‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 218 sur 310 · RÉGÉNÉRATION DES TISSUS · texte numérisé non relu

RÉGÉNÉRATION DES TISSUS

nerveux. Après sa section, M. Brown-Séiiuard a vu reparaître le mouvement et la sensibilité en arrière de la section, ce qui semble indiquer ou la transmission des courants sensilifs et moteurs à travers les cicatrices ou la réapparition des cellules et des fibres entre les deux segments. En tout cas la cicatrisation des cordons médullaires supérieurs et inférieurs, se lait promptement et est suivie du retour à la sensibilité normale et à l'excitabilité, ainsi que je Tai noté plusieurs fois dans mes expériences sur le chien et le porc.

Mais chez les animaux inférieurs, même chez les vertébrés ovipares, des parties dune certaine étendue et fort hétérogènes peuvent se reproduire en bloc, après leur destruction. La nageoire coupée du poisson se régénère souvent: la queue du jeune lézard ou de la salamandre se reconstitue avec ses os, ses muscles, ses nerfs, après son excision, comme un grand nombre d'expérimentateurs l'ont noté: les pattes des salamandres se reproduisent avec leurs rayons distincts, leurs articulations, leurs doigts, ainsi que Spallanzani l'a constaté dans de nombreuses expériences, non point avec une régularité parfaite, mais sous une forme qui rappelle la normale. M. Philippeaux ', répétant ces expériences, a vu que la régénération du membre antérieur cesse de s'opérer si le rayon scapulaire se trouve compris dans la résection.

Les greffes animales, les restaurations du nez, des paupières, des oreilles donnent encore des exemples curieux de la régénération des parties osseuses, vasculaires et nerveuses. Lorsqu'un lambeau de peau détaché du front et du bras vient combler une brèche du nez ou des paupières, les vaisseaux de ce lambeau ne se mettent en communication avec ceux de la partie que par l'intermédiaire de tissus de nouvelle formation, et une fois la communication établie on peut détruire la continuité entre le lambeau et la partie qui l'a fournie. Lorsque l'ergot du coq est greffé sur la crête du même animal, lorsque le testicule d'un oiseau pendant la castration tombe dans le péritoine, il s'établit des connexions vasculaires dans les points de contact, et la partie déplacée continue à vivre iudétiniment, absolument comme le rameau ou l'œil dans les grefl'es végétales.

Ce qu'il y a de très remarquable dans ces greffes dont la nature donne des exemples quand le fœtus et ses annexes tombent dans la cavité péritonéale, c'est que les parties ainsi déplacées ne continuent pas seulement à vivre par les vaisseaux qui les mettent en rapport avec de nouvelles régions ; elles suivent leur évolution commencée, si elle n'est pas achevée : l'os rudimentaire prend sa forme typique, le périoste produit des couches osseuses, les épiphyses se soudent comme si les parties conservaient leur situation et leurs connexions normales. C'est ce que Bert a reconnu dans ses recherches sur les greffes animales, notamment celles de la queue du rat.

Dans ces derniers temps on a cru obtenir des greffes de parties très complexes; Des dents fraîchement arrachées ont été transplantées, dit-on, avec succès, dans des alvéoles vides. L'os a pu se resserrer directement sur elles, et la gencive s'y appliquer comme à l'état normal. Mais est-il sur que la pulpe ait repris ses

1. Philippeaux, Comptes rendus de l'Acad. des sciences. H mars 1867.

connexions avec les restes du follicule ? L'œil avec ses muscles, ses nerfs moteurs, son nerf optique, immédiatement après avoir été extrait, aui-ait pu, d'après divers opérateurs, être grefte dans une orbite transformée en plaie simple et récente. On s'est fait sans doute illusion, car après quelques semaines \'oû\ transplanté prenait un aspect cadavérique indiquant la perte de sa \italité.

Tous ces faits prouvent que les éléments jouissent d'une existence individuelle, d'une activité propre, qui se maintient et donne toute la série de ses elTets à la condition que, par des connexions vasculaires quelconques, ces éléments reçoivent les matériaux nécessaires aux actions vitales qu'ils sont aptes à accomplir.

Il se pourrait que certains éléments anatomiques déplacés par une cause quelconque ou introduits par inoculation dans divers tissus sur des sujets étrangers conservassent l'aptitude à \ivre et à proliljérer dans leur nouvel habitat. Les divers éléments figurés du tubercule sont peut être dans ce cas, comme je l'ai dit il y a fort longtemps.

On ne sait rien de précis de l'influence que le système nerveux peut exercer sur la régénération des tissus et la reproduction des parties détruites. ïodd affirme qu'après la section des nerfs à la base de la patte des salamandres, il n'y a plus de régénération des rayons terminaux. D'autre part le travail de la cicatrisation s'accomplit dans les formes et les délais ordinaires, chez les individus paralysés. Celui de la formation du cal, dans les membres abdominaux, d'après quelques observations de MM. Ollier et Ranvier ne serait point entravé par la section des sciatiques. Mais il importe de remarquer que, dans ces derniers cas, l'influence nerveuse n'est pas complètement éteinte et qu'elle peut être entretenue par des nerfs spinaux de provenance diverse comme par les rameaux sympathiques satellites des artères.

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