DIGESTION DES ANIMAUX A SANG FROID
YI. — Digestion des animaux a sang froid.
Comme les liquides modiûcateurs des aliments paraissent avoir des propriétés communes dans loutes les espèces animales, la digestion doit présenter une certaine uniformité dans la série zoologique. Seulement, comme la température a une très-grande influence sur les propriétés dissolvantes du suc gastrique, la digestion des animaux à sang froid est, quant à sa durée, sous la dépendance des conditions extérieures.
En été, les |)oissons et les reptiles mangent fort souvent et digèrent très-vile; ce fait est généralement connu. Si^ en effet, après avoir fait jeûner des cyprins deux ou trois jours, on leur donne de la viande, ils en rendent la plus grande partie des résidus cxcrémentîticis dans les douze à quinze heures, et le reste dans les vingtquatre heures. Si la température baisse, la digestion met un temps double ou triple à se terminer.
Les grenouilles digèrent moins vite. £n juin, j'ai vu un grand nombre de ces' batraciens qui avaient reçu de la viande trichinéc ne rendre encore aucun helminthe le cinquième jour, mais les rejeter les jours suivants juscju^au dixième^ D'autres fois^ en cinq jours les mêmes reptiles avaient complètement digéré leur repas et rejeté tous les excréments qui en provenaient. En quatre jours, la viande avait disparu de l'estomac, de l'intestin, et tous ses débris étaient rassemblés dans le cloaque. Enfin quelquefois, en trente à quarante-huit heures, Tanimal commen* çait h rendre les déjections de son dernier repas.
Chez les lézards et les serpents, les mêmes variations se sont fait remarquer. Sur une couleuvre vipérine j'ai retrouvé, au milieu du quatrième jour, une grande partie de la viande en voie de dissolution, dans l'estomac, et des débris de cçt aliment dans le cloaque.
On remarque chez les animaux à sang froid, quant à la durée de la digestion, entre les espèces carnassières et les herbivores, des différences analogues à celles qui s'observent chez les mammifères ; elle est longue chez celles qui vivent de chair, très-courte chez celles qui se nourrissent d'herbes. Les herbes^ chez la carpe, par exemple, ne font* que traverser l'estomac, qui est fort petit, et c'est là encore une preuve de la faible utilité du suc gastrique dans la digestion des substances végétales.
Quant aux actes de la régurgitation, du vomissement et de la rumination, ils ne paraissent pas impossibles chez les vertébrés à sang froid. On sait que le reptile, surpris par le froid avant que sa digestion soit terminée^ vomit sa proie une fois qu'il sort de la torpeur. J'ai vu une couleuvre, lors d'un abaissement brusque de température, en été, rendre une souris qu'elle avait avalée plus de cinq jours auparavant. Les poissons en font peut-être quelquefois autant; dans tous les cas, quelques espèces à alimentation végétale, les cyprins, la brème, la tanche^ la carpe surtout, dont l'estomac est rndimentaire, ramènent les herbes à la bouche, par une sorte de rumination, pour les attirer sous les dents pharyngiennes (1).
(1) Milne Edwards, ouvr. cité, t. VU, p. 287, 289.