'obliquité de l'orifice oesophagien.
D'après tous ces auteurs, l'obstacle au vomissement est donc dans l'estomac; il tient essentiellement à la constriction de l'orifice cardiaque du viscère, constrictioii opérée par les faisceaux musculaires qui ceignent l'insertion de l'oesophage ; et noos verrons tout à l'heure que cette opinion est bien fondée. On a prétendu, il est vrai, que cet obstacle, au lieu d'être dans la structure du viscère, consistait exclusivement dans le fait de la non-impressionnabilité du système nerveux du cheval à l'action des émétiques^ par conséquent dans l'absence de la nausée et des contractions convnlsives qui accompagnent cette sensation.
Il est certain que le cheval est moins sensible à l'action de Témétique et des vomitifs en général que les carnassiers et la plupart des autres animaux ; mais il peut quelquefois en être impressionné assez vivement. En effet, dans une série d'expé-
(1) Girard, Notice sur le vomissement dans les principaux quadrupèdes domestiques {AM' tomie vétérinaire^ t. II).
(2) Flourens, Note sur le non-vomissement du cheval {Annales des sciences natunlles)-, et Expériences sur le mécanisme de la rumination^ in Mém, d'anal, et de physiol, compat^tei» Paris^ 18&A, p. 30.
TOHISSBUEHT DES SOLIPËDES. 117!)
riencet que H. Ptourens m'avail chargé de foire, j'ai constaté que l« subtimé corrosif, le (atfate de linc, le sulfite de cuiTre, te chromate de potasse, le priadpe actif de l'ipécacuinha, rémëlique injecté en dissolution dans la jugulaire, ii dos«s pn^ressivement croissantes, ont donné lieu à une certaine agitation du flanc, ï des tremblements mnsculures, des mouvements de mâchoires, des déjections répétées, mais peu d'entre eux ont provoqué l'extension du cou, rabaissement de la tfite e( qndques secousses dans les muscles abdominaax. Aucun n'a déterminé le vot missement, bien que les animaux fussent souvent dans les meilleures oonditions ponr raccompUssement de cet acte.
La nullité d'action presque complète des ëmétiques sur les solipèdes semble donc indiquer que le sysièhie nerveux de ces animaux n'a pas son impressionnabilité habituelle, qu'il n'éprouve pas la nausée ou ne l'éprouve qne rarement, dans une faible mesure, et que, par suite, il ne donne pas lieu aux actions réQetes qui suscitent les efloits. Dès lors, on conçoit qu'ils ne vomissent pas avec la* facilité des autres animaux. Uais comme, en définitive, ils éprouvent quelquefois la nausée et font des efforts, par exemple dans les indigestions graves, sans que dans ces cas ils réussissent toujours il vomir, il faut que des obstacles d'un autre ordre s'oppo* sent i la réjection. Nous devons les trouver en comparant l'estomac du cheval il celui des animaux qui vomissent aisément.
L'estomac des carnivores, celui du chien par exemple, qui vomit avec une facilité extrême, présente quatre dispositions qu'on ne trouve pas chez les solipèdes : 1° l'orifice œsophagien est très-éloignédu pylore, refoulé presque i l'eitrémilë gauche, â l'opposé du pylore; les matières alimentaires y sont ainsi amenées lorsque les cooctracllons du viscère s'opèrent suivant le mode antîpiristalUque ; 2' cet orifice a des parois minces, faibles, trèsdilatables, évasées en infundibulum, aussi il ne peut résister à la pression à laquelle sont soumises les matières de l'estomac lors des elTurts du vomissement; 3* le pylore est étroit, etactement fermé et muni d'un anneau masculeax qui, de son cAté, barre le passage aux matières comprimées dont la seule issue possible est
au cardia; ù' enfin, l'estomac énorme 'k. 98.— Eatonâc du chim (*).
est directement en rapport.d'une part
avec le diaphragme, de l'autre avec les muscles abdominaux ; par conséquent, il est dans les meUleures conditions pour en supporter intégralement la pression.
L'estomac du cheval, celui même du lièvre, du lapin, quoiqu'il ressemble à celui
(*) A, i»o|>kasa ; B, FjWi.
680 db la digestion.
des camiTores par IViueinble, en diflëre essentiellement. L'ori6ce
an milieu de la pelite c'oorbnre, très-ra[^roché du pylore; les contractioi» anii-
pénslaliiques n'y amènent pas les aliments. Cet orifice est constamment knâ
avec une grande force, car l'eitrémilë inférieure de l'œsophage a, i compter de I)
base do cœur, nne membrane charnue renforce, d'une puissance de contractioi
énorme; de f''js, il est entoure de deui cravates croisées -formant on lériuUt
qihinGler ; les plis nombreux de sa mnquense coniribsent encore à le fenwr
Enfin, pour compléter le contraste, l'estomic des solipèdes a un pylore béant qa
laisse facilement passer dans l'intestin les matières compriutées, et les grosses aw-
bnres du cAlon le sonstraieni i la pression directe des muscles de t'abdcmeiL
Fie. 93. — Ettomtc du elMfal (*).
Hab, de tontes ces di^)osi(ioD8, celle de l'orifice cardiaqoe crte l'obslade priacipal, essentiel au vomissement. Elle suffit seule, dans la plupart des cas, pour mdit l'acte impossible.
En effet, lors du vomissement, l'estomac des solipèdes est comparable à bk presse hydraulique. Les aliments, les liciuides cl les gaz qu'il contient sn^orteni. de la pan du diaphragme, des muscles abdominaux, et peut-^lre même de ses propres parois, une pression plus ou moins forte. La matières comprimées rfigissent sur le réservoir qui les contient, de manière que la pression de dedans ta
VOMISSEMENT DES SOLIPftDES. 681
ddiors defieniie proportiounelle à la surface qui la supporte. Qu'arrive-t-il alors? Chez le chien, Tévasement de l'œsophage, ayant une surface très-étendne, supporte une pression expanstve que ne peut neutraliser la tanique charnue si mince de ce conduit; il cède à l'eflort des matières alimentaires, et le vomissement s'effectue. Chez le cheval, il n'en est pas de même ; l'infundibulum manque, le cardia est très-exactement fermé; son orifice clos n'a certainement pas un centimètre carré d'étendue, tandis que le reste de la surface du viscère est de plus de 4000 cenlimètres, d'où il résulte que les plis de l'orifice cesopbagien ne supportent que la quatre-millième partie de l'effort par lequel les aliments tendent à s'échapper, partie minime que la plus faible contraction du cardia suffit pour neutraliser. Mais cette contraction est énergique et puissante, à en juger par le volume des faisceaux musculaires; elle est plus que suffisante pour s'opposer à la sortie des matières alimentaires : aussi ces dernières, si délayées qu'elles soient, ne peuventelles parvenu* à dilater l'orifice et à s'y engager; partant, le vomissement devient impossible.
Cette explication rationnelle, parfaitement en rapport avec les conditions dans lesquelles se trouve l'estomac, pourrait se passer d'une démonstration expérimentale ; néanmoins, je vais donner celle qui résulte de mes recherches.
Et d'abord je mets de côté l'expérience de Lamorler qui donne suivant les cas des résultats contradictoires. L'estomac détaché sur le cadavre et soumis à une forte pression, le cardia étant libre et le pylore lié, peut laisser échapper les matières par rcesophage, si le viscère vient d'un animal tué à l'instant ou déjà en décomposition, c'est-à-dire avant le développement de la rigidité cadavérique ou après sa disparition. An contraire, il ne laisse rien sortir si la rigidité est établie, car il y a une contraction cadavérique non moins marquée dans les muscles blancs que dans ceux du squelette* Cela n'a aucune importance. Il faut expérimenter sur l'animal vivant.
Dans une première expérience, sur un cheval qui vient d'achever son repas, je cherche à apprécier l'état des deux orifices de l'estomac. La ligne blanche est incisée et le doodénuro ouvert Par l'incision duodénale, j'engage le doigt et je sens le pylore entr'ouvert ; l'index y pénètre aisément et n'y éprouve pas de constriction ; il y est seulement, par intervalles, doucement pressé : dès qu'il est retiré, les liquides et le chyme continuent à passer par ondées dans l'intestin. Cela fait, j'incise l'estomac vers le milieu de sa face postérieure, et par cette nouvelle ouverture ma main peut explorer l'intérieur du viscère. Le cardia est exactement fermé; le doigt ne parvient à s'y engager qu'avec peine; il s'y trouve fortement comprimé, pais repoossé à de fréquents intervalles; la pression reste considérable au delà du cardia et aussi loin que l'extrémité du doigt peut aller; elle semble même augmenter un peu, à chaque inspiration, pendant que le diaphragme contracté resserre l'ouverture que traverse l'cesophage. Ainsi donc, le pylore est béant, le cardia fermé; l'anneau musçuleox qui l'entoure énergiquement contracté, de même que la portion abdominale du conduit cesopbagien. Il faut voir si ce cerbère ne laissera rien sortir lorsque l'estomac sera comprimé.
Dans une deuxième expérience, faite sur un cheval qui mange depuis plusieurs heures et qui vient de recevoir, un demirseau dleau* j'incise la ligoe J)lanciie, et en
682 DE ta DIGESTION,
déplaçant la courbure antérieure du côlon Je mets Testomac à découvert. Ce vi§oèfe est très-distendu ; il contient encore beaucoup de liquides et d*aliment8 très-délayés qui paraissent dans d'excellentes conditions pour s*écbapper à travers les orifices cardiaque et pylorique. Alors, appliquant une main sur sa face antérieure, Tautre sur sa face postérieure, je le comprime fortement. Rien ne sort ni par la bouche ni par les naseaux. Je continue la compression pendant l'inspiration et rexpiratioa : j'appuie sur Testomac, tour à tour, d'une face ?ers l^autre, du sac droit vers le gauche, de la grande vers la petite courbure. Le viscère se vide en partie, mais contenu s'écoule lentement vers l'intestin, sans que rien s^écbappe do côté du cardia.
Je répète cette expérience sur d'autres chevaux placés dans des conditions analogues. La compression est si forte, dans l'une d'elles, que la tunique charnue s'éraiUe près de la grande courbure^ au niveau du sac droit; la muqueuse seule reste et menace de se déchirer. Toujours les lésultats sont les mêmes. Si les matières de l'estomac sont fluides, elles passent en partie dans l'intestin par le pylore béant. Si elles sont peu humectées, elles se tassent et ne sortent qu'en faibles proportîoDs dans le duodénum. L'obstacle est donc au cardia, et il ne peut être vaincu par une pression artificielle aussi énergique que peut l'être celle du diaphragme et des muscles abdominaux, puisqu'elle va jusqu'à déterminer l'éraillement et la déchirure de la tunique charnue du viscère, comme on le voit, lors des efforts de vomissement.
Mais rapprochons^nous encore plus des conditions normales du vomissement. Puisque, dans les circonstances précédentes, l'estomac comprimé laisse échapper une partie de son contenu par le pylore, fermons cet orifice béant, afin de ne laisser d'autre issue possible que celle du cardia, car très-probablement, lors du vomissement, la contraction des parois si épaisses de l'estomac, vers le pylore, s'oppose au passage des matières alimentaires dans l'intestin.
Dans une troisième expérience, sur un cheval qui mangeait depuis longtemps et venait de s'abreuver^ j'incise les parois abdominales au niveau de la l^oe blanche et j'applique une ligature à l'oriiice pylorique, puis je comprime fortement l'estomac dans tous les sens, et mes aides le compriment aussi à leur tour. Cette fois encore, ni les matières alimentaires, ni même les liquides, ne parviennent à s'échapper, et cependant l'orifice cardiaque est la seule issue qui leur soit offerte.
Jusqu'ici donc une compression très-forte exercée sur l'estomac, pendant que le pylore est fermé, se trouve impuissante à déterminer l'expulsion des aliments délayés à travers le cardia. Cette compression sera-t-elle plus efficace si le viscère renferme^ connue cela arrive sur les carnivores, une certaine quantité d'air dégluti lors de la nausée 7
Dans le but d'examiner l'influence que peut exercer l'air de l'estomac sur le vomissement, j'ai fait une quatrième expérience que voici. Sur un cheval passaUemeut rassasié, l'abdomen est ouvert et le duodénum incisé au niveau de l'insertion des canaux biliaire et pancréatique; de l'eau tiède est injectée dans l'estomac par le pylore, puis on insuffle une assez grande quantité d'air dans l'estomac, et j'applique aussitôt une ligature très-serrée autour de l'orifice pylorique. Alors je presse fortement l'esUMnac, avec les deux mains ; je cherche k le chiffonner dans tous les
VOMISSEMENT DBS SOUPÈDES. 685
sens, et malgré cette compressioD, ni les aliments, ni les liquides ne s'échappent par la bouche ou les narines. Ainsi l'air mêlé aux matières contenues dans Testomac, ne peut, sous l'influence de la pression, vaincre Tol^stacle qu'oppose ('orifice inférieur de l'cesophage.
Dans ces premières expériences, si les matières alimentaires ne sortent ni par les naseaux ni par la bouche, ne peut-il pas arriver que ces matières, ayant franchi l'orifice cardiaque, parviennent jusqu'à la bouche et soient ensuite immédiatement dégluties ? Pour lever ce doute, j'ai fait une incision sur le trajet de la jugulaire et mis l'cesophage à découvert sans le déplacer, je l'ai palpé pendant que l'on comprimait l'estomac comme précédemment : rien ne passait dans son intérieur. Enfin je l'ai ouvert en place, et rien n'est sorti par la plaie pendant qu'on renouvelait la compression du viscère. Cette quatrième expérience prouve donc, encore mieux que les autres, le non-reflux des matières alimentaires par l'orifice supérieur de l'estomac.
Il ressort évidemment de ces faits qu'il existe au cardia un obstacle au passage des matières alimentaires, mais cet obstacle peut être^ soit le sphinaer cardiaque, soit l'épaisse tunique charnue de l'extrémité inférieure de l'œsophage, soit encore ces deux parties à la fois. II importe donc de rechercher s'il est dans l'une de ces parties ou dans les deux ensemble.
Sur un cheval, qui vient de prendre son repas et de boire abondamment, la ligne blanche est incisée, les parties antérieures du côlon sont déplacées, de manière à bien mettre l'estomac à découvert, la tunique charnue de la portion abdominale de l'œsophage est divisée lougitudinalement jusqu'à l'anneau du cardia. L'estomac est alors comprimé avec les deux mains, d'une face vers l'autre, de l'extrémité gauche vers l'extrémité droite, etc. La pression ne fait rien sortir ni par la bouche ni par les narines. Donc l'obstacle à la sortie des aliments, par Torifice supérieur de l'estomac, ne paraît pas être dans le renflement charnu de l'extrémité inférieure de l'œsophage, puisque sa tunique musculeuse, divisée suivant le sens de sa longueur, est mise ici^ par conséquent, dans l'impossibilité de se contracter circulairement. Cette sixième expérience montre bien que le véritable obstacle est dans le sphincter. Pour nous en assurer, divisons ce dernier et laissons intact le renflement œsophagien.
Sur un autre cheval préparé comme le précédent, la portion abdominale de l'cesophage est mise à découvert, et le sphincter cardiaque est incisé dans un point de sa circonférence, sans que l'extrémité inférieure de l'œsophage soit notablement intéressée. Cette fois, en comprimant l'estomac, on fait sortir les aliments délayés et les liquides par les naseaux ; seulement il en sort peu, car l'cesophage au-dessus du sphmcter se dilate à peine, et il faut modérer la compression pour ne pas déchirer la muqueuse qui fait hernie au niveau du débridement. Cette septième expérience indique bien que l'obstacle est la constriction de l'anneau cardiaque, puisque le contenu de l'estomac sort seulement dès que cet anneau est divisé.
Mais le sphincter cardiaque est-il le seul obstacle au vomissement 7 Le renflement œsophagien, par sa contraction puissante, n'en est-il pas un autre dont le rôle auxiliaire ait quelque importance? Voyons :
Sur un cheval dont l'estomac est plein d*alinients délayés, le sphincter cardiaque
68ft DE LA DIGESTION.
et la tunique cbarnae de la portion abdominale de l'cesopbage sont incisés, suirant le sens de sa longuenr, pais ane compression est exercée sur l'estomac. Ici les matières fluides sortent par la bouche et par les naseaux beaucoup mieux que quand le sphincter est seul incisé. Ainsi, cette huitième expérience prouve que l-obslade est dans le sphincter, et qu'il est aussi dans le renflement cesophagien. 11 ne peotei être autrement : ces deux parties sont intimement liées, elles sont solidaires Tuoe de l'autre, les fibres charnues de l'œsophage vont concourir à la formation dn sphincter et de ses prolongements appelés les cravates, et réciproquement les fibres dn sphincter remontent, un certain nombre du moins, dans le renflemeot œsophagien.
La preuve que le double obstacle est bien celui-là, c'est que dès qu'il est détroit on vaincu, les matières passéïit : il y a alors vomituritlon et vomissement. Nonseulement les matières passent à travers le cardia lors des efforts de vomissement, elles y passent encore lors des inspirations véhémentes, ou pendant qu'une pressioD artificielle est exercée sur les parois abdominales. Et ce qui se produit par le secours de l'expérimentation, la nature le montre dans plusieurs circonstances.
J'ai vu à la clinique de l'Éi^le un cheval qui r^etait fort souvent des matières alimentaires par la bouche, et surtout par les naseaux. Dès qu'il faisait des iiispintions un peu fortes, comme pendant l'exercice, les matières sortaient L'oesophage fut mis à découvert ; on voyait à de fréquents intervalles le conduit se gonfler, pais s'affaisser, et Ton sentait les matières délayées passer dans son intériear; elles s'échappaient par la bouche et les cavités nasales, si elles étaient en grande quantité: au contraire, elles étaient renvoyées à l'estomac, si elles ne passaient dans l'œsophage qu'en faible proportion. A l'autopsie, on trouva un jabot œsophagien plus grand que celui de la figure 9k et divisé par un léger étranglement vers le miJieo de sa longueur ; ce sac était manifestement formé par la muqueuse herniée h travers une déchirure longitudinale de la membrane charnue. Il s'étendait Jusqu'au cardia béant dont l'ouverture avait plus de U centimètres de diamètre. Il y avait donc ici, à la suite d'un accident, ce que j'avais produit avec le scalpel dans ma dernière expérience : déchirure longitudinale de la tunique charnue au niveao dn renflement œsophagien et dilatation de l'orifice cardiaque. Dans les deux drconstances aussi les effets furent les mêmes. Évidemment les matières rejetées venaient de l'estomac, puisque le cheval à jabot vomissait dès qu'une pression un peu forte était exercée sur les parois abdominales.
De pareils faits ne sont t)oint très-rares. On sait qu'ils peuvent offrir une firale de variétés, suivant la situation, le volume du jabot, le degré de relâchement do CKdia, et l'aptitude qu'il peut encore conserver à la constriction de son ouverture.
Ainsi il est démontré, si je ne m'abuse, que l'obstacle au vomissement des solipèdes réside dans la constriction du sphinclertrardiaque et dans celle du renflemeot* musculeux de l'extrémité inférieure de l'oroophage. A cela se joint un ensemble de dispositions qui agissent dans le même sens. L'estomac des solipèdes est petit; il est séparé dés parois de l'abdomen par les grosses courbures du côlon ; conséquemment, il est moins accessible que chez le chien è l'action des puissances principales du vomissement. Ce viscère ne se distend jamais beaucoup dans les circonstances ordinaires; les matières alimentaires y séjournent peu et passent vite dans
TOUISSBUKNT DES SOLIPËDES. 685
l'inlcMiD, par un pylore presque tuujoui-s béant. Enfin, pour éviler en quelque sorte UDe lutte eotre ces obstacles et des lentitives qui n'auraient pas le rësultat qui leur est habituel chez les autres animaux, le système nerveui est peu impnssioniuble aux causes provocatrices du vomisseoienl ; l'ingestion de l'émétique dam les voies digestives ne fait naître, comme on le sait depuis longtemps, ni nausées.
ne. 9d. — blomac du ehevitl dont l'iesophage Tarine un jabol communiquant directement avec la cardia O-
ni eflTonsde vomissement; l'émétique et les antres Vomitib injectés dans les veines PB produisent rarement et de peu caractérisés; le pincement, l'étranglement de l'intestin, la ligature du pylore, dont les ellets sont si remarquables chez les carnivores, ne déterminent point d'elTorts chez tes premiers. Mais cette faible inipressionnabilité n'est point la cause uniqoe du non-vomissement, comme on l'a prétendu ; car s'il en était ainsi, le vomissement aurait lien dès qu'une forte pression exercée sur l'estomac tiendrait remplacer celle du diaphragme et les muscles abdominaux. Or, nous avons vu dans les expériences précédentes qu'une forte compression, fût-elle même supérieure <i celle des puissances aniiliaires, ne parvient pas i effectuer, par le cardia, l'expulsion du contenu de l'estomac
Malgré cet ensemble de combinaisons qui s'opposent au vomissement, le dietal peut vomir dans quelques rares circonstances. H s'agit donc maintenant de recbef
cher les causes qai, dans ces cas exceptionnels, rendent le vomissement po6^)le. Cette seconde question, parfaitement distincte de la première, se trouve déjà et partie implicitement résolue par ce qui précède ; aussi ne nous arrêtera-t-elle p» longtemps, d'autant qu'elle est plus du ressort de la pathologie que du domaine de la physiologie.
Le vomissement des solipèdes n'est pas un accident fort rare : on l'observe fréquemment, surtout en été, à la clinique de nos Écoles, et les annales de la vétérinaire en ont enregistré d'assez nombreux exemples. Il se produit dans diverses conditions, lorsqu'il y a indigestion avec surchai^e d'aliments, hernies, invaginations, affections intestinales ; il se montre quelquefois chez les chevaux affeaés da tic, chez ceux qui portent un jabot en communication directe avec l'estomac/ etc. Le plus souvent il entraîne la rupture du ventricule et la mort
Lorsque cet acte s'effectue, l'animal éprouve des mouvements convulsife trèsénergiques ; il étend les membres, porte ceux de derrière sous le corps, allonge le cou, baisse la tête ; la bouche s'ouvre, les naseaux se dilatent, la lèvre supérieure se relève fréquemment, les muscles de l'abdomen se contractent par secousses. Les premiers efforts sont ordinairement sans résultat ; ceux qui suivent amènent la réjection par les naseaux, et quelquefois en même temps par la bouche, d'une certaine quantité de matières alimentaires délayées. A chaque effort nouveau, une petite quantité de matières est rejetée. Lorsque ces évacuations se sont fréquemment renouvelées, l'animal éprouve quelque soulagement, ou bien tombe dans cet abattement calme qui est l'avant-coureur de la mort
Les conditions qui permettent alors au vomissement de s'opéi^er sont faciles à déterminer. Puisque l'obstacle à la réjection se trouve dans la constriction du cardia et de l'extrémité inférieure de l'œsophage, il est clair que cette réjection n'aura lieu qu'autant que l'obstacle sera détruit ou vaincu. Or, les observateurs qui ont examiné avec soin l'état de l'estomac après la mort des chevaux qui avaient vomi, ont trouvé le cardia flasque, relâché, béant, le renflement œsophagien dilaté et sans ressort Girard, Bouley jeune, Yatel, Renault et d'autres, ont successivement fait cette remarque.
La 'cause du relâchement du cardia et du renflement œsophagien, et partant celle du vomissement, ont été attribuées, ou à une simple distension extrême de l'estomac, ou à une distension suivie de la. paralysie du viscère.
Le fait de la paralysie de l'estomac, lors du vomissement, est, d'après Renault^ la condition sans laquelle cet acte ne peut s'opérer. « Voici, disait-il (1) dans une discussion académique, les expériences que j'ai faites à ce sujet. J'ai incisé crucialement l'abdomen chez les chevaux auxquels j'avais donné préalablement l'émé* tique. En introduisant la main par la plaie, je sentais l'estomac se contracter énergiquement) et les contractions devenaient sensibles à l'œil lorsqu'on lui faisait faire hernie à travers les parois de l'abdomen. Ces contractions ne cessaient que lorsque Pestomac était fortement distendu, et seulement alors il survenait des vomissements. J'ai conclu de ces expériences que la membrane musculaire est un obstade au vo«
(1) Renault, Bu//e/m de V Académie de médecine, Paris, iUZ-M^, t. IX, p. 153 et 154.