HIBERNATION
meurt avant la fin de la mauvaise saison. Si, par exemple, il est tourmenté par une affection parasitaire, par des acares qui le tiennent éveillé, il perd beaucoup et meurt, comme je Tai vu, avant la fin de l'hiver.
La perte totale éprouvée pendant l'engourdissement ne peut^ comme dans Tabstinence ordinaire, dépasser certaines limites sans compromettre la vie. Pour le hérisson, elle peut aller de trois à quatre dixièmes du poids initial.
Il est clair que pendant la torpeur hivernale l'animal vit, comme dans l'abstinence ordinaire, aux dépens de sa substance propre. Il brûle sa graisse, ses muscles, ses tissus divers^, le sucre de son foie^ de son sang ; mais avec une rapidité moindre qu'à l'état de veille. MM. Regnault et Reiset (1) affirment que le^ marmottes ne consomment pendant le sommeil qu'un trentième de la quantité d'oxygène qu'elles absorbent à l'état normal, aussi éprouvent-elles un refroidissement proportionnel à cette réduction. Au réveil, le système musculaire est émacié, le foie atrophié, il y a anémie très-prononcée.
Cette léthargie, dans laquelle les animaux sont plongés plus ou moins longtemps, devrait ou semblerait devoir les affaiblir beaucoup à leur réveil ; cependant ils conservent à ce moment une assez grande énergie : le hérisson, qui a rempli ses vésicules séminales pendant son sommeil, se livre à la reproduction avant de songer à réparer ses forces épuisées. L'affaiblissement n'est pas trop considérable si l'engourdissement a eu des interruptions ; car elles ont permis à l'animal de faire quelques repas réparateurs.
Les conditions favorables à l'engourdissement et les causes qui le déterminent sont peu connues, bien que plusieurs observateurs habiles les aient cherchées avec soin. On sait que certaines particularités anatomiques paraissent favoriser la production de ce singulier phénomène : voici les plus remarquables d'après Prunelle (2), chez le hérisson, la chauve-souris, la marmotte et le lérot. La peau est épaisse, très-dense et fortement adhérente aux parties sous-jacentes ; la couche graisseuse qui en tapisse la face interne est d'une épaisseur considérable ; la poitrine est plus étix)ite que celle des animaux de même taille qui ne s'endorment pas, elle diminue encore de capacité lorsque le corps se met en boule. Le thymus, petit et comme atrophié en été, augmenterait de volume aux approches de l'hiver et deviendrait très-gros chez la chauve-souris, chez le hérisson et surtout chez la marmotte. Le développement de cet organe doit donc diminuer la capacité du thorax, qui se tix)uve encore réduite par la grande quantité de graisse amoncelée autour du péricarde, dans les médiastins et au-dessus du sternum, dispositions qui peuvent gêner l'action du poumon, rendre la respiration imparfaite et ôter à l'animal son aptitude à réi)ister au froid. Les épiploons sont très-grands et surchargés de graisse, surtout dans la marmotte, où leur disposition est très-compliquée ; les masses adipeuses qui entourent les reins sont volumineuses. L'estomac et Tintestin sont vides et affaissés, leurs parois contiennent aussi de la graisse ; « le foie, la rate et les reins sont également enveloppés de graisse chez tous les dormeurs et surtout chez la marmotte ».
(1) RegnauUet Reiset, Annales de physique et de chimie, t. XIVI, 3* série.
(2) Prunelle^ Recherches sur les phénomènes et sur les causes du sommeil hivernal de quelques mammifères (Anfiales du Muséum, t. XYIII, p. 20 et 302).
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Ces diiTérentes circoastances paraissent préparer ks animaux i rengoordissemeQt en produisant, à rapproche de Thiver, une espèce de somnolence^ d'abord peu difiérente de Tétat qui caractérise les premiers moments du sommeil ordinaire. L'animal, à cause de son impressionnabililé et de son peu d'aptitude à supporter le froid, rassemble ses membres et se met en boule; le poumon, comprimé déjà par le thymus, s'il existe encore, et par la graisse, n'a plus un jeu assez étendu ; l'bématose devient de plus en plus incomplète, le sang perd ses propriétés stimuianles : ce fluide n'excitant plus assez le cerveau, la sensibilité générale diminue comme la températurc baisse par l'eiïet du ralentissement de la combustion pulmcmaire. En résumé, Faction du froid, la gêne apportée dans les fonctions respiratoires et le déiaut de nourriture paraissent être les circonstances essentielles qui prédisposent à l'engourdissement et qui produisent ce phénomène. Mais, comme ces causes agissent sur une infinité d'animaux sans y déterminer rbibernation, il est probable qu'à leur action vient s'ajouter, pour quelques-uns, l'influence d'autres conditions encore inconnues.