‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 12 sur 152 · III. Db l'absobption dans lks toies aériennes · texte numérisé non relu

III. Db l'absobption dans lks toies aériennes

La membrane muqueuse de l'appareil respiratoire peut se diviser, relativement ï son rôle physiologique, en deux parties : Tune qui tapisse les grands conduits aériens, c'est-à-dire les cavités nasales , les sinus, le larynx et la trachée ; l'autre qui forme le revêtement interne des bronches, les parois des vésicules pulmonaires et qui est essentiellement préposée à l'absorption. Toutes les deux sont, par le fait de leur grande étendue et de leur texture, dans d'excellentes conditions poiur absorber les matières mises en contact avec leur surface libre ; mais la dernière, dont la finesse est extrême, possède celle faculté à un degré que n'atteignent pas les autres membranes moqueuses de l'économie.

La muqueuse des voies respiratoires absorbe également les gaz , les vapeurs, les bubstances volatiles, les liquides et les matières en dissolution. Elle s'en empare peut-être encore avec plus de facilité que la muqueuse de l'intestin grêle, si admirablement bien organisée pour l'absorption.

I)*abord celte membrane absf)rbe l'oxygène nécessaire à Thémaiose ; elle absorbe de même les gaz délétères qui peuvent se trouver accidentellement mêlés à l'air atmosphérique ; et si ces gaz, tels que l'hydrogène sulfuré, l'Iiydro^ulfate d'ammoniaque, se trouvent en pro^mrtlon un peu considérable, ils donnent lieu à un empoisonnement plus ou moins rapide. La vapeur d'eau , Téther, le chloroforme, l'essence de térébenthine passent très vite aussi dans les vaisseaux de la muqueuse. On sait que l'élber respiré par les animaux produit souvent ses eiïets anesthésiques CD 5 à 6 minutes , que la vapeur d'essence de térébenthine communique très vite à rurioeune odeur de violette. L'iode, réduit en vapeur et inspiré par de jeunes chevreaux, ne larde pas, d'après Panizza, à se montrer dans le sang. Enfin, les miasmes, les effluves, les \irus volatils, entrent principalement dans l'économie par les voies aériennes.

l^ liquides qui pourraient sembler d'une absorption plus difficile que les gaz et les matières volatilisées disparaissent cependant très vite des cavités aériennes, quand ils y sont accidentellement déposés.

Goodwin a vu que deux onces d'eau injectées dans la iraclice d'un chien y étaient prompiement absorbées. Ségalas et IMayer ont fait des observations analogues, l'un sur le chien , Tautre sur des lapins. Les élèves vétérinaires de Lyon , au rapport de Gobier, ne purent tuer un cheval qu'en lui injectant trente litres d'eau par la trachée, et ils en versèrent quarante dans celle d'un autre animal de cette espèce avant de déterminer la mort par suffocation. J'ai aussi tenté quelques eipériences de ce genre, qui démontrent l'activité étonnante de l'absorption dans b voies aériennes.

Après avoir fixé à la trachée d'un cheval , par une ouverture au centre de l'un des cerceaux , un tube de 1 centimètre de diamètre, j'ai versé dans ce conduit (le l'eau tiède (de 30 à 35 degrés) : il en arrivait six litres par heure. L'animal

àQ DE l'absorption.

eot le flanc agité, la respiration profonde pendant les trois heures et demie que dora l-etpérience. Il fut lué alors; la tracliée et les bronches étaient vides, tout le liqnide injecté avait disparu.

Je versai de la môme manière, dans les voies aériennes d*un second cheval , 25 litres d*eau en six heures, et je fis de deux heures en deux heures trois saignées qui enlevèrent 6 kilogrammes de sang. La muqueuse respiratoire absorba toute cette quantité de liquide sans que Tanimal en parût très incommodé.

Ces expériences pourraient être variées, en prenant toutefois la précaution de ne pas verser Teau trop vile et en trop grande quantité ; car il importe, pour étudier les progrès de Tabsorption , de ne pas apporter une gêne.considérable dans la respiration , comme cela arrive quand on injecte de Teau froide et en forte proportion dans un temps donné.

Les autres liquides, tels que Falcool faible, Téther, Tessence de térébenthine, le vinaigre, disparaissent très vite des voies respiratoires. J*ai injecté deux litres d'alcool à 50 degrés centésimaux dans la trachée d'un cheval. Aussitôt Tanimal eut des battements de flancs, la marche devint chancelante, et il tomba sur le sol. L'essence de térébenthine, injectée en petite quantité par la trachée, donne rapidement aux urines l'odeur qui caractérise l'élimination de cette substance.

Les matières en dissolution et les sels solubles s'absorbent aussi avec rapidité dans la trachée et les bronches. iM. Magendie a constaté le fait depuis longtemps pour la strychnine, et d'autres physiologistes pour plusieurs sels en dissolution.

Nous avons injecté, M. Bouley et moi , dans la trachée d'un cheval , et par une tonte petite ouverture, 12 grammes d'extrait alcoolique de noix vomique en dissolution dans 200 grammes d'eau. En moins de six minutes l'animal tomba sur la sol, et II mourut dix minutes après l'injection.

Nous avons injecté de môme, dans la trachée d'un second cheval, 12 grammes de la substance vénéneuse en dissolution. L'animal fut pris de convulsions et tomba lorsque les dernières portions du liquide arrivaient dans les voies aériennes : il mourut cinq minutes et demie après le commencement de l'injection.

Enfin un troisième cheval, dont la trachée était ouverte et les nerfs vagues réséqués depuis quarante-huit heures, reçut la dose de poison précédemment employée ; il ne tomba qu'au bout d'un quart d'heure, et mourut à la vingtième minute qui suivit l'injection. Le ralentissement que l'action du poison a éprouvé dans ce dernier cas doit être attribué, en grande partie, à l'engouement du poumoa et à l'accumulation de mucosités dans les bronches, à la suite de la section des nerfi pneumo-gastriques.

Mayer (1), ayant injecté dans les poumons une dissolution de cyanure de fer et de potassium , retrouva ce sel dans le sang au bout de deux à cinq minutes. La pré* sence du sel devint sensible dans le cœur gauche avant de l'être dans le cœur droit, enfin elle était évidente dans l'urine au bout de huit minutes.

Lebkuchner (2) ayant poussé dans les voies respiratoires d'un chat du enivre ammoniacal en dissolution, retrouva ce composé dans le sang de la carotide au boat

(1) MQHer, Manuel de physiologie, 2* édit., Paris. 1851, t. I, p. 186.

(2) Bërardyoup. cité, II, p. 616.

ABSORPTION SDPE&FICIELLE. Al

îoq m'iDotes. I^ sulfate de fer, injecté de la même manière, s'y retrouva aprôs QÎQutes; euQn le prussiate de potasse ne mit que deux minutes pour apparaître . le sang de cette artère.

ai injecté dans la trachée d'un cheval une dissolution aqueuse de 50 grammes yanure de fer et de potassium. Le sang tiré de la veine jugulaire contenait ce lès la quatrième minute après Tinjection.

ai injecté de la même manière, dans la trachée d*un second cheval, 200 grammes u tiède tenant en dissolution 50 grammes de cyanure. Trois minutes et demie s le sel se retrouvait dans le sang de la jugulaire, et huitminutes plus il se montrait dans Turine que l'on recueillait par un tube fixé à l'uretère L attiré au dehors vers la partie supérieure du flanc, entre les psoas et le loine.

a rapidité avec laquelle s'effectue l'absorption dans les voies aériennes tend à ontrer que celle-ci y a pour agents essentiels les veines. Très probablement elle o aussi par les vaisseaux lymphatiqu4ts, dont la participation se réduit à très peu jhose en ce qui concerne les phénomènes précédemment indiqués. ^Q l'activité si remarquable de l'absorption dans les voies respiratoires explique idlité avec laquelle divers principes s'introduisent dans l'économie lorsqu'ils se ivent répandus au sein de Tatmosphère. C'est bien certainement par ces voies pénètre un peu de la vapeur d'eau mêlée à l'air, une quantité indéterminée gaz qui corrompent l'air de nos étables , l'ammoniaque , l'hydrogène sulf, etc. ; c'est par elles surtout que les effluves, les miasmes, viennent altérer la iposition des fluides chez les animaux qui vivent dans les localités marécases; c'est par elles aussi que les virus volatils apportent les germes insaisissables maladies les plus terribles qui sévissent sur les animaux domestiques. Elles ent à ces agents pernicieux un accès d'autant plus facile et plus sûr qu'elles les aeot pénétrer en nature au lieu de les modifier par l'action de divers liquides» ome le font les voies digestives, où l'absorption possède également une activité t remarquable.

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