AH
tl55
i:SS5
Il résulte des faits relaies jusqu'ici que*Iea alimet**» dçnnèa successivement, aans eau, pendant et après le repas : !• ne se rnM„nt \iw dans l'estomac-, 2» qu'ils ne passent pas dans l'intestin d'une manière «Urn^jV^* ^ *^' Vot^e de lenr «rrivée.
748 DE LA DIGBSTION.
mais ordinairement ensemble et en quantité proportionnelle ^ leor tive ou ^ leur volume. Si le foin est donné le premier, il passe en beaucoup plus grande proportion que l'avoine, parce c|U*il sort dès le début do repas» avant rarri* vée de celle-ci, et qu'à compter de l'ingestion de l'avoine, il représente une mas» plus considérable qu'elle. Aussi, en somme, les aliments pris successiveineni dam un même repas se comportent^ jusqu'à un certain points comme les mélanges : loot en demeurant distincts dans la plus grande partie du viscère, ils se mêlent pis» ou moins vers le pylore, et passent ensemble dans le duodénum.
Mais les phénomènes se compliquent une fois qu'on donne à boire sur la fin do repas ou après, comme cela arrive le plus souvent dans les conditions onlmaires^ Par le fait de l'ingestion de l'eau, les aliments tendent à se mélanger, même trèsîntimement, à se délaver et à sortir ensemble sous forme de bouillie. Tanidt le mélange ne fait que commencer, et le liquide passe du cardia au pylore, en suÎTant la petite courbure ; d'autres fois il devient aussi complet que si les aliments éCaieat . violemment agités avec le liquide. Dans le premier cas, l'eau emporte peu de chose avec elle, les parties les plus ténues, la farine; dans l'autre^ elle entraîne indistinctement la farine, les fragments indigérés de grains, les glumes, les glumelies, et les débris les plus grossiers des tiges ou des feuilles de fourrage. Voici des exemples des différents cas qui peuvent se présenter.
I3n cheval qui, après avoir piangé un peu de luzerne, puis un litre d'avoine, boit douze litres d'eau, est tué sur-le-champ et ouvert rapidement L'estomac ne reo- . ferme plus que six litres et demi d'eau un peu trouble avec l'avoine qui a résisté au courant en raison de sa petite masse. L'eau est sortie à peu près pure : elle est claire dans les 8 premiers mètres d'intestin gi*êle, et au delà elle chasse devant elle la luzerne prise an commencement du repas et sortie, sSins doute^ par suite de Timpulsion de l'avoine prise ensuite.
Sur un second qui re^it un litre d'avoine, puis une poignée de foin et un litre d'eau, il n'en est pas de même; dix minutes, à dater dti début du repas, la petite quantité d'eau ingérée a suffi pour mêler les deux aliments et |X)usser leur mélange assez intime dans l'intestin, sur une longueur de U mètres et demi.
Sur un troisième qui boit huit litres d'eau après avoir mangé 2 i 00 grammes tant de foin que de paille donnés isolément^ l'estomac^ pris aussitôt après le repas, avait di*jà versé dans l'intestin les deux tiers de ce qu'il avait reçu. Il ne lui restait, sur les 18,500 grammes d'aliments, de salive et d'eau ingérés, que 6760 grammes de bouillie où le fourrage sec entrait dans la pro]M)rtion de ûOO grammes. Conséquent mont, l'eau avait dû entraîner plus de la moitié du fourrage qui demeurait dans rostomac lot*s de son arrivée. Dans l'intestin grêle se retrouvaient 11 900 grammes de la bouillie emportée, , soit à peu près l'équivalent de ce que l'estomac avait laissé échapper.
IMais sur un quatrième qui est tué deux heures après avoir pris successivement 2500 grammes d'avoine, 1000 de foin et ^500 d'eau, les choses se passent autrement. L'estomac, qui avait reçu en aliments, salive et eau 1^j,300 grammes, n'en retenait plus que75û5 ou à peu près la moitié. Seulement cette fois l'eau était sortie sans se mêler à l'avoine et sans changer la situation des deux aliments. Le chyme de foin isolé de l'eau libre pesait 3200^ et celui d'avoine 1145. L'aspect du con-
DIGESTION GASTRIQUE DES SOLIPÈDES. 7i!i9
» lenu de l'iiuesliii grêle nionlre l'ordre suivant lequel l'eau a entraîné les alinieuts. t  Tiléon, Tavoiuc seule est mêlée au liquide; en deçà et dans toute la région ï moyenne, l'eau lient en suspension le foin noélé à l'avoine; enfin, au duodénum, ; elle n'est chargée que de foin. L'eau bue, à la fin du repas, a donc entraîné d'abord » de l'avoine, qui à la petite courbure lui barrait le chemin, puis du foin avec de I l'avoine, et finalement du foin seul. Ce résultat n'est point exceptionnel.
Un cinquième cheval qui mangea 2500 grammes d'avoine, 700 gram. seulement de foin, et qui but neuf litres d'eau, présenta, trois heures à compter du début du repas, l'avoine à la grande courbure en une masse du poids de 3/i65 grammes, le foin à la petite pesant 2UUH; en somme, 5910. L'estomac, qui avait reçu 25 kil. de matières solides ou liquides, en avait donc versé IQ^dans l'intestin, soit environ les quatre cinquièmes: l'eau était sortie du viscère, sans rien changer à l'arrangement des deux masses de chyme.
Sur un sixième, au contraire, Peau a tout mêlé, puis entraîné la plus grande partie du mélange. Et c'est ainsi qu'elle paraît se comporter quand elle provoque de vives contractions gastriques. Le cheval, après avoir mangé 2500 de foin, puis 2500 de paille, et bu huit litres d'eau, est tué trois heures à compter du commencement du repas; l'estomac est rapetissé et ses aliments mêlés. Le viscère, qui a reçu 25 kiiogr. en fourrage et en salive, et 8 kiiogr. d'eau, eu tout 33 kiiogr., n'en a retenu que 5 ou un peu moins d'un sixième; il en a laissé échapper 28, dont 7,500 se retrouvent dans l'intestin grêle, le reste étant déjà parvenu au cscum.
L'eau donnée en grande quantité peut seule déterminer de tels effets. ^ petite dose, elle ne dérange rien au groupement des matières alimentaires; elle s'en va sans même les détremper. C'est ce qui est arrivé, par exemple, à un cheval qui reçut 2500 gr. d'avoine, 2500 de foin et but seulement un litre d'eau. Quatre heures à compter du début du repas, l'estomac renfermait 1 1 305 grammes de chyme tassé à deux couches, l'avoine à la grande courbure, de la grosse tubérosité au pylore, pesant en pâte iUUS grammes, et le foin à la petite, pesant 9860. Le viscère qui avait reçu 18500 grammes, avait gardé près des deux tiers des matières ingérées. L'avoine prise la première était sortie la première et parvenue au caecum ; le foin s'éparpillait sur tout le trajet de Tintestin grêle.
Lorsque, comme cela arrive assez souvent, le repas est coupé par l'ingestion de l'eau, après le foin et avant l'avoine, l'eau peut avoir de l'influence sur le départ de l'aliment qui la précède, comme sur celui de l'aliment qui vient après elle; car ce qui en reste dans l'estomac sert à délayer plus ou moins le chyme. Voici ce qui s'est passé sur deux chevaux dans ces conditions. .
Le premier, après avoir mangé 2500 gram. de foin, but deux litres et demi d'eau, puis reçut 2500 d'avoine. Au moment.de la mort, trois heures après le début du repas, l'estomac, qui avait reçu 20 kil. de matières, en conservait la moitié, 10,795 : le chyme de foin occupait, à titre de premier arrivé, la grande courbure, il pesait 6i!i00 gr. ; le chyme d'avoine à la petite pesait MOO. Ils avaient retenu l'un et l'autre du liquide ingéré, car leur dessiccation a montré qu'ils renfermaient seulement, l'un 800 grammes de foin seo, l'autre 1800* grammes d'avoine sèche. Ici l'eau paraît avoir favorisé le départ du foin dont les trois quarts sont passés dans l'intestin, et non celui de ra\T)ine qui est venue après elle, c^^ \*estOKuacn'a laissé sortir qu'un
peu plus da quart de cette avoine. L*eau a été absorbée par le chyme de foin qui en a plus de six équivalents, et non point sensiblement par celui d*avoine.
Quant au second cheval, après avoir mangé 2500 gr.de foin et bu 10 700 d>eaa,â reçut 2500 d*avoine dont il ne prit que 1000. Quatre heures après ce repas coupé, l'estomac, qui avait reçu en lout 25 200, n'en conservait que 8885; il eu avait dooc versé près des deux tiers dans l'intestin : le chyme de foin hydraté pesait 7140. celui d'avoine 1745. Ici l'eau avait uniquement influé sur le départ de railmeot arrivé avant elle.
En somme, l'eau modifie diversement la digestion et exerce une influence Tariable sur le départ des aliments, suivant sa quantité et le moment de son ingestion.
Elle n'est point immédiateihent nécessaire à la chymification, car le foio chargé de ses quatre équivalents de salive, et l'avoine d'un seul équivalent, forment nne pulpe qui, additionnée de suc gastrique et de la salive déglutie pendant la chymification, peut très-bien passer dans l'intestin gréle. Mais lorsqu'elle est ingérée après le repas, elle hydrate plus complètement le chyme, puis le surplus en passe dans l'intestin, tantôt en chassant une partie des 'aliments délayés, tantôt sans en entraîner une quantité notable, quelquefois même sans déranger sensiblement leurs différentes couches. En général, lorsqu'elle est donnée en quantité an pen considérable, elle prodoit le premier de ces effets et favorise ainsi la désobstruetion du viscère. Aussi est-ii utile d'abreuver les animaux après l'ingestion do foin pour préparer une place à l'avoine, tandis qu'il est plus rationnel de s'en abstenir après l'ingestion de l'avoine, si ce n'est au bout de quelques heures, akvs que là digestion de cet aliment précieux est très-avancée.
De ce qui précède, il résulte que les aliments ne sortent pas de l'estomac dn cheval exactement dans l'ordre de leur arrivée ^ puisqu'ils se mêlent en certaine proportion au pylore, si la digestion se fait à sec et, en général, beaucoup mieux après l'ingestion des liquides. Néanmoins on peiit, en réglant la succession des aliments dans un même repas^ en espaçant les repas d'une certaine façon, et surtout en donnant l'eau h tel ou tel moment, abréger le séjour des fourrages et prolonger celui des grains.
Les règles qui peuvent se déduire des faits physiologiques et de l'observation, méritent toute l'attention de ceux qui s'occupent de l'éducation dn cheval et de son hygiène. Elles ne peuvent êlre formulées en termes absolus, car l'habitude prise par les animaux de manger dans un certain ordre tel aliment en grande quantité et tel autre en faible proportion, modifie le fonctionnement de l'appareil digestif. Le cheval à ventre volumineux, habitué à l'usage des fourrages grossiers, digère très-vite; ses aliments ne font que passer dans restomac, et Tavoine qu'il reçoit de temps à autre passe trop rapidement pour être bien digérée. Au contraire, le cheval fin, levrette, digère ce grain avec une rare perfection, car il le retient aussi longtemps que possible dans l'estomac, comme dans les diverses portions de son étroit intestin.
Dif cstloià dtes mélangea. — La digestion des alimehts mêlés plus ou moins intimement avant leur ingestion, comme celle du foin et de la paille hachés, des grains concassés associés à des pulpes et à divers résidus, présente quelques particularités dignes d'attention.
Si ces aliments sont de même volume et densité, comme les fourrages, iis demeurent intimement mêlés dans Testomac et passent dans Tintestin à i*état de mélange. Si l'un est plus mou, plus imprégné de sucs, comme Vesl Fherbe verte par rapport au foin, il sort un peu plus de cet aliment mou, de cette herbe, que de fourrage sec. Si aux fourrages sont associées des pulpes, celles-ci passent dans Tin* testin plus vite que ceux-là, surtout chez les animaux abreuvés après le repas ou que Ton soumet au travail. D'ailleui's ici les choses se passent comme dans le cas de la digestion d*un seul aliment à parties hétérogènes. Les plus fluides sortent les premières, la farine du grain d*avoine plus tôt que les fragments, les glumes, les glumelles, etc.
Ces mélanges peuvent avoir Finconvénient de forcer les aliments très-nutritifs à quitter l'estomac avant leur élaboration complète, et aussi vite que les aliments peu alibiles dont le principal office est de lester Tappareil digestif. Il est clair que l'avoine écrasée mêlée aux fourrages hachés s'en va trop tôt avec eux, et avant que ses principes azotés aient eu le temps de se dissoudre dans le suc gastrique; elle marche de pair avec la paille ou avec le son, dont le séjour dans l'estomac peut être, sans inconvénient, très-abrégé.
Digestion de la chair et des matières animales. — Bien que les solipèdes
aient rarement l'occasion d'ingérer des matières animales, sauf à titre d'analeptiques, il est intéressant de savoir, au point de vue physiologique, si leur suc gastrique faible, leur chymificatiôn sommaire, rendent possible la digestion de la viande.
Pour constater sûrement si le cheval digère la chair, il convient de la lui donner en petits morceaux qu'il est facile de reconnaître à leur sortie de l'estomac ou au moment de leur expulsion par les voies ordinaires. J'ai donc fait avaler à un premier cheval 1000 grammes de chair crue, coupée par petits morceaux réguliers, cubiques ou arrondis, pesant chacun de 20 à 25 grammes ; et, pour empêcher que ranimai ne les écrasât, je les ai portés successivement, avec de longues pinces, dans rarrière-bonche. Le cheval a été tué vingt-quatre heures après ce repas inaccoutumé; il n'avait plus de chair ni dans l'estomac, ni dans l'intestin grêle ; mais le caecum, le côlon replié et le côlon flottant en renfermaient les morceaux gonflés, mous, verdâtres à l'extérieur^ encore rouges à l'intérieur, lesquels pesaient ensemble, après avoir été essuyés, 818 grammes, c'est-à-dire qu'ils avaient perdu un peu moins d'un cinquième de leur poids primitif  un second cheval j'ai fait avaler huit morceaux de muscles pesant 20 grammes chacun, et pris sur un animal tué depuis six jours, les uns nus, les autres enveloppés dans de la toile à demi usée. Le solipède qui, depuis, avait mangé et bu à discrétion, ne fut tué qu'au bout de vingtquatre heures. Les huit fragments se trouvaient dans le ceecum : les deux premiers, enveloppés, pesaient l'un 18 grammes, l'autre 16 grammes,le troisième en pesait 22, le quatrième 1 3, Je cinquième 23, le sixième 1 9^ le septième 21 , et le huitième 20, Ces fragments, qui avaient sans doute perdu de leur substance, s'étaient, en compensation, imprégnés d'une certaine quantité d'eau^ Ils étaient gonflés, mous, verdfltres à l'extérieur, mais ils avaient ' conservé leurs fibres distinctes et leur teinte rouge à l'intérieur.
Sur ces deux premiers sujets, la substance animale n'avait pas eu le temps de parcourir tout le trajet de l'appareil digestif; il fallait voir si elle serait chassée avec
les déjeclious el si elle éprouverait d'autres modifications dans les diverses partkfrde rinteslin. Dans ce but, j'ai fait avalera uu cheval six morceaux de chair du poi^ de 26 grammes/eu laissant du foin à sa disposition. De la vingt -quatrième à U trente-deuxième heure, il a rendu quatre de ces morceaux, pesaut enseinUe 70 grammes, et n'ayant par conséquent perdu, pour tous, que 1 0 grammes. Ils étaient moins gonflés que ceux qui, sur les autres, se irouvaient dans Tintestin, mais ils étaient encore d'un noir verdâlre à l'extérieur et d'un rouge pâle à leur centre; ks deux derniers ne furent pas retrouvés. A un autre, je fis avaler de même dôme petits morceaux semblables aux précédents, dont six de chair de porc et six et chair de bœuf. De la dix-huitième à la vingt-quatrième heure, trois d'entre eoi furent rendus avec les excréments; ils avaient pris une teinte verdâtre; lear surface seule était altérée, mais leurs fibres restaient parfaitement reconuaissables, a^ec leur teinte rougeâtre. Les neuf derniers furent rejetés plus tard, sans avoir été digérés plus que les autres.
Ces expériences, répétées et variées sur des chevaux de différents âges, et |dacés dans diverses conditions, ont constamment donné les mêmes résultats. Toujours les morceaux de chair qui n'avaient point été mâchés furent éliminés entiers et à peine altérés, et ils furent ainsi rejetés, soit qu'on les eût fait prendre à des animaux à jeun, soit qu'on les eût administrés à des sujets en pleine digestion^ mis ensuite à la diète, ou entretenus avec leurs aliments ordinaires.
Un résultat aussi singulier pouvait être attribuée la dureté de la chair. Je donnai à d'autres chevaux des morceaux de psoas qui sont, comme on le sait, les plus mous et les plus délicats de tous les muscles; ils furent un peu plus altérés à la surface, mais pas plus digérés que les autres. Dans le même but, je fis a?aler à plusieurs chevaux des escargots vivants. Au bout de vingt heures, ils étaient parvenus au caBCum et au côlon. A compter de ce moment et jusqu'à la trente-deuxième heure, ils sortaient non digérés avec les excréments. Leur digestion n'avait même pas lieu quand ils étaient avalés après perforation préalable de leur coquille.
La.chair divisée en fragments du volume de pois ou de fèves enveloppés de toile a résisté aussi, mais en perdant une partie de son poids.
Enfin, le sang s'est montré réfractaire comme la chair. Au bout d'une demiheure, celui que j'avais injecté par l'œsophage était encore liquide; après nne heure, il se trouvait en partie coagulé. Après six heures, il était entièrement parvenu clans l'intestin grêle, le caecum, le côlon replié, sous forme de gros cailbls noirs; sa partie liquéfiée avait rougi les résidus alimentaires. Enfin, dans une expérience où le cheval fut laissé sans aliments après avoir reçu du sang, celui-ci était encore, après dix-sept heures, en caillots dans l'estomac, le caecum et le côlon.
Ainsi donc, ni la chair en petits morceaux, ni le sang, ne se digèrent dans l'estomac du cheval, et, de plus, ces substances traversent tout le tube intestinal sans avoir subi de profondes modifications. Le chien qui avale des morceaux de chair énormes, les oiseaux de proie qui se gorgent de petits mammifères, d'oiseaux, de poissons, de reptiles, digèrent cependant tout cela, et aucune des parties ingérées ne traverse le tube intestinal sans avoir été préalablement dissoute. Une différence aussi remarquable ne doit donc pas être simplement constatée; elle doit être interprétée et rapportée à sa cause* Or, celle-ci tient à ce que les substances animales
DIGESTION aASTBIQUB DBS SOLIPÈDES. 75S
font un très-long séjour dans i*estoniac des carnassiers/tandis qu'elles ne font, pour ainsi dire, que passer dans Testoinac des solipèdes. Au4)out de quelques heures, elles en sont chassées dans I*intesiin grêle et au delà dans le cscum, où leur dissolution n'est plus possible. Si la chair séjournait suffisamment dans l'estomac des solipèdes, elle y serait digérée comme elle l'est dans l'estomac des carnassiers. En eiïet, les grenouilles que j'ai fait avaler livanles au cheval^ grenouilles qui, par suite de l'extension des pattes au moment de la mort, ne pouvaient franchir l'orifice pylorique, se trouvaient digérées en quinze à trente-six heures , et leurs os flottaient dans les liquides du cœcum ou dans la bouillie du côlon.
, Les moules données vivantes, étant également retenues en deçà du pylore par l'écartement de leurs valves^ ont été digérées au bout de seize heures, et leurs valves séparées sont parvenues au caecum.
D'ailleurs, dans les expériences où de petits poissons avaient été introduits et maintenus dans l'estomac par une fistule, ils étaient si ramollis et si diffluents an bout de douze heures, que les os et les arêtes s'en détachaient au moindre contact, ou même se disséminaient au milieu des aliments.
L'inaptitude du cheval à digérer la chair n'est donc point absolue; elle tient uniquement à ce que cette substance ne séjourne pas assez longtemps dans l'estomac de cet herbivore pour y éprouver les modifications qu'elle subit dans ceJui des carnassiers. On s'abuserait, cependant, si Ton croyait que le solipède qui s'habitue à manger de la chair cuite n'en digère pas une partie. Il est évident que cette substance, parfaitement broyée par les dents, et réduite en pâte sous la double influence de la mastication et de l'insalivation, se dissout en certaine proportion dans le suc gastrique, quelque courte que puisse être la durée de son contact avec ce fluide» Si cet aliment était quelquefois donné au cheval à titre d'analeptique, ou comme il l'est, dit-on, aux chevaux du désert employés à de longues courses, son usage devrait être réglé d'après ces indications physiologiques.
Si la chair en masses un peu considérables n'éprouve presque pas d'altération dans les voies digestives du cheval, et si la même substance très-divisée et réduite en pâte s'y dissout imparfaitement, il n'est pas étonnant que des parties plus dures, telles qpe les tendons, les cartilages et les os, n'y subissent pas de modifications bien sensibles. Les morceaux de tendons, de cartilages, que j'ai fait avaler à des chevaux, ont été rendus, vingt-quatre, trente, trente-cinq heures après leur ingestion, avec leur forme, leur aspect et leur consistance ordinaires; les tendons seuls étaient un peu ramollis, comme macérés, et avaient diminué de poids. Les petits osselets du carpe et du tarse traversaient le tube digestif, en conservant leurs facettes lisses et leurs fibro-cartilages ; de petits cubes taillés dans la substance spongieuse des os avaient encore, après un séjour de vingt-quatre et de trente heures^ leur volume et leur poids primitif; de petits disques pris dans la partie moyenne des os des membres de jeunes animaux et enveloppés dans un tissu trèsmince, étaient rejelés sans que les filaments si déliés de la substance réticulée eussent subi la moindre modification appréciable.
Il est fort remarquable que les larves d'cestres et divers helminthes, tels que le spiroptère mégastome des solipèdes, puissent vivre si longtemps dans l'estomac du