‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 20 sur 191 · DU SYSTÈJMB NERVEUX ET DE L'ENSEMBLE DE SES FONCTIONS · texte numérisé non relu

DU SYSTÈJMB NERVEUX ET DE L'ENSEMBLE DE SES FONCTIONS

Tertis oa mis dans l'impossibilité de s'effectuer. Les fonctions de la vie organique y sont moins directement soumises : le mouvement nutritif, les sécrétions, TabsorptioQ, continuent même un certain temps après que le centre cérébro-spinal a cessé d'agir. Toutefois plusieurs d'entre elles sont vivement impressionnées par les causes qui agissent sur le cerveau ; et, pour n'en citer qu'un seul exemple, voyez les battements du a^ur se précipiter, la digestion se suspendre, la peau se couvrir de sueur par suite d'une émotion subite, d'une passion violente, etc. Mais ici il faut tenir compte de l'intervention du système ganglionnaire, dont l'influence moins sensible modifie celle du cérébro-spinal.

Une quatrième loi est : que l'influence nerveuse varie suivant les individus et les diverses conditions dans lesquelles ils peuvent se trouver.

Les principales variations sous ce rapport tiennent à l'état de veille ou de sommeil, de santé ou de maladie, d'activité^ d'engourdissement ou d'hibernation : nous les indiquerons à leur place quand l'occasion s'en présentera.

Maintenant faut-il se demander par quelle force, quel agent, le système nerveux effectue ses merveilleuses actions sensitives et motrices. La question n'est pas moins insoluble aujourd'hui que par le passé, quoiqu'elle ait fait l'objet de nombreuses études de la part des physiologistes et des physiciens.

Les anciens, comme on le sait, s'imaginaient rendre compte des actions nerveuses en admettant des esprits animaux, ou des fluides subtils qui circulaient dans les nerfs et dans les centres nerveux. Mais ces fluides subtils, dont les particules pouvaient se mouvoir avec célérité pour mettre en jeu les muscles, ne rendent pas les explications plus faciles. Boerhaave(l) peut bien nous les représenter comme passant continuellement de l'encéphale dans de fins caualicules des fibres nerveuses, progressant d'un mouvement égal et régulier par le fait de l'impulsion du cœur, revenant se mêler au sang pour être remplacés par de nouvelles quantités : il ne nous donne aucune lumière sur le mécanisme de la plus simple action nerveuse. D'autre part, les expérimentateurs modernes, à compter des découvertes de Galvani, ne réussissent point à établir que la force nerveuse est une force électrique, et, à supposer qu'ils arrivent à les assimiler Tune à l'autre, on ne verrait guère comment l'électricité engendre la sensibilité, le mouvement avec tous les actes qui dépendent de l'instinct et de l'intelligence.

Il serait toutefois intéressant de savoir si, réellement, il se développe de l'électricité dans les organes nerveux, et si des courants de ce fluide parcourent les nerfe.

Or, MM. Prévost et Dumas n'ont pas constaté de courants dans la moelle, ni dans les nerfs vagues ou les sciatiques, en appliquant à ces organes les fils du galvanomètre. Person, puis Matteucci et M. Longet (2)^ en opérant sur les sciatiques du cheval lors de la contraction musculaire, n'y ont pas non plus observé d'indices de courants électriques.

Cependant du Bois-Reymond, qui s'est servi de galvanomètres extrêmement sensibles, est arrivé, en opérant sur des tronçons.de nerfs, à constater un courant

(1) Hermann Boerhaave, Institutions de médecine, édit. de la Mettrie, t. III, § 284 et suiv.

(2) I^OQgety Traité de physiologie, i. IU, p. 276-^77. P^ris, 18Q0,

lorsqu'un électrode était appliqué à la face externe du nerf et l'autre sur la section; il a vu ce courant électro-moteur se produire dans toutes les espèces de nerfs et dans la moelle épinière. Mais, en admettant même leur existrace, il n'est pas certain que l'action nerveuse soit produite par ces courants; ils peuvent en être un résultat ou même n'avoir rien de commun avec elle.

Ce qui tend à eu affaiblir singulièrement la signification, c'est que les courants passent à travers une section, pourvu que les bouts du nerf se touchent, qu'ils se manifestent encore dans des nerfs écrasés ou altérés à la suite d'une section de date ancienne, alors qu'ils sont devenus impropres à fonctionner physiologiquement. D'ailleurs, on obtient des courants semblables, comme Matteucci l'a fait voir, en agissant sur des disques ou des segments de muscles superposés à la façon des éléments d'une pile.

Les courants éleclrlques qu'on fait passer par les nerfs ne se comportent point comme les courants nerveux ; ils se propagent à travers les ligatures, se transmettent par le névrilème comme par le nerf même, s'échappient souvent latéralement dans les muscles, tandis que les courants nerveux sont arrêtés par les liens, exclusivement transmis par les filets nerveux qu'ils ne quittent point, etc. £n outre, la marche de l'influx nerveux, des incitations motrices dans les neriis est lente, elle ne représente, d'après des approximations suffisamment exactes, que quelques mètres par seconde; celle de l'électricité est, comme on sait, de milliers de lieues dans le même temps.

Si quelquefois l'électricité' transmise aux nerfs semble rétablir leurs fonctions, c'est parce qu'elle les stimule, et alors elle ne fait pas plus, à l'intensité près^ que les incitations mécaniques ou chimiques.

Enfin, le dégagement de l'électricité par certains poissons, notamment ta torpille, ne conduit nullement à assimiler le fluide électrique à ce qu'on pourrait appeler le fluide nerveux. Ces poissons ont un appareil spécial pour produire l'électricité, et cet appareil fonctionne, comme tous les autres, sous l'influence du système nerveux. La section ou la ligature de ses nerfs empêche ses décharges; l'électricité y est produite par l'appareil même, et non envoyée parles centres nerveux, car les nerfs de l'appareil électrique n'ont offert à Matteucci aucun indice de courant

Nous sommes évidemment ici en présence d'une inconnue; les propriétés inhérentes au système nerveux, la sensibilité, la motricité et les autres sont mystérieuses dans leur essence. Si nous ne pouvons en reconnaître la cause^ la nature, cherchons à en bien constater les caractères et les effets.

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