Cheval jetant pour cause indéterminée
L'hyperthermie fébrile a évidemment des causes multiples qui s'associent dans un certain ordre, au point de vue de la production du calorique et de sa déperdition. La principale cause de l'élévation de la température du fébricitant est, sans aucun doute, l'exagération du travail chimique qui produit la chaleur animale. L'intensité même des combustions est prouvée par une plus grande consommation d'oxygène et une plus forte production d'acide carbonique et d'urée que dans les conditions normales ; elle l'est aussi, jusqu'à un certain point, par l'exagération de la perte de poids éprouvée par le malade. En effet on dit que l'homme, pendant la fièvre, au lieu de perdre en moyenne 12 millièmes par 24 heures, en perd 16 ou de 400 à 700 grammes par jour pour un poids de 50 kilogrammes. J'ai vu, depuis longtemps, que le cheval affecté d'une maladie avec réaction fébrile, au lieu de perdre 4 à 5 kilogr. par jour, en perd 8, 10, 15 et même plus. La perte de poids due à la transpiration exagérée est très considérable, car si on recueille ses produits comme l'a fait Leyden, en enfermant la jambe d'un fébricitant dans un manchon métallique, on peut s'assurer qu'ils s'élèvent au double et plus de la proportion normale. Ces pertes exagérées se traduisent par la soif vive et l'amaigrissement.
Il est clair que si la déperdition de calorique par l'organisme du fébricitant s'exagérait dans le même rapport que la calorification, la compensation serait établie et la température se maintiendrait au degré normal. Mais, comme la déperdition est restreinte, la température s'élève plus ou moins au-dessus de ce degré. Elle se restreint, d'une part, par l'effet du spasme vasculaire, ou par le resserrement des vaisseaux superficiels qui chasse vers le centre la chaleur avec le sang; d'autre part, par une réduction des sécrétions cutanées, au moins dans le stade où la peau est sèche. L'irrigation sanguine, accrue dans les parties centrales et diminuée d'autant dans les parties superficielles par suite du spasme des vaisseaux extérieurs, est considérée par M. Marey comme la cause principale de l'hyperthermie fébrile. Cette hyperthermie est peut-être plus apparente que réelle; elle tient vraisemblablement, en grande partie, au déplacement du calorique, à sa concentration dans les régions intérieures. Cette concentration a pour conséquence inévitable de réduire les déperditions extérieures, puisque d'après les lois de la physique un corps perd d'autant moins, par rayonnement et évaporation, en un temps donné, que sa température se rapproche plus de celle du milieu oiî il est plongé. Mais, comme la rétention du calorique à l'inté-
rieur n'est pas continue et que la réduction des pertes dues à la transpiration correspond seulement à la période de sécheresse de la peau, il faut bien admettre, surtout dans les fièvres de longue durée, comme cause principale de l'hyperthermie une calorillcation exagérée. Celle-ci se produit tantôt lentement, tantôt avec rapidité, et ses degrés ne peuvent être déterminés, même approximativement, d'après les sensations du malade, car la sensation de froid du stade du frisson est éprouvée après que la température s'est élevée bien au-dessus de son chiffre normal.
Il faut remarquer d'ailleurs, pour éviter les illusions relatives à la température dans les maladies, qu'il y a antagonisme entre la calorification centrale et la périphérique. Les parties centrales produisent beaucoup de chaleur et en perdent peu ; les superficielles, au contraire, en produisent peu et en perdent énormément. Entre les premières et les secondes les rapports sont extrêmement variables. Ils le sont non seulement par le fait des caractères si mobiles des réactions fébriles, mais surtout par suite de la constitution de foyers morbides simples ou multiples ayant chacun leur circulation plus ou moins indépendante et leur température propre.
Ces foyers s'établissent rapidement dans un grand nombre de circonstances qui s'éloignent à peine des conditions physiologiques. De simples modifications de la circulation les créent, en quelques instants, pour un temps variable. On peut se faire une idée de la rapidité avec laquelle ils s'établissent en pinçant l'oreille d'un lapin. Au bout de 2 à 3 minutes cette oreille donne 24 à 2o degrés étant repliée sur la boule du thermomètre, tandis que l'autre, non pincée, donne dans le même point 14 à 15 degrés ; différence, 10° centigrades. On sait dans quels délais se manifeste réchauffement des régions dont les lilets sympathiques sont sectionnés.
Au terme des maladies, lors de la dernière lutte de l'existence, dans la plupart des formes d'agonie on a constaté une élévation plus ou moins considérable de U température, laquelle se produit souvent avec rapidité et arrive, dit-on, chez l'homme jusqu'à 42 degrés. Mais cette hyperthermie agonique, qu'on attribue à une réduction des pertes dues à la respiration et aux sécrétions, est loin d'être constante. Dans beaucoup de maladies, loin d'un échauffement à l'agonie, il y a un refroidissement très prononcé. Il en est ainsi dans toutes celles qui se lient à la débilitation extrême, à l'anémie, à certaines altérations du sang, aux troubles et à l'imperfection de l'hématose. L'agonie dans toutes les formes d'inanition, celle qui termine les affections cancéreuses, les maladies charbonneuses, coïncide avec un refroidissement très considérable ; il est de 8,10 degrés et plus dans les affections charbonneuses des divers animaux, d'après mes observations, de 1.5 à 18 degrés dans l'inanition, d'après les observations si souvent vérifiées de Chossal.
Il est à noter, enfin, que la température qui s'est élevée pendant l'agonie se maintient un certain temps et quelquefois continue à monter après la mort. Le fait s'explique par la concentration du sang à l'intérieur, la persistance momentanée des actions chimiques et la cessation des pertes résultant de l'arrêt des mouvements respiratoires.
Les climats et les saisons font quelque peu varier la température du corps. John Davy a constaté que des voyageurs, partis d'Angleterre, avaient, au delà du tropique, ciiviion 1 degré de plus qu'au départ. D'autres ont noté une différence de 1 degré entre la latitude du cap Horn et celle de Calcutta. Cette adaptation entre le climat et la calorification animale a une utilité évidente. W. Edwards en a trouvé une de 3 degrés entre la température des moineaux en hiver et celle des moineaux pendant les fortes chaleurs de l'été. Letellier a vu les petits animaux et les oiseaux présenter une température sensiblement plus élevée dans une atmosphère chaude que dans une tempérée ou froide. Les jeunes chiens et les rats albinos surtout m'ont paru se trouver dans ces conditions. Aussi périssent-ils souvent par les froids excessifs. Leur refroidissement s'exagère particulièrement quand ils sont malades. Ainsi, sur une femelle de rat souffrant d'une ovarite hypertrophique, la température du rectum était à 35,4, pendant que celle d'un animal de même espèce, à côté du premier, était à 39,5. •J'ai cru remarquer une différence dans le même sens sur les grands animaux, en comparant les moments chauds de l'été avec les temps froids survenus un peu brusquement; mais mes expériences comparatives ne sont pas suffisamment multipliées et faites sur les mêmes sujets. Dans tous les cas, il ne serait pas étonnant que la température des grands animaux fût d'un demi-degré à 1 degré plus élevée en été qu'en hiver.