‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 181 sur 191 · MOUVEMENTS DE L'INTESTIN · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DE L'INTESTIN

Sar un chevai du poids de ^00 kilogrammes nourri au foin, soit 10 kili^rammes, il y aurait, d'après les estimations basées sur mes expériences :

A2 kilogrammes de salive*

5 de suc gastrique.

5 de bile.

5 de suc pancréatique.

10 de suc intestinal.

soit 67 kilogrammes, ou le sixième du poid$ de Tanimal. Si le corps renferme les deux tiers d*eau, le quart du liquide de l'économie est versé, comme chez Thomme, chaque jour dans le tube digestif.

Indépendamment des infusoires dont il a été question plus haut, on peut trouver dans Tintestin d'autres êtres vivants encore peu étudiés. Ce sont : 1^ des bactéries que j'ai vues dans l'intestin grêle, comme dans l'estomac, après quelques heures de digestion, chez les chiens qui avaient mangé de la viande faisandée, ou des aliments altérés, même chez des oiseaux, la fauvette notamment; 2° des amibes, souvent en quantité prodigieuse; 3° des corpuscules appelés Cryptococcus guttulattis, signalés par Remak dans l'intestin des ruminants, du porc et du lapin; U*" des frustulaires, formés par une série de cellules inégales, et qui paraissent se rencontrer dans l'intestin de tous les herbivores. Les matières excrémentitielles de quelques espèces montrent aussi, suivant les cas, des infusoires analogues à ceux que Leuwenhoeck, puis Leuret et Lassaigne, ont trouvés sur l'homme et les batraciens, des vibrioniens, des cercomonas signalés plus récemment dans les déjections des cholériques.

y. — Des mouvements intestinaux et de la défécation.

En traitant dé la digestion intestinale, nous avons fait abstraction des mouvements que l'intestin imprime aux matières qu'il contient ; nous avons vu l'estomac chasser, à travei's l'orifice pylorique, des ondées de chyme qui, en arrivant dans le duodénum, se mettent en contact avec de nouveaux agents modificateurs. Il faut examiner maintenant les contractions intestinales qui règlent la durée du séjour des aliments, le mode et la vitesse de leur progression, enfin le départ du résidu des actions digestives. Ces simples phénomènes, placés'sous la dépendance du système nerveux, ne nous paraîtront pas moins admirables que le rhythme des mouvements du cœur et des divers organes contractiles.

Les mouvements de l'intestin que Galien a indiqués avec précision, et que les sacrificateurs anciens avaient pu observer dans tous leurs détails, peuvent se voir aussi bien sur l'animal vivant, dont le ventre est largement ouvert, que sur l'animal récemment tué. Ils deviennent môme sensibles au toucher, lorsque le bras de l'observateur s'engage dans la cavité abdominale à travers une plaie du flanc. Haller en a donné une description à laquelle il y a peu à ajouter.

Les mouvements intestinaux, examinés sur un animal qui vient de mourir ou qu'on a sacrifié depuis peu, paraissent n'avoir aucune régularité, aucun rhythme déterminé. On voit toute la masse intestinale, étalée au contact de l'air, s'agiter

Btili DE LA DIGESTION.

d'abord irès-lentement et en quelquf^ points, puis avec plus de vivacité el: d*aae manière confuse. Les circonvolutions glissent les unes sur les autres; les plus superficielles deviennent profondes; les circonvolutions, d'abord cachées, deviennem apparentes. Dans les points dilatés, il se produit un étranglement de plus en plie marqué. Au delà se forme une bosselure qui s'agrandit progressivement Bientôt k rétrécissement s'efface et se trouve remplacé par une dilatation, puis la dilataim devient un étranglement. Les dépressions et les bosselures naissent à la fois sur plusieurs points et se succèdent avec une certaine rapidité; l'intasiin en masse décrit des ondulations comme le corps d'un serpent replié et enroulé sur liii-Diême. Les circonvolutions changent continuellement d'aspect : les plus petites arrivent à décrire des courbes d'un grand diamètre; les plus grandes se tordent, se divisent et se fractionnent. Les parties cylindriques et resserrées se dilatent, puis deviennent noueuses. Les aliments, les fluides et les gaz se déplacent. On les voit passer d'une anse déprimée dans une anse dilatée, et leurs mouvements s'accompagnent parfois d'un léger bruit.

Ces contractions, auxquelles l'impression de l'air froid donne une certaine vivacité, sont plus prononcées sur les animaux en pleine digestion que sur ceux dont l'intestin est très- distendu par les aliments ou à peu près vide. Après s'être opérées pendant un certain temps, elles se ralentissent et perdent de leur énergie ; les nœuds persistent plusieurs minutes^ les rétrécissements ne disparaissent qu'après de longues périodes. Si alors on déplace un peu la masse, les mouvements se raniment ; les anses demeurées à l'abri du contact de l'air recommencent à s'agiter avec une nouvelle vivacité. Si l'on projette à leur suiface quelques gouttes d'eau froide, les points touchés par le liquide deviennent des centres de contraction. Le même effet se produit par suite d'un pincement des tuniques intestinales, par l'action d'un acide, de l'alcool concentré ou d'un caustique. Aux endroits irrités, l'intestin s'étrangle et chasse son contenu au delà des parties resserrées. Si 1 on fait une petite incision aux parois de l'intestin, il s'en échappe d'abord une faible quantité de matières alimentaires, et bientôt les bords de la plaie se renversent et forment, comme le disait Hallcr, deux espèces de lèvres recourertes par la mtiqueuse devenue extérieure. Une anse détachée du reste se vide d'une |>artie de son contenu, prend l'aspect d'une corde noueuse et le conserve après l'extinction de sa contractilité ; ses extrémités se renversent au dehors sous la forme d'un boarrelet saillant tapissé par la menibrane interne. Une anse semblable, récemment détachée et liée aux deux extrémités, se meut vivement dans l'eau tiède, où elle a été projetée.

Les contractions, qui paraissent irrégulières et sans ordre déterminé, s'opèrent cependant, pour la plupart, de l'estomac vers le gros intestin. Les aliments et les liquides oscillent, il est vrai, de l'iiéon vers le duodénum, et du duodénum \ers l'iléon ; mais enfin la direction péristallique prédomine, car, au bout d'un certain temps, le tiers supérieur ou la première moitié de l'intestin grêle est à peu pKs vide, et toutes les matières sont accumulées dans la dernière jusqu'à l'iléon contracté. C'est ce qu'on voit très-bien chez les animaux solipèdes. Haller a obsené que ces mouvements de l'intestin persistent après la mort plus longtemps que ceux du cœur. Il les a provoqués une heure après la mort apparente chez le chien et la

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grenouille. Je les ai vus encore irès-sensibles cinquante et même cinquante-cinq minutes sur le cheval, après la mort déterminée par la section de la moelle épinière au niveau de Toccipital.

Les mouvemenis intestinaux, si sensibles lorsque la cavité abdominale est ouverte depuis-quelques instants, sont moins prononcés à Tétat normal. On les voit faibles et lents sur ranimai vivant, au moment même de Tincision des parois abdominales, comme sur les animaux où ils sont observés à travers le péritoine demeuré intact. Dans ce cas ils sont lents, assez réguliers, suspendus par moments ; leur rbylhme paraît consister dans une série d'oscillations dues aux contractions périsialtiques prédominantes alternant avec les antipéristaltiques. Ils ne prennent de la vivacité que par suite de l'impression de l'air ou du contact d'un stimulant un peu énergique. Leurs caractères et leurs effets varient stiivant les régions du tube intestinal. Ils sont trèsénergiques et très-fréquents au diiodénum constamment stimulé par le passage des ondées de chyme, ainsi que par l'afQux des sucs biliaire et pancréatique; ils le sont encore assez dans le tiers supérieur de l'intestin grêle, puis se ralentissent dans le reste du viscère. Ces mouvements acquièrent une grande activité, lors de l'arrivée d'une grande quantité d'aliments et de liquides dans l'intestin. Dans tous les cas, pour s'en faire une idée exacte, il faut éviter l'air. L'air les excite, les exagère, les rend irréguliers et tend à en modiGer le rhythme.

Les mouvements de l'intestin sont évidemment sous la dépendance du système nerveux. Ils peuvent cependant se produire et persister longtemps après la mort quand l'intestin est séparé non-seulement du centre cérébro-spinal, mais encore des ganglions du sympathique. Les impressions générales, les émotions, la frayeur, l'injeciiou des médicaments dans les veines, l'arrivée de liquides très-fit)ids les activent; la sortie précipitée du chyme de l'estomac leur donne de la vivacité; les purgatifs qui entrent dans l'intestin les provoquent bien au delà des points où ils sont parvenus, et les clystères les excitent aussi au-dessus des régions où ils ont pénétré. Quelques physiologistes veulent, comme M. Schiff, les faire dépendre de la circulation qui les influence manifestement^ car on les voit affaiblis sur l'intestin congestionné et très-énergiques sur l'intestin exsangue. Mais il me semble qu'on a mal interprété les résultats des expériences faites sur ce point. Si, en liant l'aorte,

par exemple, on produit des effets analogues à ceux qui résultent de l'irritation des nerfs, on les détermine également en faisant pénétrer l'air dans la cavité péritonéale. Aussi, tant que les expérimentateurs n'isoleront pas ces influences, on pourra rapporter à l'action de l'air la plupart des effets observés ï la suite des troubles de la circulation et de stimulations diverses.

La locomotion intestinale offre quelques particularités dans les divers animaux.

Pendant l'abstinence, l'intestin grêle des carnivores est petit, complètement affaissé sur lui-même; sa cavité s'est oblitérée, il ressemble à une corde noueuse dont l'aspect est tout à fait caractéristique. Celui des solipèdes est également affaissé et contracté dans sa partie antérieure, sur un trajet de 3, A, 5, 6 mètres et plus; sa deuxième moitié, plus ou moins dilatée, renferme les matières qu'il a conservées. Cet état persiste sur le cadavre seulement quelques heures après la mort II disparaît lors(|u'un commencement de décomposition a déterminé un dégagement de gaz qui distendent les diverses parties du tube digestif. Le même phénomène s'ob-

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serve snr les animaux tués lorsqu'ils digèrent plus on moins activement Les paiiiES antérieures, ayant continué à se contracter encore après la mort, ont poussé f» l'iléon ce qu'elles contenaient; et une fois à peu près vides, elles se sont dispiwfe en cordon plus ou moins régulier ou noueux. Ce résultat constant a été coosidéR par Girard et d'autres auteurs comme un rétrécissement dérivé des privations ei è la faim ; mais c'est une erreur. Le rétrécissement d'une partie de l'intestin se djaûpt par l'insufflation et par l'accumulation des gaz, dès que la rigidité cadavérique i cessé dans les viscères contractiles de l'abdomen.

Leur énergie n'est pas la même dans tous les animaux : elles ont une grandi puissance chez les carnivores, dont la tunique musculeuse de l'intestiD est trèsépaisse; aussi peuvent-elles, par moments, resserrer l'intestin, soit par places, soit dans son ensemble, au point de lui donner l'aspect funiculaire. Elles sont CaiUs chez les herbivores, qui ont^ en général, les parois intestinales minces.

Il est à noter que la dernière partie de l'intestin grêle, chez les solipèdes, longue d'un mètre à un mètre et demi, est constamment contractée après la mort et à peo près vide. Celle-ci joue un rôle important relativement à la progression des aliments et à leur passage dans le gros intestin.

On conçoit, pour peu qu'on y réfléchisse, que le transport des matières alimentaires de l'estomac dans le gros intestin doit être assez ralenti pour que la bile, k suc pancréatique et le suc intestinal, aient le temps d'agir sur elles, et les villosités celui d'absorber les principes assimilables. Le but ne serait pas atteint si les mouvements péristaltiques étaient simplement ralentis; car il est indispensable que les matières soient sans cesse agitées et soumises vingt fois -an contact dei surfaces absorbantes ; mais il l'est par le fait du rhythme des contractions intestinales, qui font osciller les aliments du duodénum vers l'iléon, et de l'iléoi vers le duodénum ou plutôt d'une anse vers une autre. Les aliments, arrivés ven la dernière portion de l'intestin grêle, ne peuvent aisément passer dans le caecnni; car ('iléon, |qui a un faible diamètre, des parois fort épaisses et presque tonjoun contractées, leur oppose une barrière puissante. Cet iléon, comparable pour l'épaisseur des parois et les contractions énei^ques, à Textrémité inférieure de l'œsophage des solipèdes, empêche évidemment tout le contenu de l'intestin grêk de passer dans le caecum quand l'animal boit une grande quantité d'eau ; il k pousse lentement dans le gros intestin lorsque le jéjunum est suffisamment distendu. Une particularité si remarquable n'est pourtant pas générale; elle manque aux ruminants, dont les aliments n'arrivent dans l'intestin grêle qu'en très-pelites portions à la fois.

Les contractions de l'intestin grêle donnent lieu quelquefois à ce qu'on appelle l'invagination : une portion contractée ou très-rétrécie s'engage en dedans de la portioa suivante, qui se trou?e dilatée. Haller (1) eut l'occasion d'en voir une se produire sur un lapin dont l'abdomen était ouvert. On en trouve assez souvent plusieurs placées à une certaine distance les unes des autres chez les jeunes chiens. J'en ai observéqoatre sur le trajet de l'intestin grêle d'un jeune singe. Peut-être ces invaginations sootelles très-fréquentes et disparaissent-elles souvent sans grandes difficultés. Le tdI-

(1) Mémoires sur la nature sensible, et iiTif. des part, du corps^ cte., t. I, p. 331»

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