CHAPITRE LVIf
DE L*ALLAITEBI£I«T.
Le (oBius des mammifères, en sortant de la matrice, n'a pas encore assez de force pour chercher sa nourriture, ni des organes assez énergiques pour digérer celUi dont il fera usage par la suite. Aussi la mère lui présente dans le produit de la sécrétion de ses mamelles un aliment qui renferme tous les principes nécessaires li l'accroissement du corps pendant la première période de la vie.
Les mamelles sont des glandes lobulées, généralement peu volumineuses avant l'âge de la fécondité et aux époques de leur inaction. Elles sont constituées par des amas de vésicoles appendues sous forme de grappe (6g. 113) â l'extré* mité de canaux très fins, se réunissant de proche en proche pour donner naissance à des canaux galactophores dont l'ampleor augmente â mesure qu'ils s'avancent vers le sinus commun creusé à la basedu mamelon et dans iemamebn Iniinéme. Dans quelques animaux , tels que lee roonotrèmes, ces gbndes résultent simplement de l'aggkmiératkMi de cœcam0 sinueux, dilatés à leur kmi, et réunis ensemble avant de s'ouvrir li l'extérieur.
Dans toutes les espèces, les mamelles sont paires et à peu près constamment syntétriques. Celles du côté droit se trouvent placées li une certaine distance de celles du cOté gauche, ou bien elles sont accolées enseml#, par l'intermédiaire d'un sep-
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tum membraneux» comme on le ?oit cbez les solipèdes et les raminMiu. Lorsqu'il y en a plusieurs de chaque côté, elles se trouvent placées les ânes à la saîte da autres parallèlement ii la ligne médiane du corps* et bien ({u'alors celles de la même série latérale soient continues ensemble, pour ne former qa*une seule masse, chacune a ses canaux propres, sans communication avec ceux des autres, et s'ouf raoi dans le mamelon correspondant
Les mamelles, toujours situées à la parlie inférieure du tborax ou de TabdoiDea, afin d'être à la portée des petits, sont pectorales cbez les singes, les chauves-souni, les paresseux et les cétacés herbivores; elles sont abdominales chez le tapir, le rhinocéros, rbippopotame, d'après Guvier; inguinales cbez les solipèdes et les mainanu ; enfin, elles occupent h la fois ces trois situations dans les espèces où elles soat très nombreuses, comme chez la chienne, la chatte, la lapine, et uo graod nomkn de carnassiers et de rongeurs.
Le nombre de ces glandes est généralement proportionné au nombre des peciii; il est de deux dans les singes, l'éléphant, le rhinocéros, les solipèdes, la brebis, b chèvre ; de quatre dans la vache, la lionne, la panthère ; de six dans l'ours, le blaireau ; de huit dans le chat ; de dix dans la truie, la chienne, la lapine, le bérismo. Cuvier dit qu'il est de douze à quatorze dans l'agouti et quelques autres rongeurs; mais ce nombre varie quelquefois, surtout chez les femelles où il est considérable. Daubenton a déj'i noté que la chienne n'a souvent que quatre mamelles d'un cô(é et cinq de l'autre ; et tout le monde sait que les vaches ont fréquemment trois mamelons de chaque côté, dont le dernier est souvent imperforé.
La sécrétion lactée ne s'établit, dans les mamelles, qu'à la suite d'un traTaii préparatoire. Quelque temps avant l'époque de la parturition, elles commencent à se gonfler, deviennent fermes et pendantes; leur vascularité augmente, leur tissu change d'aspect, et les canaux galactophores acquièrent une ampleur considérable. Ces changements, liés à l'état de l'utérus vers le terme de la gestation, peuvent néanmoins survenir spontanément on sous l'influence de causes diverses. Harvey parle de lapines qui, n'ayanl pas été fécondées, ont les mamelles actîTcs au moment où le part devrait s'eflectuer ; ces femelles peuvent alors allaiter de« petits étrangers. Buflbn cite l'exemple d'une chienne qui, sans avoir jamais reçu k> mâle, éprouvait ce gonflement des mamelles à l'époque à laquelle elle aurait dû mettre bas si elle eût été fécondée au moment du rut précédent Celte chienne donnait du lait et se chargeait de nourrir, avec une tendresse remarquable, les petits que l'on mettait auprès d'elle. Un fait analogue a été observé plusieurs fois par Rainard, et des chasseurs m'ont assuré qu'il n'était point très rare. J'ai vu moimême une brebis de six mois, qui n'avait point encore été couverte , donner une quantité fort notable de lait très blanc, crémeux et coagulable, comme celui qui est sécrété dans les conditions ordinaires. Chez les mâles, les glandes mammaires peavent égaletnenl se développer sous l'influence d'excitations extérieures et donner du lait. Aristote cite un bouc de Lemnos qui donnait du lait. M. Geoffroy Saist- Hilaire a observé aussi un bouc qui fournissait par jour jusqu'à un demi-litre de ce liquide. M. de Humboldt a cité le fait d'un homme qui nourrit de son lait pendant plusieurs mois un enfant dont la mère était morte.
A part ces exceptions, fort rares, le développement des mamelles n'a lieu, et kor
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acU¥Îié 0*681 mise ea jeu que dans les derniers moments de h gesution. Ce développement, qui est progressif, s'opère afec une lenteur îariaUe suivant les espèces; ii est tel que les génisses commencent ii donner un lait jaunâtre et séreux huit à dix jours avant la parturitiou. Les chiennes, d'après les observations d'Arisiote, ea donnent déjà cinq jours et quelquefois sept avant cette époque. Ao moment du part, et surtout quelques jours après, la sécrétion acquiert une grande activité.
Le mode de cette sécrétion paraît avoir beaucoup d'analogie avec celui de h sécré* tion du sperme. Dans le plasma exhalé par les vaisseaux k la face interne des canalicales les plus fins, et à celle des dilautioDS fésiculaires qui les terminent, se déTe« loppent des cellules jouissant de la propriété d'attirer ^ elles et de méUOMNrpboser ks matériaux mêmes du plasma. A l'intérieur de ces cellules se développent to globales du lait, que Henle regarde comme de la matière grasse renfermée dans une enveloppe de nature protéique. Ces globules deviennent libres par le fait de la dissolution des cellules arrivées à leur maturité. A mesure que des cellules se détruisent poar mettre en liberté le produit de leur élaboration, il s'en développe de nouvelles, qui, ^ leur tour, subissent )e sort de celles qui les ont précédées, et ainsi de suite. Tant que la sécrétion reste active, on ne voit pas, d'après M. Ch, Robin, d'épitbélium dans les petites dilatations qui terminent les canalicules glandulaires.
L'excrétion du produit de la sécrétion des glandes mammaires a ceci de particulier, qu'elle n'est point spontanée comme celle des autres produits de sécrétion. L'orifice commun des canaux galactophores est entouré d'un mamelon rétractile qui le tient constamment fermé , et qui ne lui permet de s'ouvrir que par le secours d'une pression exercée au- Fio. 114 (*).
dessus de lui par les lèvres, les mâchoires du petit, ou par une main étrangère.
Le mamelon, quelles que soient, du reste, sa forme et ses dimensions, représente un tube évasé supérieurement, rétréci à son extrémité libre, tube dont les parois sont élastiques et rétractiles, de sorte qu'elles tendent toujours à se rapprocher et tenir fermé l'orifice qui doit donner passage au lait. Chez la vache (Gg. 116), où il a des parois fort épaisses, il faut exercer une assez forte pression sur sa partie supérieure pour forcer la résistance de l'orifice. Chez la chèvre, où il a des parois minces, il forme un grand cornet très évasé supérieurement et pouvant recevoir jusqu'à 1 décilitre de lait
Le petit, lorsqu'il veut teter, saisit le mamelon par les lèvres et l'extrémité de ses mâchoires en ayant soin de le taire pénétrer assez avant dans sa bouche pour qu'il puisse presser la partie de la mamelle située immédiatement au-dessus du oiamelon ; alors il aspire, en faisant le vide dans sa bouche, à l'aide de sa langue dont la pointe reste appliquée sur les incisives inférieures, mais dont la base s'écarte et se rapproche alternativement du palais, sous l'influence de ses musdes propres et
(*) Fig. 114. — Mamelon ou trayon de vache ouvert, d*après Gnibourt, — Dans ta cavité, atwotifseot en aa les prindpaai eoodoiu salactopboref.
de ceux de rapparcil byoîJien. Le vide qu'il produit par les mouvemenU de succion et la pression qu'il exerce sur la partie supérieure du mamelon font couler le lait Les petits des herbivores, en général, notamment ceux des solîpèdes et des niminants, se tiennent toujours, ainsi que leur mère, debout pour tetcr; ils tirent sur le mamelon, rallongent et le pressent tout à la fois. Quand ils ont k peu près épuisé un trayon, ils en saisissent un autre, ils secouent la tête et en donnent de temps en temps des coups sur les mamelles. Les petits des carnassiers sont coacliés sur le ventre et la mère est un |)eu penchée, on quelquefois entièrement étendue sur le côté; ils frappent les mamelles avec leurs pieds de devant, comme les enfants le foot avec leurs mains. Quand ils commencent k devenir forts et que la mère se tîeot debout, ils s'accroupissent ou s'élèvent sur leurs membres postériears et 8*ailKbeflt aux mamelles, les bras élevés et appuyés sur elles dans une attitude analogue ï cefe des cariatides qui semblent soutenir quelque partie d'un monument.
La pression des doigts sur le mamelon fait sortir le lait de même que la socckii opérée par la bouche des petits. Pour traire, les doigts saisissent la partie supérieure du mamelon, l'étreignent doucement, de manière à circonscrire entre le point le plus comprimé et l'orifice du trayon le lait renfermé dans la cavité de celui-ci ; puis, en maintenant la compression, les doigts descendent un peo, et le lait qui ne peut refluer, du moins en toulité, vers la partie supérieure des conduits galactophores, force la résistance du petit sphincter et s'échappe ii l'exténeor; en un seul jet chez la vache, en deux ou trois chez la jument, eu quatre ou doq chez la lapine et en huit ou dix dans la chienne. Cetlc action, pour être exécutée convenablement, exige un certain art, car suivant la réflexion de Bordcu, tout le monde saurait traire s'il suffisait de comprimer le mamelon.
Il arrive assez communémenl que les femelles ne se laissent traire qu'avec difliculte et retiennent leur lait, comme on le dit, surtout quand elles sont inquiètes, contrariées, ou lorsqu'une main étrangère les trait pour la première fois. Elles le retiennent aussi souvent quand elles ne voient pas leurs petits non encore sevrés, comme Huntcr en avait fait la remarque pour l'ânesse. De même une femelle, fûtelle privée de ses nourrissons, refuse presque toujours d'allaiter d'autres petits de son espèce ou d'espèce différente. Cependant, il est très ordinaire de voir les vaches, les chèvres et les brebis privées de leurs petits, en adopter d'autres auxqueb elles s'attachent comme si elles leur eussent donné le jour. On a vu même des chiennes allaiter de petits chats et d'autres des louveteaux. Mais ce qu'on dit des vaches et des brebis qui se laissent traire par des serpents ne paraît pas possible.
Le lait s'échappe quelquefois spontanément au dehors, c'est lorsque la sécrétion est très abondante et qu'on néglige de traire les femelles privées de leurs |)eiit^ Dans ce cas, les conduits galactophores et le sinus du mamelou sont tellement distendus, que la compression à laquelle le liquide est soumis force la résistance de l'orifice de ce sinus. Un écoulement semblable a lieu d'une manière continue si l'on engage dans le mamelon un tube qui maintienne béant son oriûce : alors le liquide s'échappe de la mamelle par son propre poids.
Le produit de la sécrétion mammaire est un fluide blanc, opaque, d'un léger reflet bleuâtre ou jaunâtre, dans quelques espèces, d'une saveur douce. Il est généralement alcalin chez les herbivores, acide chez les carnassiers.
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Eiaininé au microscope, le lait* se montre composé d'un liquide incolore, iransparent, dans lequel nagent des corpuscules arrondis qui donnent au liquide sa teinte blanche et son opacité. Ces globules, que Leeuwenboeck avait déjà aperçus, sont sphériques, diaphanes. d*un diamètre qui, d'après les observations de M. Donné (1), varie de un trois-centième à un cent-vingtième de millimètre. Ils paraissent constitués par une matière grasse, revêtue d*une couche de matière protéique, probablement de caséine. Ce qui tend à le démontrer, c'est que Facide acétique les déforme, en laisse sortir des gouttelettes de graisse et les agglutine entre eux, car il dissout leur enveloppe. Ce qui le prouve encore, c'est que Tcther no peut les dissoudre, et les séparer du sérum, tandis que l'éihcr, mêlé avec un peu de potasse ou d'acide acétique, transforme le lait en un fluide incolore et transparent. Alors la potasse ou l'acide dissout l'enveloppe du globule dont la graisse peut à son tour entrer en dissolution dans l'éthcr. Dans cette matière grasse du lait, au moment du refroidissement, MM. Robin et Verdeil (2) ont vu se former des cristaux de margarine.
Les globules du lait se trouvent quelquefois, notamment dans le colostrum, et quelques jours encore après la |>arturltion, réunis eu masses Irrégulières parla caséine dont l'aspect est parfaitement homogène. Ces. agglomérations ne se rencontrent pas habituellement dans d'autres conditions.
Le lait abandonné à lui-même, au contact de l'air, ne tarde pas à perdre son alcalinité et à devenir acide par suite d'une formation d'acide lactique aux dépens de ses principes constitutifs, il se recouvre d'une couche onctueuse, dont l'épaisseur augmente peu à peu pendant que le reste, d'abord liquide, finit par se coaguler. La couche crémeuse est formée par les globules, qui doivent à la graisse leur légèreté spécifique, par de la caséine et par du sérum qu'ils ont entraînés avec eux. Le sérum, qui tient en suspension la plus grande partie de la caséine et les principes solubles, se coagule lorsqu'il s'est formé une sutfisante quantité d'acide lactique. Plus tard, le coagulum, qui est spongieux, laisse sourdre autour de lui, comme le fait le caillot sanguin, uu fluide jaunâtre, chargé de sucre et de sels.
Le lait a une composition moins compliquée que divers fluides animaux, bien qu'il doive fournir pendant longtemps tous les matériaux nécessaires au développement du jeune sujet. Berzelius (3) a analysé isolément la crème et le lait écrémé de la vache. La première contient, sur 100 parties : 6,5 de beurre obtenu par le battage; 3,5 de caséine obtenue par la coagulation du lait de beurre, et 92 de sérum. Le lait écrémé renferme pour 100 parties : eau, 92,875 ; caséine avec traces de beurre, 2,600; sucre de lait, 3,500; extrait alcoolique, acide lactique, lactates, 0,600 ; chlorure de potassium, 0,170; phosphate alcalin, 0,025; phosphate de chaux, chaux combiné avec la caséine, magnésie et traces d'oxyde de fer, 0,230.
Le lait de vache, analysé en masse par M. Poggiale, a donné sur 1000 parties : eau, 862,8; beurre; 63,8; sucre de lait; 52.7; caséum, 32,0; seb, 2,7.
(1) Cours de microscopie^ Paris, 1844, p. 347.
(2) Chimie anatomique et physiologique normale ei patholofflque, ou des principes immédimts normaux et morbides^ etc. Paris, 1853, pi. XLV.
(3) Traité de chimie de MM. PHouze ei Kremy, t. 111, p. 823.
Sous rinfloenoe da régime mixte» le lait contenait moins de ciséi beorre et plos d*ean ; il contenait également da sacre de lait dont il présenté de traces pendant le régime animal. Néanmoins il est à noter cette analyse, M. Poggiale (1], qui s*est servi de réactifs très sensib desquels on décèle la présence du sucre, a constaté l'existence de ce d cipe dans le lait de chienne exclusivement nourrie de chair. Ceci s*ex( rdiement depuis qu'il a été démontré, par les expériences de M. Cl. Be y a constamment du sucre dans les vaisseaux sus-hépatiques des chi< d'aliments azotés, et par les miennes, qu'il se forme du sucre dans l'j dépens des matières azotées.
La sécrétion du lait éprouve un très grand nombre de modifications sur son activité, sur la quantité, les propriétés physiques, la compositic de son produit, et qui dépendent des périodes de la lactation, du régin général de l'organisme, et en particulier de celui des glandes mammair
L'activité de la sécrétion lactée est lente et progressive comme celle cl glandes dont Faction intermittente reste longtemps suspendue ; elle ne | que d'une manière insensible à son plus haut degré, car les mamelles, p< pées avant l'âge de la fécondité et presque atrophiées pendant les inter gestation, doivent tout d'abord développer et accroître leurs éléments an Do reste, la glande se réveille avec lenteur, et elle a besoin de s'essayer < sorte avant d'atteindre le maximum de sa puissance fonctionnelle.
Une fois que la sécrétion est bien établie, la condition essentielle qui son activité et la porte à son maximum est l'évacuation de son produit, des intervalles assez rapprochés. On pense généralement que pendant < tette ou lorsqu'on trait une femelle, la sécrétion lactée est très abond
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lait que le premier, le troisième plus que le second, le quatrième plus que \% troisième.
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l/activité de la sécrétion est à son maximum dans le premier et le deuxième mois qui suivent la parturition, puis elle diminue progressivement jusqu'à la fin de la période pendant laquelle Taction de traire entretient le travail des mamelles. C'est ce que montre le tableau suivant emprunté à M. Boussingault (1).
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