‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 18 sur 191 · DU SYSTÈME NERVEUX ET DE L*ENSEMBLE DE SES FONCTIONS · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME NERVEUX ET DE L*ENSEMBLE DE SES FONCTIONS

irritation provoque des mouTements, sans donner lieu à de la doolear on à une sensation quelconque.

La sensibilité dans les organes nerveux est presque toujours associée à l'excitabilité, car c'est par la première que la seconde est mise en jeu; mais les deux propriétés n*en sont pas moins distinctes au fond. Ainsi, lorsqu'une stimulation appliquée à un nerf sensitif donne lieu à de la douleur et à des contractions musculaires, le nerf sensitif reçoit et transmet l'impression; l'encéphale la perçoit et réagit, puis le nerf moteur envoie au muscle l'excitation motrice de l'encéphale.

La propriété en vertu de laquelle s'effectuent les opérations dejia volonté, de l'intdligeoce, de l'instinct, paraît appartenir principalement aux hémisphères cérébraux qui ne jouissent ni de la sensibilité, ni de l'excitabilité telles qu'elles se caractérisent dans les autres parties nerveuses.

Ces propriétés distinctes, séparables, par la fonction, par Texpérimentation et par divers troubles morbides ont leurs instruments, leurs organes particuliers. Il y a en effet, dans le système nerveux, trois appareils spéciaux : l'un pour la sensibilité, l'antre pour la motricité et le troisième pour les opérations instinctives et inteilectnellesL II est facile de démontrer que cette distinction est incontestable.

On sait depuis longtemps, puisque Érasistrate et Galien l'avaient déjà reconnu, qu'il y a des nerfs du sentiment distincts de ceux du mouvement, et les recherches des DQodernes ont mis hors de toute contestation que certains nerfs et certaines parties des centres nerveut, comme la portion ganglionnaire du trifacial, l'olfactif, l'optique, les racines supérieures des nerfs rachidiens, le cordon supérieur de la moelle épinière, sont ^clusivement en rapport avec la sensibilité. Leur ensemble constituerait donc l'appareil sensitif qu'on pourrait même subdiviser en deux fractions : l'une pour la sensibilité générale, l'autre pour la sensibilité spéciale. En second lieu, il y a des nerfe exclusivement moteurs, tels que l'oculo-musculaire commun, le moteur externe de l'œil, le pathétique, le facial, l'hypoglosse, et les racines spinales inférieures. Ces différents nerfs, auxquels il faut joindre le cordon inférieur de la moelle épinière, puis la moelle allongée, où réside le principe des mouvements respiratoires, et le cervelet, qui coordonne les mouvements de translation^ composeraient l'appareil de la motricité. Enfin, les hémisphères cérébraux tonneraient à eux seuk l'appareil chargé de la perception des sensations et de tout ce qui est relatif aux facultés, soit instinctives^ soit intellectuelles.

La localisation de la sensibilité, de la motricité et des facultés intellectuelles dans des parties différentes du système nerveux est, comme nous le verrons, du reste, phis tard, un feit incontestable. Cependant il ne faudrait pas croire que ces trois groupes de propriétés ont partout un siège et des oi^anes parfaitement distincts : s*îl est évident que dans la moelle épinière et les nerfs la sensibilité s'isole de la motricité» il n'en est pas de même dans l'encéphale. Ici le siège de l'une n'est plus bien séparé du siège de l'autre, il y a entre les deux une confusion que l'analyse expérimentale ne parvient pas à dissiper. On voit bien, il est vrai, dans cette masse centrale : d*une part, des parties excitables, telles que la moelle allongée, le pont de Varole, les pédoncules cérébraux et cérébelleux, les tubercules bigéminés, dont rirritation provoque des mouvements ; et d'autre part, des parties sensibles dcins lesquelles la moindre stimulation développe de la douleur; mais, chose bizarre, les

Sk DES FONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX.

parties excitables sont précisément celles qui jouissent de la sensibilité et d*unc sensibilité exquise, de telle sorte qu'en elles le siège du sentiment paraît confondu avec celui de la motricité, particularité qui s'explique, du reste, par l'intrication des fibres sensitives et des fibres motrices qui viennent constituer les renflements encéphaliques. De plus, il y a dans ceux-ci d'autres parties, telles que les hémisphères cérébraux, les corps slriés, les couches optiques, le cervelet, qui ne sont ni sensibles^ ni excitables, et pourtant elles ne sont étrangères ni aux actions sensitives, ni aux actions motrices, puisque leur lésion détermine à la fois, soit la paralysie, soit des troubles variés dans la locomotion, la perte de sens, l'abolition de la perception. Cette association entre deux facultés si différentes et la confusion qui en résulte s'opposent à ce qu'on puisse nettement séparer dans l'encéphale l'appareil de la sensibilité de celui du mouvement, si tant est qu'ils y soient réellement distincts.

Quant à la délimitation de l'appareil affecté aux fonctions instinctives et întellcc • luelles, celle-ci offre moins de difliculté : les travaux de M. Flourens ont prouvé qu'elles s'effectuent dans les hémisphères cérébraux, et non pas à la fois dans ces parties et le cervelet, comme l'avaient cru certains physiologistes ; mais ces hémisphères, par cela même qu'ils remplissent encore un rôle important relativement aux sensations et aux mouvements, ne peuvent être considérés comme un appareil exclusivement en rapport avec les premières de ces fonctions.

Il y a donc dans le système nerveux des parties qui président à la sensibilité^ d'adtres à la motricité, et quelques-unes enfin aux facultés de l'instinct et de l'intelligenc43. Bien que ces parties ne soient point complètement distinctes, notamment dans l'encéphale, elles ne forment pas moins les trois appareils spéciaux dont nous avons parlé. Celle pluralité des appareils dans un système unique est déjà un fait très-remarquable ; mais il y a plus : chacun d'eux se fractionne à son tour en petits organes ayant des attributions déterminées que les recherches expérimentales ont mises en évidence. « En effet, du cerveau naît, dit Al. Flourens (1), la faculté par « laquelle l'animal pense, veut, se souvient, juge, perçoit les sensations et corn- » mande à ses mouvements ; du cervelet dérive la faculté qui coordonne ou équi- » libre les mouvements de locomotion ; des tubercules bijumeaux ou quadriju- » meaux, le principe primordial de l'action du nerf optique et de la rétine; de la » moelle allongée, le principe premier moteur ou excitateur des mouvements respi- » ratoires; et de la moelle épinière enfin^ la faculté de lier ou d'associer en mouve- » ments d'ensemble les contractions partielles immédiatement excitées par les nerfs » dans les muscles. »

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