III. — Action nerveuse en général
L'activité du système nerveux résultant de la participation de plusieui*s organes dont les propriétés et le rôle sont distincts, s'exerce suivant trois modes : 1** de la circonférence au centre; 2° dn centre h la périphérie; 3*» dans les organes centraux eux-mêmes. Par le premier mode toutes les impressions, quelle qu'en soit la nature et de quelque part qu'elles vieimcnt, sont reçues d'abord, puis envoyées aux parties cen-
(1) Flourens, Hecherche^ expérimentales sur' iei propriétés et /<?y fondions du système nerveux. 2^édiUoii. Paris, iS^by [.. 236.
DU SYSTÈME NERVEUX ET DE L'eNSKMBLE DE SES FONCTIONS. 85
traies ; par le second inode, les centres réagissent consécutivement aux impressions éproufées et provoquent le mouvement dans les parties contractiles; parle troisième les centres effectuent en eux-mêmes les opérations merveilleuses d'où résultent rinstinctt Tintelligence, la volonté. La disposition du système nerveux est admirablement appropriée à ces modes d'activité et aux résultats variés qui en dérivent Constituant un immense réseau qui enveloppe et pénètre toutes les parties, le système nerveux les lie, les met en harmonie entre elles et en communication incessante avec ses foyers d'activité ; il transforme l'organisme en une administration où les rôles divers, effectués isolément, sont soumis à une impulsion commune, associés çntre eux et réglés en vue des résultats définitifs.
Indépendamment des actions spéciales effectuées par chacune des parties du système nerveux, il est une action collective, générale, disséminée, par laquelle ce système provoque et règle le jeu de toutes les parties, établit l'harmonie, le consensus entre elles. C'est ce qu'on désigne souvent sous le nom vague d'innervation.
L'influence nerveuse n'est sans doute pas indispensable à la vie appelée organique 00 végétative, car sans elle, tous les actes de la nutrition et de la reproduction s'exécutent parfaitement dans les plantes, ainsi que les premiers phénomènes du développement dans l'œuf; il semble même que les actes intimes de la nutrition ou de la sécrétion n'en dépendent point directement. Mais dès que le système nerveux apparaît, il se subordonne et dirige toutes les actions de l'organisme. Par l'intermédiaire de la sensibilité, de la motricité, par les modifications qu'il imprime à la circulation et par suite à la distribution, à l'emploi des matériaux nutritifs, il stimule ou modère l'activité des organes.
L*innervation, considérée relativement au reste de l'organisme, étend son influence sur toutes les fonctions et sur tous les organes sans exception; il n'est pas une action, de quelque nature qu'elle soit, qui ne se trouve sous sa dépendance : la démonstration en est facile à donner. Le nerf d'un organe des sens cesset-il d*é(re en communication avec l'encéphale, aussitôt la sensation est abolie. Le nerf d'un muscle est-il dans la même condition, le muscle n'obéit plus à la volonté et cesse de se contracter; il est paralysé; bientôt il va s'atrophier, et il mourrait complètement si l'influence des ramifications ganglionnaires ne suffisait à entretenir dans sa masse une nutrition languissante. Opère-t-on la section des poeomogastriques, la glotte se ferme en grande partie, l'air pénètre difficilement dans la poitrine, l'animal ne tarde pas à périr asphyxié. A-t-on soin, lors de cette section, d'ouvrir la trachée pour donner accès au fluide qui ne traverse pas le larynx, d'autres effets encore se produisent : le poumon s'engoue, les bronches se remplissent de mucosités, l'hématose reste imparfaite, la respiration devient d'une lenteur extrême, la température du corps baisse, et tout cela par suite de l'affaiblissement de l'innervation sur le cœur et sur l'oi^ane de la sanguification. Des effets analogues se manifestent dans d'autres parties dès l'instant qu'elles sont soustraites i rinfluence nerveuse ; elles perdent leur sensibilité si elles en possédaient une appréciable^ la laculté de se mouvoir si elles sont de nature contractile; leurs sécrétions se suspendent, leur nutrition languit, elles s'atrophient et finissent par être frappées de mort.
Cette influence dominatrice, sans laquelle nul tissu ne peut vivre et nul organe
fonctionner, ne $*exerce point suivant des lois identiques pour tous les animaux; elle offre dans ses phénomènes des modifications assez nombreuses correspondant à celles qui s*observent dans la disposition anatomique du système nerveux. La pins générale et la première de ces lois est celle-ci : Finnervation est d'autant plus centralisée que ranimai est plus haut placé dans Téchelle zoologique.
D*abord, il est évident qu'il ne saurait y avoir de centralisation chez les êtres les plus simples dont le système nerveux est, pour ainsi dire, disséminé. L'une quelconque des parties du corps ayant en soi ce que possèdent toutes les autres, il n'y a pas de raison pour que la première soit dépendante des secondes : aussi, quand une hydre vient à être coupée en deux, chaque moitié peut-elle vivre isolément comme elle vivait étant réunie à l'autre. Dès qu'apparaissent des renflements ganglionnaires, la centralisation se manifeste à un degré plus ou moins prononcé. S'ils forment une chaîne dans laquelle la même disposition se répète un grand nombre de fois, comme on le voit chez les articulés, chaque ganglion constitue un petit centre où aboutissent des sensations et d'où partent des influences motrices, de telle sorte que la division de l'animal en deux moitiés, par exemple, permet encore à celles-ci de vivre comme le faisait l'animal tout entier : c'est eflectivement ce qui arrive chez les naîdes, les lombrics, d'après les observations de Trembley, de Bonnet, de Réaumur. Il n'en est plus de même chez la plupart des articulés et des mollusques dont les ganglions céphaliques acquièrent des proportions relatives considérables; néanmoins la centralisation nerveuse de ces auimaux n'est j>as telle que l'ablation du collier œsophagien détermine immédiatement la mort Dans les vertébrés, l'action nerveuse se concentre de plus en plus^ et la dépendance qui existe entre ses divers éléments devient de plus en plus intime; mais il y a encore, sous ce rapport, une grande distance entre le reptile et le mammifère : la salamandre, par exemple, peut survivre des mois entiei^ à la décapitation, tandis qu'un animal à sang chaud meurt immédiatement après la destruction de la moelle allongée, bien que l'encéphale et la moelle épinière soient intacts.
La seconde des grandes lois de l'innervation peut être ainsi formulée : l'influence nerveuse est d'autant moins centralisée que l'animal est plus jenne ou moins avancé dans son développement.
Le fœtus se forme sans qu'il ait un système nerveux achevé; il arrive même à son complet développement, bien que quelquefois, ainsi que les acéphales le prouvent, le cerveau manque complètement ou n'existe qu'à Tétat de vestige. Tous les expérimentateurs ont remarqué que les jeunes animaux survivent plus aux mutilations des centres nerveux que les sujets adultes. J'ai décapité à la fois six jeunes rats qui n'avaient point encore la peau recouverte de poils ; ils ont exécuté des mouvements spontanés pendant 20, 25, 30 minutes après l'opération; des sujets adultes, soumis par comparaison à la même expérience, n'exécutaient plus aucun mouvement au bont de /iO à 50 secondes.
Une troisième loi est : que l'influence nerveuse ne tient pas toutes les fonctions dans une dépendance également intime.
Celles qui en dépendent le plus immédiatement sont : les sensations, la locomotion et toutes les autres fonctions de relation. Il suflSt du moindre trouble apporté d^Qs l'action des centres pour que les sensations, les mouvements, soient per*