‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 106 sur 310 · Bert. Pvessio)i barométrique, p · texte numérisé non relu

Bert. Pvessio)i barométrique, p

les divers gaz irrespirables et par le fait de la strangulation, de la submersion, de la ligature et du tamponnement de la trachée.

Dans le vide et dans les milieux dépourvus d'oxygène, cette asphyxie est assez lente chez les animaux inférieurs. Quelques insectes, d'après Biot, peuvent y vivre jusqu'à une semaine, les colimaçons plusieurs jours, selon Spallanzani, les grenouilles plusieurs heures, mais les mammifères et les oiseaux n'y vivent pas au delà de quelques minutes. Dans le vide, la inort est plus rapide que dansles milieux non oxygénés, en raison des troubles dus à la brusque suppression de la pression atmosphérique,

Aspliyxîe par occlusion tles voies aériennes. — L'aspihyxie qui résulte de la strangulation ou de l'obstruction des conduits aériens s'opère avec plus ou moins de promptitude, suivant que les voies de l'air sont simplement resserrées ou complètement fermées, et ainsi elle peut, quand il n'y a pas privation complète d'air, se rapprocher de l'espèce précédente.

Lorsque la trachée est obstruée brusquement, la mort arrive en un temps très court, mais variable suivant les espèces. Les animaux ne semblent d'abord rien ressentir de particulier pendant cinquante à soixante secondes ; mais après ces premiers instants, ils dilatent fortement les naseaux, ouvrent la bouche, font des efforts violents pour se relever s'ils sont couchés, s'agitent vivement, éprouvent des angoisses inexprimables, déploient toutes leurs forces pour mettre en mouvement les parois de la poitrine ; les hypocondres s'écartent l'un de l'autre, les côtes s'élèvent et arrivent aux limites de leur projection en avant ; en un mot, le diamètre Iransverse du thorax s'agrandit outre mesure, sans que cette cavité se dilate réellement. En même temps que s'opère ce simulacre d'inspiration, la pression atmosphérique déprime l'abdomen et pousse les viscères abdominaux contre le diaphragme, dont le relâchement tient lieu d'une contraction violente. Au bout de trois, quatre, cinq, six minutes d'efforts inouïs, les mouvements respiratoires cessent chez le cheval et le chien, les membres s'agitent convulsivement, puis s'étendent, comme cela arrive au moment de la mort que l'on détermine par effusion de sang, enfin l'animal ne donne plus aucun signe de vie. La mort survient de cette manière pour les espèces que je viens de nommer, le plus souvent de la quatrième à la cinquième minute, d'après mes expériences : elle ne peut être instantanée, car le poumon du cheval renferme toujours en moyenne de 20 à 25 Utres d'air.

Ainsi, un cheval auquel j'avais obstrué la trachée vers le milieu du cou éprouva les secousses de l'agonie à la quatrième minute. A 4 minutes 1[2, les naseaux ne se dilataient plus; la langue était pendante, les pupilles dilatées. A la fin de la sixième minute, la trachée étant rouverte, il n'y eut plus de rappel des mouvements respiratoires, la carotide demeura flasque, affaissée ; elle ne laissa échapper qu'un peu de sang noir, en nappe, sans la moindre saccade. Sur un second, la mort arriva à la fin de la cinquième minute, sur un troisième, après 4 minutes 40 secondes. Il fut impossible, par l'insufflation artificielle, pratiquée rapidement, de rappeler l'animal à la vie.

La résistance n'a pas été plus grande sur d'autres animaux. Un taureau dans les mêmes conditions que les solipèdes avait, à la lin de la sixième minute, la

Ijouche ouYtM'te, la langue peiidaiito, les muqueuses pâles. Une vache phthisique présenta les signes de la mort dès la fin de la quatrième minute. Un bélier dont la trachée fut tamponnée périt au bout de 6 minutes et demie, un second après 7 minutes. La désobstruction des voies aériennes ne les rappela pas à la \ie

Le chien ne vit guère plus longtemps dans les mêmes conditions. Sur un premier, après 6 minutes et demie d'obstruction, les biiillements et les mouvements respiratoires avaient cessé. A compter de la huitième minute, l'insufflation, pratiquée méthodiquement, ne put le rappeler à la vie, Un second, qui eut la trachée liée, tomba 2 minutes et demie après. A la fm de la troisième minute, les mouvements convulsifs avaient cessé. A la cinquième il paraissait mort. A 5 minutes lo secondes, la ligature fut enlevée; la respiration se rétablit sans secours étranger; 2 minutes après l'animal était relevé. Un troisième ne donnait plus aucun signe de vie après 4 minutes et demie; le lien ne fut pas enlevé. Sur un cjuatrième, la respiration, les bâillements, les mouvements généraux, avaient cessé à la cinquième minute. A la sixième, la trachée fut désobstruée et l'insufflation établie méthodiquement pendant près d'une demi-heure, mais cette opération ne provoqua aucun mouvement respiratoire ou autre. A l'autopsie on trouva un emphysème considérable.

Le lapin meurt plus vite encore que le chien. Un premier, auquel la trachée avait été liée, to\nba après 2 minutes. Le corps était flascfue et sans mouvement à la troisième minute. Après 5 minutes l'insufflation fut sans résultat. Un autre tomba 1 minute et demie après la ligature. Tous mouvements respiratoires avaient cessé après 3 minutes et demie. La respiration artiticielle établie à ce moment ne put le rappeler à la vie; elle détermina un emphysème considérable.

Les gallinacés n'ont pas montré plus de résistance à l'asphyxie que les mammifères domestiques. Un coq qui eut la trachée liée éprouva des secousses et un hérissement de plumes au bout d'une minute et demie. La crête à ce moment brunissait déjà. A la tin de la cinquième, les mouvements étaient tout à fait abolis, la trachée fut déliée,, mais l'animal ne revint pas à la vie. Un autre, à trachée oblitérée par une pince à pression continue, parut mort à la sixième minute. On ôta la pince, l'animal se releva et se rétablit. Un quart d'heure après il avait repris ses allures ordinaires. Le même, plus tard, eut de nouveau la trachée pincée. A la cinquième minute, tous les mouvements avaient cessé ; à la septième, la trachée fut désobstruée, et la respiration artificielle établie; mais cette fois le coq était bien mort.

Dans l'espèce d'asphyxie dont il est ici question, le malaise résultant du nonrenouvellement de l'air ne se manifeste souvent qu'au bout de 1 à 2 minutes, car la réserve contenue dans les poumons contribue encore, pendant quelques instants à l'hématose. Les 20, 30 litres d'air et plus qui restent dans le poumon du cheval, quand la trachée est liée après l'inspiration ou même après l'expiration, fournissent encore de l'oxygène pour quelques tours de circulation pulmonaire.

Dans cette variété d'asphyxie les troubles de la circulation ne se produisent pas aussi rapidement que par le fait de la submersion. Le cœur, par suite des eflbrts très violents que fait l'animal, éprouve des contractions saccadées qui se suspendent par mom^ents. Le nombre de ses battements double et même triple.

sur le cheval, en quelques minutes. Le sang des artères blessées est lancé d'abord à une grande dislance, puis il n'est plus chassé que faiblement et par intermittences très irrégulières. Celui des artères noircit très \ite. Aussi si on opère sur les oiseaux à caroncules, comme les gallinacés, on voit la crête devenir violacée en une demi-minute ou une minute, et ses changements de teinte réalisent, sous une forme saisissante, l'expérience par laquelle Bichat montrait la rapidité de l'artérialisation puis de la désoxygénation du sang.

Si on ouvre rapidement le thorax, aussitôt que les mouvements respiratoires se suspendent, on trouve le cœur énormément distendu, surtout dans ses cavités droites, et les veines caves gonflées outre mesure. L'organe est sous le coup d'une paralysie commençante par le fait de son extrême distension. Les systoles les plus énergiques ne chassent qu'une faible partie du contenu des ventricules dans les systèmes artériels. Bientôt même elles sont impuissantes à entretenir la circulation générale. Aussi, en quelques minutes, la presque totalité du sang s'accumule dans le système veineux; le foie devient énorme, les reins noircissent ; la muqueuse intestinale, chez les carnassiers, s'injecte comme dans les congestions les plus violentes.

C'est, sans contredit, dans cette forme, d'asphyxie qu'il semble le plus facile de rappeler les animaux à la vie, car le poumon est simplement le siège d'une stase sanguine; ses vésicules et ses bronches sont parfaitement libres. Cependant quelque célérité qu'on mette b l'emploi des moyens propres cà rétablir l'hématose, on échoue dans la majorité des cas. La respiration artificielle par insufflation nasale, buccale ou trachéale, — celle qu'on opère par l'écartement et le rapprochement des épaules, par le soulèvement et l'affaissement alternatifs des hypochondres, ne m'ont rien donné dans une foule d'expériences, même sur les sujets où ces moyens étaient employés, à compter d'une minute et demie, 2 minutes ou 3 minutes après l'arrêt des mouvements du thorax. Il en a été de même de l'électrisation de l'ensemble du corps, des muscles du thorax et du diaphragme par les nerfs phréniques.

Il y a quelquefois rappel spontané à la vie quand les voies respiratoires sont désobstruées très promptement, comme après 2, 3, 4 minutes d'oblitération, mais alors encore ce rappel n'est souvent que de courte durée. Après 2 ou 3 respirations, plus ou moins amples, tous les mouvements cessent d'une manière définitive.

Le grand obstacle au rétablissement du mécanisme respiratoire est, dans cette forme d'asphyxie, comme dans les autres, l'arrêt de la circulation. En vain l'air est appelé dans le poumon par quelques inspirations même véhémentes ou poussé dans cet organe il ne peut artérialiser que le sang immobilisé dans le système capillaire du poumon. Ce sang stagne là ; il ne va pas stimuler les organes ; celui de toutes les autres parties ne vient point à son tour dans le poumon, puisque les frémissemements, les secousses des ventricules sont impuissantes aie faire marcher dans ses vaisseaux. Le rappel à la vie n'est possible qu'en regard de la persistance delà circulation. Or la circulation est suspendue, quoique le cœur agisse, et elle l'est parce que les contractions de cet organe sont trop faibles pour mettre en mouvement l'énorme quantité de sang qui distend les cavités cardiaques et les gros troncs vasculaires.

Les lésions de cette asphyxie se réalisent avec une grande rapidité parce qu'elles dérivent des troul)les et de l'arrêt de la circulation : injection de toutes les muqueuses, — luméfactioii énorme du foie, — distension excessive du système ïeineux abdominal ; — congestion intestinale arrivant sur certains animaux, comme le cheval, au début de l'hémorrhagie ; — suffusions autour des ganglions mésentériques. Le poumon a seulement quelques pétéchies et son état congestif n'a rien d'excessif. A celles-là s'en ajoutent quelques autres si l'asphyxie est due à la compression de la gorge, à l'arrêt d'un bol ou d'une masse alimentaire dans le pharynx, en un mot aux diverses formes de la strangulation, de la pendaison. Dans ces cas, les lésions des récurrents, des vagues, celles qui résultent du tiraillement et des secousses éprouvées par le bulbe, expliquent les fréquents insuccès des secours donnés en temps utile.

Dans le tableau suivant, qui résume une cinquantaine d'expériences, se trouvent indiqués les moments de la chute des animaux, de la mort à compter du début de l'obturation de la trachée, etc. Les indications relatives aux grands animaux, notamment au cheval, sont précieuses en ce qu'elles se rapprochent beaucoup de ce qui doit se passer sur l'homme.

Asphyxie par oblitération de la trachée.

Nos

ANIMAUX

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