‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 114 sur 155 · III. ACTION DES DEKTS · texte numérisé non relu

III. ACTION DES DEKTS

Les dents sont les organes passifs les plus essentiels à la mastication : leur nombre, leur forme , leur structure même et leur action varient beaucoup suivant les animaux.

Les carnivores possèdent trois sortes de dents. Les incisives, plus ou moins aiguës et tranchantes, portent à leur extrémité libre trois pointes inégales qui leur donnent une certaine ressemblance avec le haut d'une fleur de lis: les deux mé-

(1) On peut bien mieux voir ce mouvement quand on a relevé les lèvres .nipérieure el I inférieure, el qu'on les maintient duns celte position à l'iiide d'un 01 attaciiô nu licol.

dianes sont plus petites que les deux uioyeniies, el celles-ci plus petites que celles des coins. Los niolnircs, en nombre variable, augmentent de volume de la première à la pénultième ou l'antépénultième, qu'on appelle la carnassière ; celle-ci , large et à plusieurs lobes vers son bord externe, est suivie d'une ou de deux lul)erculeuses plus ou moins grandes, Cbez le cliien , les trois premières molaires supérieures ne touclieiit pas les quatre premières inférieures (pii leur correspondent ; elles rc'itent toujours à une distance plus ou moins considérable de ces dernières, quel que soit le degré de rapprochement des mâchoires. Le lobe supérieur de la carnassière d'en bas vient appuyer sur le talon de la première tuberculeuse supérieure.

Les dents des carnivores, qui s'usent à peine, d'après la remarque fort exacte de Cuvier, conservent, les incisives exceptées, leur forme el l'acuité de leurs pointes. Les unes, telles que les incisives, les canines el les premières molaires, servent à la préhension et à la division des substances alimentaires ; et les dernières sont exclusivement réservées à ce dernier office. Les incisives agissent comme de véritables pinces coupantes dont les mors s'arfronleut, et les molaires comme des ciseaux dont les lames passent l'une à côté de l'autre en se louchant ; car la mâchoire inférieure étaiit en arrière plus étroite que la supérieure, les molaires d'en bas viennent glisser en dedans des molaires d'en haut. Les dernières d'entre elles, lorsqu'elles sont tuberculeuses, comme chez le chien, le loup, l'ours, l'hyène, servent au broiement des substances végétales ou des os.

L'ours, d'après Cuvier, n'a pas de carnassières proprement dites ; il possède deux tuberculeuses de chaque côté à la mâchoire supérieure et trois à l'inférieure ; aussi ce plantigrade se nourrit-il en grande partie de racines et de fruits charnus. Les pointes des molaires sont déjà très aiguës chez les chats, qui n'ont qu'une tuberculeuse fort petite à la mâchoire supérieure; aussi ces animaux, même le lion et la panthère, ne brisent-ils les os qu'avec une extrême précaution; elles sont encore plus fines et plus acérées chez ceux qui , comme la taupe et la chauve-souris, vivent de vers ou d'insectes.

Le système dentaire des herbivoi es est disposé d'une manière toute différente.

Les incisives, chez les solipèdes, sont au nombre de six à chaque mâchoire: chacune d'elles porte dans le principe une cavité entourée d'émail , laquelle disparaît bientôt par l'usure de ses rebords, et laisse une surface de frottement assez large, successivement ovale, ronde, triangulaire, etc. ; elles servent à pincer le fourrage dans le râtelier et à couper l'herbe, comme pourraient le faire des tricoises dont les mors seraient épais au lieu d'être tranchants. Ces incisives n'existent, dans la plupart des ruminants, qu'à la mâchoire inférieure; elles y sont si faiblement implantées qu'elles jouissent toujoiu's d'une mobilité remarquable, leur table est fortement inclinée et leur bord antérieur plus ou moins tranchant.

Les molaires de ces deux ordres de mammifères forment en bas deux arcades plus étroites et plus lapprochées à la mâchoire inférieure qu'à la supérieure; leur partie libre, assez régulièrement prismatique , possède une surface de frottement inégale, sur laquelle les rubans d'émail dessinent des reliefs en croissants plus ou uioins réguliers. Ces dents, contrairement à ce qui s'observe dans les carnivoies, .s'usent beaucotqi ; aussi leur partie libre est-elle très longue, el leur croissance

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ainsi que leur pousse se continue-t-ellc jusqu'h un âge fort avancé. T,a continuation des lamos d'émail jusqu'h la l'acine et la (liiïérence de dureté qui existe entre la substance de ces lames et celle de l'ivoire sont les deux causes qui déterminent à tous les âges de la vie une inégalité constante de la surface de frottement, illégalité dont la permanence, compatible avec l'usure des dénis, fait de ces organes « des meules qui se repiquent d'elles-mêmes (1). » Sans celte remarquable disposition, les molaires à couronne plate des herbivores ne pourraient atténuer et réduire cil petites parcelles les matières alimentaires, elles ne feraient que les écraser: la mastication des fourrages resterait donc fort incomplète.

Les tables des molaires ont encore ceci de très remarquable que les inférieures lat inclinées en dehors et les supérieures en dedans. Les premières, moins larges jiie les secondes, oITrent en moyenne pour chacune, dans le cheval, une étendue .superficielle de 28 centimètres 62 millimètres carrés; et celles-ci une surface de 38 cenlimèlres tiO millimètres carrés. Leur étendue est égale , en somme, de chaque côté, à celle de la surface de froUeinent de deux meules glissant l'une sur l'autre par leur péri|)hérie, et ayant un diamètre conimun de 6 cenlimèlres avec une largeur à la circonférence de 1 centimètre 1/2 pour la première et de 2 centimètres pour la seconde.

Les molaires, dont le jeu a un résultat analogue à celui des meules de moulin , n'agissent cependant pas tout à fait comme la meule qui tourne sur une surface plane pour broyer le grain ; elles fonctionnent plutôt comme le mortier de grès dans lequel, à l'aide d'une pierre à surface rugueuse, on réduit en poudre grossière le blé torréfié. l\lais quoi qu'il puisse être de cette analogie, il est à noter que les molaires d'un côté ne peuvent agir en même temps que celles du côté oj)posé, car, par suite de la nioiiidre dislance entre les arcades inférieures qu'entre les supérieures, les molaires d'un côlé ne se correspondent plus quand celles du côlé opposé se touchent. De plus, lorsque les molaires frottent les unes contre les autres, les incisives supérieures n'appuient pas sur les inférieures. On conçoit mieux l'utilité de cette dernière particularité qu'on n'en devine les causes : peut-être l'une de celles-ci tient-elle à la présence des aliments qui, en tenant les molaires supérieures à une certaine dislance des inférieures, donne lieu à un écartement analogue entre les deux arcades incisives.

Ainsi agissent les dents, dans les deux groupes d'animaux qu'il nous importe le plus d'étudier. Ces organes éprouvent, relativement à leur jeu, des modifications infinies qu'il serait trop long d'examiner ici (2). Dans tous les cas, leur mode d'action, qui est purement mécanique, implique de leur part une insensibilité absolue. Néanmoins, ils servent à la sensibilité comme les productions pileuses, puisqu'ils sont implantés sur des papilles fort riches en divisions nerveuses. Ils sont sensibles au froid chez nous, et probablement ils le sont aussi chez les animaux; ils transmettent aux nerfs de leurs racines la sensation de la résistance et de la pression des corps qu'ils écrasent. SJais on conçoit que leur sensibilité extrinsèque doive

(1) Cuvier, Leçons d'anatomie comparée.

(2) Voyez à ce sujet les Leçons d'anatomie comparée de Cuvier, et le Traité d'anatomie comparée du système dentaire de M. E. Rousseau.

I)K I,A UK.b.SllON.

Cire plus oblusc chez les animaux qui i)roioiil (l(.'s os, (.oiiiiue l'iiyèiie cl le cliieii, que chez ceux qui soiil iucaiiahles d'écraser ces substances.

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