III. — Rôle des fluides intestinaux
Aux fluides modificateurs de l'aliment, à la salive, an suc gastrique, à la bile, au suc pancréatique, que nous avons étudiés, quant à leur composition et à leur action, s'ajoute un liquide particulier désigné sous le nom de suc intestinaL
Ce fluide, dont Haller, Bichat et tous les physiologistes ont admis l'existence arànt qu'elle fût démontrée, doit être un produit complexe, car il y a dans l'intestin les glandes de Brunner sous-jacentes à la muqueuse duodénale, les glandes de Peyer, les glandes tubuliformes de Galeali, et enfin les follicules solitaires du caecum et du côlon. Très -probablement ces divers organes ne sécrètent point un fluide identique.
La muqueuse intestinale semble n'être qu'une vaste glande, un immense lapis glanduleux dont la sécrétion peut être plus ou moins abondante suivant le r^ime des animaux, la nature et la quantité des matières alimentaires qui se trouvent en contact avec sa surface libre.
Les plus petits de ses organes sécréteurs sont les glandes tubuliformes décrites par Galeati et Lieberkûnh. Ces glandes existent dans l'intestin grêle et dans le gros intestin, où elles se présentent sous l'aspect de petits cylindres creux pressés les uns contre les autres. Chacune d'elles est terminée en cul-de-sac dans l'épaisseur de la muqueuse et s'ouvre par un petit orifice à la surface libre de la membrane qui, vue au microscope, est criblée d'ouvertures, tant les glandes sont nombreuses et rapprochées. L'imagination s'effraye du nombre infini de ces petits tubes sur une surfate aussi vaste que celle de la muqueuse intestinale qui mesure, comme nous l'avons vu précédemment, une étendue de plus de 8 mètres carrés sur le bœuf et de près de 12 mètres sur le cheval. L'existence de ces millions de glandes tubuliformes suffit pour faire soupçonner une abondante sécrétion. Nous verrons bientôt que celle-ci est considérable et qu'elle est la principale source du suc intestinal.
Outre ces glandes microscopiques» qui se trouvent dans toutes les parties du tube
(1) Milne Edwards, Leçons sur la physioL ei Vanau comp»^ U VH^ p* 80*
r6lb des fluides intestinaux.
inlesdnal, il y a dus [;liiitlcs spéciales dans le duodénum, d'autics dans le resle de l'intestin grêle, d'autres encore daas le gros intesiiri.
Les glandes de Biunner, qui Tormenl, sous la muqueuse du duodénum, une belle couche jaunâtre, continue avec elle-même, résultent de l'aggloméralion de petits grains qui se réunissent en nombre assez considérable pour former de petites grappes, dont chacune porte un canal eicréleur commun ouvert ï la surface libre de la membrane. Elles sont énormément développées cheï les solipèdes, mais beaucoup moins chez les ruminants et les animaux carnassiers.
Les glandes de Peyer appartiennent A l'intestin grêle de tous^les mammifères. On n'en trouve dans le gros intestin qu'un très-petit nombre et chez quelques espèces seulement. C'est i partir de 1 à 2 mètres du pylore qu'elles apparaissent chez les solipèdcs et les ruminants sous la forme de plaques plus ou moins grandes, inégalement disséminées, au bord convexe du cylindre iotestioal.
FiG. 100, — ClindM de Pejer du cheval, da grandeur natunUe.
Elles s'offrent sous l'aspect de gaufres irrégulières, déchirées dans les solipèdes (fig. 100 et 101), arrondies, discoïdes chez le chien, le chM, le roiard, le lièvre; mbanées chez le bœuf et le porc ; ovalaires dans le dromadaire et le chameau. Ellca sont fort petites chez le dromadaire, plus grandes chez les solipèdes, plus encore cbei le porc; enfin, elles s'offrent avec des dimensions énormes chez le bœuf, où elles ont iO, 15, 25, et jusqu'à 30 centimètres de longueur «ar une largeur de
1 à 2 centimètres. On en compte un nombre très-variable, suivant les animaux. Le chat en a 5 ou 6; le lapin, de 6 à 8; le chien, de 16 à 24; le porc, de 24 à 35; le bouc et le bélier, de 28 à 35; le bœuf, de 60 à 50 ; le cheval, de 100 à 150, et le dromadaire plus de 700.
Ces glandes sont constituées par un certain nombre de petites capsules arrondies, visibles à l'œil nu, sans ouvertures, logées une à une au fond des dépresskHis de la plaque. Elles sont disséminées d'une manière très-irrégulière.En général, les plus petites se trouvent dans la première moitié de l'intestin grêle chez les solipèdes et les ruminants domestiques ; les plus grandes se voient à la dernière portion. La plus considérable de toutes occupe l'iléon et se continue habituellement sur la saillie de l'intestin grêle dans le caecum; elle a 15 à 20 centimètres chez le mouton ei la chèvre, 20 à 25 chez le chien, UQ à 50 chez le bœuf; enfin, elle n'a pas moins de 1 mèire 1/2 à 2 mètres, et quelquefois plus, dans l'espèce du porc. L'espace le pios considérable qui existe entre les glapdes de Peyer est celui qui se trouve entre les deux dernières; il est généralement de 2 mètres pour le bélier, et de /li à 5 pour les grands ruminants.
Ces glandes se trouvent en petit nombre dans le caecum et à l'origine du côlon de quelques animaux : les ruminants, le lapin, le lièvre et le porc, par exemple.
Enfin, la muqueuse du gros intestin porte un autre ordre d'organes sécrétears appelés les follicules solitaires. Ceux-ci^ à peine visibles à l'œil nu chez le cheval^ sont très-gros chez le bœuf, le porc et les animaux carnassiers. Ils ne deTÎennent bien apparents chez les solipèdes que dans certaines circonstances, comme sur les sujets qui meurent de faim. Parfois ils s'hypertrophient au point de devenir comme de petites lentilles rosées, dont le centre est percé d'une large ouverture pleine de mucus.
Le rôle de ces organes sécréteurs, dont le développement et la disposition offrent tant de variétés, suivant les animaux, peut-il être déterminé ? Leur produit a-t-il des caractères uniformes et une composition identique ? Les physiologistes s'épuisent en conjectures h cet égard ; mais leurs dissertations ne peuvent rien nous apprendre de positif. Il faut demander aux expériences ce qui, sans elles, demeurerait toujours un impénétrable mystère.
Le liquide pris dans l'intestin des chevaux à jeun, analysé par Tiedemann et Gmclin (1), et considéi^ C4)mmedu suc intestinal, était évidemment un mélange de la salive et des fluides gastriques parvenus à l'intestin, avec la bile, le suc pancréatique et le suc intestinal associés aux boissons et aux principes solubles des aliments qui demeurent si longtemps dans l'int&stin des herbivores. Aussi les expérimentateurs allemands ont-ils trouvé à ce produit une composition très-variée. Ils y ont vu nn peu d'acide libre dans la première moitié de l'intestin grêle; du mucus, de l'albumine, une matière casécuse, de la matière salivaire et de l'osmazôme; une autre matière qui rougit par le chlore; de la résine biliaire, un peu de graisse; une substance acide et azotée analogue à l'acide allantoîque ; des phosphate, chlorure, .sulfate et carbonate alcalins; du phosphate, du carbonate de chaux et.de magnésie. Depub l'époque à laquelle cette analyse a été donnée, les physiologistes se sont fait des idées
(1) Tiedemann et Gmelin, Recherches sur la digestion^ i**^ partie, p. 171.