III
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g. taille
Etat norm.ll.
Ces aliments, plus ou moins délayés, suivant l'abondance dos sécrétions digestives, et surtout suivant la proportion des liquides parvenus à l'inteslin, se présentent sous un aspect caractéristique dans chacune des sections du tnl)c. Ils .sont, chez les solipèdes, par exemple, mêlés à un fluide épais, jaunâtre, visqueux dans l'intestin grêie ; ils restent délayés et noyés dans le cœcuni au milieu d'un liquide dépourvu de viscosité ; ils se trouvent encore très mous dans le côlon replié, mais leur consistance augmente progressivement à mesure qu'ils se rapprochent du côlon flottant où ils se moulent en petites pelotes sèches et isolées les unes des autres par les valvules conniventes.
Leur réaction, sur laquelle les expérimentateurs sont en dissidence, paraît cependant varier très peu, soit relativement aux espèces, soit relativement au régime et aux périodes de la digestion ou de l'abstinence.
En arrivant dans l'inlestin grêle, ces aliments sont acides, et d'autant plus, qu'ils ont séjourné davantage dans l'estomac ; sur ce point, tons les observateurs sont d'accord. Cette acidité persisterait très souvent dans toule la longeur du tube, d'après Tiedemann et Gmclin; elle serait remplacée vers l'iléon par une alcalinité très sensible, d'après les recherches de iMIM. Leurct el Lassaigne. Les observations que j'ai faites sur les chevaux et les ruminants m'ont conduit à un résultat uniforme et constant que voici ;
. Le contenu de l'intestin grêle est alcalin sur les animaux à jeun, et son alcalinité est d'autant plus grande qu'on s'éloigne plus de l'estomac. Jamais, on ne le trouve ni neutre ni acide. Sur les animaux qui digèrent, les aliments sont acides entre le pylore et le point où affluent la bile et le suc pancréatique. Au delà de celui-ci, leur acidité diminue, ils deviennent neutres puis bientôt nettement alcalins, et souvent même ils offrent celte réaclion lool près du duodénum. Enfin, leur alcalinité augmente à mesure qu'ils se rapprochent de l'iléon et du cœcum. Il en est ainsi chez le cheval, le bœuf, le mouton, à toutes les périodes de la digestion, soit que les animaux se nourrissent de fourrages verts ou desséchés, soit qu'on leur ait donné de l'avoine, de la farine, ou des racines.
Celte alcalinité, qui est d'autant plus prononcée que la digestion est moins active,
dcpeiid éviclominciil de la bile, du suc pancréatique cl du suc iiileslinal. Le premier de ces trois Iluidcs est peut-être celui qui y prend la plus faible part, car il est très légcremenl alcaliu. Le second qui a cette réaction ù un plus haut degré, et le troisième qui est sécrété abondamment chez les herbivores, doivent être considérés comme les deux agents principaux de la saturation du chyme, puis de son alcalinité.
Les dissidences qui régnent entre les physiologistes, relativement à l'état du contenu de l'intestin grêle, me semblent dilficiles à expliquer. Peut-être tiennent- elles à une cause d'illusion que j'ai déjà signalée en traitant de la digestion gastrique des ruminants, c'est-à-dire au reflet violacé que prend quelquefois et momentanément le papier bleu de tournesol mis en contact avec tes liquides de cette partie du tube digestif. Cependant, alors, comme dans toutes les autres circonstances, le papier rouge de tournesol est ramené au bleu quelques minutes après avoir été plongé dans ces liquides.
Les mutations qui s'opèrent dans les matières de l'intestin grêle sont évidemment complexes. Elles ne peuvent être appréciées qu'après un examen préalable du contenu de cet intestin chez les animaux à jeun. Or déjà nous avons vu que, d'après Tiedemann et Gmelin, les fluides de l'intestin grêle renferment de l'albumine, du mucus, une matière caséeuse, diverses matières animales particulières, du mucus, de la résine biliaire et un grand nombre de sels. Ces expérimentateurs (1) ont reconnu dans les matières de l'intestin grêle du cheval, des ruminants et du chien lors de la digestion : 1° un acide libre, probablement l'acide acétique ; 2° de l'albumine en grande quantité dans le duodénum, et en proportion de plus en plus faible à mesure qu'on se rapproche du cœcum : celte substance était abondante chez les chevaux nourris avec de l'avoine; elle vient à la fois des aliments, du suc pancréatique et du suc intestinal; 3° du caséum ; li° trois matières animales particulières caractérisées par la manière dont elles sont modifiées par les réactifs; 5° enfin, du carbonate d'ammoniaque, des carbonate, phosphate, sulfate et chlorure alcalins, du carbonate et du phosphate de chaux.
Les matières azotées neutres, la fibrine, l'albumine, le gluten, le caséum, que le suc gastrique a déjà modifiées et transformées en un principe qui est apte à la formation de la fibrine et de l'albumine du chyle, ne paraissent pas devoir subir de nouveaux changements bien considérables dans l'intestin grêle : elles sont absorbées, peut-être tout en conservant le caractère qui leur avait été imprimé dans l'estomac.
Les matières grasses émulsionnées et acidifiées par le suc pancréatique, émulsionnées aussi à un certain degré par le suc intestinal, passent, en plus ou moins grande proportion, dans les vaisseaux chylifères. L'état de division extrême sous lequel elles se trouvent dans la trame des tissus végétaux, est déjà une condition très favorable et peut-être môme suffisante à leur absorption. Si elles sont en excès, elles s'en vont avec les excréments.
La fécule dont la métamorphose avait commencé dans la bouche, pour se ralentir et même se suspendre dans l'estomac, continue à éprouver cette mutation dans le milieu alcalin de l'intestin grêle. Là, elle ae transforme en dextrineet en glucose,
(1) Ouv. cilc, première partie, p. 382 et suiv;
Uli LA DIGESTION INTESTINALE. 655
.'ous l'influeuce de la salive dont elle est encore imprégnée, du suc pancréalique et du suc intestinal. C'est peut-être en raison de la forte proportion de fécule qui entre dans la coniposilion des aliments végétaux, que les sécrétions pancréatique et intestinale sont si abondantes chez les herbivores, l.a partie do la fécule transformée en sucre est absorbée : le reste est éliminé avec les autres résidus des claborations intestinales.
Enfin, le sucre, les sels et les principes aqueux peuvent être assimilés sans modifications préalables.
A mesure que ces mutations s'opèrent, les radicules de la veine porte et les chylifères qui partent des villosités, saisissent les matières élaborées, et de tant d'éléments différents, ils forment de la fibrine, de l'albumine mêlées à de la graisse et à des sels. Ils saisissent aussi une grande partie de ces principes précieux qui se trouvaient dans les Ilots de salive, de suc gastrique, de bile, de suc pancréatique et de fluide intestinal.
Plus tard, nous examinerons le mécanisme de l'absorption du chyle, sa progression, sa composition intime. Disons seulement ici qu'à l'aide d'un appareil très simple, on peut l'obtenir pur en grande quantité, voir comment il se coagule spontanément et y reconnaître la présence d'une fibrine extrêmement blanche, et celle d'une forte proportion d'albumine.
FiG. 53.
Appareil pour rpcueillir le cliyle sur le bœuf. L'inlcsliii «l les gros vaisseaux chylifSres sotil vus pnr j tr ansparence diins la cavilé abdominale. Un lulie d'urgent prolonge par une petite sonde flexible de caoutchouc est fixe' à l'un do ces vaisseaux ; uu desious une capsule dans laquelle tombe le chyle.
Toutes les métamorphoses des matières alimentaires s'achèvent ou à peu près dans l'intestin grêle des animaux carnassiers dont le cœcum est nul ou extrêmement petit et le côlon d'une brièveté remarquable; innis ces opérations se continuent dans le cœcum si vaste des solipèdes et des autres pachydermes, de même que dans les parties antérieures de leur immense côlon. C'est ce qu'il s'agit maintenant d'examiner.
656 l'K LA DIGESTION.
La plupart des physiologistes ont depuis longtemps comparé le cœctimà un second estomac, autant d'après une certaine ressemblance de forme que d'après une vague et liypolliétique analogie de fonction : presque tous, Viridet, Tiedemann et Gmclia (1), Schultz (2), Mayer (3), et d'après eux beaucoup d'autres auteurs, admettent que le contenu du cœcum est acide et qu'il se sécrète dans ce réservoir un suc dissolvant acide. Tiedemann et Gmelin ont trouvé dans la liqueur fdtrée du cœcum des chevaux et des ruminants : 1° un acide libre; 2° de l'albumine ; 3° une matière précipilable par le chlorure d'étain ; U° une matière qui rougit par le chlore ; 5° de la graisse, de la résine biliaire , enfin les sels qui existent déjà dans l'intestin grêle.
Les fonctions du cœcum me paraissent faciles à déterminer, surtout chez les animaux tels que les solipcdes et les pachydermes où ce réservoir a un grand développement. Les matières qu'il renferme, en quantité considérable, et qu'il relient pendant longtemps, ne sont jamais acides chez le cheval et les ruminants, ni pendant la digestion, ni pendant l'abstinence. C'est un fait que j'ai constaté maintes fois et que j'oppose aux observations contraires de Tiedemann et Gmelin, de Schultz, d'Eberle, de Mayer, etc. Leur alcalinité est même plus prononcée que celle des diverses parties de l'intestin grêle ; elle l'est encore plus que celle des matières du côlon replié. Les fluides qui baignent les aliments de ce viscère ne viennent qu'en très faible partie des glandes tubuliformes microscopiques et des follicules solitaires. Ils résultent du mélange des liquides dont l'animal s'est abreuvé, avec le reste de la salive, du suc gastrique, de la bile et des autres produits de l'intestin grêle; seulement ces fluides ont perdu la consistance et la viscosité qu'ils pos.sédaieul à un si haut degré dans celte dernière partie du tube digestif.
Or, puisque les aliments demeurent longtemps dans le cœcum baignés des fluides qui lés imprégnaient dans l'intestin grêle, il semble qu'ils doivent continuer à éprouver les élaboralions qui s'opèrent dans cet intestin grêle. On ne voit pas, en effet , pourquoi la fécule ne pourrait encore s'y transformer en dextrine et en glucose, la graisse s'y émulsionner et d'autres substances s'y dissoudre à la longue ; de plus, rien ne s'oppose à ce que les principes assimilables n'y soient saisis par les radicules des veines et des vaisseaux lymphatiques. Nous verrons plus tard que le cœcum absorbe très activement, qu'il a des vaisseaux blancs énormes et des ganglions nombreux sur leur trajet. Ces vaisseaux contiennent un liquide fibrineux, albumineux, comme le chyle, et c'est, h n'en pas douter, un chyle comme celui de l'intestin grêle, mais n'ayant point la teinte opaline et lactescente de ce dernier. A ce double titre de réservoir d'élaboration et d'absorption aussi bien des principes assimilables que des liquides, le cœcum acquiert une importance considérable chez les herbivores 'a estomac simple. Je soumets à l'appréciation des physiologistes ces vues que je développerai plus lard, en leur donnant des bases expérimentales.
Dans le côlon replié , si ample et si analogue au cœcum chez les sohpèdes , les mêmes opérations doivent se continuer. Les liquides s'y résorbent en grande partie
(1) Ouv. cité, première partie, p. 405.
(2) Millier, Manuel de physiologie, Varis, 1851, t. 1, HT. (s) Burdach, l'hysiulogie, t. IX, p. 329.
DE LA DlGESTlOiN INTESTINALE. 657
cdiiimc le prouve la consistance toujours croissante des aliments. Avec eux sont 1 rsorbés aussi les sels et les principes tenus en dissolution dans le véhicule aqueux iii,' ce réservoir. Des niyriades d'infusoires se dévelo])pent , s'agitent et meurent au
l'iG. jG. — litfusuires du cœcum du Fig. 57. — Infusoires du cùlon replia cheval. du même animal.
sein de la masse alimentaire de ce segment d'intestin , de même que dans les matières du cœcum. Des gaz qu'on n'a point encore étudiés, en ce qui concerne les animaux, se dégagent dans le cœcum et le côlon, de même que dans l'intestin grêle. Ils distendent énormément le gros intestin, lors de certaines indigestions, et s'échappent avec violence dès qu'on vient à faire la ponction du cœcum. Enfin, à mesure que les matières sont dépouillées de leurs parties fluides et de leurs principes nutritifs, elles se durcissent , s'isolent en petites pelotes que la membrane interne enveloppe d'une couche de mucus. Là s'arrêtent les transformations qui caractérisent le travail nutritif. Mais, malgré la longue série des opérations que nous avons passées en revue, tous les matériaux assimilables n'ont pu se métamorphoser et passer dans les voies de la circulation : une proportion notable de leur masse est demeurée em» prisonnéedans la gangue excrémentitielle. Diverses analyses le prouvent, et celles-ci en donnent un exemple pour trois espèces d'herbivores domestiques.
CHEVAL