‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 143 sur 152 · CHAPITRE LYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LYI

DE LA PARTUitITlOPi.

I.c fcelus parvenu à un certain degré de développement, fixe dans chaque espèce, doit hc séparer de ses annexes et sortir de Tutérus |)our jouir d'une vie nouvelle trc*s différente de celle dont il vient de parcourir toutes les phases. L'acte par lequel il est expulsé du sein maternel constitue l'accouchement, le part ou la |)arturition.

\jà parturition est précédée, chez toutes les femelles, de changements plus ou moins sensibles dans l'état général de l'organisme et dans celui des parties sexuelles. A partir du moment de h fécondation, le rut n'a plus re))aru, l'excitation générale de la femelle s*est calmée. Celle-ci a perdu peu à peu de son ardeur; il s'est manifesté une grande tendance' à l'engraissement ; la vie végétative ou de nutrition a acquis une prédominance marquée sur la vie de relation; les mouvemenis sont devenus de plus en plus Icnis, le ventre a acquis un grand volume et s'ist al)aî.<sé, le flanc s'est creusé. L'utérus, en augmentant de volume, a rempli une grande partie de la cavité abdominale, il a déplacé une partie des viscères digestifs et s'est déplacé lui-même ; ses ligaments, allongés et devenus très musculeux, lui ont permis de descendre sur les parois inférieures de l'abdomen, et de se rapprocher plus ou moins du diaphragme, suivant les animaux. Dans les derniers moments, les mamelles se gonflent et commencent à donner un lait jaunâtre et séreux, la vulve et son pourtour s'œdématient, des mucosités s'écoulent par son oriflce, le col de Tutérns perd de sa fermeté et commence îi s'ouvrir. Chez quelques femelles, celle du cochon d'Inde, d'après Ixgallois, la symphyse pubienne se gonfle, acquiert de la mobilité, et enfln ses deux moitiés s'écartent l'une de l'autre au poir:t de permettre au doigt de passer entre elles; mais rien de semblable à cette dernière modiûcation ne paraît s'observer chez les ruminants et les solipèdes, car chez les femelles adultes de ceux-ci la sym,>hysc est ossifiée et on la trouve à son état ordinaire sur celles qui meurent pcnJant ou après le travail de la mise bas.

Lorscfuele part est près de s'opérer, la femelle éprouve un vague sentiment d*iu-

quiétude et de malaise qui la porte ï fuir le voisinage de l'homme, celui des animaux, à se retirer dans des lieux écartés et sombres. Beaucoup d*entre elles foot entendre des cris plaintifs et étouffés, d'autres conservent un mutisme absolu. La plupart des femelles carnassières cherchent à se faire un nid dans un lieu sombre, dans des feuilles, sur la paille ou sur le fourrage ; celles qui font des petits nos et aveugles, comme la lapine, les rats et d'autres rongeurs, mettent plus de soîbs encore à préparer le nid de leur progéniture ; la lapine le garnit même de poil qu'elle s'arrache sous le ventre et sur le trajet des mamelles. Mais les grandes femelles de solipèdcs et de ruminants, même lorsqu'elles sont laissées en Ubertr, ne paraissent guère s'inquiéter à cet égard.

A des intervalles d'abord éloignés, la femelle éprouve des douleurs qui se mduisent par l'expression de la phy.sionomic, par des déplacements ssns but a|firent, des plaintes sourdes et étouflëcs, des mouvements de la queue, des cluDgements de situation des membres postérieurs. Ces douleurs s'accompagneiti 6c contractions utérines {dus ou moins énergiques, d'efforts expulsifs de la part du diaphragme et des muscles abdominaux. Ces efforts poussent l'utérus en arriére vers le bassin, dilatent peu à peu le col de cet organe, font proéminer momentaKment en arrière l'anus et la vulve. Insensiblement l'amnios et rallantoide, presês par l'utérus et les parois abdominales, déchirent le sac du cboriuu, et s'engagent ea |)artic dans l'ouverture du col utérin pour y former ce qu'on appelle la poche de» eaux; celte poche finit par franchir le vagin et sortir entre les lèvres de la vulve oà elle se rompt après un temps plus ou moins considérable.

Le fœtus ne tarde pas à se montrer en partie une fois que les enveloppes se sont déchirées, et même, comme cela arrive fort souvent, pendant qu'elles sont eocorr intactes. Sa position est alors, dans plusieurs animaux, très différente de celle qu'il a conservée dans l'utérus jusqu'aux derniers temps de la gestation. Pendant les premiers temps, le foetus avait une situation peu définie eu raison de la facilité de ses déplacements et du petit espace qu'il occupait dans la cavité utérine au milica des fluides abondants de l'amnios. Plus tard, chez les solipèdes, il avait le veotn: en haut, les membres postérieurs engagés dans la plus longue des cornes utérines, et les membres antérieurs avec la téie dirigés vers le col de l'utérus. Dans les rumiiiaots, son ventre se trouvait tourné en bas, car, toujours cette région regarde la concavité des cornes, et la tête se trouvait également dirigée en arrière. Enfin, chez les femelles multipares, telles que la chienne, la chatte, la truie, tous les fœtus ont b tête dirigée du côté du col de l'utérus et l'abdomen vers la partie concave des cornes de cet organe, c'est-à-dire vers le bord qui donne attache aux ligaments larges et entrée aux vaisseaux. Néanmoins M. Rainard (1) dit que chez ces derniers, il arrive que des fœtus aient une position inverse delà précédente. Dans ce deruter cas, l'inversion n'est pas complète; la tête, au lieu de regarder le col utérin, est tournée vers l'extrémité ovarienne des cornes, mais l'abdomen et les membre» correspondent toujours au bord concave des cornes, car c'est là que se trouve le placenta. C'est donc seulement dans quelques espèces, et notamment les soliinxlt».

(1) Traité complet de la pariurkion des principales femelles dome^imwes Lrou iSéi l. I, p. 285.

le foetus est obligé, à l'époque du part, de changer sa position antérieure, de ière à présenter les membres et le ventre en bas. Il est très probable que ce geaient résulte plutôt des mouvements propres du fœtus que de ceux des s utérines, position du fœtus sortant des voies génitales est très variée. Le plus souc'est la tête qui sort la première, appuyée sur les membres antérieurs étendus I côté de Tautre (fig. 112). Plus rarement ce sont les membres postérieurs et >upc qui sortent en premier lieu. Les autres présentations sont plus ou moins nales et rendent la parturition plus ou moins laborieuse et parfois môme impos-

FiG. 112(»).

le sans une intervention étrangère. Ainsi la présentation de la tête repliée lalénnent, en haut ou en bas sur le cou, celle des membres fléchis sur eux-mêmes, kdc tous les membres rassemblés en un faisceau, celle du cou, du dos, du rail, de la croupe, etc.

t positiot) que prennent les femelles pendant la parturition est assez variable, iciic et la jument se tiennent ordinairement debout; elles se couchent si elles alTaiblies, soit sur le côté, soit dans Tattitude sternale. La truie, la chienne, atte se couchent, ployées en demi-ceixie, comme dans les circonstances ordi^ s. Lorsque la femelle se tient debout, le fœtus en sortant du vagin glisse sur irretsdesa mère et tombe sans secousse sur le sol ; pendant sa chute, le ^n ombilical se rompt plus ou moins près de l'abdomen. Dans les antres cas, lîorts que le fœtus ou la mère fait pour se déplacer, en amène la rupture, ou encore celle-ci le coupe avec les dents, comme on le voit pour les femelles ^ssières et même pour la vache et la jument. Sans ce secours instinctif de la 1« la mère, souvent le cordon ne se déchirerait qu'avec difficulté. J'ai vu une 'He qui, après s'être accroupie pour mettre bas un petit, fut obligée de fuir, Ue l'expulsion du fœtus s'achevait ; elle franchit rapidement un assez long

^ig. 112. — Coupe verticale de Vuiérus de la jument à Vépoque du part, — 1, utérus } ^orioo; 3, feuillet esieroe de l^allaalolde; 4, feuillet interné de cette dernière)

608 DK LA GÉNÉRATION.

trajet , le fœtus restant suspendu par le cordon ombilical et heurtant les jarrets de sa mère à chaque déplacement des pieds de derrière.

I/cxpuIsion du fœtus est un acte qui résulte de la coopération deTutérus, do diaphragme et des muscles abdominaux.

I/ulérus a, comme on le sait, une tunique musculeuse qui, à mesure que la gestation avance, sliypertrophie dans tons les points de son étendue, au col, au corps, aux cornes et jusque dans l'épaisseur des ligaments larges. S.'s fatsceaji dirigés, les unslongitudinalement, les autres transversalement, sont très bien disposés pour rétrécir la cavité utérine dans tous les sens, et notamment suivant la direction même de ces faisceaux. Leurs contractions évidentes sur l'utérus vide sont encore plus marquées pendant la gestation. Déjà Haller (1), sur descfaaiics des chiennes et des lapines pleines, avait vu les cornes utérines se mouvoir spontanément et d'un mouvement péristaltique égal à celui des intestins» lequel peniisiaii môme lorsque l'organe était détaché du corps. J'ai vu aussi ces moavemcn:s c\:iêmement marqués sur une chatte pleine dont l'utérus contenait 5 fœtus, S da^^ une corne et 2 dans l'autre : ils étaient surtout énergiques au niveau des espaces ioiermédiaires aux fœtus. Ils étaient très prononcés sur des brebis à diverses périodi'sdc la gestation, resserraient et dilataient alternativement les cornes, les rapprocliaieot et les éloignaient tour à tour l'une de l'autre ainsi que du col de Torgane ; oo les voyait persister quelquefois jusqu'à quarante à cinquante minutes après la mort Sur une vache pleine et ouverte vivante, ils avaient un caractère analogue et devenaient plus vifs et plus étendus sous l'influence d'une légère irritation ; les cônes changeaient de forme en se contractant ; elles se raccourcissaient sensiblement ei>e tordaient sur elles-mêmes à leur extrémité antérieure; enfin, ces coniractioi» n'étaient pas moins évidentes sur la jument dont j'ai parlé. Du reste, tous ceux qoi ont eu Tocctision d'engager la main dans l'utérus pour remettre le fœtus dansuM position convenable, ou dans tout autre but, ont été étonnés de la violence avec laquelle le bras est étreint au niveau du col dès qu'il s'opère le moindre eOurt expulsif. Ainsi, les mouvements propres de l'utérus ne peuvent être misendoofr; ils ont une grande énergie, et leur rhythme, sans être parfaitement défini, est, ^^ toute probabilité, analogue 5 celuide l'intestin ; ils sont péristaltiques, de rextrômi(( fermée des cornes vers le cul utérin, surtout chez les femelles qui, comme lachieoiK et la truie, ont les cornes utérines très longues, et qui ont, dans celles-ci, les fceio disposés les uns à la suite des autres.

L'action de l'utérusa évidemment pour auxiliaires puissants le diaphragme eih muscles abdominaux, qui agissent ici de la même manière que dans le vomissement et rémission des urines. Leur participation est toujours indispensable ; mai* elle est surtout très utile dans lescas où la tunique musculeuse est frap|>éed'atonh. soit par suite de contractions trop répétées, soit par le fait de la prostration générak delà mère. L'effort que ces puissances accomplissent coïncide toujours avec celii de la membrane charnue de l'utérus.

L'expulsion du fœtus nécessite un léger agrandissement du bassin, et dans qociquessens, une réduction de volume du fœtus lui-niénie, qui, habituellement, a ib

(I) Méfnoiros sur tes parties sensibles et irritables du ccrps animal, u l, p. 29i.

1>B U PARTUEITION. 609

[>roportious trop considérables poar fraDchir aisémcut les détroits de cette cavité.

Le bassin est susceptible de s'agrandir dans deux sens : suivant son dianièti*c keriical et suivant son diamètre transversal. Il augmente verticalement par l'aplalissement et la projection de la vessie en avantdu pubis, par la dépression du rectum il la face inférieure du sacrum, et enfin par une élévation sensible de Textrémité inférieure du sacrum et de la base de la queue. Il augmente transversalement par suite d*un léger écartemeut des deux coxaux, à leurs articulations sacro-iliaques, Lxartement comparable, bien qu'il soit peu sensible, à celui des branches d'un arc commençant à se détendre ; enfin, il s'agrandit, surtout dans ce dernier sens, et en arrière, pr la projection en dehors des ligaments sacro-ischiatiques.

Ces modifications dans Télat du bassin résultent de l'eiïort que le fœtus exerce sur If H |)arois de cette cavité. Celui-ci , pour franchir un passage étroit , se resserre , se déprime dans tous les sens. I.a lôte s'étend sur le cou et sur les membres antérieurs; le.s courbures de la colonne vertébrale s'effacent autant que possible , et par suite les longues apophyses des vertèbres dorsales s'inclinent les unes sur les autres; le sternum se rapproche du rachis; les parois costales s'aplatissent et se rapprochent également; les deux épaules, au lieu de rester sur la même ligne transversale, se portent l'une en avant de l'antre, et glissent, en quelque sorte, sur les parties au niveau desquelles le diamètre transverse du thorax a le moins d'étendue. Le reste du corps du fœtus cède encore avec plus de facilité.

Lorsque le part est multiple, son mécanisme présente quelques particularités qui méritent d'être notées.

Si l'utérus des femelles, normalement unipares, contient deux fœtus, comme cela arrive souvent à la brebis, plus rarement à la vache et plus rarement encore à la jument, les deux cornes de Tuiérus ont sensiblement le même volume, et chacune d'elles contient un fœtus ayant la même position que s'il était seul. Alors les con« tractions utérines s'effectuent, vraisemblablement d'une manière simultanée, dans les denx cornes qui sont réunies entre elles postérieurement sur une assez grande étendue; mais comme les deux fœtus ne peuvent s'engager i la fois dans le col de l'atérus, le plus avancé s'y insinue et se trouve expulsé le premier. Le fœtus qui se irouTe en arrière étant sollicité à sortir pousse mécaniquement celui qui l'a devancé. Lorsque le nombre des fœtus est plus considérable, ils sont aussi expulsés successivement, à des intervalles de quelques heures. Ainsi, on a vu plusieurs fois des vaches donner, en une seule portée, deux, trois et quatre veaux. Rainard en cite des exemples, et Baron avait même signalé h Réanmur un |)art quintuple chez celte femelle. On a \u également des brebis mettre bas dans la même portée trois, quatre, et jusqu'il sept petits.

Chez les femelles habituellement multipares, la truie, la chienne, la chatte, les foetus sont expulsés les uns après les autres à des intervalles de dix, quinze minutes, d'une demi-heure, d'une heure et plus. Après la naissance de chacun d'eux, la mère coupe le cordon, lèche le petit, l'essuie, l'approche de ses mamelles, se délivre des enveloppes du fœtus qui vient de sortir, les dévore, puis elle met bas un autre |)etit, et ainsi de suite. C'est surtout chez les femelles multipares que les con* tractions utérines doivent avoir, suivant la judicieuse observation de Rainard, un rliytliinc péristalti(iue très régulier : il faut que chaque fraction de l'utérus corres- U. 39

6t0 DI Lk GÊNÉfiATiON.

pondant 2i nn foetus se contracte k son tour, d*abord le aegnient de Tune des deoi cornes le plus rapproché du col, puis le segment qui précède, et ainsi jusqu'au plis voisin de Tovaire , de manière i aineuer Télimination successive de tous les fcrtos et k faire alterner ceux de i*une des cornes avec ceux de la corne opposée. Ce qn se passe chez ces femelles est tellement bien réglé, qu'on a \ï toutes les preuves de l'existence d'un rhythme propre aux contractions utérines, rhythnie qui, sans doute, se retrouve chez les femelles unipares, li utérus simple ou li utérus bicorne.

Dans les cas de superfétation , s'il en existe réellement aiHears que chez les femelles dont chaque corne utérine aboutit au fond do vagin par on orifice distinct, il faut aussi que les contractions utérines soient limitées h la corne contenait k fœtus parvenu an terme de la gestation ; car autrement le fœtus le moins arwt aérait éliminé i la même époque que le premier; il y aurait i la fois nne partonÉM normale et un avortement.

Mais il faut noter ici que les cas de superfétation sont excessivement rares. Oit souvent pris pour tels des cas de gestation double ou triple dans lesqueb les ktm mt se resaemblaicnl point , ou bien se trouvaient expulsés à un intervalle considè' rable. Ainsi, lesexcmples de juments ayant mis bas le même jour, ou à quelques joan de distance, un poulain et un mulet, ne sont point des cas de superfétation ; or, à une même période du rut, ou dans un même espace de vingt-quatre à quaraolehuit heures, la jument a été couverte successivement par un cheval et par un Ine; des deux ovules qui se trouvaient détachés, l'un a été fécondé par le sperme do cheval, l'autre par celui de Fane. Il n'y a là pas plus superfétation que chez h chienne ou la chatte couverte à une période de rut par plusieurs mâles différeob. Ici encore , parmi les nombreux ovules qui descendent à la fois dans les trompes utérines et dans l'ulérus, tel est fécondé par les spermatozoïdes du premier mâle, tel autre par ceux du second, si bien que dans la même portée il se trouve des pe tits très différents les uns des autres par la taille, les formes, la couleur de la robe, mais ressemblant chacun à son père respectif.

Du reste, lors même que dans une gestation multiple il s'écoulerait plusieon semaines ou plusieurs mois entre la naissance d'un premier et celle d'un second petit, on ne serait pas encore certain d'avoir affaire à une véritable superfétation. On s»!, en effet, d'après les observations de Tessier, de Brugnone, de Numann, et d*autrès, qu'il peut y avoir une différence de quatre-vingts à quatre-vingt-dix-huit joors chez la vache et la jument entre le part prématuré et le part retardé. Or, il me semble que dans les cas dont je parle, Tun des fœtus pourrait naître longtemps avant le terme ordinaire, et l'autre à ce terme même, ou bien l'un pourrait naître à terme et Tautre à une époque retardée de un à deux mois. Enfin, les différence dans la taille des fœtus et dans leur degré apparent de développement ne suffisent p0 toujours pour indiquer avec certitude que des fœtus d'une portée unique sofli d'âges différents; car, d'une part, parmi ceux de la même portée, il en est degnoif et de petits ; d'autre part, ou a vu des fœtus de vache au nombre de trois ou quatrequi, quoique à terme , n'avaient pas encore de poils sur toute l'étendue du corp. comme cela arrive à la fîn du second tiers de la gestation. Il n'y a que des tailto suffisamment éloignées et suivies, chacune, d'une parturition li terme, ou i p> |)rès à terme, qui puissent établir sûrement la sUperfétation«

Î>E L4 PARTlJEItlON. 611

Qaelquc temps après la parturition, les enveloppes fœtales qui étaient restées ins l'utérus avec le placenta et une partie du cordon ombilical se détachent et sont cpolsées à la suite de nouveaux efforts.

Les femelles multipares rendent l'arrière-fait à mesure qu'elles font leurs petits, a naissance du premier fœtus est suivie, au bout d'un temps assez court, de l'exolsion de ses annexes ; à celle-ci succède la sortie du second petit , puis celle de » annexes, et ainsi en alternant jusqu'à la fin. Cette succession est nécessaire pour ermettre aux fœtus de passer librement dans les parties des cornes utérines occuées précédemment par ceux qui sont déjà sortis. L'élimination du délivre se fait rès facilement chez ces femelles : la chienne va s'accroupir dans un coin comme Ile le fait pour uriner et souvent même pour accoucher, et aussitôt que l'arrière* lixest sorti, elle le dévore, puis revient auprès des petits qui sont nés. Les femelles inipares, lorsqu'elles ont, par exception, des portées doubles ou triples, rendent ossi, souvent, l'arrière-faix de chacun des fœtus à mesure que ceux-ci naissent, à noins que le délivre de l'un ne soit point un obstacle à la sortie du suivant. Ainsi, lans le part double de la vache ou de la brebis, les fœtus étant logés chacun dans me corne, le second peut sortir sans que le délivre du premier ait été expulsé.

Les grandes femelles unipares, la vache, la jument, rendent l'arrière-faix le plus oaventdans la journée delà parturition, ou le lendemain ; mais il est fort commun le voir la délivrance se faire attendre trois, quatre jours, et même plus encore. )ans cette dernière circonstance, il faut que l'art vienne au secours de la nature. )o attache à ce qui reste du cordon ombilical, ou à la partie du délivre qui sort de avulvc, un poids plus ou moins lourd, ou bien on exerce, de temps en temps, une ^re traction sur ce délivre. SI cela est sans résultat, ou doit engager le bras dans 'otérus et détacher, par une douce pression des doigts, chaque placenta du cotylédon »rrcspondant, d'abord dans une corne, puis dans l'autre, en procédant graduelle* ncnt du col de l'utérus vers le fond des cornes. Il importe de recourir à ce moyeu, |uand, après quatre à cinq jours, la délivrance n'a pu s'effectuer; autrement, la cmclle est exposée à la mélrite avec complication d'accidents putrides.

La désunion et l'expulsion de rarrièie-faix, lorsqu'elle est spontanée, nécessite les efforts peu considérables : elle n'est accompagnée d'aucuue effusion sanguine ppréciablc, même dans les cas de délivrance laborieuse.

Les femelles herbivores, aussi bien que les carnivores, ont l'habitude de dévorer 'arrière-faix aussitôt qu'il est sorti, si on le laisse à leur disposition. Quelquefois es dernières l'arrachent à mesure qu'il sort et se délivrent ainsi elles-mêmes très ipîdement. L'instinct qui les pousse à cet acte a un but facile à concevoir : les emelles carnivores mangent ces débris comme elles mangent, pendant la durée de 'allaitement, les fèces de leurs petits afin de tenir propre leur nid et de ne pas attier le mâle ; les femelles herbivores mangent aussi le délivre pour ne pas appeler utour d'elles les animaux carnassiers.

Après le part et la délivrance, il survient des modifications remarquables dans 'état de l'utérus et de ses diverses membranes. En général, l'utérus se resserre peu 1 peu, ses vaisseaux se plissent, deviennent sinueux et de moins en moins perméalies au sang ; le col, relâché, revient peu à peu à son degré habituel de constriction i es ligaments larges se raccourcissent, remontent l'utérus vers la région soas^lom-

512 DE Lk GfiiNÉRATlON.

hairc clleretirciu du côlé du bassin ; leurs faisceaux musculaires .s*atrophient, eic La membrane muqueuse des femelles dont le placenta esldisséoiÎDé. comme cha la jument et la truie, reprend les plis qu'elle a?ait ihrant la gestation, et ses follicules qui recevaient les papilles placentaires se rapetissent dans tous les semu Chez la chatte, la chienne, les femelles des rongeurs et chez la femiuc, il parait, d*iprà MiM. Coste, W'eber, Ëschricht, que toute la partie de la muqueuse qui correspoodaii à l'insertion du placenta éprouve une véritable exfolialion : sa couche superficieUex détache à cet endroit et se trouve éliminée. Chez les ruminants, tels que b vache, la brebis et la chèvre, les cotylédons qui avaient acquis progressivement peodaat la gestation un volume énorme, se rapetissent, leurs follicules de récepUon le roserrent au point de devenir à peine visibles li l'œil nu. Mais ces cotylédons ne <bparaissent point, bien qu'ils se réduisent à de faibles proportions; ils persistentpesdant les intervalles de la gestation et s'hypertrophient de nouveau à chacune es portées ultérieures, de sorte que les mémesdont la présence était déjà évidente anM l'âge de la fécondité, servent pendant toute la durée de la vie. Quand une pvtie d'entre eux viennent à être détruits, sous l'influence de causes accidentcîks. ceux-lh ne se régénèrent point et il ne s'en développe pas d'autres pour les remplacer. De même, quand une femelle unipare vient à porter deux petits, le nombre des cotylédons ne double |)as; il n'augmente pas tnêmc sensiblement, car alors il n'y en a pas plus, en moyenne, que sur les iemelles portant nu seul fœtus. Seulement, dans le cas de part double, le volume de chaque cotylédon devient plos considérable que dans celui de la gestation simple.

Le fait de la non-régénération des cotylédons détruits est clairement démoniK par l'état de l'utérus qui a perdu une partie de ces organes à la suite d'une gestaliua antérieure. iM. Gouhaux a signalé, le premier, le cas d'un utérus qui, pendant U gestation, ctait déiK)ur\u de cotylédons dans Tune de siïs moitiés, et dont la muqueuse offrait, sur cette moitié, des cicatrices blanches indiquant les places où » trouvaient autrefois ces cotylédons. Depuis, j'ai observé plusieurs fois des exempb analogues. Dans un cas. toute la partie antérieure de la corne opposée i a*lle occupée par le fœtus, déjà volumineux, ne présentait que des cicatrices allongée, luisantes ; vers la jonction de cette corne avec le corps de l'utérus, les cotylédoib apparaissaient, et ils étaient dans l'autre corne disposés comme à Tordinaire, seulement, au nombre total de 92, dont 11 extrêmement petits et presque sans connexions vasculaires avec les placentas. Dans un autre cas, l'utérus renfermant oi veau à mi-terme manquait entièrement de cotylédons dans la moitié qui n'éuit pas occupée par le fœtus. La muqueuse de cette moitié offrait une cinquanuioede cicatricesparfaitement distinctes, disposées dans l'ordre qu'affectent babitueileneii les cotylédons ; elle était parfaitement saine dans les intervalles de ces cicatrices, et n'y présentait pas la moindre trace de cotylédons nouveaux ou en Toie de fono^ lion ; toute la portion correspondante du chorion était lisse, à peine vascnlaire d sans trace de placentas. L'autre moitié de l'utérus offrait 52 cotylédons très lofai' mineux et 12 autres très petits, c'est-à-dire, en somme, à peu près la moitié à total ordinaire. Dans un troisième cas, la corne droite, contenant un veau à tenue avait 62 cotylédons ; la gauche offrait des cicatrices sans trace de végétations foty lédonaires. EnGn, dans deux autres cas, l'utérus renfermait des foetus moaùià

DE l'allaitbuent. 623

ei sa moqueuse, parfaitement lisse dans toute son étendue, ne montrait plus aucun f estige des organes dont je parle.

Or, puisque, d'une part, les cotylédons ne se régénèrent point et ne sont pas rem* placés par des cotylédons nouveaux, et que, d'autre part, les connexions du fœtus a? ec la matrice s'établissent uniquement par leur intermédiaire, une femelle dont Tolérus a perdu la toulité, ou seulement la plus grande partie de ces organes, doit être frappée de stérilité.

La réduction de folume et de poids éprouvée progressivement par l'utérus à la suite de la parlurition est considérable. Un utérus de brebis pesant, au terme de Il gestation, 600 i 700 grammes, revient bienlOt au poids de 50 à 55 grammes, c*est-i-dire i une masse douze h treize fois moindre. Un utérus de vache du poids de 6 à 7 kilogrammes au moment de la parturition, se réduit i 500 ou 600 grammes par la suite : ses cotylédons, qui à cette époque pesaient à eux seuls environ de 2 à 3 kilogrammes, ne représentent plus pendant les intervalles de la gestation qu'une I insigniCante.

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