‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 9 sur 152 · SO DE L' ABSORPTION · texte numérisé non relu

SO DE L' ABSORPTION

82 griinmes d'eitrait alcoolique de noix fomîqae délayée dans 300 grammes d'eai tiède. L*animal, après la ligature da pylore et la sature à la plaie de là peau de l'abdomen, fut relevé. Il demeura debout et parfaltcmeot tranquille pendant les quatre heures et demie qui suivirent l'injection. A partir de ce moment il commençai éprouver de légères convulsions. Bientôt il devint très irritable, s'agita au moMn bruit et offrit tous les symptômes de l'empoisonnement par la noix vomique. Y«i la fm de la sixième heure, il éprouva une crise violente et tomba en proie I de convulsions terribles. Les battements du cœur s'élevèrent à plus de cent par minM et devinrent tellement forts qu'ils s'entendaient I distance. L'animal moumt Mfl heures après l'injection.

La substance vénéneuse, bien qu'elle eût séjourné si longtemps dans la cai^ lette du jeune taureau, n'avait pas été totalement absorbée, et ce qu'il en n'avait point perdu ses propriétés, car ce qu'on en recueillit après la mort |K)ur empoisonner deux chiens par les voies digestives.

Le fait de l'absorption par la membrane interne de la caillette et de la absorption par celle des premiers estomacs mérite d'être pris en considération ai point de vue de la thérapeutique. Dès l'instant que les trois premiers estomaei n'absorbent pas sensiblement et que le liquide qu'ils reçoivent, si ce n'est en trii grande quantité, ne passe dans le quatrième que très lentement, et au bont d'M temps assez long, ces liquides restent sans effet tant qu'ils ne parviennent pas I k caillette. De plus, les fluides se mêlent avec les aliments et peuvent ainsi cfaangff de caractère ou perdre de leurs propriétés avant d'arriver au réservoir absorbanL

L'absorption dans l'estomac simple ne s'effectue pas toujours avec l'activité qM ferait supposer l'organisation de la membrane muqueuse, et l'on se tromperait beau* coup si Ton croyait que la fonction jouit d'une égale activité chez tous lesanimaox doit l'estomac semble avoir à peu près la même texture et les mêmes propriétés physiqiM

Les physiologistes ont admis jusqu'ici que l'oslomac jouit de la faculté d'absorber. Cette manière de voir a paru si naturelle que personne n'a cru nécessain de la démontrer. Comme on avait vu que tous les animaux sont empoisonnés qoasi on leur a fait avaler des substances vénéneuses , on avait pensé que l'intoxicstMa résuluit d'une absorption de l'estomac. Cependant les substances parvenues I l'ei» tomac pouvaient, en arrivant à l'intestin, déterminer la mort, sans que la muqueM gastrique eût en rien contribué à leur introduction dans ies voies de la circnla* tion. 11 devenait donc indispensable, pour démontrer l'absorption gastrique, li apprécier l'activité et en déterminer les limites, d'empêcher les matières Ingérétf dans ce viscère de passer dans l'intestin. Or, c'est ce que nous avons fait par k ligature du pylore.

iMais avant d'employer ce moyen, nous avons voulu prendre un terme de comparaison dans les effets qui se produisent lorsque la substance toxique injectée dais l'estomac peut librement passer dans l'intestin. A cet effet nous avons injecté par l'oesophage, 5, 6, 7 grammes d'extrait alcoolique de noix vomique, selon la tsila des chiens. Les phénomènes caractéristiques de l'empoisonnement n'ont pas tardé à se manifester, et la mort est survenue au bout de quinze, vingt, vingt-cinq» trente minutes, suivant l'état de l'estomac et diverses circonstances difficilss & apprécier. Ainsi l'empoisonnement est assez rapide lorsque l'agent toxique peM

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de l'estonuc dans rintestin. On va Toir qu'il l'est presque autant lorsque cet ^t ne peut sortir du réserroir gastrique.

On injecte dans l'cstoinac d'un chien de taille moyenne, dont le pylore tenait 'être lié, 5 grammes d'extrait alcoolique de noix Tomiqoe. Douze minutes étaient h peine écoulées que l'animal avait FœH fixe, se roidissait sur ses membres (endos et éprouTait des convulsions tétaniques au moindre bruit ou au contact do Digt. Vingt minutes après l'injection, il expirait. A un autre chien de taille plus «le, k jeun depuis dix-huit heures, on injecte de même par l'oesophage et après ne le pylore a été lié, 7 grammes de la substance vénéneuse. Au bout d'un quart 'heure les phénomènes d*empoisonnemcnt apparaissent. La mort arrive vingtinq minutes après le moment de Tinjecdon. Ces deux résultats montrent donc que ibsorption est très active dans l'estomac du chien, puisque la mort arrive Si peu rès aussi vite après la ligature du pylore que dans les circonstances ordinaires.

La ligature du pylore n'est pas le seul moyen qui puisse empêcher les liquides ijectés dans Testomac de parvenir à l'intestin : la section des nerfs vagues, qui oraUse le viscère, donne le même résultat, du moins chex certains animaux, XHinru qu'on ait donné & l'influx nerveux le temps de s'éteindre.

Deux heures et demie après la résection des deux nerfs pncumo-gastriques, m pousse par une ouverture à l'œsophage 6 grammes de noix vomique dans l'es- Mnac d'nn chien, puis on applique une ligature au-dessous de la petite plaie, afin l'empéchn* le rejet de quelques gouttes du liquide. Le tétanos se manifeste bicnôt, et dix minutes s'étaient h peine écoulées depuis l'injection du poison, que Taninal expirait A l'autopsie on retrouva dans le viscère une quantité de liquide rtnénem sensiblement égale à celle qui avait été administrée. Le pylore était resserré et l'intestin fortement revenu sur lui-même.

A un antre chien, dont les nerfs vagues étaient cou|)és depuis vingt-quatre heures, NI injecta, de la manière précédemment indiquée, 6 grammes de noix vomique ians ri'stomac. î^ tétanos apparut en moins d'un quart d'heure, et la mort arriva rhigt-cinq minutes après l'injection.

Les choses se passèrent de même lorsque les nerfs furent coupés et le pylore lié. L'n chien, qui se trouvait dans ces conditions, mourut onze minutes après avoir eçu dans l'estomac 5 grammes de la substance toxique. Un second, dont Testonac était excessivement rempli d'aliments, mit plus d'une heure à succomber à la ulte de l'injection de la substance vénéneuse.

L*estomac simple du lapin et du porc absorbe, comme celui des carnivores, avec leaocoup d'activité ; en voici la preuve. I3n lapin, à jeun depuis vingt-quatre leures, eut les deux nerfs vagues réséqués vers le milieu du cou. Au bout de qucl- {iKs heures on lui injecu dans l'estomac, par une petite ouverture œsophagienne, i grammes d'extrait alcoolique de noix vomique délayés dans 20 grammes d'eau tiède. Les pliénomèues de l'empoisonnement se manifestèrent en moins de dix-sept nnrates, et l'animal mourut vingt-sept minutes après l'administration de la substance vénéneuse. Un porc de taille moyenne, à jeun depuis dix-huit heures, reçut par r«iophage 15 grammes d'extrait de noix vomique délayés dans 200 grammes d'eau. 11 tomba comme foudroyé cinq minutes après l'injection.

.\insi l'estomac simple du riiien, du chat, du porc, abnirbe avec énergie. Il sert

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donc à la foif à b cbymîficatioD et à l'alMorption : sa grande capacité, TorgviîaatkNi de sa maqaeuse, les particularités diverses de son rôle dans la digestion expliquent ce lait incontestable. L'estomac simple des solipèdes est loin de ressembler sons ce rapport 2i celui des camÎTores : il n'absorbe pas ou n'absorbe que dans de très bi* blés limites à l'état normal Voici par quelle série d'expériences M. H. Boaley (1), qui a bien Touln m'associer à ses rechercbes, est arrif é ï cette démonstration.

A un chef al , dont les deux nerfs vagues sont coupés vers le milieu du cou depuis douze beures, on administre par une petite ouverture oesophagienne 32 grammes d'extrait alcoolique de noix vomique, c'est-à-dire la dose qui tue le cheval en lUN heure ou à peu près lorsque les neris vagues sont intacts. L'animal éprouve quelques légers tremblements dans la journée. An bout de vingt-quatre heures il est debout et parfaitement tranquille. On le tue, et l'on trouve dans son estomac des aliments délayés et une petite quantité de liquide. Le poison est donc resté sans eiïct lorsque l'estomac paralysé ne l'a point chassé dans l'intestin.

A un second cheval, qui jeûnait depuis deux jours, on fait la section de denx nerfs vagues avec perte de substance, et l'on ouvre la trachée afin de prévenir l'asphyxie. Quelques heures après, on injecte par l'oesophage 32 grammes d'extrait alcoolique de noix vomique. L'animal éprouve de légères secousses pendant la journée. Le lendemain il est debout, dans un calme parfait et ne présente tuca symptôme d'empoisonnemenL On le tue alors, et l'on trouve que l'estomac, vidt d'aliments, contient environ 500 grammes d'un liquide jaunâtre et alcalin. Cette fois le viscère, étant privé d'aliments, présentait les conditions les plus favorables à l'absorption, et cependant la substance vénéneuse n'a point été ahsorbée. CeUM aurait-elle été altérée par le fait d'un si long séjour dans le viscère? L'expérieoof suivante va nous le dire.

Un autre cheval très vigoureux est mis à la diète pendant quarante-huit henrei Après ce laps de temps, plus que suffisant pour que Teslomac se débarrasse dtf aliments, on fait la section avec perte de substance des nerfs vagues. Sept heuiei après, on injecte dans l'oesophage la dose habituelle de poison. Le solipède n'épronie aucune convulsion et ne présente aucun symptôme d'empoisonnement dans bi seize heures qui suivent l'injection. On le tue pour examiner Testomac et son eoÊr tenu. Ce viscère, privé d'aliments, renferme 1000 grammes d*un liquide jaindtre, un peu trouble, tenant en suspension quelques parcelles de fourrage. Uae partie de ce liquide filtré est administrée à un chien, qui succombe dans les vulsions tétaniques au bout de vingt-six minutes. Une autre partie da liquide est administrée à un chien, qui meurt avant d'avoir reçu à peu près h même dose que le premier.

Il est donc évident qu'après la section des nerfs vagues, la noix vomique intfO* duite dans l'estomac du cheval n'y est point absorbée. Il est non moins évidetf qu'elle y demeure sans altération sensible , puisque au bout de seize heures ck jouit encore de toute son activité toxique. (;'est là sansconiredit un résultat renV* quable et tout à fait imprévu qui ne se produit pas chez les animaux carnivorci

La |>aralysie de Tcstomac, consécutive ii la section des nerfs vagues, ne se pre*

(1) IMktin de r Académie de médecine, 1852, t. XVII, p. ri47 et inivâDtei.

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lisant qu'au bout d'un certain temps, et demeurant toujours plus ou moins innnplète, n'est pas le meilleur moyen d'arriver à constater la non-absorption ins le réserToir gastrique, d'autant plus que la pression exercée sur le viscère par diaphragme et les muscles abdominaux peut, à elle seule, pousser dans Tintesa, à travers le pylore à peine fermé, une certaine quantité de la substance ixiqae. Il est préférable dans ce but de pratiquer la ligature du pylore: c'est ce ne nous avons fait.

A an cheval privé d'aliments et de boissons depnis vingt-quatre heures, le pylore it Hé deax fois en avant de l'anneau musculeux qui le circonscrit, afin que les gatares ne pussent glisser sur le duodénum et qu'aucune partie de la muqueuse ilestînale ne vînt se mettre en rapport avec la substance vénéneuse. Cela fait, on ijecta par l'œsophage la dose habituelle de noix vomique. L'animal n'éprouva aulne convulsion et ne manifesta aucun signe de tétanos pendant les dix-huit heures oi suivirent l'injection. Cette période expirée, on enleva les ligatures du pylore tan bout de quinze minutes le cheval mourut dans les convulsions.

tk an antre cheval à jeun , le pylore fut lié comme précédemment. La noix ronûqoe fut injectée par Toesophage, et l'animal n'éprouva aucune convulsipn. Il noomt trente-cinq heures après l'injection, des suites d'une violente péritonite, ans offrir aacun symptôme d'empoisonnement. La substance vénéneuse se retrouva lans le réservoir gastrique, non altérée , car le liquide avec lequel elle se trouvait nêiée empoisonna plusieurs chiens.

Ainsi, lorsque la noix vomique a été emprisonnée dans l'estomac, par la ligature lu pylore, elle n'est point absorbée et a conservé ses propriétés, car elle tue, si» au MMit d'un certain temps, on enlève la ligature pour lui permettre de passer dans Tintestin. Néanmoins il arrive qu'à la suite de l'application d'un lien sur le pylore celoi-d s'engorge au point de retenir encore le poison lorsqu*on enlève ce lien. Dans ce cas, on s'assure que la substance vénéneuse s'est conservée dans le viscère m l'injectant directement dans l'intestin, ou en l'administrant à d'autres animaoï.

Ces premiers résuhats sont décisifs ; mais comme on pouvait objecter qu'âne Ribstance tiès soluble, qu'un poison très actif seraient dans des conditions plus Eivorables à l'absorption que l'extrait alcoolique de noix vomique, M. Bérard(i) proposa de substituer à celui-ci le sulfate de strychnine. Il fit injecter dans l'cesoibage d'un cheval, dont le pylore venait d'être lié, 3 grammes de sulfate de trychnine en dissolution. L'animal resta debout et sans aucun symptôme d'em- MMsonnement pendant vingt-quatre heures, après lesquelles il fut sacrifié. Le iquide, séparé par expression des aliments que contenait l'estomac, fut recueilli. [I n'en fallut qu'une faible partie, le huitième à peu près, pour tuer un chien. Le rette fat injecté dans l'intestin grêle d'un cheval qui éprouva pendant toute la IMmée les phénomènes de rcmpoisonncment, et mourut pendant la nuit. Sans doute il n*eût pas survécu si longtemps à l'injection si toute la substance vénéneuse eût pu être séparée de la masse d'aliments renfermés dans l'estomac du premier cheval.

Nous InjectAmes de même dans l'cstomacd'unc jument h jeun depuis vingt^quatre

[\) nullâtin âe V Académie impériale de médecine, 18r'>2, t. XVII, p. 17 i.

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