RÔLE DES FLUIDES INTESTINAUX
solilaires sent extrêmement rapprochés. D'ailleurs, quand on Injecte dans Tintestin < une solution de cochenille, on trouve, déjà au bout d'une heure, les ganglions chy- Ufères du mésentère légèrement rougis par la matière que les chyiifères y ont apportée, tandis que les follicules de la glande de Peyer ne sont pas plus colorés que le reste de la muqueuse. Si, plus tard, ils rougissent, c'est par simple imbibitionet non par l'apport de la matière colorante qui a pénétré dans les chyiifères.
Le suc intestinal de l'intestin grêle est donc le produit des glandes duodénales, des glandes agmînées et des glandes tubuliformes. I^s premières donnent évidem* ment un flnide rouqueux qui se mêle intimement avec le reste ; les secondes sécrètent aussi probablement un mucus qui reste à la surface de la membrane interne ; enfin, les dernières, qui sont les plus nombreuses, sécrètent la partie fluide la plus abondante et dépourvue de viscosité. Or^ comme dans les expériences le duodénum reste étranger h l'anse dans laquelle on recueille le suc intestinal, le produit des glandes de Brunner n'est point mêlé aux deux autres ; de plus, comme le mucus se sépare de ceux-ci par le repos ou la filtration, le suc intestinal proprement dit, c'est-à-dire le suc des glandes tubniiformcs, se trouve tout à fait isolé.
Quant aux sucs sécrétés dans le gros intestin, il n'est pas facile de les obtenir par le procédé dont j'ai donné la description. Les expériences que j'ai tentées sur la pointe du caecum et la courbure pelvienne du côlon du cheval ne m'ont encore conduit à aucim résultat qui mérite d'être mentionné.
Les diverses sécrétions intestinales si abondantes chez les grands herbivores, le cheval entre autres, le paraissent fort peu chez les carnassiers ; du moins il m'a été impossible, en appliquant à ces animanx les moyens qui m'avaient réussi pour les antres, de recueillir des quantités appréciables soit de suc duodénal, soit de suc du reste de l'intestin grêle. Le produit de ces sécrétions doit y être, du reste, peu considérable à cause de la petite sur&ce intestinale. £n effet, la totalité de l'intestin grêle d'un chien est loin de représenter en étendue celte anse longue de 2 à 3 mètres où nous recueillons le suc intestinal du cheval. La faible étendue de la muqueuse des petits animaux sera toujours un obstacle à la réalisation d'une ctude qui devient si facile chez les mammifères de grande taille.
La sécrétion du suc intestinal, dont Haller avait porté le produit à 8 livres en vingt-quatre heures chez l'homme, est sans doute d'une activité en rappoit avec celle de la digestion. Elle devient excessivement abondanie sous l'influence des purgatifs, et alors le fluide qu'elle verse dans la cavité inteslinale n'est plus résorbé comme il l'est probablement dans les circonstances ordinaires. Cette sécrétion fournit une énorme quantité de liquide dans les diarrhées séreuses et muqueuses, lesquelles peuvent résulter, suivant les cas, d'une hypersécrétion, soit des glandes productrices du mucus, soit de celles qui doimenl le flnide ténu et non visqueux. Mais c'est là un point qui rentre dans les attributions du palhologiste.
La sécrétion des sucs intestinaux parait devoir être réglée, comme les autres, par le système cérébro-spinal et ganglionnaire. D'après les idées qui tendent à s'accréditer, les nerfo agiraient sur les glandes intestinales par l'intermédiaire de la circulation; leur section, en paralysant les vaisseaux et eu favorisant l'hypérémie, active* rait les sécrétions de la muqueuse, comme la section du ganglion cervical active la sécrétion de la salive de la sotis-maûUaire ou la transpiration sur un côté del'enco-
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lure et de la face. On obsenre, en effet, une sécrétion exagéiée dans une anse inte»" tinale dont les nerfs mésentériques ont été coupés, et de la diarrhée à la suite de Texcision des ganglions semi*lunaires. Toutefois les modifications déterminées dans ces conditions ne sont pas physiologiques, et elles peu?ent s'expliquer en dehors de toute influence nerveuse. La diarrhée sanguinolente, qui suit quelquefois TexôsioB des senti- lunaires, a une cause suffisante dans les déplacements de la masse intestî* nale et les froissements exercés sur elle, car on TéYÎte, comme je Tai vu sur le chien, en faisant l'opération sans trop de délabrements. De même, l'abondaBie exhalation de sérosité dans une anse intestinale dont les nerfe mésentériques et Yaaculaires ont été soulevés^ puis coupés, résulte des froissements exercés sur ses parob ou seulement de la congestion qui se produit pendant que cette anse cesse d'être soumise à la pression des parois abdominales; c'est un effet analogue à celui qa*oB observe dans la hernie ou dans Téventration. D'ailleurs, le liquide obtenu dans ces conditions est du sérum pios ou moins albumineux, sanguinolent, et non du soc intestinal avec ses caractères normaux. Il suffit d'un peu de tact à l'expérimentateor pour reconnaître les méprises qui ont été commises à ce sujet
Le suc intestinal pris en masse et formé surtout par le produit des glandes de Galeati remplit évidemment plusieurs offices distincts :
1® Il délaye, hydrate le chyme pour rendre plus faciles les actions osmotiqnes.
2^ Il en sature l'acidité en vertu de sa réaction alcaline.
3* Il transforme la jécnle en sucre, comme Prerichs, Bidder et Schmidt Tont constaté sur le chat, Busch sur une femme à fistule intestinale, chez laquelle la fécnk se digérait dans la proportion de 63 pour 100 en cinq heures, et comme je l'ai observé moi-même, surtout en ce qui concerne le suc des herbivores domestiques.
IC II émulslonne les graisses avec lesquelles on l'agite dans des tubes, maïs moins bien que le fluide pancréatique. Je suis arrivé à rendre ce résultat extrêmement sensible en injectant dans une anse d'intestin grêle de cheval 100 âi 150 grammes d'huile d'olive qui se trouvait en grande partie émulsionnée au bout d'une à deox heures. Sur le porc, j'ai vu que le liquide visqueux de la longue glande de TiléoD jouissait des mêmes propriétés, car après avoir injecté de l'huite dans cette portion fermée, je retrouvais une couche crémeuse assez épaisse sur la glande et le reste de l'huile non modiflé. Y a*t-il là une simple émulsion ou de plus un dédoublement opéré en vertu de l'alcalinité du liquide? C'est ce que de nouvelles études pourront ultérieurement décider.
5*^ Enfin il paraît dissoudre, à un certain degré, les matières albuminoldes qui ont échappé à l'action du suc gastrique. Bidder et Schmidt l'ont constaté, soit en opérant par la méthode des digestions artificielles, soit en introduisant dans une anse fermée, et préalablement privée de ses liquides, des portions d'albumine ou de viande dont on détermine le déchet au bout d'un certain nombre d'heures. Busch, sur une femme à fistule de Tintestin grêle sur laquelle le segment intestinal intérieur ne paraissait rien recevoir du segment supérieur, a vu des cubes d'albumine enveloppés d'un tissu léger, introduits dans le premier segment, perdre 35 pour 100 de leur poids en six heures. En injectant dans le même segment ce qui provenait du sapérienr.il parvint à rendre à cette malade un embonpoint satisfiûsant Cette action sur les albaminoïdes m'a toujours semblé extrêmement faible, souvent presque nulle; ausu je
sois persuadé que, dans les expériences où on i*a trouvée très-marquée, le suc intestinal était mêlé à d'autres liquides. Du reste, elle ne m*a point paru propre au suc intestinal des carnassiers, comme le disait Funcke. Sous ce rapport, le suc intestinal des herbivores ne diffère pas sensiblement de celui des autres animaux.
On voit donc que le suc intestinal jouit, mais à un faible degré^ des propriétés des autres liquides digestifs, et qu'il peut, à cause de cela, continuer leur action, donner suite aux élabofations commencées dans la bouche, Testomac et le duodénum. Il paraît pouvoir suppléer, jusqu'à un certain point, ceux qui manquent ou qui se trouvent en quantité insufiSsante. Aussi Tun des liquides peut faire défaut, soit la salive, soit la bile, soit le suc pancréatique^ sans que la digestion des albuminoîdes, des féculents et des matières grasses cesse de s'effectuer.
rV. — Des MUTATIONS DES ALIMENTS DANS L'INTESTIN GRÊLE