EXPRESSION
aussi sontrils parfaitement intelligibles, car ils le sont aussi d'une manière instinctive. Cette mimique est irréfléchie, ils en comprennent le sens, ils Tinterprètent sans nul eflbrt De même que Tenfant avant de comprendre les paroles qu'on lui dit devine déjà les sentiments qu'on lui manifeste, s'égaye ou s'attriste, est confiant ou réservé, suivant la physionomie des personnes qui l'entourent, suivant l'expression du regard, les intonations de la voix; de même les animaux jugent de leurs dispositions réciproques par des signes analogues. Ils se comprennent entre eux, et ils ont besoin de s'entendre pour s'allier, constituer des familles, former des sociétés, comme pour protéger les individus, se déplacer, émigrer. Les espèces sentent le danger dont les espèces ennemies les menacent Les espèces domestiques ont besoin aussi de deviner les intentions, de comprendre les ordres du maître.
Ce qui prouve que la mimique des animaux est instinctivement intelligible pour eux, c'est qu'à la vue d'un chien effrayé dont la pose est caractéristique, tous ceux qui le voient s'effrayent^ sans connaître la raison de sa frayeur; ils prennent la position de ses membres, de ses oreilles, l'expression de son regard, et à cela on juge qu'ils éprouvent des impressions identiques avec celles de l'individu qui cause leur émotion, car telles attitudes, tels mouvements, correspondent à des états délcr^ minés. La vue d'une femelle qui fait des efforts pour mettre bas provoque des avortements épizootiques, une ruade détachée par un cheval fait hennir et ruer les chevaux qui l'entourent ; une seule bête ahurie au milieu d'une prairie donne à toutes le même air effaré; l'allure d'une bête disposée à s'enfuir donne à toutes l'idée de la fuite. Si l'une d'elles rompt son lien avec fnretir, toutes s'emportent de la même manière, comme on l'a vu dans de grands rassemblements d'animaux. Le spectacle du courage anime, celui de la lâcheté déprime, et dans les combats Thomme éprouve ces influences sympathiques qui acquièrent au milieu des masses une si grande puissance. L'animal est donc physionomiste ; il l'est d'instinct, comme l'enfant et le sauvage.
Les expressions, dans notre espèce, sont, les unes volontaires, les autres involontaires, et celles-ci peuvent être exagérées ou même simulées. £l)es sont, pour la plupart involontaires et instinctives chez les animaux dont elles traduisent fidèlement les sensations ; cependant elles peuvent aussi y devenir factices comme on le voit chez le chien, les singes, sous l'influence de l'éducation, de l'habitude ou de l'imitation, et chez quelques animaux qui, exposés aux attaques de leurs ennemis, semblent exprimer la souffrance et la prostration jusqu'au moment où ils peuveyt trouver l'occasion de s'échapper.
En général, dans l'espèce humaine, les expressions sont instinctives et par conséquent spontanées; leur sens est intelligible pour tout le monde, et il Test instinctivement pour l'enfant, pour le sauvage comme pour l'homme civilisé. L'expression de la joie, de la tristesse, de la crainte, de la colère, est la même partout Partout l'homme incline la tête en signe d'assentiment, il l'agite d'un côté à l'autre pour marquer son refus, l'incline lentement à droite ou à gauche s'il doute ; la renverse s'il s'étonne ; le mouvement de ses lèvres, de ses yeux, les exclamations qu'il pousse sont de véritables manifestations instinctives qoe« chacun comprend, car elles n'ont rien de conventionnel. Les animaux en ont d'analogues dont ils
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oonnaisseat parlaitemeot le sens. Ils en ont même un cenua nombre qui ne dîtfèrent pas des nôtres. L'attendoo, l'impression des odeurs, le désir, la craint^, h joie, se Iraduiseiit par ime mimique semblable à celle de rhomme; Un bruit insoUM appelle leur attention : ils s'arrêtent bruaquement, ouvrent iai|;ement les yeux» dressent les oreilles. Une odeur les frappe, ils se mettent à flairer vivement* 9s sont menacés, et aussitôt ils tremblent, flécbissent le dos, rapprochent les membres comme pour se rapetisser; ils couchent les oreilles, etc. Un ofaijet leur est jeté à la tête, ils s'en détournent en fermant les yeux. Les mêmes impressions tendem à pix^voquer les mêmes réactions automatiques. L'animal intelligent, le chien par exemple, a souvent pour exprimer ses sentiments les mêmes moyens que rhomme; il se jette, il rampe aux pieds de son maître pour demander grioe, comme œ maître le fait lui-même aux pieds d'un autre ; il lui lèche les mains, le visage en signe d'amitié et de supplication, comme l'esclave baise la main d'un tyran ou l'obligé celle d'un bienfaiteur.
• Tous les animaux ne jouissent pas au même degré de la faculté de traduire leurs impressions, leur bien-être, leur accablement, leurs souffrances; il en est qui les expriment énergiquement par un grand nombre de signes; d'autres qui les rendent vaguement, sans moyens bien caractérisés. Du reste, tous n'expriment pas une sensation déterminée par les mêmes moyens, les mêmes attitudes ou les mêmes mouvements.
Il faut, pour donner une idée des e]q)ressions, les envisager sous trois rapports différents : premièrement, dans leur ensemble chez les principaux genres d'animaux ; deuxièmement, dans les différentes sortes de physionomies, de gesles, d*attitudes et de mouvements dont elles se composent; troisièmement, enfin, relativement à chacune des principales affections qu'elles traduisent, comme la peur, la colère, la joie, la tristesse, la douleur, etc.
En considérant les expressions mas le premier rapport, c'est^-dire eu égard à l'ensemble des moyens qui ont été donnés aux animaux des principaux groupes, on voit, du premier coup d'œii, d'abord que ces moyens sont d'autant plus nombreux et plus variés que les animaux ont (^us d'intelligence, et, par conséquent, un plus grand nombre de sensations et des sensations plus vives à traduire; ensuite' on remarque qu'ils ont quelque chose de commun entre les animaux qui se ressemblent par leurs mœurs, leurs habitudes, leur régime. Ainsi, sans parler des singes dont les expressions sont si vives, si variées, et dont la physionomie perd de S) mobilité à mesure qo'on passe des espèces les plus intelligentes à celles qui le sont inoius, on peut avancer qu'il existe à cet égard une grande analogie parmi les difl'érents cariiassiei-s comparés les uns aux autres^ les ruminants, les soiipèdes, les rongeurs, etc.
Les animaux carnassiers qui sont très-intelligents, qui ont des mouvements sou-» pies, des allures rapides, des déterminations promptes, des sensations vives, des besoins impérieux, ont une expression variée, mobile et franche, oooiparée à celle des herbivores avec lesquels ils sont en guerre ; ils doivent, pour nous, être placés en première ligne.
Voyez le chiqn ! Avec quelle facilité n'exprime-t-il pas ses diverses impressions : son inquiétude quand il est séparé de son maître, sa tristesse quand il l'a perdu^ sa
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joie lorsqu'il Yiest à le retrovver, mo exatlatiaii an bmît da oor dk chiase, si peur, son indécision, sa colère en diverses circonstances. Ses cris, le caractère de som aboiement, de son faoriement sinistre, ses OMMiyenieiits, ses nvts, ses évolutions diverses, l'agitation de sa qoene et de ses oreiUes, la Hiamère dont il flaire, les cadrasses, les menaces qa'ii procBgae, la fixité, le calme ou l'animation de son regaid^ l'air insolent qu'il prend auprès de certains mdtzes, la physHMiomie sombre, sauvage quil acquiert au milîea des troupeaux ou da» la eour d'une ferme, deviennent des signes non équivoques de son caractère et des impressions qu'M éprouve.
Et le chat f comme il sait bien par son attitude, son regard, ses mouvements, ses passades réitérées, demander des caresses aux personnes qui l'entourent ; témoigner par les inflexions de son dos, les ondulations de sa queue et une sorte de ronflement sourd le plaisir que lui causent les caresses qu'il reçoit; exprimer son bien-être quand il est couché près 'du foya-, au sc^il, ou sur les genoux de sa maîtresse; Voyez avec quelle sensualité il retourne l'os qu'on lui a jeté ou la proie qu^il est parvenu è voler; avec quelle attention il guette la souris; avec quel contentement il se précipite sur la victime qu'il attendait depuis longtemps, et avec quelle joie maligne il la laisse toute meurtrie s'échapper de ses grifles pour la ressaisir aussitôt Combien sa physionomie ne devient-elle pas expressive lorsqu'il est vivement irrité: son r^rd meuaçant, sa moustache redressée, son souffle bruyant, ne tradui9ent^ ils pas éuergiquement sa colère ou sa fureur î
Le lion, parmi les carnassiers sauvages, est un des animaux qui possèdent le plus grand nombre de moyens d'expression. Son port majestueux, sa démarche fière, son r^rd assuré, révèlent le sentiment de sa force^ la conscience de sa sopério^ rite. Son grondement sourd, son terrible rugissement, lesnaonvements de sa queue avec laquelle il se bat les flancs, la Acuité qu'il possède de mouvoir le tégument de la face, de hérisser sa crinière^ d'ouvrir outre mesure une large gueule, lui donnent un ensemble de moyens tout à fait caractéristique et qu'il ne partage avec aucun animal de son ordre. Le tigre, qui rugit plus souvent, qui fait fréquemment sortir sa langue de la gueule, et qui porte dans sa physionomie une expression plus féroce que celle du lion, n'est pas, à beaucoup près, aussi heureusement doué que -ce dernier.
La panthère, si voisine du tigre, si semblable k ce carnassier par les moeurs et le genre de vie, n'en a pas entièrement l'expression ; il y a dans son regard, dans son air féroce, dans le timbre de sa voix, quelque chose qui la différencie du tigre. La petite panthère de Java a dans l'éclat des yeux, la perfidie du regard, le caractère du cri qu'elle jette à l'approche de l'homme, une nuance de férocité qui frappe à première vue^ mais qu'il est impassible de rendre. Parmi 'les antres espèces du même ordre, le caracal se distingue encore par une expression des phia saisissantes : la Gxité et le caractère singulier de son regard, la rapidité du mouvement de ses petites oreilles pointues, la vivacité de ses allures, son rugissement, à la fois sourd çt aigu, lui donnent un aspect plus terrible que celui des carnassiers de grande taille.
En comparant les animaux précédemment énumérés avec ceux qui sont moins féroces, moins forts, moins bien pourvus de moyens d'attaque et moins sûrs de
vaincre leurs ennemis, on est frappé de la différence qui existe entre les premiers et les seconds.
L'hyène^ par exemple, a une expression sombre, triste, inquiète : sa bouche souvent ouverte; les gémissements particuliers qu'elle pousse à rapproche de rhomme, et que Ton est embarrassé de rapporter à la peur ou à la menace, ses mouvements obliques, la roideur de tout son corps, montrent bien qu'elle n'a point la force, la souplesse, Taudace, le caractère et les mœurs du lion ou du tigre. Le loup, dont le regard est sans vivacité, dont les membres sont fléchis comme ceux du chien qui a peur, le loup qui porte la queue entre les jambes, qui hésite et semble trembler dans tous ses mouvements, n'a ni la physionomie, ni les allures d'un animal courageux. L'ours, enfin, dont l'expression faciale si peu mobile, les mouvements si lents, qui se balance devant son bassin, s'assied sur la croupe, se couche sur le dos, fait toutes espèces de contorsions pour obtenir des friandises, resr semble à un animal sans caractère bien accentué et qui ne s'occupe que du soin de sa subsistance.
Les animaux herbivores contrastent d'une manière frappante avec les carnassiers. Us ont dans la face moins de mobilité que ces derniers, des mâchoires plus longues, des mouvements moins souples; ils ne peuvent plus se servir de leurs membres qu'à titre d'organes de progression; ils ont un caractère en général timide, sociable, sans haine, sans colère, sans ruse^ ni férocité, et, par conséquent, leur physionomie doit avoir un cachet nouveau tout particulier.
Le cheval est peut-être celui de tous les quadrupèdes de cette catégorie qui exprime avec le plus de vivacité et d'énergie les impressions qu'il éprouve. Ses diverses attitudes, ses allures, le port de sa tête, la vivacité de son regard^ son hennissement avec toutes ses variétés, le mouvement de ses oreilles^ de ses lèvres, de ses naseaux, l'agitation de sa crinière, de sa queue, son trépignement d'impatience, ses ruades, servent à traduire ses sensations. Mais il faut envisager le cheval sons le cavalier, le coursier près de la tente de l'Arabe, le cheval de guerre qui entend le bruit des armes, l'étalon apercevant la jument, pour se faire une idée des mille nuances d'expression qui se peignent dans la physionomie, les attitudes et les mouvements de ce noble animal (1).
L'âne est loin d'avoir l'expression qui appartient au cheval : sa tête lourde, basse, qu'il relève rarement et qu'il fait osciller pendant la marche, ses longues oreilles, la saillie des orbites qui ne laissent plus l'œil à fleur de tête, l'absence de la crinière, le peu d'attention que l'animal apporte à ce qui se passe autour de lui, son braiement prolongé si désagt*éable, son aspect généralement misérable, lui donnent une physionomie qui contraste avec celle du premier des solipèdes ; mais cet aspect n'est déjà plus celui de l'hémione ni du zèbre.
Les ruminants ont, en général, la physionomie douce, timide, quelquefois sombre, sauvage et peu intelligente. Leurs moyens d'expression, asse^ peu variés, se montrent bien en harmonie avec leur caractère et leurs mœurs.
Le bœuf, dont les allures sont si lentes, est remarquable par le calme de son
(1) Voy. le livre de Job, chap. xxxix, v. 22 et suiv.; Pline, liv. VIII, édit. citée, p. 188; Virgile, Géorgiquesj liv. III; Buffbn, t. IV, p. 17A.