III. Du RÔLI DU 5TSTÈIIB NBRVEUX DANS LES SÉCRÉTIONS
Borden (i), s'affranchissant des vieilles idées qui avaient eu cours jusqu'à lui nr les sécrétions, reconnut très nettement l'influence des nerfs sur l'action des idodes. II fit remarquer que l'excitation des nerfs provoque les sécrétions, que Itor section la suspend , et qu'enfin les troubles qui peuvent survenir dans l'acioB nerveuse modifient le travail de ces or<{aiies. D'après lui , cette intervention ■irait pour résultat d'activer considérablement l'afflux du sang dans les glandes MBdant la sécrétion, en augmentant la force contractile des vaisseaux. De plus, m ntrb donneraient une sensibilité particulière aux orifices, qu'il suppose I l'origine des canaux excréteurs, et ces petits orifices, |H)urvus d'un sphincter »Dtractile, s'ouvriraient ou se fermeraient, admettraient les éléments on rapport Mc leur sensibilité, avec leur goût, et repousseraient les autres, liichat (2) adopta ■i idéeSb 11 ne vit dans les glandes que la sensibilité qui choisit les éléments qui iHVent constitoer le produit de sécrétion, et la contractilité des excréteurs qui Iht ouvre ou leur ferme les portes de ces canaux. Depuis, Brodie, Krimer, r.rachet, Hller et U. Cl. Bernard, ont apporté des preuves directes de l'influence exercée pr les nerfs sur les sécrétions. Cette influence dérive du système cérébro-spinal tt do système ganglionnaire.
Le système cérébro-spinal exerce une action incontestable sur diverses sécréions qu*il est facile d'étudier. On sait que l'imagination suffit chez l'homme pour couler des larmes, et faire affluer en plus grande abondance la salive dans la il. CI. Bernard (3) a constaté que l'irritation du nerf lingual mettait enjeu iKtivité des glandes sous-maxillaires, et j'ai fait plusieurs fuis la inème observation or le clievaL J'ai vu aussi que l'irritation des filets du trifacial, accolés a\ec chiî du facial sur le trajet du canal de Sténon, faisait couler la salive parotidicniie, iMit la sécrétion était auparavant suspendue. C'est cette influence qui est déterainée pour les glandes salivaires , par suite de l'impression (|uo les aliments et Bi aabsiances sapides produisent sur la muqueuse buccale; pour les glandes qui Icrètenl le suc gastrique par l'action de ces aliments sur la membrane interne de ^CSlotTiar. Cette intervention est moins marquée en ce qui concerne les reins, les jhodnlrf intestinales et les autres organes sécrétoires qui ne reçoivent pas de nerfs irélMro-spînanx ; néanmoins, elle y est encore incontestable, comme le prouve la Hmcitalion rapide des sécrétions intestinales par le fait d'une vive frayeur. Dans
(1} Beeherckes anaUmique$ sur les glandes. Paris, 17:>1, § XCVIIt et suiv.
(S) Anatomie générale,
rS) Campla rendus de l'Académie des science^ 1852, t. XXXIV, p. 236.
h22 DBS SÉCRÈTlOIfS.
lous les cas, l'influence nerveuse cérébro-spinale s*excrce oa directemeit m fv action réflexe : directement, quand les impressions partent des centres eoinnèKi; et par action réflexe dans la majorité des autres circonstances. Alors ritopraii reçue h la bouche, par exemple, par les nerfs de la sensibilité générale m èl sensibilité gustative, est transmise par eux à l'encéphale, qui la renvoie ou h ril^ chit sur les glandes salivaires par le moyen des filets qui se rendent à cesoi^
L'action du système cérébro-spinal sur les sécrétions est une action exdtMi et régulatrice très importante pour beaucoup de glandes, mais elle n'est pÉt absolument indispensable au maintien de la fonction. Tous les expérimeotaicii ont constaté qu'après la section des nerfs vagues, les sécrétions maqueosa deh trachée et des bronches continuaient à s'eiïectuer. Plusieurs praticiens ooiBOléh persistance de la sécrétion spermatiquc dans les paralysies de la partie ioleriai de la moelle épinière. J'ai vu, ainsi que 31. Longet, la sécrétion du 80Cg>itri|i continuer, d'une manière sensible, après la section des nerfs vagues, quoiqu'elle dit plusieurs physiologistes ; j'ai vu après la section de ces nerfs et la liptx'l pylore, une énorme quantité de liquide visqueux s'accumuler dans l'estaMt» enfin , j'ai reconnu maintes fois sur les solipèdes auxquels j'avais étabi fe fistules biliaires, que la sécrétion de la bile persisuit avec ses caractères iH^ après la résection des nerfs pneumogastriques.
L'action des nerfs ganglionnaires paraît être plus immédiatement uécessiiK^k sécrétion que celle dont nous venons de parler. Dabord, c'est la seule qui pi* s'exercer sur les glandes qui reçoivent exclusivement des nerfs du symptU^ comme les reins, les follicules intestinaux ; ensuite c'est la seule qui persiste qv on a coupé les nerfs cérébro-spinaux des glandes qui i*eçoivcnt à la fois les M espèces de nerfs. Les expériences tentées jusqu'ici, quoiqu'elles laissent beioc^ à désirer, montrent néanmoins suffisamment que la sécrétion est sous b défit* dance immédiate des nerfs ganglionnaires.
Krimer a vu, après la section des filets ganglionnaires qui se rendent an rët^S^ se charger d'albumine et de matière colorante, et après celle do cordon certicdài sympathique il l'a vue devenir alcaline et albumineuse, deux résultats assex peuiif^ tants quand on se rappelle que la suspension du travail digestif modifie la réactiflft l'urine, et que l'état de souffrance où se trouvent les animaux à la suite de riK^i sion des parois abdominales et des manipulations nécessaires pour mettre ï i*! couvert les nerfs rénaux suffisent pour changer considérablement l'aspect, \i^^ sistance et les autres propriétés du produit de la sécrétion urinaire. {
M. Brachet (1), en rétablissant au moyen d'un tube la continuité entre les ^ lM)uts de l'artère rénale coupée transversalement, ainsi que tous les nerB ci^ ronnants, a vu le rein suspendre sa sécrétion, ou du moins ne donner qu'oii' rougeâtre, sanguinolent. Millier est arrivé au môme résultat par un mo^^^ logne. Après avoir lié les vaisseaux du rein de manière k déterminer « U in^ cation des nerfs compris dans la ligature, • il enleva celle-ci, afin que le 00^^ sang pût se rétablir, et adapta un tube à l'uretère attiré au dehors par onepl*^^
il] Hecherrhc$ cxpérimcilales sur les fonctions du système nerveux ^n^»»^^* 2'Vdil. p ^26.
DES SÉCnÈTIONS EN GÊNéRAL. i;i23
mcn. La sécrétion fut abolie complètement, excepté sur une brebis, où il y écoulement de liquide sanguinolent contenant de Tacide uro-bcnzoî(|uc. ss cela, il semble évident que la sécrétion ne puisse se faire sans la participais nerfs ganglionnaires; mais de nouvelles expériences seraient nécessaires >ien établir ce point important, car les précédentes ne sont peut-être pas incluantes, puisqu'il suffit d*une irritation mécanique un peu forte exercée reins pour diminuer considérablement leur sécrétion et même pour la sast momentanément.
nerfs ganglionnaires exercent sur la sécrétion de la sueur une acllon assez e à expliquer. Petit (1) avait déjà vu les larmes devenir plus abondantes *s chiens auxquels il avait enlevé le ganglion cervical supérieur. lorsque le ervical du grand sympathique est coupé, ou lorsque le ganglion cervical eurest enlevé chez le cheval, toute la moitié de la tête et de l'encolure du le la lésion se couvre d'une sueur abondante coïncidant avec une élévation lérable de température. Dupuy (2) fit le premier cette curieuse remarque )06, sur un cheval auquel il enleva les ganglions gutturaux, sous les yeux de lytren. Chez cet animal, dit-il, « la température de la tête était plus élevée celle du corps, et la peau de cette partie était continuellement mouillée. • Cl. Bernard a confirmé ces observations, que nous avons faites aussi très sout, M. Bouley et moi. Néanmoins, chez le bélier, il n'y a pas de sueurs, quoi* il y ait élévation de température du côté do nerf coupé. i'il fallait d'autres preuves de l'influence du système nerveux sur les sécrétions, pourrait citer une foule de particularités que présentent les glandes dont Taclest susceptible d'une analyse expérimentale minutieuse. Voyez, par exemple, qoi se passe dans la sécrétion pancréatique des animaux. L'expérimentateur it-il le pancréas au moment où sa sécrétion est en pleine activité, il voit couler flots de liquide ; au contraire, établit-il la fistule pendant les longues périodes iKtion de cette glande délicate et capricieuse, il faut qu'il attende souvent plumjoors avant de voir le tube, adapté au canal, verser une seule goutte de fluide ; o<i-il même la glande à une période de sécrétion, qu'il la voit cesser d'agir pour
1 que les manipulations opératoires exercées sur elle soient douloureuses et *^géesw Voyez aussi l'admirable physionomie de l'action des glandes salivaires : ^ ces glandes fonctioiment pendant le repas, et les parotides cessent d'agir sitôt qu'il n'y a plus d'aliments dans la bouche, tandis que les glandes à salive ]Qease continuent à fournir de quoi humecter la muqueuse buccale ; voyez les ^es en repos pendant l'abstinence chez les solîpèdes, et toujours en fonction
2 ks ruminants : elles se reposent chez le cheval pendant que les autres versent 1) salive sons l'influence d'une impression gustative; au contraire, leur action loQble chez le bœuf lors de la rumination, pendant que les maxillaires sont og^ dans une inertie à peu près complète ; elles alternent l'une avec l'autre, faot que la mastication se fait sous les molaires droites ou sous les molaires dtes. Prenez ces parotides au moment d'une inaction complète, même de plu-
) BuUÀre de V Académie des sciences ^ 1727. De l'affection tuberculewe. Paris, 1817, p. 95 et 96.
sieurs jours de durée, et à puiiio une parcelle d'alimenl aura-l-cllc impressioBné la muqueuse buccale, quelles donneront de In salive ; irriîez un filet do lii^i.« aussitôt des goulleleiles de salive visqueuse s'échapperont du canal de Vath* Enfin, comparez ces sécrétions salivaires et pancréatiques intermiilcnlw, »• ceptibles de tant de modifications, avec la sécrétion biliaire continue, dont Tadiviié résiste à toutes les tortures éprouvées par l'animal, à tous les iroabteè Torganisme, et vous acquerrez la conviction que toutes ces manifestations diifflB de l'activité des glandes, si bien mises en harmonie avec le rôle départi i chic» d'elles, résultent de l'intervention régulatrice du système nerveux.
Il importe de remaniuer encore que l'influence nerveuse exercée sor ta sécrétions est il'une es|)èce toute particulière, différente de celle qui, dansli mômes organes, régit la nutrition, car le travail nutritif de la glande est contiM, taudis que le travail de la sécrétion y est très souvent intermittent, comme si.it certains uiou)(»nts, l'action nerveuse se trouvait suspendue. Il suffirait du setilli de l'intermittence dans la sécrétion pour avoir une preuve irréfragable de bpin santé influence exercée sur elle par le système nerveux. Qui saura jamais, en p^ sence de ce fait, pourquoi la glande, constamment en rapport avec les nerfs el(» stamment abreuvée de sang, demeure pourtant plongéç pendant de longues péri»? dans une inertie complète dont elle sort si subitement à la moindre excitatim!