‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 119 sur 155 · I. DE l'aPI'AUEIL SALIVAIHE · texte numérisé non relu

I. DE l'aPI'AUEIL SALIVAIHE

Les organes chargés de préparer les fluides salivaires et de les verser dans la caj viié buccale, coniraenccnt à apparaître chez les invertébrés sous la forme lubuleuse, commune à toutes les glandes des animaux à circulation imparfaite ; ils se préseniLiil chez les insectes sous l'aspect de petits lubes ramifiés, ouverts dans la bouche ou la partie supérieure de l'œsophage, et prennent chez les mollusques le caractère Iol)ulé qui les distingue dans les vertébrés. Très peu volumineuses ou presque nulles I chez les poissons, les glandes salivaires se dessinent chez les reptiles, les oiseaux, el I arrivent à leur maximum de développement chez les mammifères, notanmicnl dans ;Ies espèces dont les aliments doivent éprouver, par l'action des dents, une division itrcs complète.

L'appareil salivaire des mammifères comprend deux parotides, deux maxillaires et deux sublinguales qui sont parfaitement circonscrites, puis les glandes molaires, distinguées en supérieures et en inférieures, et enfin, lesglandules sous-muqueuses, -disséminées autour de la langue, à la face interne des joues et des lèvres. Ces diverses glandes ont été rapportées par M. Duvcrnoy à deux groupes, appelés, l'un, lie système salivaire antérieur, formé par les maxillaires et les sublinguales, dont les canaux s'ouvrent à l'entrée de la bouche, tout près des incisives ; l'autre, le sysitème salivaire postérieur, composé des parotides qui versent le produit de leur isécrétion dans la partie moyenne de la bouche au niveau des dents molaires. Cette distinction ingénieuse, établie par le vénérable collaborateur de Cuvier, est appuyée ipar les résultats de l'expérimentation. Nous verrons bientôt, en effet, que ces deux systèmes fonctionnent chacun suivant des lois spéciales, et que l'un fournit une .salive dont les caractères et les propriétés diffèrent très sensiblement de la salive de l'autre.

Les glandes salivaires, peu volumineuses dans les carnivores dont les aliments 'Contiennent une forte proportion d'eau et dont la mastication est incomplète, sont beaucoup plus grandes chez les herbivores qui vivent de substances devant être parfaitement divisées et très délayées : aussi les voit-on arriver à leur degré extrême de développement dans les rongeurs, les pachydermes, lessolipèdeset les ruminants. I Parmi les mammifères, on peut reconnaître, en combinant les données de 'l'anatomie comparée, que ces deux systèmesn'onl point, l'un par rapport à l'autre, :un développement proportionnel dans toutes les espèces. Le système antérieur ou t celui des glandes à salive visqueuse, prédomine sur 1 autre ou lui devient égal : 1° dans les carnassiers, le chien, le chat, les ciiauves-souris ; 2° dans les animaux aquatiques dont les aliments déjà suffisamment humectés ont surtout besoin d'être euduils de mucosités propres à faciliter la déglutition ; 3" enfin, chez ceux qui n'ont point ou presque point de mastication, comme le fourmilier, le tatou, l'échidué. Le système postérieur, au contraire, dépasse de beaucoup le premier dans les animaux herbivores, et notamment dans ceux qui ne jouissent pas de la faculté de ruminer. Les glandes qui, par leur ensemble, forment chacun de ces deux systèmes, ne

soiii pas loulcs développées clans la mOmc proporiioii. Dans le système antérieur," composé des maxillaires et des sublinguales, auxquelles j'ajouterai les molaires supérieures, il arrive souvent que les sublinguales sont fort petites alors que les: maxillaires sont très grandes : ainsi les premières manquent chez le chien, où lesi secondes sont énormes; elles sont rudimentaires chez le dromadaire, tandisi qu'elles deviennent énormes et même doubles dans certains ruminants, le bœuf et! la brebis, par exemple. La présence, l'absence ou ratro|)hie de l'une d'elles sonti des circonstances peu importantes, |)uisque celles qui restent peuvent, par suitei d'un développement exagéré, suppléer ces dernières, et d'autant mieux qu'ellesfonctionnent d'après un mode uniforme, et donnent des produits de même nature Dans le système postérieur, composé des parotides et des molaires inférieures, ili arrive que celles-ci sont grandes, alors que celles-là ne présentent pas tout le volume» qu'elles sembleraient devoir acquérir, comme chez les ruminants domestiques, pan exemple ; de même quand les parotides sont énormes, comme chez les solipt'des,: les molaires inférieures sont rudimentaires.

Les deux systèmes étant, jusqu'à un certain point, indépendants l'un de l'autre, il peut arriver que le moins nécessaire disparaisse et que le plus utile persiste ; c'est aussi ce qui a lieu dans les oiseaux : le système antérieur à salive visqueuse conserve, dans un grand nombre d'espèces, des proportions considérables, tandis que l'aulrei n'oiïre pas, chez la généralité, des restes appréciables de son existence. Il faut que lei premier persiste, car il donne la salive dont le principal usage est « d'humeclen la bouche et d'enduire les substances alimentaires, pour les faire glisser dans l'œsophage et faciliter la déglutition (1). »

Il est facile de voir, du reste, en comparant entre eux des animaux d'un même» groupe, que les glandes salivaires offrent des variations très étendues, en rapport: avec la nature des aliments et le mode de mastication. Ainsi, en mettant en regardi les rongeurs qui vivent d'herbes avec les rongeurs omnivores, les solipèdes avec les ruminants, on est frappé de différences notables dont la raison physiologique n'est pas introuvable.

Parmi les mammifères herbivores, les solipèdes et les ruminants, qui font spécialement le sujet de nos études, sont, suivant la remarque de Cuvier, lesanimauxi dont les glandes salivaires offrent le volume le plus considérable ; mais il existe entrei ces deux groupes des différences très notables, tant sous le rapport du volume que( sous celui du mode d'action de ces organes. Les ruminants se distinguent des soli-i pèdes par la prééminence des glandes à salive visqueuse sur celles qui donnent laa salive aqueuse. Le dromadaire, le chevreuil et le mouton même, feraient exceplioni si l'on ne mettait en ligne de compte que les trois principales glandes salivaires;' mais ils rentrent dans la règle, si l'on fait la somme de toutes les glandules de la face< interne des joues, des lèvres, de la base de la langue et de l'œsophage, lesquelles' sécrètent un fluide visqueux analogue à celui des sublinguales. Eu outre, les animaux qui ruminent ont des glandes dont l'ensemble représente un poids supérieur n à celui des mêmes glandes des solipèdes, comme le montrent du reste les chiffreS'S du tableau suivant :

(1) Cuvier, Analomie comparée, t. IV, partie, p. 439.

DIÎ 1,'lNSALIVÂTION.

TABLEAU SYNOPTIQUE du poids des glandes salivaires des animaux domestiques.

ANIMAUX

PARO" TIDES

MAXIL" LAIRES.

CUALES.

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