ÊNUMÊBATION ET CLASSIFICATION DES FONCTIONS
apte à nourrir les organes et à leur communiquer l'excitation sans laquelle ils ne peuvent remplir les fonctions qui leur sont départies.
Une septième^ la circulation, charrie le sang par tout le corps, le distribue, au moyen de nombreux vaisseaux, à tous les tissus, à tous les organes, dans la mesure qui convient à leurs besoins et à leur activité.
Par une huitième, la nutrition^ le sang est employé à Fentretien des organes, à leur accroissement, à la réparation de leurs pertes ; il se convertit en la substance même des tissus où il arrive : ici, en os ; là, en muscle; plus loin, en cartilage, etc. ; et, après avoir donné à chaque partie ce qui lui est nécessaire, il reprend, en échange, des matériaux usés qui recevront une autre destination.
Par une neuvième, les sécrétions, le fluide nutritif est travaillé dans les glandes qui le purifient, qui lui enlèvent ses éléments nuisibles ou superflus, et qui fabriquent avec certains de ses matériaux des produits très-variés, devant servir à des usages spéciaux.
Par une dixième enfin, la génération, l'animal, parvenu à son complet développement comme individu, forme, aux dépens de sa propre substance, d'autres indi* vidus semblables à lui, destinés à renouveler et à perpétuer son espècei
Chacune de ces fonctions n'est point un acte simple, mais un ensemble d'actes secondaires concourant tous au même but. Ainsi la digestion résulte d'un premier acte pour la préhension des aliments, d'un autre pour leur division, d'un troisième pour leur transport de la I)ouche dans l'estomac, etc. De même, la respiration, la locomotion en comprennent une série plus ou moins nombreuse. Quelquefois certains de ces actes, en raison de leur caractère et de leur importance, ont été considérés comme des fonctions distinctes ; d'autres fois aussi des fonctions complexes et exécutées par plusieurs organes ont été fractionnées, et leurs fractions prises pour autant de fonctions spéciales. De là sont nées de grandes dissidences entre les physiologistes : Yicq d'Azyr, par exemple, faisait de V ossification, qui n'est qu'une forme de la nutrition , une fonction particulière ; Guvicr plaçait au même rang la transpiration; Ghaussier, V expression; Richerand, la voix; Bichat, V exhalation et la calorification, .bien que la transpiration, l'exhalation, ne soient que des sécrétions; l'ossification, une variété de l'assimilation ; la voix ei l'expression des résultats combinés de la locomotion ; et la calorification, un effet des actions chimiques ou des changements d'état qui s'opèrent, soit dans le poumon, soit dans les autres parties de l'organisme.
Les diverses fonctions qui viennent d'être énumérées ne sont pas isolées et indépendantes les unes des autres; elles sont, au contraire, liées entre eUes et associées si intimement, qu'il est difficile de les séparer en catégories distinctes pour les classer méthodiquement. Cependant, depuis longtemps, on a tenté cette classifi- . cation.
Galien et, après lui, la plupart des anciens physiologistes en ont reconnu trois groupes, savoir : les fonctions vitales, les fonctions naturelles et les fonctions ani^ maies. Les premières, l'innervation, la respiration et]la circulation, sont immédiatement nécessaires à la vie : leur cessation l'anéantit sur-le-champ; les secondes, telles que la digestion, les sécrétions, concourent à l'entretien et à l'accroissement de l'individu; les troisièmes, la locomotion et les sensations, sont propres à Tanimal,
ÉNUMÊUATION ET CLASSIFICATION DES PONCTIONS. 77
el servent à établir ses relations avec les êtres qni Tentoarent Cette distinction, en partie rationnelle, manque évidemment d'exaailude et n'est pas susceptible d'être appliquée à la généralité des animaux.
Bichat (i), partant de considérations philosophiques plus vraies et plus en rapport avec la science moderne, les distribue en deux grandes classes, comme Âristote Tavait déjà bit assez explicitement: l'une, renfermant les fonctions qui ont trait à la vie de l'individu ; l'autre, celles qui sont relatives à la vie de l'espèce. Prenant ensuite la première de ces classes, il voit qu'elle comprend, d'une part, des actions propres à l'animal et destinées à le mettre en rapport avec le monde extérieur ; d'autre part, des actions préposées à la composition et à la conservation des parties. Il désigne les premières sous le nom de fonctions dé la vie animale, et les secondes sous celui de fonctions de la vie organique. Enfin il subdivise la seconde classe, celle relative à l'espèce, en plusieurs ordres. Mais, ici^ il perd de vue la distinction précédente qu'il avait développée avec tant de complaisance, et ne semble pas remarquer que, dans les fonctions génératrices, il y a des actions dépendant de la vie animale, et d'autres de la vie organique ; oïl, s'il reconnaît celle séparation, il la oblige pour en donner une autre qui n'a rien de commun avec cette dernière. Il fractionne sa seconde classe en trois ordres : l'un comprenant les fonctions du mâle ; l'autre celles de la femelle, et le troisième les fonctions résultant de l'union des deux sexes.
Une classification si habilement conçue devait avoir du succès, et elle n'en a pas manqué : beaucoup de physiologistes l'ont adoptée tout entière ou avec quelques légères modifications de détail ; cependant elle n'est pas à l'abri de toute critique. On pourrait lui reprocher d'établir une scission trop tranchée entre les actions de la vie animale et celles de la vie organique; car il est évident que les fonctions les plus essentiellement organiques, comme la digestion, la respiration, comprennent des actes qui, par leur nature, se rattachent à la vie animale. Ainsi il y a, pour la première, des sensations qui provoquent à la préhension des matières alimentaires, et qui déterminent dans quelle mesure elle doit avoir lieu; des mouvements qui opèrent la division de ces matières et leur transport jusque dans les parties profondes de l'appareil digestif. Pour la respiration il y a également des sensations et des actions mécaniques compliquées, par le moyen desquelles l'air est amené dans le poumon et expulsé de cet organe, dès qu'il y a rempli son office. Il en est à peu près de même pour beaucoup d'autres. Les fonctions de l'espèce, qui sont bien distinctes par leur but, ne peuvent, quant à leur nature, former une catégorie spéciale, puisqu'elles ont pour éléments des sécrétions, des excrétions, des actes sensitifs et locomoteurs, c'est-à-^re des actions de la vie animale et de la vie organique qui ne se distinguent en définitive que par le résultat qu'elles doivent produire. Mais ces imperfections n'ôtent point à la classification de Bichat le mérite qu'on lui a reconnu ; elles sont inhérentes à toute classification de ce genre, quelle qu'elle puisse être, à cause de la filiation des actions vitales, de leur enchaînement, de leur association, qui ne permettent point de les partager en catégories tout à fait distinctes et indépendantes les unes des autres.
[i) Voyez Bichat^ Anatomie générale. Pari», 1830, t. I, p, xciv ; — Recherches sur la vie et la mort, 1805, p. 2.
18 tMlMtaATMm IT GLASSmCATlON DBS rWGTIONS*
Uue iroisièDie ci«»sificatk>ii« renferioée iopUcUement daos ia précédente, me pvntt iMSOCOttp plus àwfi» et plus cooveoabie ; c'est celle qui divise les fooctions en trois grandes sections: fondions de relation^ fonctions de nutritùm et fendions de rtftroductiim* Elle distribue aiusi en trois groupes bien distincts k» actes qui conoourent aux trois résultats résumant toute la Yie de l'animal : se mettre en rap^ port avec le monde extérieur» se nourrir et se i^eproduire, Sansdo^te elle n'est paa exempte de plusieurs des inconvénients de celle de Bichats néanmoins nous Tadopterons h cause de sa simplicité, et parce qu'elle suffit à une exposition métbodîqne des diverses parties de la pbysiolegîe.