DES SENSATIONS DIGESTIVES. U
elle persiste, change de teinte chez les solipèdes ; on lui voit prendre un reflet rougeâtre qu'elle n'a point habituellement; les coussinets des tempes sont comme iuliltrés de sérosité; les mailles cellulaires qui emprisonnent les vésicules deviennent plus apparentes et leurs vaisseaux mieux dessinés.
Le système musculaire, qui a déjà perdu de son volume apparent par la résorption de la graisse sous-cutanée cl interslicielle, s'atrophie réellement avec une certaine rapidité ; les muscles se dessinent sous la peau avec leurs reliefs et leurs découpures, surtout lors de la contraction ; ils laissent en évidence les saillies des os et les formes du squelette surtout dans les membres. Toutes les parties du syS' L tème subissent une atrophie plus ou moins sensible. Le cœur lui-même, d'après ; les reclicrches de i\L Gliossat (1), l'éprouverait dans le même rapport que le reste. ; Suivant cet observateur, les pertes totales éprouvées par la masse du corps I pendant les premiers jours sont plus fortes que celles des jours suivants, après i lesquels elles finissent par devenir sensiblement égales; la mort surviendrait lorsque les pertes se seraient élevées , en moyenne , aux quatre dixièmes du poids initial des animaux d'un embonpoint ordinaire et aux cinq dixièmes pour les animaux gras. La réduction de poids s'opère, dit-il, vingt- trois fois plus vile sur un mammifère que sur un vertébré à sang froid. Mais parmi tous ces appareils qui s'atrophient, le système nerveux seul résiste à l'usure . générale : il paraît, du moins, conserver dans les parties centrales le volume que lui assignent les cavités qui le renferment.
Les fluides, de même que les solides organiques, se réduisent à de moindres proportions. Le sang dont les matériaux ne se renouvellent plus qu'aux dépens des propres matériaux de l'organisme qui se décompose de toutes parts, éprouve une diminution de quantité fort appréciable, qu'on ne soupçonnerait pas, du reste, le plus souvent, si on prenait en considération l'état des muqueuses apparentes. Les I vaisseaux s'alTaissent ; ceux qui sont ordinairement gonflés sous la peau s'effacent , graduellement : cette diminution est portée si loin que les animaux qui ont sucf 1 combé à une longue abstinence sont presque exsangues, comme Haller et une foule i d'auteurs l'ont remarqué ; mais on n'est pas bien fixé sur les changements que ce liquide éprouve. Quelques observateurs ont cru y voir augmenter la quantité de l'eau et de l'albumine. Dans tous les cas, les tissus pâlissent, se dessèchent en. quelque sorte ; mais ils ne deviennent point phosphorescents, ainsi que le disent certains auteurs. La lymphe, d'après M. Collard de Martigny, augmenterait sensiblement de quantité pendant les quatre à cinq premiers jours de l'abstiuence : cette particularité assez bizarre me paraît difficile à expliquer; je ne l'ai point constatée I sur des ruminants, au canal ihoracique desquels se trouvait adapté un tube doiw liant écoulement au liquide charrié par ce canal ; au contraire, la lymphe devenait i de plus en plus rare, au point que l'écoulement était à peu près nul dès le troisième I ou le quatrième jour.
Les fonctions se modifient très sensiblement sous l'influence de l'abstinence. La circulation se ralentit, le pouls devient petit et d'une rareté excessive, lorsqu'il n'y a point de fièvre. La respiration se ralenlitdans la même proportion que la cir-
(l) Recherches expérimentales sur V inanition , Paris, 1S43.
hhO DE I,A DIGESTION. J
-culation; néanmoins, d'après iM. IJoussingault, la quantité d'acide carijoiiique res-' ' terait, si ce n'est au dernier mnment, ce qu'elle est dans les ciiconstances ordl-t ' naires. Cependant, ce qui rend ce fait douteux, c'est que la chaleur animale baisse,* ' cl elle ne paraît pouvoir diminuer que par suite d'une nToiiidre activité des phéno-i ' mènes de combustion opérés dans le poumon et les divers tissus. La température ' du corps éprouve journellement des oscillations qui, suivant !M. Cliossal, dépasscnui ' 3 degrés centigrades ; elle éprouve une l édiiction de trois dixièmes de degré toutess ' les vingt-quatre heures et diminue en somme de 13 à iU degrés au dernier momenf( • de l'inanition. Les sécrétions se tarissent, l'urine est peu abondante, surtout si leac animaux sont privés de boissons ; elle reste encore chargée d'une forte proportioni ^' de principes salins et de matières animales. i\L Boussingault (1) y a trouvé encorer 1 chez les oiseaux de l'acide urique, et M. Lassaigne (2), de l'urée, chez un fou quii ' avait résisté à une abstinence de dix-huit jours. La transpiration cutanée semblé 1 perdre son activité; les sueurs n'apparaissent que fort rarement; la lactation sei suspend; la salive visqueuse, destinée à humecter la bouche, devient épaisse eb ' n'est plus déglutie qu'en petite quantité et à de rares intervalles ; les sécrétions intestinales seules conservent une assez grande énergie ; la bile continue à couleo ' en abondance; elle donne aux matières de l'intestin grêle du porc et du che-4 ^ val une teinte jaune bien sensible; elle colore les matières fécales des gallinacés^ ' et le savant chimiste que je viens de citer en a reconnu l'existence dans les excré-^ ' menis des oiseaux; enfin, les exhalations séro-muqueuses du tube intestinal dw ' viennent si abondantes parfois , qu'elles déterminent une diarrhée dont l'apparitiott ' signale souvent les derniers moments de la vie des animaux qui meurent d'inaniliona i L'abstinence détermine, suivant ses périodes et suivant les animaux qui la suppor^ | tent, certains effets généraux fort remarquables. Dans les premiers temps, les ani-i maux sont surexcités ; le chien aboie comme pour demander de la nourriture, et il eiï cherche partout s'il est libre; le bœuf beugle, fouie sa litière, ramasse avec lal langue tous les brins de paille qui sont à sa portée; le cochon fait entendre un gro-» gnement particulier souvent répété, et se met à ronger les planches de sa hutte et S insinuer son groin dans tous les interstices des parois de sa prison ; le loup vieub hurler, dans les temps de neige, sur la lisière des bois ; les carnivores sauvages deviennent d'une extrême férocité ; les rats renfermés ensemble se mordent souh ' vent avec une animation remarquable. Après ces premiers jours d'excitation sur- ' vient un calme de plus en plus profond dont l'animal ne sort que par moments. Le chien se retire dans un coin et se couche ; il n'aboie pas et ne semble plus réclamer des aliments. Plus tard, lorsque son affaiblissement a fait des progrès, si ou: lui jette un morceau de pain, il se lève, marche en chancelant; souvent il seheurte et parfois il tombe ; ses yeux ternes expriment la langueur et la souffrance,: qu'il faut comparer aux angoisses pénibles et déchirantes des malheureux qui vont, mourir de faim. Le pauvre animal, les membres à peine redressés, se précipite surii l'aliment qu'on lui a donné; il le mâche avec lenteur, comme si ses mâchoires^ étaient sans force; on voit qu'il éprouve une grande difficulté dans la déglutitioii.i
(1) Ouv. cit., t. II, p. 403.
•;2) Journal ri? chimie inrdi'-ftle, t82î<.
DE r,A rnÉHENSlON DES ALIMENTS. ZlU
Bientôt, il revient dans le coin où il a riiabitnde de se reposer, et c'est le plus obscur de son liabilation ; il s'y couciie en cercle et reste indifférent à ce qui se passe autour de lui ; plus tard, il ne veut pas en sortir, même quand on lui présente de la nourriture. L'oiseau n'a pas la force de se tenir perché. Le dindon, par exemple, reste immobile et comme hébété; ses mouvements deviennent très lents: au bout d'une abstinence de deux ou trois jours, il refuse les aliments, mais il boit encore avec avidité; ses caroncules pâlissent et acquièrent de la flaccidité; .ses déjections sont molles et bilieuses.
La mort, qui termine le malheureux état dont nous parlons, est précédée, chez le cheval, d'un décubitus latéral plus ou moins prolongé, d'une sueur froide et de quelques convulsions de courte durée ; elle survient après un temps dont la durée varie suivant l'espèce, l'âge, l'état des animaux et les conditions diverses dans lesquelles ils peuvent se trouver.
On s'est demandé quelle pouvait être la cause prochaine de la mort qui met lin à l'abstinence. Les uns ont considéré cette cause comme étant le résultat de la diminution de la masse du sang; les autres, M. Chossal, par exemple, l'ont vue dans l'abaissement delà chaleur animale; il en est qui l onlattribuée au défaut d'excitation du système nerveux, au manque d'éléments réparateurs. Ici, l'effet résulte évidemment de plusieurs causes : le sang appauvri est en proportion trop minime ; les tissus, déjà brûlés en partie, ne reçoivent plus de matériaux de réparation; la respiration manque de combustibles ; la chaleur animale descend à un degré insuffisant; l'estomac et l'intestin sont enflammés ; le système nerveux est privé d'excitants assez énergiques; tous les rouages de l'organisme sont usés. En faut-il plus pour mourir?