‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 4)Chapitre 60 sur 191 · II. — De la ruade · texte numérisé non relu

II. — De la ruade

Sous ce nom, on désigne Taction par laquelle l'animal projette brusquement la partie postérieure de son corps en Tair par une subite détente des membres abdominaux.

Cette action qui, plus restreinte, constitue l'un des éléments du saut, se produit de la manière suivante. L'animal qui veut ruer fléchit l'encolure, abaisse la tête et amène ainsi une plus grande partie du poids du corps sur les membres antérieurs. Puis, à la suite de cette préparation, les membres abdominaux étendant brusquement leurs rayons, lancent la croupe en haut, et projettent les pieds postérieurs bien en arrière de la ligne sur laquelle ils se trouvaient précédemment.

Les agents qui concourent à l'accomplissement de cet acte sont fort nombreux. En première ligne se trouvent les fléchisseurs des phalanges, l'extenseur du métatarse, les muscles rotulieiis et le grand fessier; en second lieu, les ischio-tibiaux et l'ilio-spinal. Les uns sont plus spécialement chargés d'opérer la détente qui élève la croupe ; les autres de projeter en arrière les membres postérieurs. Il faut exa- . miner successivement le rôle de chacun d'eux en particulier, et déterminer l'ordre suivant lequel ils agissent.

Le premier élément de la ruade consiste en une détente plus ou moins rapide et plus ou moins énergique des membres postérieurs, détente effectuée non-seulement par la contraction des extenseurs des divers rayons, mais encore par celle des fléchisseurs de la région digitée.

Les rayons des membres postérieurs, formant des angles qui doivent être redressés, simultanément ou successivement, pour effectuer la projection du corps en haut, sont parfaitement disposés, à cause du degré de leur inclinaison réciproque, pour permettre un mouvement très-étendu. Le premier des angles, à partir du pied, l'angle métatarso-phalangien, est redressé par les fléchisseurs de la région digitée ; le second, ou le tibio-tarsien, l'est par le bifémoro-calcanéen et par les muscles précédents ; le troisième ou le fémoro-tibial^ par les muscles rotuliens ; enfin le quatrième, ou le coxo-fémoral, par le grand fessier. Chacun d'eux l'est dans une certaine mesure, et tous le sont au moment même où le pied appuie sur le sol.

L'effacement de l'angle du boulet résulte de la contraction des trois fléchisseurs des phalanges qui agissent sur un levier du deuxième genre (fig. 53) dont l'appui est au sol C ; la puissance A appliquée à la face postérieure des sésamoïdes, et la résistance B au centre de l'articulation métatarso-phalaugienne sur laquelle pèse une partie du poids du corps. Il a lieu de la même manière que dans le membre antérieur, lors de la détente qui contribue à la production du cabrer. Son mécanisme a cela de trèsremarquable, que les mêmes muscles qui fléchi&ent la région digitée sur le métatarse, lorsque le pied se lève ou lorsqu'il est en l'air, étendent cette région quand le pied est à l'appui, et eu agissant précisément sur le levier éminemment favorable à la puissance.

Le redressement de Tangle du jarret prend une grande part à l'impulsion du train postérieur^ il est opéré directement par le bifémoro-calcanéen, et indirecte-

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ment par le fléchisseur superficie) et le fléchisseur profoud des phalaugei qni, tous

les deux, passant en arrière du urse, l'un au sommet du caicanéum, l'autre dans

l'arcade larsienne, ne peuTent. par conséquent, relever le bonlet sans contribuer

Jt ouvrir l'angle tibio- tarsien. L'eitenseur du métatarse

et le fléchisseur superGciel des phalanges agissent encore ici sur le levier du deuxième genre, la puissance

s'eierçant au sommet du caicanéum, la résistance i

l'articulation et le point d'appui au sol. C'est encore là

une particularité inléressanie que les fléchisseurs du pied

deviennent les auxiliaires de l'extenseur du jarret. L'eilenston de la jambe sur la cuisse et de la cuisse

sur te bassin, ou, en d'autres termes, l'ouvertore des

angles du graseet et de la hanche, contribue aussi pour

beaucoop ï la détente. Cette extension est opérée à la

jambe par les musrles rotuliens, et à la cuisse par le

grand fessier : elle est extrêmement importante, non- j^

seulement parce qu'elle prend une part active à la projection du train de derrière en haut, mais encore parce

qu'elle fixe l'origine des flécbissenrs des phalanges et de

l'extenseur du métatarse, qui ne pourraient produire leur

efl'et si leurs attaches supérieures cédaient, même dans

one faible mesure, à la force de contraction qui tend

à rapprocher l'une de l'autre les extrémités opposées de Fie. 53. — Pi«d du ch«nl.

ces muscles.

Ainsi, l'ouverture ou l'effacement plus ou moins complet des angles formés par

les divers rayons des membres abdominaux résulte de l'action combinée d'un grand nombre de muscles, parmi lesquels se trouvent des fléchisseurs et non pas seulement des extenseurs, comme on le dit généralement Tous agissent pour opérer la détente alors que le pied est eucore appuyé sur le sol, et la plupart d'entre eux meuvent des leviers du deuxième genre, qui donnent ii la puissance un immense avantage. Mais, dès l'instant que le pied quitte le sol, tous ces leviers des extensenrs se transforment en leviers du premier genre à bras inégaux, très-avantageux sous le rapport de la vitesse. Par cette admirable substitution, que l'art ne parvient pas ï imiter dans la construction de nos machines, les puissances musculaires sont trèsfavorisées au début de leur action, pendant lequel elles doivent produire un effet considérable, tandis qu'au moment suivant elles le sont beaucoup moins pour permettre à la vitesse d'atteindre ses dernières limites. Ce double résultat est ici obtenu de la manière la plus complète, puisque les muscles des membres postérieurs agissent sur le levier éminemment favorable k la puissance, lorsqu'il faut développer l'impulsion de la détente, et sur un levier d'un autre genre â bras inégaux, trèsavantageux pour la vitesse, à compter de l'instant où il ne reste plus qu'à lancer les pieds en arrière avec une grande rapidité.

Une seconde série de muscles vienuentconcourirkiaruade, inaish un autre titre que les muscles essentiellement destinés à eO'ectuer la détente : ce sont les iscbiotibiaui, le grand fessier et l'ilio-spinal.

jgO lits MOUÏEWtNTS.

I^ isebro-iibiaux C f>, que l'on wosidèrc, avec raison, comme des agents trèsessentiels an mouïcmt'Ut iloiil nons paiioos, ne peuvent agir au nrfme instanl que Icsauli-es, car leur poinl fixe t^iani au bassin, ils lentleiil S déierminer une llexion de

la jambe sur la cuisse incompiible avec le redressement de l'angle fémoro-tibial. En effet, comme il faut, pour développer l'impulsion, que la jatnbe soit élcndue par les muscles rotultens, il est de loulc évidence que les iscliio-tibiaux, qui sont des fléciiisseurs de celle région, doivent Olrc relâchés alors que les extenseurs sont en contraction. Tar conséquent, 'action du long vaMe, du demi-tendineus et du

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demi-membraneux, doit suecédcr h celle des muscles rotulicns, et commencer seulement quand le pied vient à quitter le sol : l'analyse indique la réalité de cette succession, quelque rapide que puisse être le mouvemenl de la ruade ; de plus, die fait Toir que ces muscles ischio-tibiaut, en agissant dans de telles circonstances et sur un levier du troisième genre, très-favorable h la vitesse, restent étrangers à la détente qui projette en haut le train postérieur, et contribuent seulement à soulever et à lancer en arrière les rayons inférieurs des membres abdominaux.

Enfin, l'ilio-spinal ABB vient prendre une part considérable k l'élévation du train de derrière. La fixité de ses attaches antérieures, augmentée par l'abaissement de la tête, la flexion de l'encolure et les efforts développés dans les muscles qni atta chent le thorax aux membres antérieurs, lui permet d'agir puissamment sur la croupe pour continuer le mouvement commencé par les muscles précédemment énumérés.

Une fois que le train postérieur est suffisamment élevé et que l'a'nimal détache la ruade, en lançant brusquement ses pieds en arrière, le grand fessier F prend une part active 5 cette projection en attirant le trochanter en avant. Les jumeaux de la jambe I, les fléchisseurs des phalanges, en étendant le jarret et le pied tout entier^ concourent au même effet

Il est clair que la ruade est un acte inverse du cabrer, produitpar unmécanisme analogue. Ces deux actes tendent, en jetant un train en l'air, à porter le poids du corps sur celui qui demeure à l'appui ; et ils sont dus, en grande partie^ aux mêmes puissances musculaires, dont les effets opposés résultent d'une simple interversion dans la fixité ou dans la mobilité de leurs extrémités.

Il ressort donc de l'exposé qui précède qu'il y a dans la ruade plusieurs actions distinctes et successives, l'une qui projette en haut la partie postérieure du corps, l'autre qui soulève et lance en arrière les .parties inférieures des membres abdominaux : la première résultant du redressement des rayons et de l'elïïicement des angles articulaires par la contraction des extenseurs et celle de certiains fléchisseurs, au moment de Tappui du pied sur le sol ; la seconde dérivant à la fois et de la contraction des Ischio-libiaux, qui a commencé dès que le pied a quitté l'appui, et de celle des extenseurs du métatarse, du fléchisseur des phalanges^ qui s'est continuée jusqu'à ses dernières limites. Ces deux actions, par la rapidité avec laquelle elles se succèdent dans un mouvement aussi instantané que la ruade, ne peuvent s'isoler que rationnellement, par les différences essentielles qui existent entre elles, sous le rapport de leurs ag(ents et de leur mécanisme.

La ruade s'effectue plus ou moins facilement suivant les animaux. Elle s'opère avec une aisance remarquable chez les solipèdes, notamment chez l'âne et le mulet. Elle y est toujours précédée d'un temps de préparation, pendant lequel l'animal abaisse fortement la tête. Sans cet acte préliminaire, la) ruade devient tellement difficile, qu'il suffit ordinairement de maintenirla tête relevée pour mettre l'individu le plus vigoureux dans l'impossibilité de ruer. Dans tous les cas, elle ne peut durer qu'un temps très-court, car le poids du corps, le centre de gravité n'arrive presque jamais Jï être jeté sur les membres antérieurs. Dès que la force de projection verticale et d'ascension est épuisée, le train de derrière retombe lourdement sur le sol.

392 HES MOUVEMENTS.

Les graocb ruminaïUs nousoffrent une variété de ruade dans laquelle l'un des deux membres est projeté isolément en detiors et en avant, ou en dehors et en arrière. La disposition de la tête du fémur^ dont la snrXace articulaire très-étendue se prolonge jusqu'à la base du trochanter, et l'absence du ligament pubio-fémoraU sont les deux conditions qui expliquent la possibilité de cette sorte de ruade uni- .pédale ou latérale qui tient en grande partie à l'action du long vaste. Ce muscle forme, comme on le sait^ chez les ruminants, une vaste expansion qui descend de l'épine sus*sacrée, recouvre une grande partie de la croupe, et arrive à la face externe de la cuisse et de la jambe jusque sur l'extenseur du métatarse.

La ruade est un moyen de défense que la nature a donné à certains animaux et dont ils se servent instinctivement, soit qu'ils aient à repousser les attaques de leurs ennemis, soit qu'ils aient à résister aux mauvais traitements que l'homme leur fait subir. Les jeunes solipèdes, les poulains par exemple, suivant la remarque de Galien (1), ruent de très-bonne heure, alors que la corne de leurs sabots est encore extrêmement molle. Les animaux vifs, et ceux qui sont méchants, le mulet, l'hémione, ruent aussi très-souvent; dans tous les cas, les mouvements qu'ils exécutent et la position que prennent leurs oreilles trahissent leurs intentions hostiles.

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