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CHAPITRE XXIII

On donne ce nom à la division ou au broiement que les matières alimentaires éprouvent dans la cavité buccale par l'action des mâchoires munies de leurs dents, et mises en mouvement par des muscles spéciaux.

Cette opération, qui prépare les aliments à subir les modifications qui leur sont imprimées dans l'estomac ou l'intestin, ne s'effectue pas, à beaucoup près, dans tous les animaux ; elle n'a guère lieu, parmi les vertébrés, que chez les mammifères. Les autres animaux de cet embranchement, les oiseaux, les reptiles et les poissons, bien que quelques uns aient des dents, ne broient pas leurs aliments avant de les déglutir.

Elle est inutile pour les animaux qui se nourrissent de substances liquides ou très molles, et elle n'est point indispensable à ceux qui font usage de matières animales faciles à digérer. Un très grand nombre d'animaux qui vivent de vers, de coquillages, d'insectes, de poissons ou de petits mammifères, les avalent sans les avoir préalablement divisés. Ceux, au contraire, qui vivent de matières végétales, telles que les grains, les racines, les herbes ou les fourrages desséchés, ont besoin de les ramollir, de les diviser et de les atténuer, parce qu'elles résistent beaucoup à l'action dissolvante des sucs gastriques et intestinaux. Si quelques animaux, comme les oiseaux granivores, semblent faire exception à cette règle, c'est qu'ils ont un estomac très musculeux spécialement chargé de la trituration des ahments qui n'ont pas été broyés dans la bouche. Aussi, à cause de cela, peut-on, à l'exemple de plusieurs physiologistes, reconnaître deux espèces de mastication, l'une buccale, volontaire, opérée par les mâchoires et les dents; l'autre, gastrique, involontaire, produite par un estomac organisé exceptionnellement pour remplir cet oflice.

La mastication, bien qu'elle soit un acte fort simple et purement mécanique, résulte de la coopération d'un grand nombre de parties dont le jeu complexe est fort varié, même parmi nos seuls animaux domestiques. Pour en faire une étude complète, nous envisagerons successivement : 1" la disposition de l'appareil masticateur avec ses principales variétés; 2" le jeu des mâchoires et leurs différents mouvements ; 3° l'action des dents, de la langue, des lèvres et des joues dans la mastication ; h" la durée et l'utilité de cet acte préparatoire (1).

î. DISPOSITIONS GÉNÉRALES DE 1,'aPPAREIL DE LA MASTICATION.'

Cet appareil se compose de trois ordres de parties, les unes passives, qui sont les os des mâchoires et les dents; les autres actives, ou les muscles destinés à mouvoir les mâchoires ; les troisièmes auxiliaires, la langue, les lèvres, les joues, qui

(1) M. Floureus {Leçons orales, 1831) admet cette distinction que M. Bôrard repousse avec Bnrdacli. Cependant elle me paraît juste et bonne à conserver en physiologie comparée.

DE l,\ MASTICATION. /|/|9

cnipèclienl l'aliiucnl de sortir de la bouche en leramenanl eiUre les dcnls qui doi • vent le diviser.

Les mâchoires sont au nombre de deux : l'une supérieure, immobile et soudée avec le crâne : elle a pour base les grands et les petits sus-maxillaires ; l'autre infé rieurc, constituée par un seul os dont les deux parties sont tantôt réunies, tantôt séparées. Ces deux mâchoires sont articulées l'une avec l'autre, de manière à pouvoir s'écarter et se rapprochei-, et dans quelques animaux, jouer d'avant en arrière ou latéralement.

Elles portent à leur extrémité antérieure les dents incisives, un peu plus loin les ; canines, et tout à fait en arrière, les molaires. Ces trois espècees de dents ont, tout à

la fois, une situation, une forme et des usages distincts. Disposées ainsi que nous ! le verrons bientôt, elles servent, les premières, à inciser, à couper ; les secondes, à

déchirer; les troisièmes, à écraser ou h broyer les aliments. L'existence de ces trois (espèces de dents n'est pas constante chez tous les mammifères, et la forme irèsvairiable que ces parties offrent, les met en harmonie avec le régime propre à chaque I animal.

Les muscles moteurs des mâchoires sont ordinairement au nombre de cinq de i chaqu'e côté : le crolaphite, le masséter, les deux ptérygoïdiens et le digastrique. Il -s'ajoute à ceux-là, chez les solipèdes, un sixième muscle qui est le stylo-maxillaire. [Ces organes, en général plus puissants chez les carnassiers que chez les herbivores, produisent, les uns," l'écartement, les autres, le rapprochement des mâchoires. D'autres sont spécialement chargés des mouvements d'avant en arrière et des mouvements latéraux ; enfin, il en est qui peuvent, par suite de leur disposition et de la xonformation dés surfaces articulaires, opérer à la fois plusieurs de ces mouvements.

En jetant un coup d'œil sur la disposition des parties qui forment l'appareil de lia mastication, on voit qu'elle n'est point chez les carnassiers ce qu'elle est chez les 'herbivores, et que, parmi ces derniers, elle offre des modifications très notables, isurtout chez les rongeurs, les pachydermes, les solipèdes et les ruminants.

Les carnassiers ont, en général, les mâchoires très courtes, pourvues de trois sortes Idedents : leurs incisives sont minces, aiguës, leurs canines longues et recourbées, leurs :molaires hérissées de pointes coniques. Leur arcade zygomalique est fortement arquée et très éloignée du crâne, leur fosse temporale est large et profonde ; leurs masiséters et surtout leurs crotaphites sont énormes. Le condyle maxillaire est semi- : cylindrique et transversal, la cavité glénoïde qui le reçoit et l'emboîte exactement lest très profonde. Les mâchoires ne peuvent exécuter que des mouvements d'écartement et de rapprochement : tous les autres leur sont impossibles. Elles sont ad- :mirablement disposées pour permettre à l'animal de saisir, tuer et déchirer sa proie, I et leurs formes se modifient de manière à être constamment en rapport avec la i nature des matières animales qui font la nourriture de chaque espèce carnassière.

Les herbivores ont les mâchoires ordinairement plus longues et plus faibles ; ils I ont des incisives peu tranchantes, manquent quelquefois de canines, ou s'ils en ont, elles sont courtes, peu courbées et impropres à déchirer ; leurs molaires sont larges, à surface plane, et disposées pour le broiement des matières végétales; leurs losscs temporales sont moins larges et moins profondes ; leurs arcades zygomaliques courtes et faiblement arquées; leurs muscles massélers et crotaphites, plus

Uhi) OE LA DIGESTION.

faibles, ygissenl sur des leviers moins bien disposés pour favoriser leur puissance; ■ rarliculatioii leinporo-maxillaire esl placée bien au-dessus du niveau des dents i molaires, el configurée pour pcruietlre aux mâchoires d'exéculcr, outre les mou- ■ vements d'écartement et de rapprochement, d'autres mouvements horizontaux, . soit de prépulsion, de rélropulsion, soit de diduction. ftJais, parmi ces derniers > animaux, l'a|)pareil masticateur offre des modifications assez remarquables et par- • faitement caractérisées, qui peuvent se rattacher à trois types principaux.

L'un de ces types appartient aux rongeurs. Les mammifères de cet ordre n'ont l que deux sortes de dents : deux incisives à la mâchoire supérieure et deux à 1 inférieure; point de canines, des molaires à couronne plate, des fosses temporales très< petites, des arcades zygomatiques faibles et peu éloignées du crâne; leur condyle: maxillaire, au lieu d'être transversal, est allongé d'avant en arrière; la cavité glénoïde qui le reçoit forme une sorte de canal ou de gouttière dirigée dans le même sens. Tout, en un mot, dans la configuration des surfaces articulaires et dans lai direction des muscles, est disposé pour permettre des mouvements très étendus > d'avant en arrière et d'arrière en avant, qui constituent le principal caractère de la ; ■ mastication des rongeurs, '

Le second de ces types se trouve chez les ruminants. Ceux-ci ont aussi la mâchoire longue et faible; ils manquent, la plupart, de canines et d'incisives à la : mâchoire supérieure ; leurs molaires sont à couronne plate ; leurs arcades zygomatiques minces ; leurs fosses temporales éiroites; le condyle, allongé transversalement, est en rapport avec une surface plane ou convexe qui lui permet de se u mouvoir d'avant en arrière el latéralement. Ce sont surtout les mouvements lalé- t raux ou de diduction qui caraciériseiU la mastication des animaux de cet ordi c. >

Enfin, le troisième type tient en quelque sorte le milieu entre les deux autres : ' i on l'observe chez les pachydermes et les solipèdes. Ces derniers ont tous trois- ; sortes de dénis: la longueur de leurs mâchoires et la force des muscles sont assez : variables; mais l'articulation leinporo-maxillaire esl tellement disposée qu'elle jier- . met des mouvements antéro-poslérieurs, comme chez les rongeurs, et des mouve- > ments latéraux, comme chez les ruminants ; seulement, ces deux espèces de mon-vements sont infiniment moins étendus que chez les animaux dont ils caractérisent!! la mastication. i

Maintenant que nous connaissons les dispositions essentielles de l'appareil masli- • caleur, voyons comment il agit et de quelle manière s'exécutent ses divers mouve- ■ ments.

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