‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 104 sur 155 · DES SENSATIONS DIGESTIVES. U · texte numérisé non relu

DES SENSATIONS DIGESTIVES. U

f. encore, repoussant l'idée de la localisation, font de la faim l'expression d'un état

1 rrc'.iiéral de l'économie.

De ce que les instincts qui portent les animaux à rechercher et à choisir leurs

[I iliments ont leur siège dans le cerveau, il ne faut pas en inférer que la faim soit ocalisée au même point : ces instincts sont en quelque sorte tenus en éveil, mis en eu par cette sensation qui en devient le régulateur, comme ceux de la reproduc-

I tien, par exemple, le sont consécutivement à l'influence excitatrice partie des orj,Mes générateurs. Rien ne prouve qu'elle ait son siège à la partie moyenne et inféii ure des lobes cérébraux, comme le pensent certains phrénologues, puisque des la lus anencéphales qui ont vécu quelques jours après la naissance ont montré tous s signes de la faim.

! /absorption est plus active pendant l'abstinence que lors de la digestion ; mais ■-l-ce une raison pour supposer que le siège de la faim soit dans le système lymtlialique ou dans tout le système circulatoire? Quand legalUnacè a rempli son jabot de 1 clins, rien n'a encore passé, comme le dit M. Bérard, dans les vaisseaux absornts, et cependant la faim est apaisée ; de même quand le ruminant a distendu sa ise par des herbes qui ne seront digérées que plus tard, il est rassasié, bien que herbes n'aient encore fourni aucun élément réparateur. Son siège paraît être dans l'estomac : elle éclate quand cet organe se vide et qu'il devient inactif ; elle diminue à mesure qu'il se remplit et cesse dès qu'il a reçu tout ce qu'il peut contenir. Cependant, il n'est pas nécessaire qu'il soit tout à fait vide pour qu'elle se fasse sentir : le lapin est afi'amé lors même qu'il a encore beaucoup i'herbes non digérées ; le ruminant est dans le même cas, bien que sa panse conitienne encore une énorme quantité d'aliments ; mais cela tient toujours à la cessation des fonctions gastriques, comme nous le ferons voir plus tard, à l'article de la rumination. Il n'est guère possible d'arriver à dire sûrement si la faim a plus particulièrement son siège dans telle ou telle fraction du viscère ; il est presque ridicule de rechercher s'il est dans la membrane charnue, ou dans la muqueuse, à la petite ou à la grosse tubérosité, au cardia ou au pylore. Peut-être la faim n'a-t-elle pas seulement son point de départ dans l'estomac, et peut-être n'est-elle que l'expression d'un besoin général de réparation, d'une sorte de langueur de tous les organes, et plus spécialement de celui qui est chargé de la digestion, lequel souffrant plus que les autres, serait le premier à exprimer la sensation pénible développée dans son sein.

En admettant l'hypothèse de la localisation de la faim dans l'estomac, peut-on trouver dans cet organe la causede la sensation dont nous parlons? Est-ce la présence du suc gastrique, la réplètion des petits tubes chargés de sécréter ce liquide, le reflux de ilabile,le liraillementopéré surle viscère, le frottementdela muqueuse sur elle-même, lia compression des divisions nerveuses résultant d'une contraction permanente des fibres de la tunique charnue ? De toutes ces causes, tour à tour invoquées pour expliquer le développement de la sensation, il n'en est pas une qui soit rigoureuseiment acceptable. La prétendue irritation produite par le suc gastrique sur la muqueuse de l'estomac est une fiction, puisque la sécrétion de ce fluide dissolvant n'a ipas lieu pendant l'abstinence, et que le liquide qui demeure dans le viscère lors des I intervalles de la digestion est alcalin. La réplétion des tubes de la membrane reste à

démontrer. Le reflux de la bile dans l'eslomac, reflux possible surtout chez lesani-ij maux qui, de même que le porc, le lièvre et le lapin, ont le canal cholédoque inséré'i très près du pylore, pourrait bien ne pas être étranger au développement de la sé-ij crétion : il a lieu chez U; porc et souvent chez le cheval, si l'on en juge parla teinteli bilieuse des liquides contenus dans le viscère pendant l'abstinence. Les lirailleniontst que l'on suppose opérés par le foie sur le diaphragme, la compression des nerfs gas-, triques sont évidemment des causes illusoires. Les frottements de la muqueuse suri elle-même ne sauraient non plus être invoqués; car, d'une part, ils ne sont point; considérables puisque l'estomac est en repos, et, d'autre part, ils ne peuvent s'opérer chez les animaux dont l'estomac ne revient pas complètement sur luimême. Du reste, ce frottement fùt-il réel, qu'il resterait à savoir s'il est douloureux..: Or, lorsqu'il est à peu près certain que celui que déterminent des fourrages grossiers imparfaitement divisés n'est point pénible, comment concevoir que celui des pli» muqueux les uns contre les autres puisse le devenir ?

La faim, si elle a son point de départ dans l'estomac, ne peut constituer une serm salion tant qu'elle n'est pas perçue par le cerveau. Quel peut donc être le nerfchargé de transmettre l'impression aux centres sen.sitifs ? est-ce le pneumo-gastrique ? sont-ce les nerfs ganglionnaires ?

Dupuy ayant coupé les nerfs vagues à plusieurs chevaux, a vu ces animaux manger jusqu'au moment de l'obstruction complète de l'œsophage par les matières alÎM mentaires qui n'avaient pu parvenir à l'estomac, et il a conclu de ce fait, qu'après? la section de ces nerfs la sensation de la faim était éteinte, puisque celle-ci n'étaiti plus remplacée par le sentiment delà satiété lorsque le viscère venait à être rempli. i MM. Leuret et Lassaigne ont vu aussi le cheval manger de l'avoine dans la même» circonstance. M. H. Bouley et moi nous avons noté plusieurs fois la même parti-cularitésur le cheval et la chèvre. Après cette section, les animaux ne rechercheraient! plus leur nourriture, d'après M. Brachet (IJ, et ils mangeraient uniquement poun satisfaire le sens du goût. Cependant, M. Longel (2) a constaté qu'après la sectioni des linguaux et des glosso-pharyngiens, faite en même temps que celle despneumo-» gastriques, les animaux mangèrent encore, en assez grande quantité et sans dégoût,; des aUments imprégnés d'une décoction de coloquinte. Aussi, a-t-il conclu de ce» fait, et contrairement à l'idée émise par M. Brachet, que la gustation est étrangère à l'impulsion qui porte les animaux à prendre des aliments, et que cette impulsion r persiste après l'abolition du sens du goût et l'interruption dans la continuité des nerfs vagues. Mais, en somme, les expériences ne sont pas décisives : elles démontrent i qu'après la section des nerfs vagues, les animaux mangent encore quelque peu, sans prouver que ceux-ci ressentent encore une faim bien caractérisée. En effet, les chevaux, par exemple, prennent encore des aliments en petite quantité : bientôt les bols alimenlaires, n'arrivant plus à l'estomac, s'arrêtent dans l'œsophage et s'y accumulent depuis le cardia jusqu'au niveau du cou et souvent jusqu'au pharynx : alors l'animal cesse de manger. Si donc la faim a persisté dans cette circonstance, l'impression produite dans l'estomac n'a pu se transmettre aux centres nerveux que par

(1) Recherches sur les fondions du syslènic ganglionnaire, p. 219.

(2) Analomie et physiologie du système nerveux, l. H, p. 328.

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riiitermcdiaire du système ganglionnaire. Si, au contraire, elle s'est éteinte avec la sectioiidcs nerfs vagues, l'animal a mangé par instinct, par habitude, ou pourflatter le sens du goût.

La nature de la faim n'est pas mieux connue que celle de ses causes immédiates. Cette sensation interne, dont le point de départ est probablement, à la fois, dans l'estomac et dans tout le reste de l'économie, résulte d'une modification nerveuse insaisissable, mais parfaitement caractérisée par son but et par les actes qu'elle provoque.

Elle est susceptible d'éprouver certaines aberrations qui constituent ce qu'on appelle le pica et le malaciaiiiOnt les animaux, de même que l'homme, nous offrent de nombreux exemples. Ainsi le bœuf mange quelquefois de la terre et du fumier ; la vache, du linge; la chèvre et le bœuf, du papier; le chien hydrophobe dévore presque toujours de la paille, des morceaux de cuir. Mais il ne faut pas confondre ces aberrations avec les impulsions instinctives qui portent beaucoup d'animaux à prendre des substances salines ou minérales, les gallinacés à avaler du gravier et de petites pierres; il faut bien les distinguer aussi du goût que certaines espèces manifestent pour des substances qui inspirent de l'aversion à d'autres, car il est incontestable que ce qui est' naturel à chaque espèce ne saurait être une aberration. Enhn, elle devient parfois insatiable ; alors elle constitue ce qu'on appelle la boulimie.

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