‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 285 sur 310 · SOIR DU SECOND JOUR · texte numérisé non relu

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1. Peligot, Mémoire sur la composition du lait d'ânesse [Annales de chimie et de physique, 1836, t. LXII).

2. J. Reiset, Recherches pratiques et expérimentales sur V agronomie. Paris, 1863, p. 4.

L'activilé de l;i sécrétion est à son inaxinnun dans le premier et le deuxième mois qui suivent la [larturition, puis elle diminue progressivement jusqu'à la lin de la période pendant laquelle l'action de traire entretient le travail des mamelles.

Cette période de lactation qui, d'après les lois de la nature, Unissait au moment du sevrage, s'est prolongée par l'action de traire, plus dans certaines races cfue dans d'autres, et sa longue durée acquise s'est transmise par hérédité. Elle est très courte, de trois mois seulement après le sevrage, dans les races qui, comme la hongroise, se rapprochent de l'état sauvage; au contraire, elle est très longue chez les races bonnes laitières, la normande, la flamande, par exemple.

Le produit total de la sécrétion du lait augmente considérablement chez les femelles herbivores sous l'intluence du régime vert, à l'étable ou au pâturage. Aussi, quand les vaches mettent bas à la tin de l'hiver, la nourriture abondante et aqueuse qu'elles reçoivent dans les mois qui suivent le part entretient la «écrétion à son taux initial, et même l'augmente parfois suivant une proportion fort sensible. Les conditions de régime étant les mêmes pour des femelles d'une espèce quelconque, l'abondance de la sécrétion est à peu près proportionnelle à la taille. D'après les évaluations les plus exactes de divers agronomes, de Dombasle, "Thaër, Perrault, d'Angeville, Boussingault, entre autres, les vaches d'un poids moyen de 27o kilogrammes donneraient annuellement, c'est-à-dire pendant les huit à dix mois qui suivent le part, 900 litres de lait; d'autres, du poids de 400 kilogrammes, en donneraient 1700 litres ; d'autres de 600 kilogrammes, 2500 litres; entin, quelques-unes pourraient en fournir 3000, 4000, même oOOO, c'est-à-dire de 12 à 14 litres par jour, proportion énorme relativement à celle que ces mêmes femelles produiraient dans l'état de nature pour élever leurs petits. Déjà, dans certaines parties chaudes de l'Amérique, elles ne donnent pas, dit Roulin, terme moyen, 2 litres de lait par jour. Le lait d'une vache emporte donc une somme énorme de matériaux ; celui d'une vache hollandaise fraîchement vêlée peut rendre, par jour, jusqu'à 1 kilogramme de beurre, et le produit total de la lactation d'une flamande fournir 100 kilogrammes de cette substance par an. Chez les autres femelles, la lactation n'est pas moins abondante si on en juge par l'augmentation diurne des jeunes animaux. Néanmoins, chez la femme, son produit n'est évalué que de 1 à 3 litres par jour.

Le lait se modifie encore dans sa composition, et surtout dans ses caractères physiques, sa couleur, sa saveur, sa coagulabilité, sous l'influence de certaines plantes ou de certains principes alimentaires. On sait que les crucifères, le chou en particulier, le tourteau de navette, lui communiquent leur saveur désagréable ; que la paille d'orge, les fleurs de châtaigniers, les feuilles d'artichaut, les marrons d'Inde, le rendent plus ou moins amer; que les labiées lui donnent un parfum particulier; l'ail, l'oignon, une odeur rappelant celle de ces liliacées. Le lait prend, d'après Parmentier, au bout de quelques jours, une teinte rou- ^eàtre si la garance a été donnée avec les aliments; il devient, dit-on, jaunâtre sous l'influence du curcuma; un peu bleuâtre par celle de quelques euphorbia-

1032 f)E LA GÉNÉRATION.

cées. Le safran donné aux vaches communique au beurre seulement une couleur jaunâtre très prononcée. Tout cela s'explique quand on se rappelle que les glandes mammaires sont, de même que les autres organes sécréteurs, des couloirs par lesquels s'éliminent, plus ou moins, les principes étrangers introduits dans l'organisme et impropres à l'assimilation ; en effet, l'iodure de potassium a été retrouvé dans le lait par Péligot; le chlorure de sodium, le carbonate, le sulfate de soude, l'iodure de sodium, les sels de fer, par Chevalier et Henry; les sels de plomb, par Taylor, etc.

Enfin, dans plusieurs états pathologiques de l'économie ou des mamelles, le lait change de couleur, de saveur, perd plus ou moins la laculté de se coaguler, ou se prend même, dans le sinus de la glande, en petits caillots dont la précipitation s'opère aussitôt que le lait est recueilli. Ces coagulums sont formés, d'après Delafond, par de la caséine, de la graisse et des débris de l'épithélium des canaux galactophores. Sur les vaches affectées de la maladie aphteuse, Donné a trouvé le lait altéré, chargé d'albumine au lieu de caséum, coagulable par la chaleur, semé de globules muqueux, purulents, et de globules butyreux aglutinés. Dans un cas de maladie indéterminée, Gérardin l'a vu devenir visqueux par le refroidissement et très chargé d'albumine; on y a trouvé du carbonate d'ammoniaque sur une vache affectée d'une maladie des onglons.

Le lait paraît éprouver, en dehors des mamelles, quelques altérations remarquables. Dans ce qu'on appelle le lait bleu, il se développe sur la crème des taches bleuâtres couvertes de cryptogames. Cette altération, attribuée d'abord au Byssus cœrulea puis au Vibrio cj/anogenus, ne fait peut-être que donner à ces parasites des conditions de développement. Elle doit être distinguée du léger bleuissement que déterminent, dit-on, le sainfoin, labuglose officinale, la mercuriale, les polygonées, etc.

Enfin, dans le cas de lésions des mamelles, des canaux galactophores ou des mamelons, le lait peut se charger de globules de sang qui lui donnent une teinte rosée ou de globules purulents ; ces dernières altérations sont très reconnaissablés à l'aide du microscope.

Tel est l'aliment que les mamelles préparent pour la nutrition et l'accroissement du jeune animal. Cet aliment, le seul dont les petits des mammifères puissent faire usage dans les premiers temps de la vie extra-utérine, offre l'ensemble de tous les matériaux nécessaires à la formation des tissus et des liquides de l'organisme; il fournit, par sa caséine, les principes protéiques du sang, de la peau, des muscles, du squelette; par ses éléments minéraux et salins, les sels de toutes ces parties; enfin, par sa matière grasse et son sucre, il donne, comme le pense Liebig, le combustible qui est employé, par la respiration, à l'entretien de la chaleur animale.

Dans les premières semaines ou les premiers mois qui suivent la naissance, le lait est l'aliment à peu près indispensable aux jeunes animaux ; il ne peut être remplacé alors par aucun autre, car aucun ne réunit, au même degré, les conditions de digestibilité et de composition. Seulement ce lait peut ne pas être pris directement par le jeune sujet et il peut être emprunté à des femelles d'espèces autres que celle du nourrisson. Dans ce dernier cas, l'allaitement est dit artificiel.

Il est liois de doute, i)Oiii- tous ceux (|ui sont un peu au courant de lazooteclinie, que l'alIaitenuMit artiliciel entre les mains des éleveurs intelligents donne d'excellents résultats:* et que, dans divers pays, on lui trouve même de la supériorité sur l'allaitement maternel. Mais si ces deux modes sont à peu près équivalents, c'est que le jeune animal est nourri au lait d'une femelle de son espèce, par conséquent, du lait qui lui convient le mieux et qu'il h; reçoit sortant des mamelles, presque à la température du corps.

Évidenunent, à ce premier point de vue, l'allaitement artiliciel de l'enfant n'est pas l'équivalent de celui de l'animal, puisque l'enfant reçoit le lait d'une femelle d'espèce éloignée de la sienne, d'une femelle herbivore dont le lait n'a pas, à beaucoup près, la composition de celui de la femme. Ce lait d'emprunt animal est le plus souvent trop riche en caséine, en matières grasses, en principes minéraux et trop peu chargé de sucre. Si, par exemple, c'est le lait de vache qu'on emploie, il a souvent en excès un tiers de graisse, un tiers et plus de caséine, quatre fois trop de matières minérales ou salines, mais pas tout à fait assez de sucre. Il constitue ainsi un aliment trop nutritif pour l'enfant dont la puissance digestive, la force d'assimilation sont moindres et le développement plus lent que chez le jeune herbivore. Le lait de chèvre représente un aliment plus riche encore, surtout en beurre, car il en a une fois autant que le lait de femme. L'enfant qui vit de lait d'ânesse y trouve assez de sucre, mais une quantité insuflisante de beurre. Dans le lait de chienne il trouverait trois rations de caséine, trois de graisse et six de matières minérales.

D'après la composition chimique aucun lait d'origine animale offert à l'enfant n'est donc l'équivalent du lait normal de la femme. Aucun, tel qu'il est ne remplace exactement ce dernier : par conséquent l'allaitement artificiel de l'enfant par un lait de provenance étrangère à son espèce, ne peut valoir l'allaitement artificiel appliqué à l'animal. La raison physiologique de ce fait est très simple. Le lait préparé par la nature pour chaque espèce de mammifère est d'une richesse proportionnée à la rapidité que doit avoir l'accroissement du jeune sujet. Les. petites espèces ont un lait d'une richesse extrême, parce qu'elles doivent se développer très promptement. En un mois, par exemple, d'après mes observations, le chien triple, quadruple son poids initial; il peut même le doubler dès la fin de la première semaine. Les grandes espèces l'ont même encore un peu trop riche, parce que chez toutes l'accroissement du corps marche plus vite que dans notre espèce.

Néanmoins rinlëriorité de l'allaitement artificiel de l'enfant, par rapport à celui des animaux peut être facilement atténuée ; cette infériorité se réduira à peu de chose si, par le secours de la chimie on amène le lait de l'animal à peu près à la composition de celui de la femme ; par exemple, par l'addition d'une certaine proportion d'eau qui réduira le chiffre de sa graisse, de sa caséine, de ses sels et par l'addition d'une certaine quantité de sucre et de certain sucre. Or, dans un établissement modèle tel qu'une grande ville pourrait l'organiser, un chimiste serait là déterminant le titre des laits, indiquant de quelle façon ils doivent être coupés, appauvris ou enrichis. Il transformerait le lait de vache, le lait de chèvre, le lait d'ânesse, à peu près en lait de femme de bonne qualité. Il

ferait un lait artificiel, d'après des principes dont la valeur ne saurait être contestée.

Dans une foule de cas, d'ailleurs, si le chimiste ne voulait pas modifier directement la composition et les qualités du lait, il obtiendrait ces modifications de l'animal même, par l'intermédiaire du régime; par les graines oléagineuses, il élèverait le chiffre de la graisse; par la farine, par les bonnes graminées vertes, il obtiendrait un lait très sucré; par telle ou telle nourriture, suivant les saisons, il ferait ces laits de choix qui donnent les beurres fins de la Normandie et de la Bretagne. Est-ce que tous ces laits ne vaudraient pas ceux de maintes nourrices fatiguées, échauffées, dont la constitution et la santé laissent si souvent à désirer?

Une seconde cause de l'infériorité de l'allaitement artificiel, celle de la difficulté de donner le lait à la température du corps et en dehors du contact de l'air, peut être évitée sans grande difficulté.

D'une part, rien n'est plus facile que d'obtenir, surtout dans un établissement spécial, la température convenable et d'autre part de faire absorber à l'enfant du lait non exposé à l'air et par conséquent moins apte à éprouver des altérations dans l'appareil digestif. On sait que, à l'aide de tubes d'ivoire dits tubes trayeurs, introduits et laissés à demeure dans l'orifice du mamelon, le lait s'échappe de lui-même d'une manière continue. Or, il ne semble pas qu'il y ait de grandes difficultés à adapter à ces tubes des prolongements de caoutchouc ou autres qui permettraient à l'enfant d'opérer la succion du lait à distance, à peu près comme l'aspiration de la fumée est opérée avec les longs tubes du narguilé des Persans ou des Turcs, Les physiciens à qui on ferait appel se chargeraient du perfectionnement de ces petits appareils. Si ce moyen ne réussissait pas ou ne s'appliquaient qu'à un petit nombre de cas, on s'en tiendrait au biberon ou à ses analogues dont le principe doit être conservé, car, chez l'enfant comme chez la plupart des très jeunes animaux, le mécanisme de la déglutition ne fonctionne parfaitement que par la succion ; les autres modes de préhension sont pénibles tant que les mouvements de la langue et du pharynx ne s'y sont pas suffisamment adaptés.

Il n'y aurait pas lieu probablement de s'occuper de l'allaitement direct de l'enfant à la mamelle d'un animal, quoique ce mode réussisse très bien dans des cas isolés et dans des conditions presque primitives. Ses inconvénients seraient grands dans un vaste établissement.

Donc les premières difficultés que comporte l'allaitement artificiel, celles d'obtenir un lait se rapprochant autant que possible de celui de la femme et de faire consommer ce lait à une température convenable, avant toute altération, sont susceptibles d'être écartées.

Pour avoir ce lait toujours d'excellente qualité on choisirait les vaches dans les races les plus estimées et à l'âge oi!i elles jouissent de la meilleure santé, car on sait que telles donnent un lait plus sucré, plus doux, et d'autres un lait fade, même amer; on rendrait stables ses qualités en faisant subir aux femelles la castration alors que les mamelles jouissent de leur maximum d'activité pour éviter le retour périodique de l'ovulation et du rut qui altèrent le produit de la

sécrétion mammaire. Au reste, on entretiendrait les bêtes nourrices à la campagne, au grand air, dans l'établissement même où on aurait à cultiver le seigle \erl, l'escourgeon pour le printemps, la luzerne, la minette dorée pour l'été, la betterave et d'autres racines pour la mauvaise saison. Les nourrices quadrupèdes pourraient être divisées en catégories d'après l'âge de la lactation et les qualités du lait. Les plus légers, les plus doux de ces laits seraient attribués aux nomrissons les plus délicats; les plus riches à ceux qui réclament une alimentation tonique. Dans certains cas on pourrait rendre les laits médicamenteux pour traiter sans danger les jeunes malades.

Toutes ces combinaisons auraient de grands avantages au point de vue économique, puisqu'une vache seule pourrait remplacer 10 ou 15 nourrices, quelquefois même un plus grand nombre.

L'allaitement artificiel parles nourrices animales aurait encore pour immense avantage de soustraire l'enfant aux dangers qui résultent de l'alimentation prématurée. Gomme il est d'autant mieux supporté que le nourrisson grandit et se fortifie, celui-ci y étant habitué pourrait en user longuement, au-delà même des limites qu'aurait eues l'allaitement maternel. Rien ne forcerait à abréger cet allaitement ou à le remplacer trop tôt en partie par des aliments d'une digestion pénible pour le jeune sujet. Cet avantage me paraît tellement grand qu'il peut compenser à lui seul la somme des petits inconvénients de l'allaitement artificiel. Ceux qui ont eu l'occasion, comme moi, de constater sur les animaux les résultats de l'alimentation prématurée, apprécient cet avantage. L'alimentation prématurée enraye le développement, atrophie d'une manière durable le système musculaire, dilate outre mesure et affaiblit les viscères abdominaux, hypertrophie les ganglions mésentériques et diminue leur perméabilité, débilite l'économie, engendre le lymphatisme ou l'exagère, prépare un terrain favorable à la multiplication des helminthes, etc. Son influence n'est pas limitée au jeune âge pendant lequel elle multiplie les indispositions et accroît les chances de mortalité; elle peut s'étendre à tous les âges de la vie de durée ordinaire. L'alimentation prématurée qui fait souvent des animaux chétifs, malingres, scrofuleux, rachitiques, des reproducteurs sans ardeur, des femelles peu fécondes, devenant promptement stériles, doit avoir des effets analogues dans l'espèce humaine. Il ne peut en être autrement. Les lois physiologiques de la nutrition et du développement sont des lois auxquelles l'enfant ne se soustrait pas plus qu'aucun autre jeune mammifère.

Le physiologiste doit signaler les moyens de perfectionner l'allaitement artificiel par les nourrices animales, aujourd'hui que trop de femmes se contentent du plaisir de faire des enfants et se soustraient à l'obligation de les élever. Il le doit en attendant que le législateur songe à obtenir l'application des lois naturelles et à contraindre des légions de mamelles rebondies à un service dont elles voudraient toutes s'exonérer.

L'accroissement des jeunes animaux, pendant qu'ils vivent du lait de la mère, se fait avec une très grande rapidité, car de jeunes chiens peuvent doubler leur poids initial en six jours seulement. En trente jours, dix chiens d'une même portée, réduits àneuf le vingt-cinquième, et ne prenant que le lait de la mère,

si ce n'est pendant les dix derniers jours, augmentèrent du poids total de 16 kil. 186. Us pesaient ensemble, à la naissance, 5 029 grammes; et, à la lin du premier mois, 2121S grammes. Le poids initial a été, par conséquent, plus que triplé. Dans le tableau suivant se trouve indiqué pour chaque jour l'augmentation sur le précédent. Ce tableau montrera, au premier coup d'œil, de grandes diirérences individuelles, sous le rapport de l'activité de l'accroissement, parmi des animaux placés dans les mêmes conditions.

Pendant que l'accroissement s'opère avec rapidité, l'économie éprouve des changements remarquables dans la structure et le mode d'action des appareils organiques.

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