V. DE LA SALIVATION DANS SON ENSEMBLE
Si chaque glande a sa manière d'agir, sa vitalité propre, son espèce d'indépendance ou d'individualité, le système salivaire a aussi, dans son ensemble, une physionomie particulière et distinctive pour chacune des principales conditions dans lesquelles se trouvent les animaux. Ce système fonctionne pendant le repas, la rumination, l'abstinence et pendant que des substances excitantes sont mises en contact avec la muqueuse buccale, suivant des lois qui ne sont point les mêmes pour ces quatre circonslances.
Pendant le repas, toutes les glandes fonctionnent très activement : les deux parotides sécrètent; mais elles ne versent pas toutes les deux, pendant une période donnée, la même quantité de salive ; l'une, celle du côté sur lequel la mastication s'opère, produit le tiers, le double, le triple et même le quadruple de ce que produit l'autre : elles fournissent de la salive en abondance tant que la mastication est rapide; elles ralentissent leur action sur la fin du repas et à mesure que la mastication devient languissante. Les maxillaires sécrètent aussi ensemble, et donnent l'une et l'autre à peu près la même quantité de salive : toutefois, leur produit ne représente ni la moitié, ni même le tiers de celui des parotides chez les animaux où ces deux espèces de glandes sont sensiblement égales. Les sublinguales sécrètent aussi, et l'expérience le démontre. Enfin tout porte à croire qu'il en est encore ainsi pour les molaires et les autres glandules. Quant à celles-ci, l'expérimentation peut encore, sinon par des moyens directs, au moins par des voies détournées, mettre en évidence leur participation et même l'apprécier assez exactement.
En effet, si, après avoir établi deux [fistules parotidiennes et deux fistules maxillaires de manière à recueillir leur produit, on vient à donner des aliments h l'animal, et si on recueille les bols qui s'échappent d'une ouverture pratiquée à l'œsophage, on voit, en défalquant le poids des aliments de celui des bols, que, dans une période
(1) Glandes sous-zygomaliqucs de M. Duvcrnoy.
DE l'insalivation. /t77 d'un quart d'iicuic, par exemple, les sublinguales el les autres glaiidules ont produit une quantité consiilérable de salive absorbée par les matières alimentaires, quantité qui, additionnée avec celle reçue dans les ampoules, donne un total peu différent de celui qu'on avait obtenu dans une période précédente, alors que tous les canaux étaient libres, afin d'avoir un terme de comparaison.
On pourrait objecter à ce mode d'expérimentation que, si les sublinguales el les autres glandules sécrètent lorsque les parotides el les maxillaires versent leur produit à l'extérieur, c'est qu'elles restent seules pour fournir les liquides qui doivent imprégner les aliments, l.'objection, si spécieuse qu'elle paraisse, n'a pas une grande valeur, el on peul la réfuter expérimentalement. En eiïet, si les sublinguales elles molaires ne sécrétaient que pour suppléer les parotides et les maxillaires, elles renu eraienl dans l'inaction lorsqu'on laisserait , par exemple , les parotides et les maxillaires verser leur salive dans la bouche. Or, en prenant un lerme de comparaison, quand tous les canaux sont libres, on constate, après avoirfait successivement, à des intervalles plus ou moins éloignés, une, deux fistules parotidiennes, puis une et deux fistules maxillaires, que, dans des temps égaux et successifs, les quantités de salive sont peu difl'érenles les unes des autres, eu égard toutefois à la gène déplus eu plus grande apportée à la mastication. Au moyen de celle méthode progressive, qu'il est plus facile de comprendre que d'exposer, on arrive à cette conclusion que, lors de la mastication, toutes les glandes sécrètent ensemble, et qu'elles jouissent de leur maximum d'activité.
Dans celle circonstance, toutes les dents agissent et toutes les glandes fonctionnent : les maxillaires pour humecter les matières alimentaires dès qu'elles pénètrenl dans la bouche; les parotides pour les ramollir lorsqu'elles se broient sous les molaires, et enfin les diverses glandes à salive visqueuse pour faciliter la déglutition de ces matières.
Pendant la rumination, les phénomènes de la salivation ne sont point ce qu'ils étaient précédemment. Les parotides versent une grande quantité de salive sur les aliments, bien qu'ils aient élé déjà broyés el humectés dans la bouche et dans le premier réservoir gastrique. La salive qu'ils reçoivent est très peu inférieure à celle qui afflue dans la bouche lors de la première mastication ; mais encore ici, les deux glandes conservent le caractère d'alternance et d'inégalité d'action : alors, les incisives ne fonctionnent pas; l'aliment ne revient pas à l'entrée de la cavité buccale, le système salivaire antérieur demeure inaclif : les maxillaires se reposent; c'est tout au plus si elles donnent, dans cette circonstance, des quantités très minimes égales à celles qu'elles peuvent fournir pendant l'abstinence. C'est là, du reste, l'une des particularités les plus intéressantes de l'action des glandes salivaires chez les ruminants: elle montre bien l'indépendance dans laquelle les glandes se trouvent les unes relativement aux autres.
Lors de l'abstinence, le modiis faciendi des glandes salivaires se présente avec des caractères nouveaux, mais qui varient suivant les animaux.
Chez les solipèdes, les parotides restent inactives et les maxillaires ne donnent que quelques gouttes de liquide : l'expérience le prouve de la manière la plus saisissante. Pourtant, la bouche est alors constamment humectée, et de plus, l'animal avale de temps en temps, comme M. Riquel l'a remarqué, des ondées d'un fluide
visqueux : colui-ci ne vient donc dans ce cas ni des parotides ni des maxillaires, puisque ces friandes sommeillent tant que dure l'aijslinence.
L'élablissemeni de deux (isluies parolidionnes (pii ne doiment rien et de deux flslules maxillaires qui fournissent très peu de chose, démontre donc clairement que les autres jictites glandes, de même que les amygdales, la couche glanduleuse du voile du palais, etc., fournissent la salive déglutie; il prouve de plus que presque toute cette salive dérive de ces dernières, car si, après avoir lié les canaux des parotides et des maxillaires, on adapte une ampoule à robinet à l'œsophage, on voit que la quantité du liquide dégluti est sensiblement la même dans un temps donné que celle qui s'écoule dans une période égale, lorsque tous les canaux salivaires sont demeurés libres. Mais pour arriver ici à des résultats comparables, il importe de prolonger les épreuves, attendu que la somme de salive déglutie durant l'abstinence est assez variable suivant diverses circonstances.
Pendant l'abstinence, chez les ruminants, les parotides ne sont pas inaclives ; elles versent continuellement dans la bouche, du huitième au quart de la somme totale de salive qu'elles sécrètent sous l'inlluence de la mastication. Ici encore, comme dans toutes les autres conditions, les maxillaires ue donnent que très peu de chose ; mais les sublinguales, les molaires supérieures, les glandes du voile du palais, fournissent une notable fraction de la salive déglutie, si on en juge par la viscosité de cette dernière.
Si on ouvre l'œsophage à un grand ruminant en bonne santé, et si on adapte à ce conduit un tube muni d'une ampoule, on verra bientôt celle-ci se remplir de salive épaisse. Si, sur un autre, on introduit par une plaie pratiquée au flancet au rumen, le bras jusqu'au cardia et au réseau, on sent, à des intervalles assez rapprochés, descendre des ondées de salive visqueuse qui tombent en majeure partie dans le second estomac. D'ailleurs, on note celte déglutition sans le secours d'aucune expérience par les mouvements ondulatoires de l'œsophage et les bruits qui les accompagnent.
Eu vertu de quelles excitations particulières y a-t-il une sécrétion salivaire si abondante chez les ruminants lors de l'abstinence? Est-ce par l'effet d'une synapathie entre l'estomac el le système salivaire? Je ne sais ; mais ce qu'il y a de certain, et j'en donnerai la preuve plus tard, c'est que cette sécrétion est intimement liée à la rumination el indispensable à l'entretien de cet acte : ainsi nous connaissons souvent le but ou l'utilité des phénomènes sans pouvoir découvrir les moyens qui les produisent. En somme, la salivation de l'abstinence diffère donc ici considérablement de ce qu'elle est chez les solipèdes, surtout sous le rapport de son abondance et de l'aclivilé incessante des parotides chez les animaux qui ruminent.
Enfin, dans la quatrième condition que nous avons indiquée, c'est-à-dire lorsque des substances excitantes sont mises en contact avec la muqueuse buccale, l'action des glandes salivaires se présente sous une forme spéciale aussi nettement dessinée que toutes les autres. Alors les parotides ne sont pas, si ce n'est par exception, sensiblement influencées; mais les maxillaires, les sublinguales el les glandules à salive visqueuse fonctionnent avec une activité plus ou moins g' a'ide, suivant le genre, la vivacité de l'excitation, l'étendue des surfaces sur lesquelles elle a lieu, et la durée de sa persistance. Encore ici, certaines glandes agissent indépendaui-
DE l'insalivation. /j79 ment des autres, comme si elles n'avaieiil. rien do comiiiiiii avec ces dernières. J'avais donc raison de dire que l'action du système salivaire a une physionomie spéciale et très caracléristiciue dans ciiacune des conditions dont je viens de parler.
[Maintenant cherchons à déterminer la quantité totale de salive fournie par tout le système salivaire, et la proportion suivant laquelle chaque glande coniribue h cette quantité.
On reproduit dans tous les livres de physiologie quelques chiffres incohérents il l'aide desquels on voudrait établir la quantité de salive sécrétée dans un temps lionné et dans une période de vingt-quatre heures : avec le soldat d'Helvélius, qui mouillait plusieurs serviettes à chaque repas, les auteurs citent le cheval de Girard, ( lieval qui donnait par ses deux canaux parotidiens dix litres de salive en mangeant une donii-botte de foin (1), et un autre de Schullz, fournissant plus de cinquante-cinq onces de liquide en vingt-quatre heures par une seule de ses parotides, etc. Cependant rien n'est simple comme de déterminer avec exactitude la quantité totale de salive sécrétée dans un temps quelconque, en recueillant par une plaie œsophagienne les bols provenant d'une masse d'aliments préalablement pesés. Pour cela il suffit de tenir compte : 1° du poids des aliments donnés à l'animal ; 2° du temps qu'il met à les manger; 3" du poids des bols déglutis. Si l'on ne prend en considération que la quantité de salive absorbée parles matières ahmcntaires, il est clair qu'on ne peut arriver ;» cette détermination : ainsi, de ce que l'avoine n'absorbe qu'environ une fois son poids de salive, tandis que le foin en absorbe quatre fois autant, il ne faudrait pas conclure que le cheval sécrète moins quand il fait usage du premier aliment que lorsqu'il consomme des fourrages secs, car c'est précisément le contraire qui a lieu, comme nous le verrons tout à l'heure.
J'ai vu, en expérimentant suivant le mode précédemment indiqué, (ju'un cheval de petite taille donne pour toutes ses glandes salivaires 4960 grammes de salive par heure, qu'un second de taille moyenne en fournit 5200 grammes, et un troisième de forte taille jusqu'à 8800 dans le même espace; d'oij l'on peut conclure que, terme moyen, les glandes d'un cheval qui mange du foin sécrètent de 5000 à 6000 grammes de salive par heure. Elles produisent un tiers en sus lorsque l'animal mange de l'avoine, une moitié pendant qu'il niange de l'herbe verte, et le tiers seulement de cette somme si son repas est composé de racines, telles que la betterave ou les navets. Les expériences de M. Lassaigne (2), qui coïncident avec celles de la commission d'hygiène, ont appris que les fourrages secs absorbent quatre fois leur poids de fluides salivaires, l'avoine un peu plus d'une fois, la farine près de deux fois ce poids, et les fourrages \erls à peine la moitié de ce dernier.
Si l'abondance de la sécrétion salivaire varie dans un même temps suivant la nature des matières alimentaires et la proportion d'eau qu'elles contiennent, celte sécrétion éprouve également des variations notables en rapport avec les principales périodes des repas. On est porté à croire qu'après douze ou vingt-quatre heures
(1) Burdach et M. Bérard disent une demi-livre : c'est une erreur.
(2) Abrégé élémentaire de chimie, 4' édit., t. II, p. Hà.
Zl80 DE LA DIGESTION.
d'abstinence, la salivation est plus active au début du repas qu'à partir du moment où la faim commence à s'apaiser ; il n'eu est rien pourtant, et c'est précisément l'inverse que l'expérience démontre, surtout pour les parotides. Il semble que ces dernières ne puissent, après un repos prolongé, sortir de leur engourdissement et suspendre tout d'un coup le mouvement de leur activité sécrétoire ; c'est, du moins, ce que j'ai constamment observe. La même particularité ne se reproduit pas pour les maxillaires qui ne sont jamais complètement inactives lors de l'abstinence; elles paraissent même donner dès les premiers moments de la mastication leur produit le plus élevé. Mais en somme, puisque la salive parotidienne, dont la proportion est prédominante, coule moins au débutdu repas que plus tard, on conçoit la gêne manifeste apportée alors dans la déglutition, gêne qui tient, du reste, en partie à la précipitation avec laquelle l'animal commence à manger et à avaler des bols imparfaitement humectés ou trop volumineux.
Le maximum d'activité de la salivation ne se montre donc qu'un certain temps après le début du repas. Cette activité diminue à partir du moment où la faim s'apaise et elle se ralentit dans le même rapport que la mastication. Aussi peut-on dire que l'écoulement de la salive est directement proportionnel à la vitesse de celte dernière; qu'il est abondant quand la mastication est active, qu'il se ralentit et s'arrête presque avec elle : c'est là, d'ailleurs, un point que l'expérience établit et qui avait à peine besoin de démonstration.
La quantité totale du liquide sécrété par le système salivaire, dans une période de vingt-quatre heures, peut être aisément évaluée, etd'une manière assez exacte, à l'aide des données précédentes. En eiïet, puisqu'on sait, d'une part, que le foiu absorbe, pour être dégluti, à peu près quatre fois son poids de fluide salivaire, et, d'autre part, que le cheval avale pendant l'abstinence, en moyenne, de 100 à 150 grammes de salive par heure, il est facile d'apprécier, à très peu de chose près, la somme totale de salive fabriquée pendant la période dont nous parlons. Un cheval qui consomme 5000 grammes de foin et 5000 grammes de paille par jour a besoin, pour transformer ces aliments en bols propres à être déglutis, de 40,000 grammes de salive, qu'il faut joindre à environ au moins 2000 grammes du même fluide produit pendant les dix-sept à dix-huit heures d'abstinence, en tout Zi2,000 grammes. On arrive à une évaluation semblable si on admet qu'il faut, en général, de six à sept heures de mastication pour qu'un cheval consomme une ration journalière ainsi composée, ses glandes donnant de 5000 à 6000 grammes par heure.
Chez les ruminants, la somme totale de salive sécrétée en vingt-quatre heures esl encore plus considérable. En supposant qu'un bœuf mette trois heures à prendre ses repas d'une journée et cinq heures à ruminer, comme il semble d'ailleurs résulter de mes recherches, on trouve que, pendant ces huit heures de mastication, il doit se produire au moins ZiO,000 grammes de salive, et que, pendant les seize heures d'abstinence, il se sécrète 16,000 grammes du même liquide, en tout 56,000 grammes; et, certes, celte évaluation est plutôt inférieure que supérieure à la moyenne • donnée par les résultais combinés de l'expérimentation.
Il est évident que la quaiilité des fluides salivaires n'est pas aussi considérable ' lorsque les animaux se nourrissent de fourrages verts ou de racines aqueuses.
Lorsqu'on réfléchit à ces ciulTres énormes, on s'étonne du travail nécessaire à la i
niî I.'lNSALlVATIOr(. /|t8,l
siiparalion d'une lello qnanlilô do liquide, ci l'on a peine h ronrcvoir que celle quantité puisse êlre extraite du sang dans un temps si court. iNul doute que ce dernier fluide, après avoir perdu, sous l'influence de la salivation, une si grande somme de principes aqueux, ne présente plus la même composition qu'auparavant. Ce sujet mérite d'attirer l'attention des chimistes.
La part que chacune des glandes salivaires prend à la formation de la niasse totale du fluide versé dans la bouche n'est pas impossible à déterminer : son appréciation ne manque pas d'intérêt, puisque lessiilives des diverses glandes ne sont point identiques par leur composition chimique et leur mode d'action sur les substances ali- ; menlaires.
• On pourrait croire, tout d'abord, que la proportion de salive sécrétée par chaque ; glande est susceptible d'être établie d'après les rapports de volume ou de poids qui existent entre les glandes; qu'ainsi, par exemple, chez le cheval, la parotide, quatre fois aussi volumineuse que la maxillaire, donne un produit quadruple de celui de celte dernière, et que, chez le bœuf, où ces glandes sont à peu près égales, elles doivent donner sensiblement la même masse de liquide. Il n'en est rien: chacune de ces parties du système a son activité spéciale mise en jeu sous l'influence de certaines excitations. La parotide du cheval, au lieu de sécréter le quadruple du produit de la maxillaire, sécrète quinze à vingt fois autant que celle-ci ; la parotide du bœuf, à peine égale à la maxillaire du même animal, donne quatre à cinq fois autant qu'elle. C'est là un résultat très remarquable que rien ne pouvait faire soupçonner.
Si l'on cherche à déterminer la proportion qui existe entre le produit des parotides et celui de toutes les autres glandes réunies, il faut d'abord apprécier, par une expérience préalable, la quantité totale du liquide fourni par tout le système dans un temps donné, puis faire deux fistules parotidiennes pour recueillir leur produit pendant que, d'un autre côté, on reçoit avec les bols qui sortent d'une fistule oesophagienne la salive des maxillaires, des sublinguales, etc. Or. un petit cheval ayant donné par toutes ses glandes, en vingt-cinq minutes, 1900 grammes de salive, a fourni, dans les vingt-cinq minutes suivantes, 2000 grammes, dont ikOO pour les parotides, soit donc les sept dixièmes du total pour la part de ces dernières. Un seconddonna en somme, dans l'épreuve, 1290 grammes en douze minutes, et ensuite 1377 dans un temps égal, dont 1020 pour la parotide, soit encore les sept dixièmes ou plus exactement les trois quarts fournis par ces dernières.
Le rapport qui existe entre la quantité de salive maxillaire et celle des autres glandes (les parotides y comprises) est plus facile à apprécier ; on le trouve en faisant
- des fistules maxillaires sur des sujets préalablement soumis à des épreuves analogues àcelles qui ont élé précédemment indiquées, et en recueillant, d'un côté, le produit des fistules et, de l'autre, la salive qui imprègne les bols déglutis. Or, en tenant compte
l de la difficulté qui peut être apportée, chezle cheval, à l'écoulementde la salive maxillaire après l'établissement des fistules, on peut sans exagération admettre que chacune d'elles sécrète, en un quart d'heure, 35 grammes de salive, ou 280 pour les deux en une heure. Cette quantité représente, par conséquent, le vingtième de ''500 grammes sécrétés en moyenne par tout le système salivaire pendant une heure. Il ne faut point attacher ici une extrême rigueur aux proportions, car les expé-
l'E LA UIGESTIOi'<.
riences iiéccssahes hloui délcrminalion déraiigcnl un peu l'équilibre de la salivaiion. Cependant il ne faut pas non plus les considérer comme étant bien éloignées de la ij véi ilé, car bien que le système salivaire sécrèic un peu plus sur l'aiiimai poi teurde 'j deux fistules salivaircs, les rapports d'activité entre les diverses glandes ne sont point t changés. Kn elTet, ce qui augmente la somme des fluides versés dans la bouche, , c'est la dilTicullé de la mastication, la sécheresse de l'aliment, la lenteur de son i imprégnation. Or, ces diverses circonstances réagissent autant sur les glandes dont t les produits s'écoulent à l'extérieur que sur les autres.
Tels sont, d'après mes recherches (1), les phénomènes généraux de l'action des . diverses glandes qui composent le système salivaire. On peut voir, en comparani . ce qui précède avec les idées récemment émises par M. Bernard (2), que les résultats de mes expériences ne sont guère en harmonie avec les théories de cet ingé- • nieux physiologiste.
Bernard fait trois appareils salivaires : un pour la mastication, un autre pourla gustation et un troisième pour la déglutition.
Les parotides composeraient le premier et sécréteraient exclusivement pour la: mastication. Sans doute elles agissent pendant que cet acte s'opère, et en cela ellesN partagent l'activité commune à toutes les glandes qui versent alors de grandes^ quantités de salive dans la bouche; mais ce n'est pas l'acte de la trituration des aliments qui les fait fonctionner.
En effet, d'une part, elles sécrètent : 1° quand on met des aliments dans la cavités buccale, bien qu'à l'aide d'un appareil très simple on rende impossibles les pluss légers mouvements des mâchoires; 2° elles sécrètent constamment lors de l'abêti-nence, des quantités considérables de liquide chez les animaux ruminants ; 3° elles^ sécrètent assez souvent après le repas chez les chevaux qui, par suite d'une usurea irrégulière des dents ou d'une atonie particulière des joues, conservent des aiimenlss dans la bouche; lx° elles agissent quelquefois, très rarement il est vrai, sous l'influence du sel marin, qui impressionne le sens du goût, bien qu'il n'y ait encore,, dans ce cas, rien d'analogue à la mastication.
D'autre part, si ce dernier acte était la cause qui mît en jeu l'action des parotides,! ces glandes sécréteraient, quand on force un animal à mâcher, pendant un temps assez long, de l'étoupe, du vieux linge et d'autres substances sans saveur. Or, elle» ne fonctionnent pas dans cette circonstance, bien qu'il y ait une véritable masli* cation.
Ce n'est donc pas la mastication qui est la cause, le point de départ de l'activité^ des parotides. Cet acte influence la sécrétion de ces glandes comme celle de toutes les autres, en facilitant l'impression des ahments sur le sens du goût, par suite dé la division qu'il leur fait subir.
(1) Lecture à la Société de biologie le 27 décembre 1831. La Société n'en a fait nulle men-3 lion, ni dans ses procès-verbaux, ni dans ses mémoires, bien que le manuscrit soit rcsUi entre les mains d'une commission.
G. Colin, Reclwrclies expérimentales sur la sécrétion do la salive chez les solipèdes.': i" mars 1852. (Comples rendus de l'Académie des sciences, t. XXXIV, p. 327.) — Id, Re-i cherches expérimentales sur la sécrétion do la salive chez les ruminants. {Comptes rendus, etc.: même tome, mai 18j2, p. G81.) ,
(2) C. Bernard, Recherches d'anatomio et de physiologie cimpardes sur les grandes salivairer chez l'homme et les animaux vertèbres. (Comptes rendus, même loiiic, p. 23C, i6 février I832.,i
DE l'i.nsaliyatiok. bSi Les maxillaires sont, dit-on, les glandes de la gustation.
Il est incontestable qu'elles séci èlent lorsque l'animal mange, et, par conséquent, lorsqu'il y a guslalion. i^Jais, dans ce cas, loiiles les autres glandes, sans aucune exce|)lioii, n'en font-elles |)as anlaul? Si les premières agissent sous riiifluence des subslaiiccs excitantes mises en contact avec la muqueuse buccale, c'est sans doute parce qu'elles sont plus sensibles que les autres 5 cette espèce do stimulation. Les sublinguales, les molaires supérieures et les autres glauduies éprouvent de même une surexcitation dans celle circonsiance, ainsi qu'il est très facile de le constater expérimentalement; en un mot, tontes les glandes à salive visqueuse sont mises en jeu consécutivement à l'impression déterminée par les substances sapides : la maxillaire ne semblerait-elle pas ressentir plus vivement l'action de ces dernières, parce qu'elle est d'un volume énorme et que son canal permet de bien voir couler la salive ? Encore est- il bien vrai qu'elle sécrète alors, proportionnellement à sa masse, plus que les antres? C'est ce qu'il reste à démontrer.
D'ailleurs si les maxillaires sont les glandes de la gustation, pourquoi ne sécrètentelles pas pendant !a rumination? Les aliments ramenés à la bouche n'ont-ils donc plus de saveur? et, s'ils sont insipides, quel attrait l'animal peut-il avoir à les mAcher une seconde fois?
Enfin la salive de la maxillaire est-elle la seule qui puisse tantôt délayer les matières sapides pour faciliter leur action, tantôt modérer la vivacité de leur impression? les autres salives épaisses, visqueuses comme elles, ne peuvent-elles remplir cet office? Si la pren)ière jouit réellement, clà l'exclusion de toutes lesaulres, d'une telle |)ropriélé, comment se fait-il que, quand on a fait couler à l'extérieur la salive des deux maxillaires, l'animal continue à bien manger et h choisir le bon foin pour repousser le mauvais et la paille. Eaut-il croire que, dans ce cas, il n'y ait plus de gustation ?
Quant à l'appareil salivairede la déglutition, est-il bien possible aussi de le délimiter, de lui assigner un mode d'action tout à fait spécial et un rôle exclusif ? Ici encore l'expérience ne confirme point les vues systématiques.
J'ai dit que la sublinguale possède, dans les ruminants, un canal particulier qui, chez le bœuf, a une situation et un volume se prêtant à merveille à l'établissement d'une fistule. Or, quand on a fixé un tube à ce canal, on voit la salive de la petite glande couler, et d'une maiùbrc continue, tant que l'animal mange, ou lorsque des substances excitantes sont mises en contact avec la muqueuse buccale, d'où il suit que la sublinguale agit comme la maxillaire. Je ne .sais comment on a pu voir qu'elle sécrétait seulement pour la déglutition et à l'instant même du passage des aliments de la bouche dans le pharynx. Si le fait est vrai pour le chien, auquel on veut bien donner une sublinguale (1), il ne l'est certainement pas pour nos ruminants domestiques.
Enfin, les molaires et les autres glandules, que M. Bernard fait appartenir à l'appareil de la déglutition, fonctionnent, selon toute apparence, comme les sublinguales. Elles fournissent d'abord la plupart des sucs qui humectent la bouche lors de l'ahsti-
(1) Ce qu'on appelte ainsi est, d'après Cu\ier et M Duvcriioy, une petite glande pourvue d'un canat particulier , laquelle semble n'èlre qu'un prolongenicnt des maxillaires. [ Leçons i'analomiu comiiaicc, t. iV, l'" partie, p. 424.)
/|8/i DE I.\ 1)I(;F.STI0N.
nence ; de plus, elles versent, sous l'influeiice des excilanls, une quaniilé de fluides supérieure à celle (ju'elles donnent dans les circonstances ordinaires. La molaire inférieure, qui est si volumineuse chez les ruminants, et qui sécrète de la salive non visqueuse, doit être distraite de celle catégorie.