‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 182 sur 191 · MOUVEMENTS DE L*INTESTIN · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DE L*INTESTIN

vulus, qui D^estpas rare chez le cheval, paraît se lier à la disposition de rintestin grêle et au resserrement de la dernière portion. J'en ai vu un, avec M. Bouley, dans lequel les dernières anses de l'intestin grêle s'étaient enroulées plusieurs fois autour de l'iléon contracté^ de même qu'on le fait aisément sur le cadavre. On conçoit le mécanisme de ce déplacement en se rappelant qu'à la suite de l'ingestion d'une grande quantité d'eau froide, celle-ci arrive bientôt jusqu'à l'iléon qui, par son resserrement, lui ferme l'entrée du caecum. Alors la dernière anse, distendue et redressée par le liquide que chassent les contractions des parties antérieures, se renverse par son propre poids et se tord sur l'iléon, pour peu qu'elle soit sur un plan supérieur à celuiH:i.

Les matières alimentaires et les boissons cheminent assez rapidement dans l'intestin grêle, car il suffit de cinq à quinze minutes pour qu'une partie des liquides (|ui sortent de Teslomac parcourent tout le trajet qui sépare le réservoir gastrique dti caecum. Ce trajet a cela de remarquable, chez les solipèdes^ que les deux extrémités de l'intestin grêle .se trouvent à un niveau plus élevé, que la partie moyenne de cet organe, l'une étant CixéQ sous les piliers du diaphragme, et l'autre sous le rein droit, à l'arc du caecum. Aussi les matières alimentaires doivent-elles suivre, dans l'ensemble de leur progression, d'abord une marche descendante, puis une marche ascendante.

Une fois que les matières alimentaires sont arrivées dans le caecum, elles y séjournent plus ou moins, et n'en sortent que difficilement, par petites portions chez certains animaux, tandis qu'elles passent librement de là dans le côlon chez la plupart : mais jamais elles ne refluent dans l'intestin grêle.

Ce caecum, parfaitement circonscrit chez le cheval et les autres solipèdes, y présente un grand nombre de bosselures séparées par des plis transversaux. Sa pointe ou son fond descend vers l'appendice abdominal du sternum, et ses deux orifices, tout à fait supérieurs, se trouvent fort rapprochés de la colonne vertébrale ; aussi les aliments et les liquides qu'il reçoit tombent-ils vers sa partie déclive, puis remontent, contre leur propre poids, lorsqu'ils passent dans le côlon, tandis que les gaz occupent l'arc ou la région la plus élevée. Les matières délayées, qui y sont tenues en dépôt, ne peuvent refluer dans l'intestin grêle, par suite de l'obstacle qu'oppose le prolongement saillant de l'iléon, si développé chez le porc et découpé en deux petites lèvres dans certaines espèces. Elles ne passent qu'avec lenteur et en très-petite quantité dans le côlon replié, en raison de la disposition singulière de l'orifice qui fait communiquer entre elles ces deux sections du gros intestin, orifice étroit, sinueux, courbé sur lui-même et à parois plissées. Dès qu'elles y acquièrent une ^ande consistance et qu'elles s'y dessèchent, elles ne fi-anchissent plus ce détroit. Aussi le cscum ne peat-ii se désobstruer dans certaines indigestions, surtout lorsqu'il contient 30 à UO kilogrammes d'aliments tassés et moulés dans ses cellules, comme M. Bouley me l'a fait voir il y a longtemps, sûr deux chevaux morts à la suite de violentes coliques.

Le contenu du cascum passe dans le côlon, soit lorsque le premier réservoir est trop plein, soit lorsque les parois de celui-ci se contractent de la pointe vers l'arc, c'est-à-dire de la partie déclive vers la plus élevée. Ces contractions, qui paraissent faibles sur rauioiai dont l'abdomen est ouvert, doivent cependant jouir d'une énergie

considérable, puisqu'elles font remonter dans lexôlon les lialles de^plomby les hillK de marbre assez lourdes qu'on fait avaler au cheval. Peut-être ne sofU-eHes pas étrangères au développement de cette invagination par laquelle la pointe à% TorgaM remonte dans Tare et vient sortir dans le côlon replié. '

La disposition si remarquable du caecum des solipèdes n'est pas fort commane parmi les mammifères : elle se rapproche beaucoup de celle du caecum du lièvre, ^ du lapin et de plusieurs pachydermes; mais elle n'a plus rien de commun avec celle qu'on observe chez les ruminants et les carnivores, car chez cenxsâ le caecuni est cylindrique, sans replis, sans bosselures ni bandes longitudinales; et il n'y est séparé du côlon par aucun étranglement qui puisse empêcher les matières alimentaires de passer aisément de l'un dans l'autre. D'ailleurs chez tes ruminants et les carnassiers il est réduit à un rôle d'une minime importance.

Les aliments, une fois arrivés dans le côlon, s'y accumulent en grande quantité, surtout chez les vieux chevaux et les animaux qui digèrent mal. Us sont encore très-délayés dans les premières sections, depuis le caecum jusqq'à la courbure siissternale et de celle-ci à la courbure pelvienne ; mais ils preiment de la consistaiice à mesure qu'ils se rapprochent du côlon flottant. Leur marche est faYorisée, au lien d'être ralentie, par les plis appelés improprement valvules conniventest valvoleB qm divisent la masse, l'ébranlent portion par portion, par un mécanisme analogue ï celui, des palettes d'une roue hydrauUque. Le ralentissement de cette progreseno tient à l'étendue du trajet que les matières parcourent, puis au rétrécissement de h courbure pelvienne, et de l'origine du côlon flottant, dans lequel elles ne parviennenC qu'après avoir été privées d'une forte proportion de leur véhicule aqueux. Elles s'arrêtent même au niveau des rétrécissements si elles sont sèches ; elles s'y durassent et forment les pelotes stercorales qui occasionnent si fréquemment des ooUqoes graves ou mortelles ; mais ce n'est pas dans ces points que s^oument ces calcob énormes dont le poids s'élève jusqu'à 8 à 1 0 kilogranunes, sans que leur présence soit incompatible avec l'entretien régoUer des fonctions digestives.

Les contractions du gros intestin n'ont pas la vivacité qui appartient à celles de ^intestin grêle ; cependant leur énergie est quelquefois très-considérable. On les voit très-bien sur un animal tué depuis quelques minutes et doùt rinlestin est étalé hors de la cavité abdominale. On les voit de même sur un animal vivant dont le côlon modérément lèisté est mis à découvert. Dès que l'impression de l'air s'est fait sentir depuis quelques instants, les contractions, auparavant très-faibles, prennent une vivacité graduellement croissante. Les bosselures se changent en dépressions, les dépressions deviennent des bosselures, suivant une succession souvoit assez rapide. Le côlon, dans ses parties déjà rétrécies, se resserre et se dilaté tour à tour, au point que, par moments, la courbure pelvienne arrive à n'avoir pins que e tiers de son diamètre normal.

Ces contractions, d'autant plus sensibles que l'intestin est moins distendu, ont besoin d'une grande énergie pour faire progresser des masses énormes d'aliments, et souvent contre les lois de la pesanteur, comme de la courbure sos-stemale à la courbure pelvienne, et de la courbure diaphragmatique h la naissance du côlon flottant. Les fibres circulaires qui les déterminent prennent des points d'appui ssur les fortes bandes longitudinales dont l'usage essentiel est, oommie l'avait remarqué

MOUVfiMENTS DE L'INTESTIN. Sh9

Galien, de donner de la'solidiié aux parois intestinales. Quant à ces rubans euxmêmes, fis ne paraissent pas se contracter sur le côlon replié et le caecum, mais leur contraction devient parfois sensible sur le côlon flottant, où ils sont trës-éTideitiment et ciclusivemcnt de nature musculaire.

Les matières parvenues dans le côlon flottant ont cédé aux al)Sorbants une grande partie des liquides qui les imprégnaient. A mesure qu'elles cheminent dans cette dernière section du tube digestif, elles acquièrent une plus grande, consistance* Les valvules connWentes divisent la masse en petites pelotes qui se tassent progressivement et se recouvrent d'une légère couche de mucus. En passant d'une cellule dans la cellule suivante, chaque pelote conserve sa forme et son volume, sans jamais se réunir avec celles qui Tavoisinent. Elles s'entassent dans le rectum en quantité plus ou moins considérable, jusqu'au moment de leur, élimination. ,

Chez un grand nombre d'animaux, le côlon, au lieu d'ofliir la disppsition sire* marquable qui appartient aux solipèdes, aux pachydermes et à quelques rongeurSi conserve l'aspect de l'intestin grêle. Il n*a dans les ruminants et les carnassiers^ par exemple, ni dilatations ni resserrements alternatifs; il y est dépourvu de bosselures; de valvules, de bandes Jobgitudinales. Cependant les matières siercorales s'y rassemblent en petites pelotes, comme on le voit chez le mouton, la chèvre, le dromadair^, le lièvre, le lapin, etc. Ce résultat, dont la cause ne réside, point datis une disposition anatomique, tient au mode spécial de contraction des dernières parties du gros intestin qui s'étri^nglent de distance eu distance,de manière à prendre l'as* pect moniliforme d'une corde noueuse* Les pelotes, souvent assez espacées, peuvent s'amassei* dans le rectum sans se confondre les unes avec les autres.

Chez les carnivores dont le côlon est extrêmement court, ce mode de contraction ne s'observe pas. Le gros intestin reste dilaté uniformément. Leâ excréments, s'ils sont consistants, s'y moulent sous la forme d'un cylindre/que coupent en pln-> sieurs segments les contractions du sphincter. ...

Les matières stercoralés, lorsqu'elles se sont entassées dans le rectum, font naître une sensation spéciale qui exprime; le besoin de la. défécation. Le. sphincter de ' l'anus, jusqu'alors resserré, sans rinteryéntion de la volonté, se relâche volontairement; le rectum se contracte d'avant en: arrière; le diaphragme 'et les muscles abdominaux viennent au secours du dernier, segment intestinal, dont l'action isolée resterait le plus souvent impuLsiante,'bien qu'elle ne manque/pas d'énergie, car Haller, Legallois et d'aulres l'ont vue chez le chien suflire à l'expulsion des fèces, pendant que l'abdomen était ouvert. Il est à noter que souvent cette évacuation a lieu sans que le rectum soit rempli sur toute sa longueur. On voit, en effet, assez fréquemment clieis le bœuf, au moment où l'anus s'ouvre, les matières venir de loin et remplir bientôt les parties postérieures de cet intestin momentanément dilatées.

Les matières alimentaires, pour traverser toutes les sections du tube digestif, c'est-à-dire pour parcourir, chez le cheval, un trajet moyen de 30 mètres, chez le mouton, de 32 mètres, et chez l^bœuf, de 56 mètres, n'emploient pas un terpps bien considérable. Nous avons vu, en eflet^ que les petits tubes, les boules creuses, que Réaumur et Spallanzanl bisaient avaler à des moutons, étaient quelquefois rendus avec les excréments, trente, trente-trois heures après leur ingestion, et pour*

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