PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DU CHYLE
La Ihiidité et la consistance du chyle, au moment de son extraction, ne sont point invariables. En général, ce liquide, pris dans les vaisseaux, est moins épais, moins visqueux que le fluide mixte du canal thoracique. Il est plus chargé de principes salins vers la tin de. la digestion qu'au début, plus sur les carnassiers que sur les herbivores. Ces différences, d'ailleurs très légères, dépendent des proportions de la fibrine et de l'albumine,
La densité de ce liquide est supérieure à celle de la lymphe, mais beaucoup plus faible que celle du sang. D'après Marcet, celle du sérum du chyle, dans le canal thoracique du chien, serait de 1021 à 1022 ; celle du chyle entier du taureau a été trouvée de 1013 par M. Lassaigne.
Il possède, comme la lymphe et le sang, la propriété de se coaguler ou de se prendre en masse après avoir été extrait des vaisseaux. Cette faculté lui appartient dans tous les points du système chylifère ; entre l'intestin et les ganglions, dans les ganglions, entre ceux-ci et la citerne, comme dans la citerne même et dans le canal thoracique. Si on l'a cru incoagulable avant son passage dans les glandes mésentériques où l'on suppose qu'il prend sa fibrine, c'est qu'on n'en a pris dans ces points que des gouttelettes dont la coagulation n'est pas toujours facile à constater. Il résulte de mes expériences que^ contrairement à une opinion mise en vogue par les physiologistes allemands, le chyle est coagulable avant d'avoir traversé les glandes du mésentère.
•Reçu dans line' éprouvette ou dans tout autre vase de faible capacité, il s'épaissit promptement sans devenir, à proprement parler, ni visqueux ni fdant ; Use trouble, son opalinité augmente ; il prend l'aspect d'une gelée qui se fige. Après dix à douze minutes, la coagulation est déjà avancée ; elle est plus prononcée à la A'ingtième, mais c'est seulement dé la vingt-cinquième à la trentième qu'elle s'achève. Alors le caillot est ferme, et il se maintient entier, bien qu'on incline le vase ou qu'on lui imprime de légers mouvements. Toutefois, à compter de ce moment, la consistance du caillot augmente, même pendant une heure ou deux, par suite de la coagulation très lente des dernières portions de la fibrine ; ce qui le prouve, c'est qu'en retirant le caillot au bout d'une demi-heure, le sérum, mis à part, donne un nouveau coagulum encore assez considérable.
Du reste, le temps nécessaire à la coagulation complète varie suivant la provenance du chyle, le volume de la masse recueillie, la rapidité de l'écoulement, celle du refroidissement, la température ambiante, etc. Ainsi, le chyle se prend d'autant plus vite qu'il coule avec plus de lenteur, que les vases de réception ont plus de surface, qu'ils sont moins agités. Tout mouvement brusque détache le caillot, en voie de formation, des parois auxquelles il adhère, et le fait flotter au sein du liquide ; il fait perdre au caillot définitif son homogénéité.
La coagulation, lente ou rapide, ne s'effectue pas uniformément dans toute la masse ; elle commence au fond, sur les parois latérales du vase et à la surface du liquide, à peu près comme la solidification de diverses substances fondues dans un creuset. Les premiers filaments fibrineux forment un lacis sur lequel se déposent des filaments nouveaux. Une fois qu'elle est achevée, le coagulum remplit complètement le vase, adhère à ses parois jusqu'au début de la décomposition putride, sans subir de retrait analogue à celui du coagulum sanguin. L'agi-
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tation seule du fliyle, ('Hoctiiéc surtout vers la lin de la. période de coagulation, détermine le détachement et le retrait du coagulum qui se réduit bientôt en une petite masse irrégulière et llottante dans le sérum. Ce que quelques observateurs ont dit de la séparation spontanée en caillot et en sérum, au bout de cinquante à soixante minutes, ne s'applique qu'au chyle pris dans les vaisseaux un certain temps après la mort, et à celui dont la coagulation est troublée par des secousses.
La coagulabilité du chyle est souvent plus prononcée chez les herbivores, dont les aliments sont cependant moins riches en matières azotées ou flbrinogènes, que chez les carnassiers. Au moins, c'est ce (jue j'ai vu avec étonnement en comparant le chyle du cheval, de l'riue, du taureau, de la vaciie à celui du chien on du chat, TiedemaiHi et (iuielin, eu taisant leurs oltserviitioiis sur le liquide mixie du canal thoracique, avaient déjà noté cette diilércnce qui leur ti paru très grande parce qu'ils prenaient, notamment sur le cheval, dans le canal thoracique, im liquide très chargé de lymphe et mêlé à une forte proportion de sang. Elle augmente parallèlement à l'activité du travail digestif et à la quantité de matières versées dans l'intestin. Au contraire, elle s'affaiblit quand la rumination est suspendue, et sur les animaux dont les matières intestinales sont très délayées, comme sur les sujets affaiblis à la suite de longues opérations chirurgicales. Alors le chyle des bètes bovines ou ovines ne contient plus que des traces de librine, d'albumine, il ne semble être que de l'eau tenant en dissolution quelques sels.
La coagulation du chyle à l'intérieur des vaisseaux, où il peut être retenu exceptionnellement sous l'influence de causes mécaniques, se fait très lentement. Elle ne s'effectue pas encore dans les douze à vingt-quatre heures qui suivent la ligature du canal thoracique. Je ne l'ai jamais constatée non plus dans les chylifères, sur les cadavres d'animaux tués pendant la digestion. C'est par erreur que Gruikshank l'indique comme un phénomène ordinaire chez l'homme et les animaux. Il n'en est pas de même pour le contenu mixte de la citerne et du canal thoracique qui se coagule constamment sur le cadavre, et, d'autant mieux, qu'il s'est fait un reflux sanguin plus considérable, lors des dernières secousses de l'agonie.
Toutefois, pendant la vie, la coagulation dans le canal thoracique ne se produit pas en un ou deux jours, car si, après ce délai, on ôte la ligature placée près de l'insertion du conduit, le chyle coule comme auparavant. Si, néanmoins, un Coagulum fdamenteux s'y est formé, il se resserre et n'empêche pas le chyle de couler autour de lui.
La coagulabilité du chyle, d'autant plus prononcée que le chyle se rapproche plus de son point de déversement dans le système sanguin, tient évidemment, comme celle du sang, à la présence constante d'une certaine quantité de fibrine ou de matière llbrinogène. Il est probable que cette matière n'est pas différente de celle que, dans le sang, Denis' a appelée plasmùie, laquelle se dédouble spontanément en donnant d'un côté de la fibrine, de l'autre une certaine quantité d'albumine. Si, en effet, on traite du chyle encore liquide par une solution de sulfate