Lehnmnn, Précis de chimie phi/sioL
Les acides urique et hippurique éliminés par les reins ont aussi la même origine; et ces substances, dérivées des tissus ou du sang par suite d"une déperdition, d'une soustraction de carbone et d'hydrogène, changent peut-être plusieurs fois d'état, suivant les variations qu'éprouvent les proportions de leurs éléments constitutifs. L'acide urique, par exemple , en s'oxydant, donnerait naissance à l'urée et à l'alloxane; celle-ci, en se combinant avec une nouvelle quantité d'oxygène, engendrerait de nouveaux acides, et ainsi pour d'autres principes plus ou moins complexes. M. Béchamp ^ a obtenu directement, en dehors de l'organisme, la transformation de l'albumine en urée par l'action de l'oxygène emprunté au permanganate de potasse. D'après lui, dans celte albumine, préexistent une foule de dérivés, comme les acides de la bile, ceux de l'urine, l'urique, l'hippurique, la créatine, la créatinine, la xanthine, l'hypoxanthine, la leucine, la tyrosine, etc., que les actes respiratoires ou nutritifs dégagent. 11 est infiniment probable que la combustion est incomplète pour la plupart des substances organiques, car dans l'hypothèse opposée, lorsque 100 parties de librine brûleraient, 52 parties de carbone seraient converties en acide carbonique, 7 parties d'hydrogène seraient employées à la formation de l'eau, 16 parties d'azote et 23 d'oxygène seraient mises en liberté. La chimie a toute une série de belles découvertes à attendre de cette étude encore à peine ébauchée.
Indépendamment des combustions et des dédoublements dus à l'oxygène de l'air, il en est d'autres qui paraissent s'effectuer aux dépens de l'oxygène, des principes constituants des tissus, car la totalité des produits excrétés par le chien contient, d'après Pettcnkofer et Voit, un cinquième d'oxygène en sus de celui qu'ont apporté l'air et les aliments.
L'acide carbonique, une fois formé aux dépens des éléments du sang et des tissus et de l'oxygène atmosphérique, reste associé au fluide nutritif pendant un certain temps, puis va s'exhaler dans les voies aériennes à mesure que de nouvelles quantités d'oxygène sont absorbées. L'état sous lequel il se trouve dans ce liquide est encore l'objet de quelques doutes. Plusieurs physiologistes, s'appuyant sur le fait du dégagement d'acide carbonique qui s'opère dans le liquide, sous l'influence d'un courant d'oxygène, ou de l'action de la machine pneumatique, ont pensé que ce gaz se dissout tout simplement dans le sang, à mesure qu'il se produit, pour reprendre son état aériforme et s'exhaler au sein des poumons. D'autres prétendent qu'il se combine avec les bases alcalines du sang et avec les carbonates, qu'il transforme en bicarbonates, pour s'en séparer plus tard par l'action des acides lactique, acétique produits dans les organes respiratoires, ou par celle d'un acide particulier signalé par M. Verdeil, acide qui, suivant Cloetta, ne serait autre chose que de la taurine. La plupart des chimistes et des physiologistes autorisés admettent aujourd'hui que l'acide carbonique existe sous trois états distincts dans le sang, savoir : à l'état de simple dissolution — de faible combinaison, ou de bicarbonates et phospho-carbonates — enfin de combinaison plus stable, ou de carbonates. Le sang veineux qui, seul, contient le gaz sous ces trois états, laisserait échapper seulement, d'après M. Bert", son excès