FONCTIONS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
La moelle épinière (fig. 2) forme un long coi don qui , renfermé clans le canal racliidien, se continue avec les renflements encéphaliques et donne, sur son trajet, naissance à la plupart des nerfs destinés à porter la sensibilité et le mouvement dans toutes les parties. A son origine, elle se confond avec le bulbe rachidieu, sans qu'il soit possible de trouver la moindre trace de démarcation entre l'une et l'autre, de telle sorte que les uns, avec Vésale, la font commencer en avant des tubercules bigérainés ; les autres, avec Bichat, au sillon qui se trouve en arrière du pont de Varole , et le plus grand nombre, au niveau du trou occipital. A sa terminaison dont le lieu est variable, la moelle se divise en une infinité de cordons nerveux dont l'ensemble est connu sous le nom de queue de cheval.
Sa forme varie un peu, suivant les animaux, et ses renflements se montrent toujours en rapport avec la présence, le nombre et le volume des extrémités. Elle est presque cylindrique chez les poissons, avec cette particularité, toutefois, qu'elle oOVe, dans ces animaux, de petites bosselures à la naissance des nerfs un peu volumineux ; elle a dans les reptiles, tels que les tortues, les lézards et les batraciens, un renflement cervical et un lombaire ; mais elle n'en a point du tout chez les serpents. Chez les oiseaux qui volent beaucoup et dont les ailes sont très fortes , elle présente, d'après m. Serres, un renflement correspondant plus considérable que celui des lombes. Enfin, chez les mammifères, le renflement lombaire prédomine lorsque, comme dans le kanguroo, les membres abdominaux l'emportent par leur volume sur les membres thoraciques ; le cervical, au contraire, dépasse l'autre, quand les extrémités antérieures conservent un assez grand développement, alors que les postérieures sont atrophiées , comme dans les cétacés.
La moelle est contenue dans un canal brisé et articulé, beaucoup plus grand qu'elle, qui peut se plier dans tous les sens et exécuter des mouvements très étendus sans la comprimer ni la tirailler. En outre, elle est revêtue, comme l'encéphale, de
Fig. 2. — Moelle épinière dit cheval.
i<^. Rcanotneal cervical, B. Rcnllement lombaire. C, Queue de chovul.
9/» DES l''0NCÏ10NS DU .SVsTÈME NEUVKUX.
trois membranes : la méninge, dont la surface externe est séparée du conduit vertébral par une foule de petits coussinets adipeux; l'aracbnoïde, dont les deux feuillets sont en contact l'un avec l'autre ; enfin, la pie-mère dont le tissu léger, aréolaire, h larges mailles, est pénétré d'un fluide abondant appelé céphalo-rachidien. Ce liquide que IJaller connaissait déjà, et que pendant longtemps on a pris pour un produit morbide, baigne toute In surface de la moelle, lui forme une sorte d'almosplièrc aqueuse dont la pression paraît nécessaire à l'exercice des fonctions de celte partie, puisque quand on en fait écouler une certaine quantité, il survient, d'après M. Magcndie, des troubles nerveux plus ou moins graves. Il éprouve un mouvement de flux et de reflux en rapport avec les mouvements respiratoires; descend du crâne dans le rachis, lors de l'inspiration, et remonte, au contraire, lors de l'expiration, par l'efl^et d'un mécanisme analogue à celui dont nous avons parlé, an sujet des mouvements de l'encéphale. Il communiquerait même avec celui des ventricules, d'après le savant physiologiste qui a fait sur ce sujet d'intéressantes recherches. Mais M. Renault a montré que, pour le cheval (1), la communication devenait impossible par suite de la disposition de la séreuse en arrière du quatrième ventricule.
La moelle cpinière est constituée par de la substance blanche à l'extérieur, et de la substance grise h l'intérieur, souvent peu distincte de la première. Elle ofl^re un canal central, permanent chez tous les vertébrés ovipares, assez apparent chez les fœtus de mammifères, et même encore à tous les âges dans cette dernière classe. Ce canal, fort anciennement connu, a été indiqué par Sewell sur le cheval, le bœuf, le mouton et le chien , et par d'autres sur divers animaux. Calmeil a même vu chez le mouton un double canal en arrière du calamus scriptorius.
Le point important de la structure de la moelle n'est pas la disposition des deux substances et la direction de leurs fibres, mais bien la présence dans cet organe de deux parties distinctes ayant chacune une fonction spéciale. C'est à Ch. Bell que revient l'honneur d'avoir démontré que la moelle épinière est formée de deux parties : l'une supérieure sensible ; l'autre inférieure motrice, susceptible de provoquer des convulsions lorsqu'elle est irritée; en un mot, d'avoir prouvé qu'il y a dans la moelle épinière, pour me servir des expressions d'un savant physiologiste, deux moelles épinières : l'une pour le sentiment, l'autre pour le mouvement; et par suite, dans le nerf mixte, deux nerfs : l'un sensitif, l'autre moteur, le premier dérivant des racines supérieures i)ourvues de ganglions (fig. .3), le second des racines inférieures. Tons les travaux entrepris depuis n'ont fait que confirmer cette belle découverte.
Ce point une fois établi, la détermination des propriétés et des fonctions de la inocllc épinière devient facile. Ici nulle complication n'est possible, puisqu'il n'y a pas comme dans l'encéphale, ni croisement, ni mélange des faisceaux, ni division de 1 organe en plusieurs parties à usages distincts, à propriétés spéciales.
, ,, , , . mouvements convulsifs; en
cela, elle ressemble à a mo('ll(> :iIlMtirT/.„ , .,„„ „ i i„
igc, comme elle, au nombre des
La moelle est sensible et son irritation provoque des la, elle ressemble à la moelle allongée, et se range, c
(1) JlcmcU de mrdrcine v<ftcri)inhr ' ( VI ».
M. Lrnocat dit qun coUo di.po.iU. J^lc ni 1 H.',,, k ' '«-^-'S^'^i ui.iMismo.i iMMc ausM dans le boeuf et dans le mouton.
parties excilables du syslème nerveux. Dès qu'où l'irrite après l'avoir uiisc à découvert, l'animal tùuioignc par ses cris d'une vive douleur et éprouve de fortes convulsions. Mais, d'après ce que nous venons de dire, la sensibilité a un siège distinct de celui de l'excitabilité ou faculté de provoquer les mouvements : il s'agit donc de déterminer d'une manière précise les parties dans lesquelles chacune de ces faculiés réside :
or des expériences très simples conduisent à ce résultai. Ch. Bell irrite la partie inférieure, et il voit qu'elle excite des contractions, tandis que la partie supérieure n'eu provoque que de faibles.
W. Magendie répète la même expérience et obsei-ve que le cordon supérieur est très sensible et que l'inférieur provoque des contrac-
Fig. 3. — SegmciH de la moelle cpiniéredu cheval •pris au niveau du plexus brachial.
^. Racines supérieiu es.
B. Racines infericin os.