‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 103 sur 155 · I. DE LA FAIM · texte numérisé non relu

I. DE LA FAIM

La faim est la sensation qui sollicite l'animal à prendre des matières alimentaires. Destinée à régler la mesure suivant laquelle ces matières doivent être ingérées, à commander des rapports d'une impérieuse nécessité, elle est faible à son début, devient de plus en plus vive, finit par être très pénible et par revêtir tous les caractères d'un besoin irrésistible.

Ses époques d'apparition ou de retour sont variables suivant les espèces, le régime, l'âge, les habitudes des ammaux, les saisons et une foule de circonstances particulières qui influencent l'activité des fonctions organiques.

Elles sont bien plus éloignées chez les animaux à sang froid que chez ceux à sang chaud, chez les carnassiers que chez les herbivores ; on les voit se renouveler fréquemment chez les solipcdes et les ruminants ; aussi ces animaux mangent-ils presque constamment quand ils sont dans les pâturages, et au moins deux fois par jour lorsqu'ils sont entretenus dans les étables ; elles se rapprochent plus encore

chez les animaux granivores, les passereaux, les gallinacés ; mais elles se reproduis sont h (le rares intervalles chez les carnassiers, les oiseaux de proie et surtout chea les reptiles et les poissons.

Cette sensation est plus vive et plus fré(|uente chez les jeunes animaux que chez", les adultes, à cause de l'activité de la nutrition et de l'accroissement dans les pre-' miers âges de la vie ; elle l'est plus en hiver qu'en été chez la plupart des mamini-i fères et des oiseaux ; elle s'affaiblit dans les saisons froides chez les espèces qui s'en4 gourdissent, comme le font les loirs, les marmottes, le hérisson, les ours, et elld s'éteint même alors complètement chez les reptiles dont l'engourdissement est porté à ses dernières limites. Tout ce qui rend la nutrition plus active, la combustion pulmonaire plus rapide, toutes les causes qui agissent dans le sens d'un travail! modéré, d'une alimentation peu substantielle, favorisent le retour de la faim et donnent à cette sensation une plus grande énergie ; elle devient presque insatiable après certaines maladies, des déperditions abondantes, de longues privations, et se montre en rapport avec le degré d'activité de l'estomac ; faible ou nulle quand cet organe ne fonctionne pas régulièrement, très intense quand il jouit de toute son activité.- Mais l'habitude influe beaucoup sur la fréquence de son retour : c'est ainsi que les animaux domestiques, lorsque arrive l'heure de leur repas, se lèvent, s'agitent, il crient, trépignent, témoignent leur impatience jusqu'à ce qu'ils aient reçu leuii nourriture. Il en est de même de tous les animaux réduits en captivité. L

Ses degrés sont fort nombreux. A son début elle n'a rien de bien pénible, c'est l'appétit. Insensiblement elle devient plus vive, finit par être douloureuse et pan déterminer une prostration plus ou moins grande : c'est alors la faim proprement dite. Si elle n'est pas satisfaite, elle ne tarde pas à être déchirante, à se transformer/ en un besoin impérieux qui se traduit diversement, suivant les animaux. Elle rend i les carnassiers d'une grande férocité, comme on le sait pour les loups; elle les fait î devenir cruels à l'excès, exalte leurs instincts sanguinaires. Cependant il est à ' remarquer qu'elle ne va jamais jusqu'à porter les animaux d'une même espèce à j s'entre-dévorer, contrairement aux tristes exemples qu'a donnés la nôtre dans de» naufrages ou des sièges de longue durée; elle ne les porte guère non plus à prendree des aliments autres que ceux qui leur sont habituels; elle est, dans tous les animaux, selon la remarque de Pline (1), un besoin qu'on ne peut pas tromper, cari rien ne prouve que les loups afl^araés et d'autres animaux se mettent à manger de la: terre pour apaiser cette sensation. On sait que l'herbivore se laisse mourir plutôt que de toucher à de la chair, et que l'oiseau de proie en fait autant près d'un morceau de pain. Enfin, lorsque le sentiment de la faim est porté à son dernier degréil d'exaltation, il s'éteint en quelque sorte de lui-même : alors il a épuisé tellement less animaux qu'ils ne recherchent plus la nourriture et la refusent même si elle leur, est offerte ; c'est du moins ce qu'on observe sur les chiens et les oiseaux de basse- cour qu'on a fait jeûner pendant un certain temps.

Le siège de la faim est difficile à déterminer, à supposer que cette sensation soit ; réellement localisée. La plupart des physiologistes le placent dans l'estomac ; quelques uns dans les centres nerveux; d'autres dans le système absorbant ; et d'autres >

(1) Livre XI, iU, édit. citée, 1845.

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