‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 175 sur 191 · RÔLE DES FLUIDES INTESTINAUX · texte numérisé non relu

RÔLE DES FLUIDES INTESTINAUX

les plaques de Peyer, et, de plus, si Ton se rapproche de l'estomac, du suc des glandes de Branner. Or, ne pourrait-on pas pousser l'analyse plus loin, et parvenir jusqu'à un certain point à démêler, à isoler ces trois produits^ à supposer qu'ils ne soient pas identiques ?

Les glandes de Brunnec sont énormes chez le cheval. Pour en obtenir le produit, j'ai lié les canaux biliaire et pancréatiques, appliqué une double ligature bien serrée sur le pylore ; puis, à partir de ce point, j'ai poussé progressivement, par la pression des doigts, le contenu du duodénum vers la partie libre de l'intestin grêle, et j'ai appliqué une ligature sur l'anse pylort(|ue au niveau de la grande mésentérique, de manière à laisser le duodénum tout à fait vide, et à empêcher l'arrivée d'aucun fluide étranger dans sa cavité. Mais alors, comme la pression des doigts avait pu ne pas tout entraîner à cause de la disposition irrégulière de la muqueuse, je recommençai à la comprimer du pylore vers la partie libre de l'intestin, et je plaçai une nouvelle ligature en deçà de celle qui avait été mise précédemment près de la mésentérique. Au bout d'une heure, je tuai l'animal qui était en pleine digestion an commencement de l'expérience. Le pylore, les canaux, l'extrémité postérieure du duodénum étaient bien liés ; celui-ci contenait 80 grammes d'un beau liquide, visqueux, épais, d'une saveur salée, et légèrement alcalin. Il ne se coagulait point par la chaleur, et n'émulsionnait ni n'acidifiait les matières grasses ; seulement, après une agitation prolongée, il en rendait une partie mousseuse, blanchâtre et opaque. M. I^ssaigne le trouva ainsi composé : eau, 98,&?; mucus, 0,95; chlorure de sodium et carbonate de soude, 0,&8; sous-phosphate de chaux, 0,10. Sa densité était de 1,008 à la température de -|- 15 degrés centigrades.

Le fluide des glandes de firunner est donc un suc muqueux qui n'a, sous le rapport de la composition et des propriétés, rien de commun avec le suc pancréatique. C'est bien gratuitement, par conséquent, qu'on a donné à l'amas de ces glandes le titre de second pancréas, et que tout récemment on a supposé que ce produit devait jouir des mêmes propriétés que le fluide pancréatique.

Dès que j'eus appris que le suc des glandes duodénales était un suc muqueux, Je pensai qu'il serait sécrété plus abondamment par suite d'une stimulation quelconque. Pour vérifier mes conjectures, je laissai couler dans le duodénum tantôt la bile^ tantôt le suc pancréatique, et cela pour éviter la plaie nécessaire à l'introduction d'un stimulant étranger.

Lorsque le suc pancréatique arrivait seul dans l'anse diiodénalc, j'obtenais en une heure» sur les sujets en pleine digestion, 500, 800, 1000 grammes d'un liquide limpide, à reflet très-légèrement opalin, visqueux, comme une solution de sucre très-concentrée. Ce mélange de suc pancréatique avec le suc de Brunner, sécrété abondamment, était alcalin, non coagulable par la chaleur. M. Lassaigne Ta trouvé composé de : eau, 98,3/î; mucus, 0,33; chlorure de sodium, 1,20; carbonate de soude et traces de phosphate de soude, 0,03; sous-phosphate de chaux, 0^10.

Lorsque, au contraire, la bile coulait seule dans l'anse après la ligature des canaux pancréatiques, le mélange s'olTrait sous Paspect d'un fluide légèrement jaunâtre, épais, filant et presque semblable, quant aux propriétés physiques, à ce beau liquide citrin et visqueux qu'on trouve dans l'intestin grêle des chevaux à jeun depuis quelques jours.

Voilà donc le suc des glandes de Bruniicr isolé, et le voilà mêlé laotôt avec h bile, tantôt avec le suc pancréatique. Nous sera-t-il possible d'arriver à na résultat analogue en ce qui concerne le produit des glandeç de Peyer, à supposer qoe ces glandes soient de véritables organes sécréteurs?

Les glandes agminées étant petites et ne pouvant être distinguées à Texténear de Tintestiu, chez la plupart des animaux, il paraît difficile de leur appliquer la méthode ordinaire dont nous venons de parler. Ce n*est donc ni chez le cheval, iii chez le mouton, la chèvre, elc. , qu'il faut chercher à isoler le fluide qu'elles sécrètent ; mais on peut, chez le porc, dont la glande de l'iléon s'élève à plas de 2 mètres de longueur, trouver cette autre inconnue dans le problème des sécrétions intestinales. L'expérience est facile : elle consiste à appliquer d'abord le petit compresseur ou une simple ligature près de l'insertion caecale de l'intestin cpnfile, puis à |X)usser, par la pression des doigts, vers le jéjunum, les matières que renfemie l'iléon, sur lequel on place une autre ligature à 1 mètre et demi ou 2 mètres de la première. De cette manière, la dernière partie de l'intestin grêle, renfermant la magnifique glande rubanée, est complètement vide. Au bout d'une heure on toe l'animal. Cette expérience, que j'ai faite assez souvent, ne m'a pas donné un résultat bien tranché ; j'ai vu seulement à la hurface de la glande une couche de mucus plus épaisse et plus consistante que dans les points où la muqueuse n*élait pas recx)uverte par la plaque agminée. Peut*être n'y a-t-il pas, d'après cela, trop de témériié'à présumer que les glandes de Peyer sécrètent du mucus.

11 est vrai que quelques micrographes, BrCicke entre autres, se fondant sur ce fait que les vaisseaux chylifères seraient très-abondants autour et en regard des plaqoes de Peyer, ont cherché à les représenter comme des organes de chylification, des ganglions lymphatiques, destitués par conséquent de toute fonction sécrétoire. Cette vue, qui n'est démontrée ni anatomiqnement, ni physiologiquement, me parait tout à fait fausse. D'abord au niveau des plaques il y a peu de villosités pour absorber le chyle, et je n'ai pas vu chez les animaux, dont les glandes de Peyer sont énormes, plus de chylifères et des chylifères mieux remplis dans les points correspondant à ces glandes que dans leurs intervalles, et je puis dire qu'à ce sujet mes observations sont nombreuses et faites dans de bonnes conditions. 2^ Les injeaions exécutées avec le plus grand soin ne montraient pas de communications entre les chylifères et les follicules de la glande. S"" Le contenu de ces follicules, grisâtre, visqueux, est constitué par des cellules homogènes, des noyaux qui diffèrent très-visiblement des globules ou cellules du chyle. Enfin, l'étude attentive de ces organes, au point de voe physiologique, les montre réellement des organes sécréteurs. Ils sont beaucoup plus développés chez les herbivores et les omnivores que chez les carnassiers ; leon dimensions sont énormes chez les rongeura ; une vaste glande chez le lièvre et le lapin tapisse un renflement terminal de l'intestin grêle; une autre glande semblable, en doigt de gant, revêt l'appendice du cœcum dans toute la partie dépourvue de valvule spirale. Or, cette ampoule termiuale de l'intestin grêle, ce prolongement du caecum, sont quelquefois dépourvus d'aliments et tout à fait pleins du plus beau liquide, tantôt légèrement grisâtre et opaque, tantôt transparent et analogue aune solution de gomme. Ce liquide, qui n'existe pas dans les autres parties de l'intestin grêle et du caecum, se retrouve quelquefois dans le côlon à un point où les foUicoles

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