II. — DÉVELOPPEMENT DES ANNEXES DE L EMBRYON
Aiiiiiios. — Jusqu'ici l'œuf s'est monlré sous une forme très simple. Il n'a encore présenté que deux membranes, une extérieure vitelline, et une intérieure blastodermique constituée par un feuillet séreux dans lequel se dessine la tache ^'erminative et un feuillet muqueux. La première trace embryonnaire n'a été représentée que par une ligne longitudinale au centre de la tache. Cette première phase est de courte durée. A peine l'embryon est-il ébauché dans la partie du feuillet séreux du blastoderme occupé par la tache, que le reste du feuillet se soulève et se plisse autour de l'embryon, principalement vers les deux extrémités; puis, les parties soulevées, se rapprochant peu à peu du côté où sera le dos du fœtus, finissent par se rencontrer et s'unir; alors celui-ci se trouve inclus dans sa première enveloppe propre, connue sous le nom d'amnios ou de sac amniotique.
Cette membrane dont le mode de formation est le même dans les mammifères et les oiseaux, ainsi que Baer l'avait reconnu, paraît se développer souvent eu un espace de vingt-quatre heures. D'abord exactement appliquée sur l'embryon, elle s'en éloigne progressivement à mesure qu'il se dépose du liquide dans sa cavité. Insensiblement elle change d'aspect : de séreuse qu'elle était au commencement, elle prend les caractères d'une membrane vasculaire ; ses vaisseaux, d'ailleurs assez peu considérables, se ramifient dans sa couche externe; sa couche interne se recouvre même de bonne heure dans quelques animaux, en particulier dans les ruminants, d'écaillés épidermiques particulières, dont le volume est très considérable vers les derniers temps de la gestation. Le sac qu'elle représente, primitivement sphéroïdal, devient elliptique à mi-terme, et plus tard il se déprime vers l'extrémité périphérique du cordon ombilical; enfin, vers la fin de la gestation, l'une de ses extrémités, celle qui correspond aux membres postérieurs du fœtus, s'étire chez les solipèdes en une corne mousse très courte.
Le liquide de l'amnios, d'autant plus limpide et moins visqueux que la gestation est peu avancée, est alcalin et mêlé à des cellules épithéliales, à des noyaux de cellules. Vauquelin, Berzelius, en ont donné l'analyse. Lassaigne y a trouvé chez la vache, probablement dans la dernière période de la gestation, de l'albumine, du mucus, une matière jaune analogue à celle de la bile, de la soude, des chlorures de sodium, de potassium et du phosphate de chaux. Cl. Bernard y a signalé la présence normale du sucre, aussi bien chez les carnassiers que chez les herbivores. La composition de ce liquide paraît devoir changer notablement vers le terme de la gestation, car alors il devient peu abondant, extrêmement visqueux, adhère à la peau, agglutine les poils et prend souvent une teinte jaune très prononcée due au méconium qui s'échappe des voies digestives du fœtus.
vésicule ouihilicale. -• Après que l'amnios s'est formée aux dépens du feuillet externe ou séreux du blastoderme, l'embryon, en se repliant à ses extrémités et sur les parties latérales, vers le centre de la vésicule blastodermique.
DEVELOPPEMENT DE L EMBRYON
^•ol
enferme en lui une partie ilu feuillet interne ou muqueux de cette dernière, destinée à la formation de l'intestin. Le reste de ce feuillet, en dehors de l'embryon, constitue la vésicule ombilicale qui, d'abord, communique largement avec l'intestin auquel elle ne lient plus tard que par un pédicule creux appelé conduit omphalo-mésentérique, dont le rétrécissement progressif entraîne l)ientot l'oblitération.
Une fois que la vésicule ombilicale est constituée, elle prend un développement rapide, et il s'établit
entre elle et le fœtus des — !!-.__
communications vasculaires au moyen de deux veines qui aboutissent au oieur et de deux artères émanées de l'aorte en commun avec la grande mésentérique.
Chez les oiseaux, son mode de formation est à peu près le même que dans les animaux vivipares. Cette vésicule, qui renferme le jaune de IVeut.
y persiste avec un grand développement , pendant toute la durée de l'incubation, et finit par se trouver incluse dans la cavité abdominale au lieu d'être eu dehors de l'embryon.
La vésicule ombilicale prend un accroissement très rapide : dès qu'elle est formée, sa partie moyenne la plus renflée s'allonge dans les solipèdes, le porc et les ruminants, et donne naissance, d'après de Baer, à deux cornes qui se portent une de chaque côté de l'embryon. Bientôt, ces cornes s'atrophient et disparaissent; la partie moyenne se rétrécit peu à peu et le réseau vasculaire s'efface. Dans les embryons de vache, longs de six lignes, son développement, d'après Bischoff, était déjà arrêté : ses appendices avaient disparu : le pédicule par lequel elle communiquait [iriniitivement avec l'intestin était oblitéré et réduit à l'état de filament. Peu après on n'en rencontrait plus aucune trace.
Mais chez beaucoup d'animaux la vésicule ombilicale persiste plus longtemps avec des formes variables et même pendant toute la durée de la vie fœtale. Chez les solipèdes. comme Lecoq ^ le montrait dans ses leçons, elle se voit jusqu'au terme de la gestation sous la (orme d'un cordon rougeàtre fixé par une de ses extrémités au chorion et adhérent par l'autre au sommet de la cavité cono'ide, dans laquelle elle est libre sur tout le reste de son étendue. Chez les fœtus de
1. Lecoq, Des annexes du fœtus dans les principales espèces d'cmimaux domestiques [Journal de médecine vétérinaire de Lyon. 1845, p. 165).
(*) a, la partie dorsale de reml)ry.)n : b, raninios; c. la résicule vitelline; o, l'allaiitoîde ; o', Touraque, d'après Muller.
FiG. SJJ:. — Embryon et ses annexes (*).
FiG. 225. — Embryon de taupe long de 3 lignes d'après Wagner (*).
trois à quatre mois, elle a encore, d'après le savant professeur que je viens de citer, une cavité qui, étant insufflée, donne à la vésicule une configuration pyriforme. Deux vaisseaux oniphalo-mésentériijues aboutissant à cette vésicule, persistent également à toutes les époques de la vie fœtale et même encore (pieUpic temps après la naissance. Dans les carnassiers, la vésicule persiste aussi, suivant divers observateurs, pendant toute la vie f(nt;ilo. De la forme spbéroïdale et bientôt
ellipsoïde, elle passe à celle d'un cylindre ou d'un tube plus ou moins allongé, dont les parois demeurent très vasculaires; elle persiste également jusqu'à la naissance dans les rongeurs, le lapin entre autres.
Allaiito'ûic. - Le sac membraneux, qui doit par la suite se placer en dehors de l'amnios et se continuer avec la vessie urinaire, paraît naître, d'après la plupart des observateurs, de la dernière partie de l'intestin avec laquelle elle communique primitivement, ainsi qu'avec les canaux excréteurs des corps de Wolff. Néanmoins, Serres la fait dériver chez les oiseaux de deux petites élévations qui apparaissent à l'extrémité des corps de Wolfî', et Coste la regarde comme un prolongement creux de la vésicule blastodermique.
Dès que l'allantoïde est formée et que l'abdomen se ferme au niveau de l'ombilic, cette vésicule se divise en trois parties : l'une qui reste incluse dans la cavité abdominale où elle se métamorphose en vessie ; l'autre qui se rétrécit, devient tubuleuse et constitue l'ouraque dans le cordon ombilical; enfin la troisième, de forme et d'étendue variables, qui vient se déployer entre l'amnios et le chorion. Mais ce sac affecte des dispositions très variables suivant les animaux.
Dans les ruminants, l'ouraque, parvenu vers l'extrémité périphérique du cordon ombilical, se dilate et s'évase en infundibulum, duquel naissent deux longs prolongements, dont l'un s'engage dans la corne utérine occupée par l'embryon, tandis que l'autre descend vers le corps de la matrice et se recourbe sur luimême pour venir s'insinuer dans la corne utérine opposée à celle qui renferme l'embryon. L'allantoïde se trouve en rapport, d'une part, avec l'amnios et le chorion, d'autre part, avec le chorion seulement dans la partie rétrécie des cornes <le l'utérus. L'extrémité de chacun de ses prolongements perce même le chorion et vient se mettre en contact immédiat avec la muqueuse utérine.
(•) a. le cborioii ; h, le cordon ombilical ; c. la vésicule ombilicale ; d, son pellicule on conduit omphalomésentérique ; e, partie antérieure; /', partie postérieure rie l'intesliu; //, arcs branchiaux (lui commencent a s enaeer.
DÉVELOPPEMENT DE l'EMBRYON. 'JoS
Chez les sullpèdes, comme Fabrice d'Acquapenden te l'avait déjà vu, l'allanloïde constitue un vaste sac dont la forme extérieure est exactement la mémo que celle du cliorion et de l'utérus. Du pourtour de rorifice évasé de l'ouraque, elle domie un premier l'euillet qui s'étale ù la surface externe del'amnios et la tapisse complètement. D'un côlé de cet orifice, elle se continue autour des vaisseaux qui viennent de quitter le cordon ombilical et leur forme une sorte de gaine à l'intérieur de laquelle se trouve la vésicule ombilicale ; puis, arrivée au cborion, elle se répand à la face interne de celui-ci par un deuxième feuillet beaucoup plus étendu que le premier.
L'allantoïde est une membrane mince, pellucide, transparente, sans vaisseaux sanguins visibles à l'œil nu : aussi paraît-elle offrir l'aspect d'une véritable membrane séreuse. Dans les premiers temps de sa formation, elle est, d'après les recherches de de Baer, composée de deux feuillets : l'un externe, très vasculaire, s'unissant très intimement au chorion ; l'autre interne, dépourvu de vaisseaux, et constituant, à proprementparler, le sac entier de cette membrane. Le premier feuillet disparaît, dit-on, de très bonne heure chez les ruminants, de sorte qu'il ne reste plus que le sac à deux prolongements, dont la disposition générale est si remarquable.
Le sac de l'allantoïde se développe dès les premiers temps de la vie embryonnaire, et avec une très grande rapidité dans nos divers animaux domestiques. Il se remplit d'un liquide qui, d'abord parfaitement limpide et incolore, devient jaunâtre et proportionnellement de moins en moins abondant à mesure qu'on se rapproche du terme de la gestation. Lassaigne y a trouvé, chez la vache, de l'albumine, de l'osmazôme, une matière mucilagineuse azotée, de l'acide allantoïque, de l'acide lactique, du lactate de soude, du chlorhydrate d'ammoniaque, du chlorure de sodium, du sulfate de soude, des phosphates de soude, de chaux et de magnésie. Celui du fœtus de jument est dépourvu d'acide allantoïque, et le sulfate de soude y est remplacé par du sulfate de potasse. Les deux contiennent, en outre, un principe particulier, l'allantoïne, qui paraît être de l'urate d'urée, et enfin du sucre, dont la présence a été signalée par Cl. Bernard. Dans le liquide allantbïdien, on trouve toujours chez les solipèdes et les ruminants une ou plusieurs concrétions discoïdes, jaunes ou brunâtres, élastiques, dont la nature et le mode de formation sont encore indéterminés. Chez les fœtus des solipèdes un certain nombre de ces hippomanes sont encore fixés chacun par un pédicule plus ou moins grêle au feuillet allantoïdien qui tapisse la face interne du chorion; mais ces derniers ne sont peut-être pas identiques avec les autres et ne se montrent pas dans l'allantoïde des ruminants.
Clioi'iou. — Dans les premiers temps qui suivent l'arrivée de l'œuf au sein de l'utérus, la membrane externe de cet œuf, c'est-à-dire la membrane vitelline recouverte ou non, suivant les animaux, d'une couche d'albumine, devient, d'après Coste, un premier chorion dont la surface ne tarde pas à se recouvrir de villosités. Puis, peu à peu, la portion du feuillet externe de la membrane blastodermique qui n'a point servi à la formation de l'amnios, s'accole au premier chorion. Bientôt celui-ci disparaît par résorption, et le feuillet externe du blastoderme, resté seul, devient le deuxième chorion. Enfin, lorsque l'allantoïde est
venue s'étaler entre l'amnios et le revêtement externe de l'œuf, entraînant en dehors les vaisseaux ombilicaux, ceux-ci déterminent la formation d'un chorion (lélinilif vasculaire et hérissé de nombreuses villosités. Il y aurait donc ainsi trois chorions successifs, dont deux provisoires et sans vaisseaux, devant disparaître aussitôt que l'allantoïde a porté les vaisseaux ombilicaux à toute la périphérie de l'œuf. Suivant Bischoff, qui est assez bref à cet égard, le chorion résulterait simplement de la fusion de la zone vitelline avec toute la partie du feuillet séreux du blastoderme qui est restée libre après la formation de l'amnios. Tout cela s'opère avec une telle rapidité qu'il suffit d'une période de vingt-quatre heures pour voir s'achever la formation du chorion et de ses villosités.
Le chorion, définitivement constitué et examiné dans un œuf assez volumineux, se présente sous l'aspect d'un sac qui, chez les femelles multipares, comme chez les unipares, a exactement la forme de l'utérus avec lequel il se met en rapport par toute l'étendue de sa surface externe. Ses cornes, dans les rumi-
FiG. 226. — Chorion insufflé du fœtus de jument à mi-terme (*).
nants, sont percées tout près de leur extrémité pour laisser sortir le petit prolongement de celles de l'allantoïde. Son sac, unique dans les ruminants, est multiple dans les carnassiers et les autres animaux dont l'utérus contient plusieurs fœtus. Dans ce dernier cas, chaque fœtus a le sien sans communication avec celui des autres.
A la face interne du chorion qui est en rapport, soit entièrement avec l'allantoïde, soit partie avec celle-ci et l'amnios, suivant les espèces, se ramifient les artères et les veines ombilicales dont les petites divisions traversent la membrane et viennent à sa face extérieure former les villosités placentaires.
Cortlou ombilical. — Dès que la vésicule ombilicale est constituée et que l'allantoïde sort de l'abdomen accompagnée des vaisseaux ombilicaux, le cordon ombilical est formé.Il se compose, dans la plupart des animaux : 1" de deux veines
(*) A, partie postérieure du chorion occupant le corps de l'utérus ; D. corue gauche bosselée et plissée : C, corde droite plus longue renfermant une partie du fœtus.
DÉVELOPPEMENT DE L EMBRYON". 9oo
qui se réunissent en une seule à leur entrée dans l'abdomen pour se jeter dans le foie ; 2° de deux artères provenant des iliaques internes ; 3" du pédicule creux de l'allantoïde, ou autrement, de l'ouraque : 4° du pédicule de la vésicule ombilicale et des vaisseaux omphalo-mésentériques. le tout enveloppé dans une gaine cylindrique fournie par l'amnios, à partir de sa jonction avec les parois abdominales au pourtour de l'ombilic.
Lorsque le développement de l'œuf est assez avancé, le cordon ne présente plus tout à fait sa constitution primitive : la vésicule ombilicale s'atrophie et disparaît totalement, comme chez les ruminants, où elle persiste, mais après s'être oblitérée et avoir pris la forme d'un- cordon. Ainsi qu'on le voit dans les ruminants, la veine et l'artère omphalo-mésentériques disparaissent avec la vésicule, ou bien, ce qui arrive presque toujours s'il reste un vestige de celle-ci, elles persistent avec ce vestige; enfin, le pédicule de lallanto'ide se rétrécittellement qu'il devient très diflicile ou impossible de faire passer de l'air de la cavité allantoïdienne dans celle de la vessie.
Les dimensions du cordon varient sensiblement suivant les espèces. Ce cordon est très long dans le fœtus humain: il l'est piLiportionnelleraent beaucoup moins chez les solipèdes, les ruminants, et demeure tr-^ court dans le lièvre et le lapin. La torsion des artères sur les veines ombilicales qui restent droites dans l'espèce humaine, ne se voit pas chez les grands animaux. La torsion du cordon sur luimême, et un grand nombre de fois, n'est qu'accidentelle ; elle dépend des mouvements du fcetus vers les derniers temps de la gestation ou des déplacements qu'on a fait subir à celui-ci lorsque l'ulérus a été extrait du sein de la mère. Il ne faudrait donc pas croire, comme on serait tenté de le faire, en voyant les dessins de fcetus d'animaux donnés par Fabrice d'Aequapendente et d'autres, que les torsions spirales sont normales et constantes. L'étude du foMus non déplacé prouve qu'elles manquent dans la très grande ^Huéralité des cas.
Placenta.— Lorsque l'œuf a pris une forme elliptique et acquis dans l'utérus un diamètre de o à 6 millimètres, son enveloppe extérieure devient grenue : il s'élève à sa surface de petites saillies qui sont de véritables viilosités provisoires. Mais, plus tard, à mesure que l'œuf prend de l'extension et que le chorion arrive à sa constitution déiinitive. il se développe de nouvelles viilosités dont la structure est manifestement celluleuse et vasculaire.
Celles-ci, formées indistinctement dans tous les points de la superOcie du chorion, continuent à y prendre uniformément de l'extension dans certains animaux, les solipèdes entre autres, et. à y développer un immense placenta recouvrant exactement l'enveloppe externe et s'engrenant avec la totalité de la muqueuse utérine. Au contraire, dans la plupart des espèces, ces viilosités s'hypertrophient seulement en un ou plusieurs endroits pour former un placenta simple comme celui de la femme, delà chienne, de la chatte, de la plupart des carnassiers et des rongeurs, ou un placenta multiple, tel que celui des animaux ruminants. Néanmoins les petites viilosités qui se trouvent disséminées sur le chorion, dans les intervalles des amas placentaires, persistent en parties plus ou moins clairsemées, quelquefois jusqu'au terme de la gestation, comme 'S\'eber en a fait la remarque. On peut donc, d'après cela, distinguer deux espèces de placentas :
l)o(j PE LA GÉNÉRATION.
un placenta disséminé et un placenta aggloméré, et dans cette dernière espèce on pont (Hablir deux variétés : l'une, qui est celle du placenta aggloméré szwp/e, l'autre, colle du [ilacenta aggloméré multiple.
Le placenta disséminé existe chez les solipèdes, chez le dromadaire, le chameau, le lama et le porc.Ily est formé par des papilles courtes, assez rapprochées et à peu près régulièrement éparpillées à la surface du chorion, si ce n'est chez le porc où elles se rassemblent déjà en petites touffes, entre lesquelles les autres papilles sont plus clairsemées, comme pour marquer la transition entre le placenta régulièrement disséminé et le placenta aggloméré des ruminants à cornes ou à bois.
Cet organe est aggloméré et unique dans le fœtus humain, dans celui des carnassiers et des rongeurs : il y revêt deux formes bien distinctes, celle d'un disque ou d'un gâteau et celle d'une ceinture. La première appartient au fœtus humain, à celui des singes, de la lapine, de la hase, de la taupe, des rats et des souris. Ce placenta discoïde est très épais, nettement circonscrit à sa circonférence et hérissé de papilles rameuses à sa surface, séparées les unes des autres par des enfoncements irréguliers, parfois disposés en séries linéaires. Il reçoit généralement vers son centre, du côté du chorion, les faisceaux vasculaires du cordon ombilical. La seconde forme du placenta simple est propre à quelques carnassiers, notamment à la chienne et à la chatte : c'est celle d'une large et épaisse ceinture qui entoure l'œuf dans son milieu et perpendiculairement à son grand axe.
Le plasma aggloméré est multiple dans la plupart des ruminants, tels que les ruminants à bois et ceux à cornes creuses. Les plus grands correspondent au corps de l'utérus, et à la base des cornes, les autres deviennent de plus en plus petits et de plus en plus rapprochés à mesure qu'on les considère plus près de la pointe des cornes utérines. Ils ont tous une forme arrondie ou oblongue, très rarement irrégulière ; leur surface utérine est convexe dans la brebis et la chèvre ; elle est, au contraire, concave dans la vache.
Chez les ruminants, la muqueuse utérine présente en regard de chaque placenta un disque épais, pédicule, désigné sous le nom de cotylédon. Ces cotylédons sont des appendices muqueux qui, déjà, se montrent à l'état rudimentaire dans l'utérus du fœtus, prennent quelque peu de développement après la naissance, s'hypertrophient pendant la gestation et persistent durant toute la vie. Ceux de la vache ont une surface convexe et sont recouverts chacun par un placenta disposé en large cupule; ceux de la brebis, au contraire, sont fortement concaves et forment la cupule à ouverture étroite qui reçoit le placenta.
Le mode d'union des papilles placentaires avec la muqueuse utérine est à peu près le même dans tous les animaux, quelle que soit, du reste, la forme du placenta. Chaque papille, qui, isolée, se présente sous l'aspect d'une petite saillie conique, a, en sa réalité, la forme d'un petit panache, duquel se détachent un grand nombre de filaments, ou, si l'on veut, d'une petite racine portant un chevelu abondant, comme on peut, du reste, le voir en faisant plonger cette villosité dans l'eau. Sa forme conique, qu'elle reprend en sortant du liquide
DÉVELOPPEMENT DE L EMBKYON.
UoT
résulte do rc que tous les lilainents papillaires se rapprochent et s'appli(|ueiit les uns sur les autres. Du côté de l'utérus, la membrane muqueuse offre, d'après les belles observations de Serres et celles de AVeber, plusieurs sortes de follicules : les uns larges et peu profonds paraissent destinés à la sécrétion, les autres, très longs lilg. 227), à une seule entrée et à ramilications nombreuses, destinés à recevoir chacun une papille placentaire et ses divers lilaments. Ces follicules ont, chez les ruminants, des ouvertures énormes, et au delà de leur ouverture. un très grand nomltre de petits diverticulums terminés en cul-de-sac. Chaque orilice reçoit une papille placentaire en masse, et chaque petit embranchement du follicule engaîne un lilament de cette dernière. Il y a ainsi un engrènement intime (tig. 227) qui rend, chez les ruminants. l'adhérence du placenta avec le cotylédon très difticile à détruire, si ce n'est après que l'œuf a éprouvé un commencement de décomposition. Alors, la séparation est facile, et, pendant qu'elle s'opère, on voit chaque papille sortir sous la forme conique de son follicule de réception.
Un engrènement de ce genre, mais beaucoup plus simple, se voit déjà chez quelques poisson? vivipares, notamment, d'après Cuvier et Mûller, dans ceux du genre Carckarias. La muqueuse de l'utérus de ces poissons offre des plis très saillants entre lesquels se trouvent des sillons profonds où s'enfoncent des plis sinueux et irréguliers du placenta fœtal. Il y a là, de part et d'autre, un agencement qui multiplie les points de contact et établit une adhérence très intime.
La structure du placenta et le mode de connexion de cet organe avec la muqueuse utérine méritent la plus grande attention, car c'est par eux que l'on peut arriver à la connaissance des communications intimes établies entre le fœtus et la mère.
Dans les placentas à papilles comme ceux de la plupart des mammifères, et en particulier des ruminants, les papilles ou les villosités représentent chacune, comme je l'ai déjà dit et comme les observations de Weber l'ont établi, une racine dont l'axe supporterait un chevelu abondant ou un arbuscule pourvu de ramifications nombreuses et déliées. L'axe de la villosité renferme un tronc de l'artère et un autre tronc de la veine ombilicale ; chaque division de cet axe ou chaque lilament de la villosité reçoit un ou plusieurs rameaux veineux et d'autres rameaux artériels qui, après s'être réduits à l'état capillaire, s'infléchissent les uns vers les autres et s'anastomosent entre eux sous forme d'arcade, les veinules
FiG. 2-27. — Section de la membrane interne d'un utérus de femme au commencement de la gestation. — Glandes de la muqueuse utérine (*'.
(*) dd, les follicules; aaa, leurs orifices à la face libre lic la muqueuse, d'après E. H. Weber.
DE LA GËNl!;i<ATION.
avec les arléiiolcs, au sommet des filaments de la villosité. 11 n'y a aucun orilice libre à l'extrémité des vaisseaux de cette dernière, et ici, comme partout ailleurs, le sang apporté par les artères revient dans les veines, en passant dans des capillaires intermédiaires aux deux ordres de vaisseaux. C'est ce que démontrent de la manière la plus évidente les injections Unes et colorées des placentas delà vache et de la brebis, où les papilles s'offrent avec des dimensions très considérables. La même disposition vasculaire se trouve dans les placentas de la chienne et de la chatte, où les papilles sont remplacées, ainsi que Ta fait voir Eschricht, ar des lamelles très minces, sinueuses, légèrement denticulées.
l'iG. '-l'^H- — l^luconta, à iiioiLé séparé de soa cotyléduii, chez la vache .";.
Du côté de l'utérus, les artères de la muqueuse plus ou moins modifiée se continuent aussi directement avec les veines de la même membrane, mais suivant un mode particulier entrevu par Hunter et bien précisé par Weber. Les artères, au lieu de se ramifier en canaux de plus en plus ténus qui deviennent capillaires pour s'anastomoser avec les veines, conservent un assez grand volume et viennent directement se joindre avec les racines fort larges des veines, de sorte qu'il y a, entre les deux ordres de vaisseaux, des espèces de lacunes ou de cellules dans lesquelles peut s'accumuler une grande quantité de sang utérin.
■") A, pédicule du cotylédon; B, cotylédon ; G, placenta; D, papilles placentaires; E, poi'tiou du chorion.
DEVELOPPEMRNT Dl^ LEMBIIYON.
D'après ces dispositions tort reniarquai)les, il devient évident qu'il ne peut y a\oir de communication directe entre le fœtus et la mère. La communication ne peut se faire qu'à travers les parois Yasculaires,dans les points où les \aisseaux des papilles placentaires se trouvent en contact avec ceux de l'ulérus. Or, comme, d'une part, les villosités placentaires s'enfoncent avec toutes leurs ramilications, déliées dans les follicules utérins ramifiés et représentant en creux ce que les villosités figurent en relief, comme, d'autre part, ces follicules qui engainant les
FiG. -229. — Connexions utéro-placentaires de la femme (*).