‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 62 sur 152 · IV. Db la naturb des mouvements du coeur · texte numérisé non relu

IV. Db la naturb des mouvements du coeur

L'organe central de la circulation se meut d'une manière incessante suivant il rbylhme qui maintenant nous est connu ; il se meut dès les premiers temps de la vie embryonnaire et règle dès lors le cours du sang; il n'interrompt jamais son action pendant toute la durée de la vie et la prolonge même pendant un ceruii temps lorsqu'il vient à être séparé du reste de l'organisme. Ce sont les caractèm intimes et la nature de cette admirable action qu'il faut examiner.

Le cœur, que l'on a souvent défini un muscle creux , jouit de la plupart (kl propriétés communes à tous les autres muscles ; mais son rôle spécial en fait un organe musculaire à part, régi par des influences plus nombreuses et infiniment plil complexes que celles dont dépend l'action de la généralité des muscles de la vil animahï ou de la vie organique. Sa sensibilité, son excitabilité et sa motricité art des caractères spéciaux qui n'appartiennent «i aucun autre organe contractile.

Le cœur si impressionnable, si prompt à .s'affecter de toutes les sensations viv0 de l'économie et à éprouver le contre-coup de la plupart des troubles qui se pioduisent on dehors de lui, le cœur n'est cependant pas doué d'une sensibilité eiquise : il parait même à peine sensible à l'action des irritants de diverse natuR. Harvey avait déjà reconnu la presque insensibilité du cœur humain, car il avait p

DE l'action du goeur. 270

Bucber celai d'an malade, à travers une ouverture de la poitrine, sans que ce oalade s'en aperçût. Il en est de môme pour les animaux. Cet organe est à peu fès insensible à sa surface externe , à sa face interne et dans l'épaisseur de son \stu, comme le prouvent les expériences les plus variées, .l'ai fait une ouverture le trépan, au sternum, ou à une des côtes correspondant à la région cardiaque et orsque Tanimalest redevenu parfaitement calme, j'ai touché le cœur avec le doigt

10 avec une petite tige, sans que l'animal parût s'apercevoir du contact du corps iranger. Après avoir fait k la ligne blanche et au diaphragme une ouverture propre donner passage à la main, j'ai palpé successivement le cœur au niveau des oreil- Ktes et des ventricules, d'abord en dehors du péricarde, puis à l'intérieur de cette ■veloppe, je l'ai pincé en divers points, piqué dans tous les sens, lacéré en pluieors points, sans provoquer une douleur manifeste. Mon doigt s'est promené à iitérienr des ventricules et des oreillettes, a pressé les colonnes charnues, les tenons des valvules, les valvules elles-mêmes aux oriGces auriculo-ventriculaires et rtériels, sans donner lieu à une sensation évidente. J'ai fait descendre dans les liités droites de l'organe, par la veine jugulaire, des balles de blomb, des billes llBarbre, de petites boules de verre ; j'y ai fait parvenir, par la même voie, des ■ries très lisses, des tiges souples d'osier munies d'un petit renflement à leur Vtoémité, sans que l'animal parût en être affecté, une fois que ces corps étrangers wenaient à leur destination.

Os irritations diverses qui n'éveillent point la sensibilité du cœur, ne modifient

11 non plus, du moins d'une manière marquée, la rapidité, l'énergie et les autres iractères de ses mouvements. On voit après avoir appliqué la main sur le oeor, que le nombre de ses contractions reste à peu près le même qu'après le maleut où le diaphragme a été percé d'une petite ouverture. Si, plus tard, ces mou- *menls se précipitent, c'est consécutivement aux troubles apportés à la respiration ; k la circulation générale. Mais il est à remarquer que la compre.ssion du cœur, )orvu qu'elle dure (|uelques secondes, a pour résultat d'accélérer ses battements IDS une proportion assez considérable; ce qui s'explique par la gêne que la corntmon ap|)orte à l'abord et au cours du sang dans les cavités cardiaques.

De ce que le cœur n'est pas, ou n'est que très peu sensible à l'action des stimu- Bts extérieurs, il ne faut pas lui supposer une insensibilité absolue. Cet organe a, mime beaucoup d'autres, une sensibilité spéciale qui est mise en jeu seulement us l'influence de certains stimulants : une sensibilité analogue 5 celle des organes nqueux ou cutanés ne lui servirait à rien, puisqu'il n'est point destiné à se mettre

rapport avec des agents extérieurs. Comme le cœur est affecté d'une foule de idiûcations qui surviennent dans l'organisme, et qu'il ne peut les éprouver que r l'intermédiaire du système nerveux, il faut de toute nécessité que son action soit pendante de ce système.

Haller et les partisans de l'irritabilité avaient cru, cependant, que cette action ne rivait pointde l'influence nerveuse. L'illustre physiologiste avait vu le cœur battre rès la décapitation, l'ablation de l'encéphale, la destruction de la moelle, la sec-

0 des nerfs vagues; il avait vu, comme Galicn, les battements continuer avec leur ytbme ordinaire sur le cœur arraché de la poitrine d'un animal vivant. L'irritation

1 cerveau, de la moelle épiuière, des pneumogastriques, des nerfs cardiaques, soit

par les moyens habituels, soit par réleciricité, ne loi avait montré ni aneiceêlération de ses mouvements, ni leur réapparition , une fois qa'ib avaient ceal D'après ces idées, le cœur pour agir n'avait besoin que d'un stimulant : le nogij^ -j porté dans les oreillettes excitait leur contraction, puis, ce sang, versé dans bi tricules, provoquait de même leur systole; l'expulsion du stimulus permettaitl diastole ou le relâchement qui appelait une nouvelle quantité de sang et une i velle contraction. Les faits que la science a acquis depuis l'époque de H^Uer,! une interprétation plus rationnelle de ceux qu'elle possédait alors, nous permettfltj de mieux reconnaître la nature de l'intervention nerveuse dans les mouvemeotsj cœur et d'en déterminer les limites avec plus d'exactitude.

D'abord le cœur tire-t-il de l'encéphale ou de l'une de ses parties le excitateur et régulateur de ses mouvements? Une foule de faits et de données c rimentales résolvent cette question par la négative.

Les fœtus anencéphales se développent régulièrement, et le cœur règle leorc lation, de même que dans les circonstances ordinaires; les animaux auxqaeboi^ détruit le cerveau et le cervelet survivent très longtemps à cette mutilation, ( nous l'avons vu en étudiant les fonctions du système nerveux. EnGn ceux qaef a privés de la totalité de l'encéphale, c'est-à-dire du cerveau, du cervelet et de^ moelle allongée ne meurent pas immédiatement ; la circulation continue à s'è tuer chez eux pendant un temps assez long, quoique la respiration soit suspeo et elle persiste davantage si l'on établit une respiration artiûcielle. Cependant Budget se basant sur la suspension des mouvements du cœur et sur la paralysie de cet orpH par l'action d'un courant électrique à travers le bulbe rachidien, a donné ce bolhl comme la source de l'activité si remarquable du cœur ; son opinion tombe d*eIl^ même devant les résultats, soit de la décapitation, soit de la section combinée de k moelle au niveau de l'occipital et des pneumogastriques, opérations qui détrnisei les rapports entre l'encéphale et l'organe central de la circulation. Les faits suivaH démontrent clairement que les contractions du cœur ne sont point sous la dépei* dance immédiate de l'encéphale.

 un premier cheval je fis la section de la moelle allongée au niveau des coodjifl de l'occipital, aussitôt l'animal tomba ; les mouvements respiratoires et les monte ments généraux cessèrent sur-le-champ. J'établis une respiration artificielle à Taie d'un gros soufllet adapté à la trachée. Quinze minutes après la section il y ani 62 battements du cœur par minute ; le sang jaillissait encore avec force par uopelit tube fixé à l'artère carotide.  la trentième minute les pulsations étaient encoR appréciables, quoique très affaiblies ; elles ne cessèrent de se faire sentir que reif la cinquantième minute qui suivit la section de la moelle.

 un second cheval je pratiquai à la fois la section de la moelle au niîeao A l'occipital et la section des deux pneumogastriques et des deux filets cervicaoïà grand sympathique, afin de supprimer toutes les grandes communications coutli cerveau et le cœur, puis j'établis une respiration artiûcielle. Les battemeou èi cœur continuèrent à s'effectuer pendant les vingt-quatre minutes que l'animal stfvécut à cette section combinée et à entretenir la circulation, comme le uKNitraitll jet de sang qui s'échappait par saccades d'un petit tube adapté à la carotide.

Sur ap troisième cheval, pour isoler complètement |e cœur de renoépbale, jt

BK l'action du cobûb. 381

pmni la t(te da tronc/après avoir lié les deax carotides vers le milieu de l'cncore. Le thorax ouvert quelques instants après la décapitation laissa en évidence les oavements du cceur. Ceux-ci paraissaient très forts et au nombre de SU à. 82 penint les dix premières minutes. Les contractions des ventricules se continuèrent «qu'à la seizième minute, et celles des oreillettes jusqu'à la trentre-quatrième, en Miservant une force et une fréquence assez considérables ; elles étaient encore ppréciahles à la soixante-huitième minute.

J'ai de même décapité un grand nombre de jeunes chiens et de jeunes chats nés épais un, deux, trois ou quatre jours. Les battements du cœur ont persisté de ne heure et quart jusqu'à trois heures et demie après l'opération. Ils ont continué hM les mêmes conditions trois heures et quart dans la couleuvre, quatre heures pr le barbillon, trente-deux heures sur la salamandre et de trente à trente-six heures

r h grenouille. Le tableau suivant donne pour les espèces que je viens de nommer i idée de la persistance de ces mouvements et de leur nombre aux divers mo« s qui suivent la décapitation.

Age

Dl-rée

MOMIKT

^plWdre.

ANIMIITX.

des baltements

OÙ le cœur est mis

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