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I. DES NEUFS SENSITIFS

Parmi ceux de celte catégorie, il en est qui sont sensibles seulement à l'aciioa de certains stimulants, comme le nerf optique à la lumière, le nerf olfactif aux odeurs, l'acoustique aux vibrations aériennes, et d'autres qui le sont sous l'influence de tous les excitants ordinaires.

1° Etes nerfs de sensibilité géaci-aîe. — Ccs uerfs n'ont qu'une sculc racine; ils naissent presque entièrement du cordon supérieur de la moelle et offrent un ou plusieurs renllcmenls ganglionnaires à une faible distance de leur origine. Ce sont : la brandie supérieure du trifacial, le glosso-pbaryngien et le pneumo-gastrique ; mais il y a contestation au sujet des deux derniers, qui s'adjoignent des filets rao- ■ teurs après être sortis de la cavité crânienne.

Le mode d'action des nerfs qui président à la sensibilité peut être analysé avec précision, d'une manière générale, aussi bien dans les nerfs mixtes, en faisant abstraction de la motricité, que dans les nerfs qui viennent d'être indiqués : eu voici les lois princij)ales.

L'irritalion produite sur un point quelconque d'un tronc nerveux n'est pas simplement transmise à l'encépliale, elle détermine encore une sensation dans toutes les parties auxquelles ce tronc distribue des rameaux. En effet, lorsqu'on exerce des pressions réitérées assez fortes sur le nerf radial, à la face interne du bras, on éprouve un sentiment pénible dans les diverses parties de l'avant-bras et de la main. La même chose arrive quand l'irritation est appliquée sur une branche, elle se reproduit dans les divisions qui en émanent, mais elle ne remonte pas dans le tronc, et ne va point dans les autres brandies qui se sont détachées avant elle. Sous ce rapport, il y a analogie frappante entre la manière d'agir des nerfs sensitifs et celle des nerfs moteurs. L'irritation d'un tronc de cette dernière catégorie produit des conlraciions dans toutes les parties où il se rend, et cdio d'une branche

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dans les seules partiosoù cette brnnclic scdistribuc, sans qd'il y ail d'effet rétrograde ni de conlrncli(nis dans les parties qiii reçoivent des divisions délachées, avant la Ijranclie ii rilée.

L'irritation ne passe point non pins d'nn nerf dans nn autre par les anaslo- I nioses ; aussi, quand un nerf est paralysé, les parlies auxquelles il se distribue demeurent insensibles, bien que celui qui est anastomosé avec lui conserve l'intégrité de sa fonction; alors, malgré la communication, l'influence du nerf intact ne se transmet point au nerf malade.

Les impressions perçues par les fibres isolées ne se confondent point, en passant par les troncs, pour arriver au cerveau: elles restent distinctes, conservent leurs caractères propres et sont perçues isolément. jNéanmoins les impressions produites sur un point donné d'une fibre nerveuse ne sont pas toujours rapportées à ce point même, car il paraît que, quelquefois, dans les amputations, les douleurs résultant de la section d'un nerf se font sentir, non pas dans le lieu de la section, mais bien dans les parties auxquelles le nerf se rend. Ces sensations douloureuses produites par l'irritation d'un tronc peuvent du reste être éprouvées, dit-on, à la périiiliéric, bien que les extrémités ou les brandies d'un nerf soient paralysées, pourvu toutefois que le tronc conserve l'intégrité de ses fonctions. Enfin, cliose plus étonnante encore, mais dont l'explication estpréjiarée par les particularités précédentes, les sujets privés par l'amputation d'une partie quelconque éprouveraient encore des sensations parfois très douloureuses dans cette partie qui n'existe plus.

2° ©es nerfs «îc sen!i:itiii(è spécînic. — L'irritalion des nerfs de sensibilité générale détermine de vives douleurs, et leur ligature ou leur section entraîne la perte du sentiment dans les parties auxquelles ils se rendent. 11 n'en est point ainsi des nerfs de sensibilité spéciale ; ceux-ci, préposés à un autre ordre de sensations, sont complètement insensibles à l'action des excitanls qui impressionnent les autres : ils peuvent être piqués, tiraillés, coupés, cautérisés, sans que ces manipulations diverses causent la moindre douleur. Seulement, par suite de ces dernières, ils développent des sensations subjectives confuses, analogues à celles plus parfaites qu'ils eiïectuent sous l'influence de leurs excitants ordinaires. Les nerfs qui présentent ces caractères sont : l'optique, l'olfactif et l'acoustique; ceux du goût et du toucher jouissent de propriétés différentes.

Il est fort difficile de savoir quelle est la cause de cette dissemblance entre les propriétés caraclérisliques des nerfs de sensibilité générale et celles des nerfs de sensibilité spéciale. Peut-être se trouve-t-elle, soit dans l'origine ou le point d'émergence de ces nerfs, soit dans la texture particulière de leurs fibres ; néanmoins, jusqu'ici, les recherches faites sur leur structure, leur terminaison et leur mode de connexion avec les parties centrales du système nerveux, n'ont pas donné une explication satisfaisante d'une telle différence.

L'action des nerfs des sens a encore ceci de très particulier, qu'elle ne s'exerce, dans toute sa plénitude, que sousi'influcnce de la cinquième paire, influence remarquable et tout à fait exceptionnelle, découverte par M. Magendie, qui déjà avait reconnu le premier, avec Ch. Bell, rinscnsibililé de ceux dont nous parlons.

Bien ([m les nerfs ù sensibilité spéciale puissent être irrités tans douleur, leur

iriilatioii provoque quelquefois des coiilraclious : ainsi, celle du nerf optique est suivie de mouveinenls |ilus ou moins étendus dans l'iris, mais, du reste, c'est là un plicnomène insolite qui peut s'expliquer par les nombreuses anastomoses et communications ganglionnaires établies entre les nerfs de l'œil.

Chacun des nerfs des sens jouit d'une seiisibiiilé à part : l'optique est impressionné par la lumière, l'aconslique par les vibrations de la matière pondérable, l'olfactif par les particules odorantes suspendues dans l'atmosphère. Cette sensibilité est exclusive à chacun d'eux : celui qui reçoit l'action de la lumière ne peut recevoir celle des sons ou des odeurs; aussi les sens ne peuvent-ils se substituer les uns aux autres. Le gustatif oule lingual de la cinquième paire paraît, jusqu'à un certain point, faire exception; il semble jouir à la fois de la sensibilité générale et de la spéciale, ce que plusieurs aiiatomistes expliquent en admettant, dans ce nerf, des fibres d'une nature propre annexées aux autres fibres du trifacial. La propriété de chaque nerf sensoriel de n'être sensible qu'à un excitant déterminé éloigne l'idée d'après laquelle on considère le trifacial comme susceptible de les remplacer tous dans quelques circonstances. Le nerf optique, qu'on a dit manquer chez la taupe où un filet de la cinquième paire en tiendrait lieu, y existe réellement, comme chez les autres mammifères ; et l'olfactif, s'il est atrophié dans les cétacés, n'est pas évidemment remplacé par des filets de la même paire.

Leur mode d'action indique clairement qu'ils possèdent deux facultés distinctes : celle de recevoir une impression, et celle de la transmettre aux centres nerveux. La première varie suivant les nerfs et n'est point la même pour tous ; la seconde est, sans doute, constamment uniforme. L'exercice de ces deux facultés est donc une preuve que les nerfs ne sont point de simples conducteurs, car si leur rôle était borné à ce dernier ofiice, on ne concevrait pas comment, suivant la judicieuse remarque de 31ueller, chacun n'est point sensible à tous les genres d'excitations.

n. DES NERFS MOTEURS.

Ils n'ont qu'une seule racine, dérivent du cordon inférieur de la moelle et sont insensibles aux irritations de toute espèce; mais leur stimulation détermine des contractions dans les parties auxquelles ils se rendent; leur compression, leur ligature ou leur section paralysent ces parties sans en altérer la sensibilité. Les nerfs de cette espèce sont : l'oculo-musculaire commun, l'oculo-moteur externe, l'oculo-moteur interne, le facial, l'hypoglosse, l'accessoire de Willis, enfin une partie de la branche inférieure de la cinquième paire, et toutes les racines inférieures des nerfs rachidiens. Parfaiten)ent isolés à leur origine, ils ne lardent pas à s'anastomoser, soit avec des nerfs sensilifs, soit avec des nerfs mixtes, de telle sorte que leur irritation, si elle s'exerce loin de leur naissance, peut déterminer de la douleur. 11 importe donc, pour constater leurs propriétés et étudier leur mode d'action, de tenir compte de cette particularité, source de tant d'erreurs dans les expériences.

Les nerfs moteurs ne |)ossèdent pas par eux-mêmes la faculté de développer le principe incitaleur des contractions musculaires ; ils ne font que le transmettre des centres dont il émane aux parties chargées d'elîecluer le mouvement.

Ils transmettent la force motrice de leur origine vers leur terrainaisou, ou du

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centre vers In péripliérie, sans jamais lui faire suivre un cours rétrograde. L'irrilaiion d'un irouc nerveux produit des contractions dans toutes les parties qui reçoivent leurs nerfs au-dessous du point irrité; elle n'en produit point dans celles (lonl les nerfs se détachent de ce tronc au-dessus du point où se trouve appliquée l'irritation.

La force ou le principe incilaleur qu'ils propagent peut être transmis par une fraction d'un tronc, par un certain nombre défibres, les autres demeurant complètement étrangères à cette propagation : c'est là une vérité qui se démontre rationnellement et par l'expérience. Si, en effet, on irrite, comme l'a fait Mueller, un nerf volumineux avec la pointe d'une aiguille, on voit que les seules parties qui se coniractent sont celles qui reçoivent les filets irrités, et la même chose arrive quand on substitue à l'irritation mécanique celle d'un courant galvanique. Du reste, il est indispensable qu'il en soit ainsi pour qu'il n'y ait pas contradiction dans les mouvements volontaires, puisque le môme nerf se distribue, à la fois, dans un grand nombre de muscles à actions différentes et même opposées. Il est évident que l'irrilation qui va mettre en jeu l'un de ces muscles doit passer seulement par les fibres ([ui viennent y aboutir ; si elle était répartie entre toutes, elle aurait pour résultat inévitable la contraction simultanée de tous les muscles animés par ce nerf: or c'est ce qui ne saurait arriver sans amener la plus grande confusion dans les mouvements. Cependant, quelquefois, la volonté ne parvient pas à s'exercer isolément sur tels ou tels d'entre eux, alors il y a ce qu'on appelle des mouvements associés; mais, à part cette circonstance, les fibres nerveuses agissent séparément, sans avoir autre chose de commun que leur rapprochement et leur enveloppe celluleuse. En un mot, elles fonctionnent comme si chacune d'elles formait un nerf particulier, distinct par son origine et sa terminaison.

Le fait de l'indépendance dans laquelle les fibres d'un nerf se trouvent les unes par rapport aux autres est fort remarquable , puisque sans elle il faudrait pour chaque muscle ou chaque groupe de muscles ayant les mêmes usages un nerf particulier. Or on sait que la distribution des cordons nerveux est soumise à une loi bien différente. En effet, le même nerf donne des divisions à plusieurs muscles dont les actions sont dissemblables et même quelquefois opposées ; les exemples eu sont assez nombreux. Ainsi, dans le plexus brachial des solipèdes, un des .sousscapulaires donne des branches au muscle sous-scapulaire, h l'adducteur du bras et au sous-épineux, qui n'ont pas une action tout à fait identique ; i'huméral antérieur ou cubito-plantaire donne des filets au grand et au petit pectoral, aux fléchisseurs de l'avant-bras, au fléchisseur interne du métacarpe et aux fléchisseurs des phalanges; I'huméral postérieur fournit des divisions à quatre extenseurs de l'avant-bras, à l'extenseur antérieur des phalanges, à l'extenseur antérieur du métacarpe, en même temps qu'au fléchisseur externe de la même région. Dans le plexus lombaire , le fémoral antérieur se distribue aux extenseurs et au long adducteur de la jambe, le petit sciatique aux ischio-tibiaux qui sont fléchisseurs de la jambe, au fléchisseur du métatarse et aux extenseurs des phalanges ; le grand sciatique, aux ischio-tibiaux, à l'extenseur du métatarse et aux fléchisseurs de la région digitée. A la tête, la branche inférieure du trifacial se ramifie à la fois dans les muscles qui écartent les mâchoires et dans ceux qui les rapprochent ; à l'encolure, les paires ccr-

DKS roNCTlONS DU SYSTE.Mli NliUVEL'X.

vicnlesso rendeiU cii mOmc temps dans les exlenscurs elles (lécliisscurs. Ccpciidnnt, aux membres, ce mode de' disuibiilioii jiaraît avoir élé éviié autant que possible, car si un cordon nerveux donne des divisions à plusieurs muscles qui n'ont pas la même action, il est rare qu'il en fournisse h des muscles antagonistes de la même région. L'huméral postérieur est peut-être, pour le membre ihoracique, le seul qui fasse exception en donnant des filets à l'extenseur et à un nécliisseur du métacarpe. D'ailleurs, en réfléchissant bien à ce mode de distribution, on, voit qu'en général, un nerf se ramifie dans les muscles qui doivent agir ensemble ou successivement, ou, en un mot, dans les muscles associés pour produire un mouvement d'ensemble. C'est ainsi que, par exemple, les fléchisseurs de l'avant-bras, le fléchisseur interne du métacarpe, et les fléchisseurs des phalanges, qui se contractent h la fois pour élever le membre au-dessus du sol et le porter en avant, sont animés par l'huméral antérieur ; de même, les extenseurs de l'avant-bras, ceux des phalanges, et celui du métacarpe, qui agissent simultanément quand le membre doit être ramené à l'appui et maintenu dans l'état d'extension, reçoivent leurs rameaux de l'huméral postérieur. Néanmoins celte sorte de connexion synergique n'est pas partout ausH évidente que dans les cas précédents; elle est même assez difficile à reconnaître aux membres postérieurs.

La force motrice que transmettent les nerfs dont nous parlons ne passe point de l'un d'eux dans un autre par la voie des anastomoses. Muellcr et d'autres expéri-

n, Tînnif'iiil moyen.

h, Ilunit-'i iil l'OSifiiciir,

Fig. 5. Anaziomoîc du plexus brachial du cheval.

mentaleurs l'ont démontré en irritant successivement les trois nerfs qui, par leur association, constituent le plexus lombaire de la grenouille : ils ont vu que l'irritation d'un seul de ces nerfs au-dessus du plexus produit des contractions dans des points dilTérenls de ceux où elles se manifestent lors de la stimulation du second ou du troisième ; or, si la communication s'effectuait, l'irritation de l'un des trois au-dessus du plexus détenninerait en même temps des contractions dans toutes les parties où ces trois nerfs se distribuent. D'ailleurs, dans le cas de paralysie, de section ou de ligature d'un nerf, les anastomoses ne font point passer la force incitatrice des mouvements du cordon sain dans le cordon malade ; sans cela, la paralysie du nerf n'entraînerait point celle des muscles auxquels il se rend. Cependant , comme lors d'une communication entre des nerfs, un certain nombre de fibres passent de l'un dans l'autre, il est évident que la force du nerf intact peut passer dans le nerf lésé, mais seulement dans les fibres que ce dernier reçoit ; c'est à cela que se borne la transmission. Les assertions contradictoires de Panizza sont trop peu fondées pour qu'elles puissent infirmer une vérité si bien établie. Il suffit de jeter les yeux sur des anastomoses nerveuses (fig. 5) pour voir qu'il ne saurait en être autrement.

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