‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 105 sur 310 · P. Bert. oiiv. cité, p · texte numérisé non relu

P. Bert. oiiv. cité, p

atmosphère artilicielle contenant 51 à 82 centièmes d'oxygène, le reste d'azote, sont morls alors que l'air se trouvait chargé de 20 à 30 centièmes d'acide carbonique, quoiqu'il restât encore une proportion d'oxygène supérieure à la normale. Ceux qui furent placés dans une atmosphère suroxygénée, où l'acide carbonique remplaçait une partie de l'azote, périrent à peu près à un degré d'altération semblable à celui de l'atmosphère dans laquelle l'acide carbonique avait été produit par les animaux eux-mêmes. Les reptiles mêmes y ont péri dès que l'air présentait 13 à 17 centièmes de ce dernier gaz.

Il est probable que l'air des pièces fermées dans lesquelles on brûle du charbon pour s'asphyxier, donne la mort avant l'épuisement de l'oxygène et alors que la moitié ou les deux tiers de ce gaz ont été remplacés par l'acide carbonique. Mais l'air devient malsain et rend la respiration incomplète bien avant d'approcher de ce degré d'altération. Déjà l'homme éprouve du malaise dans une atmosphère chargée à peine d'un centième d'acide carbonique, malaise d'autant plus marqué que les conditions physiologiques où il se trouve, celles de la digestion, par exemple, réclament une plus grande quantité d'oxygène. Toutefois l'habitude rend l'air impur plus supportable. On sait que dans les Alpes les paysans s'entassent en hiver auprès des animaux dans des étables dont l'air, d'après Niepce, ne renferme souvent plus que 18 centièmes d'oxygène et se trouve chargé de 1 centième d'ammoniaque, d'acide sulfhydrique et de plusieurs centièmes d'acide carbonique.

Pour prévenir la tendance à l'asphyxie qui est plus ou moins marquée dans toute atmosphère confinée, il faut donc recourir à la ventilation, et à une ventilation d'autant plus active que les dimensions du local sont plus exiguës. Malheureusement, en fait de physiologie, l'homme du inonde n'est pas moins ignorant que le paysan le plus grossier. Tous les jours, l'un baille et étouffe stupidement en regardant son voisin dans la caisse fermée d'une voiture de banlieue parisienne, et l'autre asphyxie lentement son bétail dans une étable basse, aussi bien calfeutrée que possible par la paille ou par le fumier.

En se basant sur la proportion d'oxygène consommé par un animal en une période déterminée, il est facile de calculer le temps qui serait nécessaire pour rendre irrespirable une atmosphère confinée. Un cheval enfermé dans un espace ayant 4 mètres de longueur, autant de largeur sur 3 mètres 12 centimètres et demi de hauteur, aurait, si le local était parfaitement clos, 50 mètres cubes d'air à sa disposition. En vingt-quatre heures cet animal absorberait à peu près 5 mètres cubes d'oxygène, et exhalerait un peu moins de 5 mètres cubes d'acide carbonique. Or, au bout de ce laps de temps, l'air n'aurait plus que 10 et demi pour 100 d'oxygène, et serait saturé de 10 centièmes d'acide carbonique; il serait arrivé par conséquent au degré d'altération qui détermine l'asphyxie : l'animal ne tarderait pas à y périr, à supposer même qu'il put réduire à ce point la proportion de l'oxygène. Dans un espace d'une étendue double, ou de 100 mètres cubes, et toujours exactement fermé, l'air ne renfermerait plus au bout de vingt-quatre heures, que 16 et demi pour 100 d'oxygène, et contiendrait o centièmes d'acide carbonique. L'atmosphère confinée serait donc dans toute sa masse aussi viciée que l'air qui est expulsé du poumon après avoir servi une fois

à la respiration, et déjà cet air ainsi altéré cesserait d('tre respirable, d'après certains expérimentateurs habiles.

Il est évident qu'il faudrait donner aux habitations des animaux des proportions énormes, si ces habitations, exactement fermées, s'opposaient au renouvellement de l'air. Ainsi, suivant les calculs de M. Boussingault, il faudrait à une vache qui produit en vingt-quatre heures 4 mètres cubes d'acide carbonique, une atmosphère continée de 200 mètres cubes pour que, après douze heures, il veut seulement dans cette atmosphère un centième d'acide carbonique substitué à un centième d'oxygène. Il importe donc, à défaut d'espace, de faciliter le renouvellement de l'air que respirent les animaux, non seulement pour remplacer l'oxygène consommé et disperser l'acide carbonique produit, mais aussi pour limiter l'élévation de la température du milieu et entraîner à l'extérieur les émanations animales qui le vicient souvent autant que les actes de la respiration. Les interstices ou les jointures des portes et des fenêtres suffisent déjà, même dans des espaces fort restreints, à un renouvellement d'air tel que ce tluide reste à peine chargé d'un centième d'acide carbonique et privé d'un équivalent d'oxygène. Enfin des ouvertures convenablement disposées opèrent, quoique assez étroites, une ventilation suffisante, d'autant plus active que la température intérieure diffère plus de la température ambiante.

L'air confiné, pour peu qu'il se renouvelle, conserve donc les qualités qui le rendent apte à 'servir à la respiration. Le renard et le lapin dans leurs terriers. souvent étroits et profonds; la marmotte dans sa retraite, dont elle ferme l'entrée ; la taupe dans ses galeries souterraines, les reptiles cachés sous la terre nous le prouvent suffisamment. Mais il importe de remarquer, d'une part, que les animaux hibernants une fois engourdis respirent avec une telle lenteur qu'ils consomment à peine la trentième partie de l'oxygène qu'ils absorbent dans les circonstances ordinaires ; aussi peuvent-ils alors, sans périr, séjourner pendant quelque temps dans un air très vicié, pauvre en oxygène, et même dans un milieu composé d'azote, d'hydrogène ou d'acide carbonique; d'autre part, les reptiles, qui peuvent constamment respirer sans danger un air impur, respirent peu une fois plongés dans la torpeur ; ils consomment une faible quantité d'oxygène, et en épuisent à peu près complètement le milieu où ils se trouvent. Cette particularité fait comprendre que les crapauds renfermés par Hérissant dans de petites boites scellées de plâtre gâché aient vécu plus d'une année aux dépens du peu d'air qui leur parvenait à travers les pores de cette substance.

Ce genre d'asphyxie, dans les locaux très étroits, se produit d'autant plus facilement qu'il y a moins de diflërence entre la température intérieure et celle du dehors, comme pendant les fortes chaleurs de l'été, car alors les courants de renouvellement sont très affaiblis. On en a vu des exemples dans la cale des navires et dans des caves pleines d'émigrants et de prisonniers. Un troupeau de de moutons a péri de cette façon dans une étroite bergerie dont la lucarne fut vite obstruée par quelques bêtes avides d'aspirer l'air du dehors. Le fait s'est produit à plusieurs reprises, dans les étables basses où les marchands entassent par moments des masses d'animaux, surtout par les fortes chaleurs et les temps lourds, où la différence entre la température extérieure et l'intérieure rend

difficile, presque insensible le renouvellement de l'air par de petites ouvertures. Dans les wagons de chemins de fer pareils accidents s'observent aussi fort souvent en été sur les porcs gras qui, d'ailleurs, s'asphyxient avec plus de facilité que la plupart des autres animaux.

L'asphyxie par l'insuffisance d'air se produit encore toutes les fois que la quantité d'air admise dans les organes respiratoires est trop faible, ainsi lorsque le thorax est fortement comprimé; lorsque, par le fait delà tympanite, il ne peut se dilater à un degré convenable, surtout du côté de l'abdouien ; lorsque le larynx est comprimé, obstrué par un corps étranger. Elle a lieu aussi dans le cas de rétrécissement des canaux aériens, d'obstruction des bronches par les mucosités, d'épanchement pleurélique abondant qui réduit le poumon à un très petit volume, de tuberculisation pulmonaire très étendue. Dans tous ces cas, le sang artériel a une teinte presque aussi foncée que le sang veineux, et il n'est pas chargé de sa proportion normale d'oxygène. Probablement alors la masse d'air introduite dans le poumon n'y porte qu'une quantité d'oxygène très inférieure à la normale.

En vase clos ou dans une atmosphère confinée extrêmement restreinte, l'animal épuise l'oxygène à un degré variable, suivant la pression barométrique. M. Bert a constaté qu'un animal qui, à la pression normale, ne laisse plus que 3 à 4 pour 100 d'oxygène dans son milieu, en laisse 7 à 8 à une pression réduite de moitié et même de 11 à 13 à la pression de 24 centimètres. Et dans cet air devenu irrespirable, la quantité d'acide carbonique se réduit proportionnellement à l'abaissement de la pression. D'abord, elle est de 14 à 15 centièmes à la pression normale, puis elle diminue, si bien qu'elle n'est plus que de 5 à 7 pour 100 à 24. Cette réduction dans la somme de l'acide carbonique produit semble indiquer que l'oxygène absorbé sur la fin de la vie cesse d'être employé aux combustions interstitielles, comme le refroidissement de l'animal le prouve suffisamment.

Dans ses recherches, M. Bert a vu que la proportion d'acide carbonique dans le sang de l'animal en voie d'asphyxie augmente d'abord, puis diminue subitetement à compter du ralentissement des mouvements du cœur. C'est alors que le gaz est expulsé activement et qu'il augmente dans l'air expiré. Il en résulte qu'au moment de la mort, contrairement à l'opinion commune, le sang est moins chargé d'acide carbonique que dans les périodes antérieures. Cet habile expérimentateur a vu aussi que si l'espace où s'asphyxie l'animal est très restreint, l'acide carbonique du sang diminue dès le début, sauf dans le cas où ce gaz ne peut s'échapper des voies respiratoires, comme sur les sujets étranglés ou noyés. D'ailleurs, toutes fois que son exhalation est entravée, il sature le sang et les tissus. Alors l'ensemble du corps peut en présenter 40 pour 100 de son volume, au lieu de 10 à 15, comme à l'état normal. Il n'y a réellement empoisonnement par l'acide carbonique qu'à partir du moment où l'air contient au delà de 30 pour 100 de ce gaz. Cet empoisonnement se produit à la pression normale, même dans les milieux suroxygénés, parce que la tension de l'acide carbonique ambiant s'oppose à l'élimination de celui du sang. Ici, le sang artériel peut en retenir de 70 à 80 volumes, c'est-à-dire presque le double de la proportion phy-

siologiqiie. A l'exception de ces derniers cas, ^1. Bert admet que Tacide carbonique ne joui' cju'un rôle insigniliant dans la mort des sujets asph>^iés.

Dans les atmosphères conlinées où, par les artifices de l'expérimentation, l'oxygène est remplacé à mesure qu'il s'épuise, la tension énorme de l'acide carbonique ambiant maintient, dans le sang et dans les tissus, une proportion croissante de ce gaz acide. Celle-ci a été trouvée quelquefois de 116 volumes pour lOÛ dans le sang artériel et de 120 pour le sang veineux \

Les combustions intra-organiques qui donnent naissance à l'acide carbonique et à l'urée sont ralenties à des températures très basses, car alors les animaux épuisent moins l'oxygène d'une atmosphère coniinée qu'ils ne le font aux températures moyennes. A ces dernières, elles peuvent, dans l'atmosphère confinée devenue mortelle, faire arriver l'acide carbonique à la proportion de 17 à 18 centièmes. Mais cette somme de gaz n'a pas été produite uniformément ; car, dans l'unité de temps, l'animal qui consomme de moins en moins d'oxygène exhale de moins en moins d'acide carbonique.

La durée de la vie dans l'atmosphère confinée est nécessairement en raison inverse de l'espace laissé à l'animal. Un moineau du poids de 30 grammes vit une heure et quart dans un litre d'air qu'il a rendu mortel en lui enlevant 17 à 18 centièmes d'oxygène remplacés par 14 à 16 centièmes d'acide carbonique. Pour un kilogranime de ce petit oiseau et par litre d'air, la durée de la vie ou plutôt du temps nécessaire pour rendre l'air mortel serait, d'après M. Bert, de 2 minutes, — de 6 minutes pour un oiseau plus grand. La durée de la vie pour le cochon d'Inde et le lapin serait, par kilogramme et par litre d'air, de 12 minutes. Le chat nouveau-né vivrait 4 fois aussi longtemps dans ces conditions que le chat adulte; la durée de la vie serait réduite de moitié parle fait de l'agitation de l'animal. 11 y a à cet égard des variations tenant à une foule de causes intérieures et extérieures. Ainsi le rat vit un peu plus longtemps que le cochon d'Inde et le lapin. 11 emploie, d'après mes observations, 15 minutes par kilogramme pour rendre mortel le litre d'air.

Cette asphyxie dans l'air confiné diffère des autres par quelques particularités. Le malaise qu'elle provoque se fait sentir graduellement et ne parait pas très prononcé, parce qu'il coïncide avec un engourdissement progressif. 11 y a de bonne heure accélération de la respiration et des mouvements du cœur ; légère élévation de la température extérieure , inquiétude , agitation , transpiration abondante, puis ralentissement du flanc, torpeur, résolution musculaire, commencement d'anesthséie, refroidissement, dilatation des pupilles, et mort sans convulsions. A l'autopsie tous les tissus sont injectés et mous, les cavités cardiaques très dilatées. Faite au moment même de la mort apparente, elle montre l'irritabilité musculaire, l'excitabilité des nerfs très affaiblie. Le cœur a cessé d'agir, et si ses ventricules éprouvent encore de faibles contractions, elles cessent plus tôt que dans les asphyxies à marche rapide.

L'asphyxie qui tient à la privation totale d'air comprend plusieurs variétés distinguées suivant qu'elle se produit dans le vide, dans l'hydrogène, l'azote,

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