III. — Rhythme de l'ixspiration et de l'expiration
L'analyse isolée de l'inspiration et de l'expiration étant faite sous le rapport du mécanisme, il nous reste à étudier ces deux actes dans leur succession régulière, à voir quels sont les phénomènes appréciables qui traduisent leur accomplissement normal, et les variations-qu'ils éprouvent suivant les conditions physiologiques diverses dans lesquelles les animaux se trouvent placés. Cette étude est indispensable pour fixer le terme de comparaison auquel on doit rapporter les modifications si nombreuses qui résultent des lésions morbides des organes respiratoires.
Le rhythrae normal des mouvements respiratoires est assez difficile à saisir sur le cheval en repos, parfaitement calme, dont les formes sont arrondies et les saillies musculaires masquées par la graisse. Alors les côtes ne se dessinent point sous la peau, les espaces intercostaux ne se creusent pas sensiblement ; le flanc n'a pas de concavité bien marquée, sa corde se met peu en relief; les hypochondres et les dernières côtes ne se délimitent point à leur réunion axec les parois abdominales ; il faut un léger exercice de quelques instants pour donner aux mouvements respiratoires une étendue qui permette à l'observateur d'en saisir toutes les particularités; mais sur les animaux à peau fine, dont les muscles sont nettement dessinés , et sur tous les sujets sans embonpoint , ils sont bien caractérisés.
Dans l'inspiration-, les parois thoraciques se soulèvent tout d'une pièce; les
côtes deviennent plus apparentes, s'écartent les unes des auties en se portant en avant; les sillons intercostaux se creusent légèrement; la corde du flanc s'aplatit et s'efface; la concavité de cette région augmente à peine; le ventre descend, se porte en dehors et s'élargit ; la dépression qui existe au niveau du grasset, entre la cuisse et la partie fuyante du flanc, diminue sensiblement.
Dans l'expiration, les parois thoraciques s'abaissent en masse; les côtes reviennent en arrière, se rapprochent les unes des autres, perdent de leur relief et s'effacent en quelque sorte plus ou moins complètement; les dépressions intercostales perdent de leur profondeur; il se forme sur la ligne de l'hypochondre une saillie longitudinale qui n'est pas produite par le cercle cartilagineux luimême, mais par la partie charnue du grand oblique de l'abdomen; cette saillie au-dessous de laquelle se trace une dépression assez marquée remonte tant que dure l'expiration ; la corde du flanc se détache, se tend, se projette en dehors en éprouvant un léger mouvement ascensionnel; le ventre remonte et se rétrécit; enfin le creux du grasset se prononce davantage.
L'inspiration et l'expiration n'exigent pas, pour leur accomplissement, un temps égal de part et d'autre. La première, qui est la plus courte, ne semble guère demander plus de la moitié du temps que la seconde met à s'effectuer. Cependant, d'après une ou deux mensurations à l'aide d'un pnéographe, Rodet croit avoir reconnu que l'inspiration est seulement d'un quart plus brève que l'expiration. Chez l'homme la première serait à la seconde :: 1:1 1/2, d'après quelques observateurs ; mais le rapport entre l'une et l'autre varie suivant les animaux et une foule de conditions. La production de la voix et les efforts donnent lieu à des écarts énormes. Chez le chanteur l'expiration peut durer dix fois et plus que l'inspiration. Il en est de même, chez l'animal, dans le braiement, le beuglement, etc. Comme les instruments mesurent mieux les secondes et les fractions de seconde que les sens les plus exercés, il faut en accepter les indications.
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FiG. 159. — Graphiques de la respiration chez divers mammifères (*).
On admet généralement un intervalle entre l'inspiration et l'expiration, ou une pause très courte, surtout si la respiration n'est pas très lente. Vierordt et Ludwig en ont même reconnu deux, l'une qui succède à l'inspiration, l'autre plus marquée qui suit l'expiration, et ils les ont mesurées à l'aide de leur kymographion ; mais
(*) 1, chien ; 2, lapin ; 3, chat.
les instruments donnent des indications si peu sûres, que M. Bert^ croit démontrer à l'aide du sien qu'il n'y a aucune espèce de pause soit dans l'inspiration, soit dans l'expiration. Los tracés le prouvent, dit-il, et aussi ceux qu'a obtenus M. Marey. J'en donne un pour exemple ((i^^ 159), que le lecteur appréciera s'il le peut; pour moi, je m'en tiens provisoirement à mon ancienne opinion, à savoir, qu'un intervalle ou une pause très courte semble se faire remarquer, surtout chez les grands animaux, entre l'inspiration et l'expiration. Dans l'état de calme parfait, toutes les respirations ne sont pas d'égale durée et d'égale ampleur. Girard a noté que, entre cinq, six, sept respirations de même étendue, il s'en opère une beaucoup plus profonde chez le cheval. Les choses se passent toujours ainsi à l'état normal, avec cette différence que, sous l'influence des efforts ou de l'exercice, les mouvements respiratoires deviennent plus étendus, mieux accentués et se succèdent avec une plus grande rapidité.
Le rhythme des mouvements respiratoires est profondément modifié, chez les solipèdes, dans ce qu'on appelle la pousse, dont la cause paraît consister le plus généralement en un emphysème pulmonaire. Cette altération se traduit en général par une interruption plus ou moins sensible de l'expiration, qui se fait en deux temps fort distincts, entre lesquels il y a un arrêt ou un soubresaut particulier. Ainsi, lors de l'expiration, l'hypochondre, après avoir effectué la moitié de son abaissement, s'arrête, rebondit légèrement, puis descend de nouveau jusqu'à sa limite ordinaire. De même, le flanc, après être arrivé vers le milieu de son affaissement, s'arrête, éprouve un léger soubresaut, puis achève son mouvement. Lorsque l'altération est portée jusqu'à ses limites extrêmes, elle devient manifeste à l'inspection isolée des côtes, des hypochondres,du flanc, delà partie inférieure de l'abdomen et des naseaux. Le flanc est plus ou moins retroussé; sa corde se dessine fortement, et son creux se remplit d'une manière sensible dans l'expiration ; le soubresaut devient très marqué et se produit très souvent à la fois dans l'inspiration et l'expiration. Le mouvement des parois abdominales se communique aux muscles de la face antérieure de la cuisse; le fascia lata se porte en dehors et s'affaisse alternativement ; la secousse éprouvée par les parois costales est sensible dans toute leur étendue; les muscles de la croupe, au niveau du ligament sacro-ischiatique, sont soulevés dans l'expiration et déprimés dans le mouvement opposé; l'anus est alternativement refoulé en arrière et reporté en avant par un mouvement saccadé et interrompu ; le corps entier de l'animal participe même quelquefois à la secousse produite par les muscles affectés à la respiration. Les naseaux reflètent dans leur jeu les moditicalions éprouvées par celui des parois thoraciques et abdominales. Leur dilatation, qui est extrême et permanente, augmente encore beaucoup dans l'inspiration : l'aile interne d'un naseau est fortement rapprochée de celle du naseau opposé ; et, lorsque le froid condense la vapeur qui s'échappe des cavités nasales, on la voit distinctement sortir en deux bouffées, séparées par un temps d'arrêt très court.
Les changements apportés au rhythme de la respiration s'expliquent assez bien