‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 136 sur 155 · I. DU VOMISSEMENT DES CAUNIVOKES · texte numérisé non relu

I. DU VOMISSEMENT DES CAUNIVOKES

Bien que le vomissement paraisse un acte extrêmement simple, il ne peut s'effec- . luer que par le concours de l'estomac, de l'œsophage, du diaphragme et des muscles abdominaux. Mais la part de ces divers agents n'est pas la même, et c'est sur sa dé- termination que se sont élevées, depuis longtemps, de profondes dissidences parmi les plivsiologislos. Les uns ont regardé le vomissement comme le résultat d'une simple action de Testomac; les autres comme l'effetd'une pression énergique exercée sur ce viscère par le diaphragme et les muscles de l'abdomen ; enfin, quelques s uns plus sages l'ont attribué à l'intervention combinée de toutes ces parties : cha- cune de ces théories est ancienne ; chacune a eu tour à tour des défenseurs et des s adversaires.

Les anciens physiologistes, avant qu'on eût l'idée de faire aucune expérience surrifcf le vomissement, attribuaient cet acte aux contractions énergiques et convulsives de l'estomac. Déjà, vers la fin du xv!Fsiècle,Wepfer, cherchant à s'éclairer par le secours sliJ des vivisections, avait appuyé cette opinion sur ce qu'il avait observé les contractions i delà tunique charnue de l'estomac, et vu ce réservoir se débarrasser de son con-tenu, bien qu'il fût soustrait ;i la pression des parois abdominales. Perrault, à lai même époque, partageait ce sentiment, parce qu'il avait vu le vomissement après la a division du diaphragme et des parois abdominales. Haller qui avait reconnu les cou-traclionsdu viscère sur des animaux pendant les efforts de vomissement, et constaté/ lis même « des secousses subites et violentes dans lesquelles la paroi antérieure dee k l'estomac s'approchait de la postérieure (1), » Haller défendit l'ancienne doctrine, il rapporta le phénomène dont nous parlons à la contraction antipéristaltique, c'est-à-dire à celle qui s'effectue du pylore vers le cardia ; néanmoins, comme le faitil remarquer M. Bérard, il ne nia point, d'une manière absolue, la participation dut diaphragme et des muscles de l'abdomen. Il n'est plus nécessaire, depuis longtemps,; de réfuter cette première explication qui repose sur des données vagues, des asser— |iir lions peu exactes et des faits mal interprétés. D'une part, les contractions de l'esto mac ne sont ni assez brusques ni assez énergiques pour déterminer, à elles seules.t iii la réjection d'une grande partie des matières qu'il contient; et, d'autre part, toutes! || les expériences démontrent que le diaphragme et les muscles abdominaux sont in— % dispensables à l'accomplissement régulier du phénomène.

Avant que cette première théorie du vomissement fût appuyée sur quelques faits,» ti elle trouva des adversaires qui sentirent bien que, pour la repousser, il fallait recourir à l'expérimentation directe.

Chirac (2) fut, dit-on, le premier qui mit en doute la réalité des contractionsi de l'estomac et reconnut la participation du diaphragme et des muscles de l'abdomen

la production du vomissement. Après avoir fait avaler à un chien du sublimé cor-i

(1) Mémoire sur la nature sensible cl irrilalle, t. 1, p. 308.

la

ou VUMlSSIiMKNT. 533

rosif, il lit une incision longitudinale à l'abdomen et mit l'estomac à découvert. Le mouvement du viscère lui parut très peu sensible, quoique les nausées continuassent.L'expérimentateur fil rentrer l'estomac dans la cavité abdominale, ferma la plaie par une suture, en laissant seulement une petite ouverture par laquelle le doigt pouvait explorer l'estomac : alors, il ne sentit aucune contraction des fibres du viscère; seulement, il s'assura que cet organe était comprimé par lediaphragme al les muscles abdominaux. Il conclut de cette expérience que le vomissement n'est pas le résultat de la contraction du ventricule.

A peu près à la même époque, Bayle (1) faisait de semblables tentatives. Après n oir administré du sublimé à un chien et provoqué des nausées, il fit au niveau de l'eslomac du Carnivore une petite plaie dans laquelle il engagea le doigt, mais il ne icntit aucune contraction de la part du viscère. Alors, ouvrant l'abdomen, il vit le lomissement cesser ; et il le vit reparaître aussitôt qu'une suture fut faite ù la plaie It's parois abdon)inales.

Plusieurs observateurs vinrent apporter des preuves à l'appui de cette opinion. V;in Swieten (2) remarqua que l'irritation directe de l'estomac ne suffit pas'jiour laire vomir, et que, dans le vomissement, les contractions anlipéristalliques sont lentes et insensibles. Schwartz rappela que l'estomac hors du ventre ne peut plus se vider, que, dans ce cas, le vomissement vient à s'opérer par une simple pression le la main sur le viscère, et qu'enfin, dans les circonstances normales, cet acte ^'elTectue pendant l'intervalle très court qui sépare l'inspiration de l'expiration, par ;i seule action du diaphragme et des muscles abdominaux.

La théorie du vomissement par la seule action du diaphragme et des muscles ibdominaux n'était pas suffisamment étayée et se trouvait, d'ailleurs, sapée par des jbservations contradictoires, quand I\L Magendie vint lui donner des preuves l(int l'évidence et la valeur ne paraissaient pas contestables.

:M. Magendie (3) fit sur le chien une série d'expériences qui permettent de bien i|)précier le rôle de chacun des agents qui contribuent au vomissement : elles jouissent de trop de célébrité pour que nous ne les rapportions pas sommairement.

A un premier chien, on donne de l'émétique, et aussitôt que les nausées se proluisent, on fait une petite incision à la ligne blanche. Par cette ouverture, le doigt iilroduit dans la cavité abdominale ne sent pas les contractions de l'estomac qui se emplit d'air, mais il permet de juger de la forte pression opérée sur le viscère par e diaphragme et les muscles abdominaux. L'incision étant agrandie, on voit très lislinctement l'estomac doubler ou tripler de volume, mais on n'observe pas la noindre contraction de ses fibres; le vomissement continue, car la main de l'expéimentateur s'oppose à la sortie du réservoir à travers l'ouverture. Ainsi, pendant es eflorts de vomissement, le ventricule se distend par l'air que l'animal déglutit, il ■prouve une forte compression de la part du diaphragme et des muscles abdomilaux, mais il ne paraît pas lui-même se contracter sensiblement.

(t) Portai dit que Bayle rapporte ces expériences dans les Dissert, physiaœ, 1677-1G8; {Mémoires du Muséum, t. IV, p. 393).

Cité par M. Bérard, t. II, 250.

;3l Mémoiresw le vomissement, lu à rinslilut !c 28 janvier 1813. Paris.

A un deuxième cliien, ou iujeclc quatre grains d'émétique dans la jugulaire. Dès que les nausées se niauifcstenl, les parois abdominales sont incisées et l'estomac tiré hors de la plaie ; les eiïorts continuent et deviennent très violents, mais l'animal ne vomit point, et le viscère reste com|)léiement immobile. Alors, par une pression forte et soutenue, exercée sur les deux faces de l'estomac, on détermine l'expulsion de son contenu. Donc le vomissement n'est pas possible lorsque l'estomac est soustrait à l'action du diaphragme et des muscles de l'abdomen.

Dans une troisième expérience, iM. IMagendie veut apprécier le rôle du diaphragnie. Il fait la section des nerfs pliréniqucs, qui paralysent en grande partie ce muscle, puis il injecte de l'émétique dans les veines. Les nausées surviennent, mais le vomissement qui a lieu alors est faible et incomplet. Laréjection continue à s'effectuer par le secours des muscles abdominaux et aussi un peu par le diapln-agme, qui conserve encore quelque contractihlé sous l'inlluence des fdets nerveux provenant des paires dorsales.

Dans une quatrième expérience, les muscles abdominaux sont détachés ; on ne< laisse que la ligne blanche et le péritoine, puis on injecte de l'émétique dans les; veines, et le vomissement s'effectue par la seule action du diaphragme. Dans une< cinquième expérience, le diaphragme est paralysé par la section des nerfs phréni ques, et les muscles abdominaux sont enlevés. L'émétique injecté dans les veinea détermine encore quelques nausées, mais le vomissement devient impossible.

Lnfin, pour montrer que l'estomac n'est pas le point de départ des efforts de vo-* missement, et que cet acte s'effectue sans la participation de la tunique charnue du viscère, M. Magendie lie les vaisseaux gastriques à un chien, enlève l'estomac et administre l'émétique: les nausées se manifestent et les efforts se produisent comme dans les circonstances ordinaires. Sur un dernier, il lie les vaisseaux, enlève le ven-1 tricule et adapte à l'extrémité inférieure de l'œsophage, à l'aide d'une petite ca^ nule, une vessie de cochon pleine d'eau tiède. Après l'injection de l'émétique, lei nausées apparaissent, et le vomissement se fait; mais cette expérience aurait puj|s sans inconvénient, manquer à la série des précédentes.

De tout cela, M. Magendie conclut que l'estomac esta peu près passif dans levoo missement, et que cet acte résulte de la pression opérée sur le viscère par le dia-r phragme et les muscles abdominaux. Il cite à l'appui de ses déductions des faits dana lesquels l'estomac squirrheux et inapte à se contracter a laissé le vomissement aussi facile que dans les circonstances ordinaires.

La doctrine de la passivité de l'estomac, dans l'acte du vomissement, établie suc* cessivement sur les expériences de Chirac, de Bayle, de Schwartz, et sur celles s; séduisantes de M. Magendie, esl loin d'être inattaquable. Beaucoup d'objection» lui ont été opposées à différentes époques, et il en reste encore quelques unes lui faire.

Lieutaud (1) prétendit que si le vomissement dérivait de l'action du diaphragmt et des muscles abdominaux, il devrait être volontaire ; il avança que si ce phéuo mène avait lieu par l'effet de la contraction du dia|)hragme, le muscle comprimerau rœsoi)hage et s'opposerait conséquemmcnt au passage des matières chassées de l'esi'

(1 ) Mémoires de l'Académie des sciences, 1752, p. .45 et 223.

DU V0MlSSJi;ME^•r. 535 loniac ; enfin il cita ù l'appui de ses objections le fait d'un liydropique qui avait eu des envies de vomir, et qui n'avait point vomi parce qu'il avait l'estomac paralysé. Haller (1) reproduisit le premier de ces arguments. « Chirac aurait pu se rappeler, (lit-il, quand il donna les muscles abdominaux pour les agents du vomissement, que ces muscles sont sujets à la volonté, et que le vomissement le serait de même s'il dépendait d'eux. » Divers auteurs plus modernes, M. Bourdon, entre autres, prétendirent que le vomissement ne devait pas être seulement le résultat de la pression du diaphragme et des parois abdominales, puisque cet acte n'avait pu s'effectuer, après les plus grands efforts, lorsque la membrane charnue de l'estomac avait été. désorganisée par le cancer ou le squirrhe.

Tous ces arguments ont été déjà réduits à leur juste valeur. La contraction du diaphragme et des muscles abdominaux ne détermine pas le vomissement lorsqu'elle a lieu volontairement, parce qu'elle n'a point l'énergie et le caractère convulsif (|u'elle acquiert lors de la nausée ; cette contraction ne le provoque pas dans cette circonstance, parce qu'elle n'est ni accompagnée des mouvements de l'œsophage, ni en rapport avec l'état dans lequel .se trouve l'estomac pendant le vomissement. La prétendue compression qui serait exercée sur l'œsophage, lors de la contraction (lu diaphragme, est une fiction, comme Schwartz en avait fait l'observation facile à véiilicr. L'impossibilité du vomissement, quand les parois de l'estomac sont devenues ([Liirrheusesct inaptes ii se contracter, n'est pas un fait constant; elle peut, du reste, I l'cevoir diverses interprétations sur lesquelles je ne dois pas m'arrêter.

Mais de ce que les arguments invoqués contre la doctrine de la passivité de l'estomac ne sont pas de nature à l'infirmer, il ne faudrait pas la croire tout à fait vraie et repousser complètement la théorie ancienne.

D'abord cette passivité, cette non-participation de l'estomac à l'acte du vomissement est-elle bien établie, bien démontrée ? C'est ce qui paraît douteux. Je vois, xomme beaucoup d'autres, que l'action du diaphragme et des muscles abdominaux 'est la puissance principale du vomissement ; que, sans elle, celui-ci devient impossible ; mais la démonstration de ce fait prouve que l'action de l'estomac n'est pas lassez énergique pour suffire seule à l'accomplissement de la réjection, et encore elle lie prouve par les expériences dans lesquelles le viscère, déplacé et privé de l'appui des parois abdominales, ne peut plus se contracter comme à l'état normal. On dit que les contractions du viscère ne sont pas bien perceptibles à l'aide du doigt introduit dans la cavité abdominale, et qu'elles ne sont pas très apparentes lorsque l'organe est mis à nu; mais, dans le premier cas, peut-on bien les distinguer des mouvements oscillatoires imprimés par le diaphragme et par les secousses des muscles Idel'abdomen : cependant, presque tous les expérimentateurs les ont vues, etiM. Maigendie lui-même convient qu'elles sont souvent appréciables. Or, reconnaître l'existence de ces contractions, n'est-ce pas implicitement avouer l'activité du viscère ;dans le vomissement?

D'ailleurs, est-ce en substituant à l'estomac une vessie de cochon pleine d'eau tiède qu'on prouve la passivité du ventricule? Ne faut-il pas que la vessie pleine : d'eau tiède et comprimée se vide par la seule ouverture qui s'abouche avec l'œso-

(1) Mémoires sur la nature sensible, etc., sect. XV, 1. 1, p. 296.

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pliage au moyen d'un tube béaiil ? Pour la faire se vider, réinéli(|ue et les effoiu de vomissement ne sont pas indispensables ; la seule pression qu'elle éprouve dans l'abdomen et même unesimj)Ie allilude dans laquelle le train postérieur de l'animal se trouve en l'air, déterminent l'évacuation de son contenu. Que prouve, de plus, le ■] côlon qu'on a eu l'idée, par manière de perfectionnement, de substituer à la vessie, dont les parois peuvent se tordre ou se chiffonner? Je voudrais bien voir ce qui ar- • riverait si, au lieu d'eau liède, on mettait dans ces estomacs travestis de la pâle ou des morceaux de chair, fussent-ils vingt fois plus petits que ceux que le chien avale i' si aisément et qu'il vomit sans trop de difficultés.

Enfin cette hypothèse de la passivité n'a-t-elle pas contre elle le résultat de diverses expériences qu'il faut bien, après tout, compter pour quelque chose? Wepfer, Perrault, n'ont-ils pas vu le vomissement continuer encore après l'ouverture de l'abdomen ? Portai n'a-t-il pas constaté que les chiens auxquels on avait donné • de l'émétique et de la noix vomique continuaient à vomir après l'ablation des . muscles droits, obliques et transverses de l'abdomen ; et Maingault n'a-t-il pas ob- ■ tenu maintes fois les mêmes résultats? Je veux bien que certains de ces faits n'aient pas une grande portée, et qu'on doive attribuer le vomissement, dans ces circonstances, à la pression du diaphragme ; mais, au moins, ils donnent une présomption en faveur de l'activité du viscère. La vérité est en partie dans la première et en partie dans la seconde théorie : il faut, pour la reconnaître, chercher à api)récier la part que prennent au vomissement l'estomac, l'œsophage, le diaphragme et les • muscles abdominaux, car tous ces organes concourent à l'accomplissement du phénomène.

L'estomac n'est point passif lors du vomissement, mais sa participation n'est pas ! telle que le supposaient Wcpfer, Perrault, Haller et d'autres encore. Ses contrac- ' tions ne sont jamais fortes, brusques, saccadées, rapides, comme le croyaient ces i auteurs, et, sur ce point, tous les expérimentateurs sont d'accord. En effet, lorsque ■ l'estomac d'un animal vivant est mis à découvert, qu'il y ait ou non digestion, plé- • nitude ou vacuité du viscère, on le voit à peine se mouvoir, tandis que l'intestin se ; contracte énergiquement et avec une certaine rapidité. Le contact de l'air, le pin- • cernent de ses parois, l'action des caustiques ne rendent pas ses mouvements beau- • coup plus sensibles : voilà pourquoi il a été si facile de les nier, et pourquoi ils ont : pu passer inaperçus aux yeux de plus d'un observateur habile. Il est évident que ! cet organe doit se contracter ; car, s'il ne possédait cette faculté, à quoi servirait sa i lunique musculaire? Il se contracte aussi : Haller l'a vu, et M. IMagendie en convient I lui-même en plusieurs endroits de ses écrits. Il se contracte même encore sensible- • ment après la section des nerfs pneumo-gastriques, comme je m'en suis assuré plusieurs fois sur des animaux tués depuis quelques minutes. Pour bien voir ses mouvements, il faut, immédiatement après la mort, enlever l'estomac de la cavité abdominale et le laisser, au contact de l'air, sur un corps un peu froid. On constate alors qu'il se produit des ondes à sa surface, c'est-à-dire une série d'étranglements et de dilatations très marqués, surtout vers le pylore, vers le cardia, et dans la région moyenne du viscère. L'œsophage prend part à ces contractions; il se rétracte et se relâche alternativement, suivant le sens de sa longueur; son inlundibulumsc n dilate et se resserre tour à tour; enfui les mouvements de ses fibres se confondent i

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avec ceux des fibres qu'il envoie à la surface du viscère. Ces efl'els se produisent quelquefois pendant dix ii quinze minutes, et même plus, si l'estomac se trouvait rempli et surtout s'il contenait des substances irritantes , et ils réapparaissent ou deviennent plus sensibles sous l'inlluence du pincement de la membrane charnue ou de l'application à sa face externe d'un acide afliiibli ou d'un irritant quelconque.

Il n'est pas nécessaire, pour que les contractions de l'estomac contribuent au vomissement, qu'elles soient antipéristaltiques, c'est-à-dire dirigées du pylore vers le cardia, et, par conséquent, en sens inverse de celles qui, lors de la digestion, poussent les aliments chymifiés dans l'intestin. Ce rhythme inverse, qu'Haller a décrit, et auquel il attachait beaucoup d'importance, ne paraît jamais avoir été nettement constaté. Peut-être n'existe-t-il pas , car la contraction normale peut avoir le même résultat dès l'instant que le pylore, déjà si étroit chez les carnivores et chez le porc, se trouve lui-même assez contracté pour s'ojiposer au passage dans le duodénum des aliments non digérés.

L'intervention active de l'estomac se conçoit donc déjà très bien, et peut se déduire rationnellement du rôle que ce viscère joue dans les actes réguliers de la digestion. Mais ce n'est pas tout : elle peut être démontrée par la voie expérimentale.

Les faits d'après lesquels on a nié la participation de l'estomac au phénomène du vomissement ne prouvent pas péremptoirement la passivité de ce réservoir. En elfet, si, à la suite de la paralysie du diaphragme et de l'eidèvement des muscles abdominaux, le vomissement devient impossible, ne serait-ce pas parce que l'action du viscère est à elle seule insuffisante, et parce que, du reste, celte action s'est affaiblie dès que l'estomac a été privé de l'appui donné par les parois abdominales ? 11 eût fallu, pour rendre l'expérience plus concluante, paralyser complètement le diaphragme et les muscles abdominaux, afin d'être dispensé de les enlever : or, c'est d'abord ce que j'ai fait, et voici les résultats que j'ai obtenus.

J'ai coupé les deux nerfs diaphragmati(|ucs à un chien auquel je venais de faire manger une quantité considérable de chair crue réduite en petits morceaux; puis j'ai fait la section de la moelle épinière vers le milieu de la région dorsale. Ainsi je paralysais complètement le diaphragme, que tous les expérimentateurs n'avaient paralysé qu'à demi par la simple section des nerfs phréniques ; puis je paralysais eu même temps les muscles de l'abdomen qui, restés en place, laissaient l'estomac dans les conditions normales. Alors j'administrai l'émétique, et bientôt survinrent des nausées et des efforts de vomissement au,xquels il ne manquait que les secousses convulsives des muscles frappés d'inertie. Après des efforts renouvelés et très pénibles, l'animal vomit quelques morceaux de chair enveloppés par d'abondantes mucosités.

Cette expérience me paraît décisive : puisque le diaphragme et les muscles abdominaux sont paralysés et que l'animal vomit, le vomissement est donc bien alors le résultat de l'action de l'estomac et seulement de l'action de ce viscère. Si le vomissement n'est pas complet, s'il n'amène pas l'expulsion de toutes les matières contenues dans le ventricule, c'est que la contraction de ce dernier, à elle seule, est insuffisante pour produire ce résultat; elle a besoin du concours du diaphragme et des muscles abdominaux. Cette première expérience montre donc clairement que l'eslomac

prciul une j)art active au vomissemenl. Il en est encore une qui conduit à la même (léin<)nstrati()n,

Dans celle-ci, je donne au chien de la chair à satiété, puis je fais la section des nerfs vagues à l'entrée de la poitrine, et j'administre l'éinétique. Les nausées se manifestent; l'animal fait de violents efforts de vomissement, et il ne parvient à vomir que de loin en loin et très peu à la fois. Quelque énergiques et quelque répétés que soient les eiïorts, le chien ne peut débarrasser complètement son estomac: c'est tout au plus si le tiers de ce que contient le viscère arrive à être rejeté. Or, dans cette circonstance, le diaphragme et les muscles abdominaux conservent la plénitude de leur action, et pourtant ils ne parviennent pasà expulser tout ce que renferme le réservoir. Si la contraction des parois gastriques ne servait pas au vomissement, celuici s'opérerait comme dans les circonstances ordinaires, et si cette contraction était, comme le pense M. Renault, un obstacle au vomissement, cet acte deviendrait ici plus facile. Ainsi, lorsque l'estomac est paralysé par la section des nerfs vagues, l'une des puissances de la réjection manque, cette rejection devient pénible et reste toujours très incomplète, .l'ai vu même des animaux faire pendant des heures entières des efl'orts inouïs sans rejeter la plus petite partie du contenu de leur estomac.

On peut faire à ma seconde expérience une objection sérieuse. La section des nerfs vagues, paralysant l'œsophage en même temps que l'estomac, ne permet pas d'isoler complètement la part d'influence qui appartient à chacun de ces deux organes. Cela est incontestable. Pour paralyser l'œsophage aussi peu que possible, j'ai eu soin de faire la section des nerfs tout près de la première côte, de telle sorte que la moitié du conduit conservait toute sa contractilité et pouvait, par conséquent, suffire à la tension del'oèsophage, à la déglutition de l'air et à l'élimination des matières sorties de l'estomac. De plus, j'ai tenté la section de ces nerfs dans la cavité abdominale, mais alors, soit que les filets ramifiés dans la partie inférieure de l'œsophage, et propagés dans la tunique musculeuse de l'estomac, aient suffi à entretenir la contractilité de cette membrane, soit que quelques branches aient échappé à mon scalpel, le vomissement a été moinsdifficile et moins incomplet quedansla première circonstance.

Ainsi donc, dès l'instant que le vomissement s'effectue encore un peu, lorsque le. diaphragme et les muscles abdominaux sont paralysés, il est évident que l'estomac est actif dans le vomissement, et que c'est par lui que cet acte s'opère alors. Si cet organe était passif, ce vomissement serait aussi facile après la paralysie, qu'il peut l'être dans les circonstances ordinaires, enfin s'il était passif, pourquoi, comme le dit très bien Burdach (1), les matières de l'estomac ne passeraient-elles pas aussi dans l'intestin?

Mais cette participation de l'estomac n'est pas la puissance principale du vomissement; elle consiste en une contraction lente qui n'entre pour rien, comme le fait judicieusement observer M. Bérard, dans l'acte violent et spasmodique qui amène l'expulsion des matières contenues dans le viscère.

L'œsophage dont l'intervention n'avait pas été soupçonnée par les anciens expérimentateurs, joue un grand rôle dans le vomissement. 11 éprouve pendant les efforts de la réjection une série de contractions et de relâchements pour opérer la

(1) Traité de physiologie, Paris, 1841, t. IX.

(Icglulilioii de l'air qui doit distendre l'estomac. Alors, si on le met à découvert, on peut juger de sa tension et la grande énergie de ses mouvements, et si on le coupe en travers, on voit sou extrémité supérieure continuer ses contractions et laisser échapper, comme Bédard et Legallois l'ont fait remarquer, des bulles d'air avec quelques mucosités. Ce premier office est d'une grande importance. M. IMagendie('I) a observé, dans ses expériences, que le vomissement ne s'effectue jamais sans la déglutition préalable d'une quantité considérable d'air, déglutition qui se renouvelle iiprès chaque réjection d'une partie du contenu du viscère, afin de remplacer les aliments évacués et de maintenir l'estomac dans une suffisante distension : sans cola, le vomissement est « extrêmement pénible et douloureux. » Du reste, la déglutition de l'air paraît suffire, à elle seule, pour provoquer quelquefois l'acte dont nous parlons : celui-ci se produit même chez les chiens, d'après Krimer, lorsqu'on insuflle de l'air dans l'estomac.

L'œsophage par sa tension, suivant le sens de sa longueur, contribue évidemment à ouvrir l'orifice cardiaque et à faciliter la pénétration des aliments dans son intérieur. Il est facile de voir sur les chiens qui, ayant le ventre ouvert, font des efforts pour vomir, que le raccourcissement longitudinal du canal coïncide avec la contraction du diaphragme et des muscles abdominaux : alors l'estomac est tiré en avant et mieux pressé encore à la face postérieure du diaphragme. Il est fort probable que le sens des mouvements de l'œsophage est, dans cette circonstance, intimement lié à celui des mouvements de l'estomac. Du moins, j'ai cru voir, lorsque l'estomac venait d'être détaché du corps, avec une grande partie de l'œsophage, sur un animal récemment tué, qu'au moment de la contraction longitudinale du conduit, l'infundibulum cardiaque s'agrandissait sensiblement. Peut-être ce rhythme, qui persiste après la mort, est-il celui qui appartient à l'état normal.

Enfin, l'œsophage est presque à lui seul chargé de l'éjection des matières alimentaires, dès que celles-ci ont franchi l'orifice cardiaque de l'estomac. L'énergie et la vivacité de ses contractions règlent la rapidité et la violence avec lesquelles ces matières sont rejetées par la bouche. Ses contractions sont surtout indispensables lorsque les matières à éliminer se présentent en masses plus ou moins volumineuses ; elles ne le sont pas autant si ces matières se trouvent délayées ou tout à fait fluides. Dans ce dernier cas, les portions poussées à la suite des premières, suffisent presque à chasser celles-ci, car les contractions, soit de l'estomac, soit du diaphragme et des muscles abdominaux, impriment aux substances semi-lluides une im|)ulsion qu'elles conservent sur toute l'étendue du canal.

I e fait de la contraction de l'œsophage, lors du vomissement, donne encore une preuve de l'activité de l'estomac, car il est manifeste, sur l'animal qu'on vient de tuer, que la contraction des fibres longitudinales du conduit s'étend très loin, sur les deux faces et sur l'extrémité gauche du viscère, dans le plan des fibres rayonnantes que la tunique charnue de l'œsophage envoie à celle de l'estomac.

L'action du diaphragme et des muscles de l'abdomen est essentiellement nécessaire au vomissement; c'est la plus importante à cause de son énergie et de son caractère spasmodique.

(1) Burdach, t. IX, p. 223.

5/|0 DE UlGEijTlON.

La parlicipaiioli du diaphragme a 6lé démontrée de plusieurs manières par les expérimentateurs qui ont étudié le mécanisme du vomissement; elle peut l'être : 1" ou par la paralysie presque complète résultant de la section des nerfs pliréiiiques ; 2" par l'enlèvement des muscles abdominaux ; 3° ou encore, comme je l'ai fait, par la section de la moelle épinière à la région dorsale.

Lorsqu'on a pratiqué la section des deux nerfs diaphragmatiques , le muscle est presque paralysé , mais il ne l'est pas complètement , car les branches nerveuses qu'il reçoit des paires dorsales lui laissent quelque conlraclililé ; le vomissement peut encore s'effectuer, mais il est moins complet et plus difficile que dans les circonstances ordinaires. Lorsque les muscles abdominaux sont enlevés, la contraction lenle du diaphragme suffit, dit-on, à opérer le vomissement, pourvu que l'estomac reste soutenu par la ligne blanche. Je doute que le fait soit possible dans les circonstances où l'estomac, au lieu d'être distendu par de l'eau ou des matières diffluenles, l'est par des aliments un peu solides, comme de petits morceaux de chair, par exemple. Enfin, quand on a paralysé les muscles du ventre, en faisant la seclion de la moelle au niveau des dernières vertèbres dorsales, le vomissement a encore lieu, mêmes! l'estomac contient des aliments solides : seulement, il est difficile et fort incomplet. La participalion du diaphragme, si bien établie par les expériences de M. Magendie, ne saurait être niée, quoique Haller (l) et d'autres, se fondant sur une prétendue compression de l'œsophage entre les piliers de cette cloison, aient avancé que le vomissement est impossible lors de l'inspiration, et par conséquent, à l'instant delà contraction du muscle.

Il est à noter que la contraction du diaphragme, lors du vomissement, a une certaine durée et qu'elle est aidée par l'occlusion de la glotte. Cette occlusion qui se produit, du reste, dans tous les efforts, a pour résultat de prévenir l'affaissement du poumon, et par conséquent, de donner sur cet organe un point d'appui à la cloison diaphragmatique. La constriction de la glotte, et partant, l'immobilité du thorax seraient si importantes, d'après M. Bourdon (2), que les animaux dont la trachée est ouverte ne pourraient plus vomir. En répétant cette expérience, j'ai vu que le vomissement s'effectuait encore, mais seulement avec plus de difficulté que dans les circonstances ordinaires.

L'intervention des muscles de l'abdomen est mise en évidence après la paralysie du diaphragme. Alors, le vomissementia encore lieu; seulement, il est devenu difficile.

Enfin, l'action combinée du diaphragme et des muscles abdominaux est démontrée par l'impossibilité du vomissement à la suite de la paralysie du premier et de l'enlèvement des seconds. Elle l'est aussi et bien mieux par la paralysie complète de ces muscles, consécutivement à la seclion des nerfs phréniques et à celle de la moelle épinière vers le milieu de la région dorsale, car, dans ce dernier cas, l'estomac reste en place: il est soutenu et peut se contracter; enfin, l'œsophage n'éprouve aucun tiraillement.

Cette action joue incontestablement un grand rôle dans le vomissement; elle en

(1) Mcm. sur h vomissemenl, Paris, 1819.

(2) Longcl, t. I, fasc. III, p. l-il.

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est la puissance principale cl la plus énergique; mais clic n'est pas la sciii(! qui contribue à l'accomplissement de ce phénomène ; elle s'associe, comme nous l'avons vu, à l'action de l'œsophage et de l'estomac.

Tels paraissent être le mécanisme du vomissement et le rôle des puissances qui concourent à l'accomplissement de cet acte. La nausée est le prodrome de toute la série des phénomènes qui caractérisent la réjeclion des matières contenues dans l'estomac. A sa suite, se manifestent les contractions violentes des muscles de l'abdomen, du diaphragme et celles de l'estomac. L'animal, en proie à une vive anxiété, fait une forte inspiration, comme dans tous leselTorts; sa poitrine se distend, sa flotte se ferme, autant pour prévenir l'alTaissement du poumon, que pour mettre ()i)stacle à la chute des aliments dans les voies aériennes, le diaphragme contracté cl fortement refoulé en arrière, offre un plan résistant à l'estomac que compriment ('•iiergiquement les muscles de l'abdomen ; l'encolure s'étend et contribue h l'allongement de l'œsophage ; une certaine quantité d'air est déglutie pour distendre l'estomac, la bouche s'ouvre, le voile du palais se soulève, et le contenu du réservoir gastrique est rejeté avec plus ou moins de rapidité et de violence.

Le vomissement elles actes qui ont quelque analogie avec lui, offrent beaucoup de variétés parmi les divers animaux. De toutes nos espèces, celles qui vomissent le plus aisément sont les carnivores. M. Girard cite l'exemple d'une chienne qui, séparée de ses petits, allait leur dégorger une partie de son repas dès qu'elle l'avait achevé; il pense que d'autres animaux du même ordre peuvent jouir de la même faculté. Le porc vomit avec peine et resle, dit-on, quelquefois longtemps affaibli à la suite de cet acte ; les oiseaux effectuent une sorte de réjeclion plus ou moins analogue au vomissement; le pigeon déverse clans le bec de ses petits un suc mêlé aux aliments du jabot; les oiseaux de proie rejettent par la bouche, sous forme de petites boules, les plumes, les poils et les os des petits animaux qu'ils ont digérés.

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