II. DES INSTINCTS DE CONSEUVATION
Tous les animaux, depuis le zoophyte, dont la vie se distingue à peine de celle de la plante, jusqu'aux mammifères les plus rapprochés de l'homme, jouissent d'une faculté spéciale, mise en harmonie avec leur organisation, avec le milieu dans lequel ' ils vivent. Cette faculté préposée à la garde, à l'entretien <le l'individu, porte le nom d'instinct de conservation. Elle est mise en éveil par le danger et trouve dans l'économie des auxiliaires prêts à la servir, pour remplir le but que la nature lui a assigné.
Cet instinct n'est pas développé au même degré chez toutes les espèces animales. En général, il est d'autant plus parfait et plus sûr que l'intelligence est plus obtuse. Tantôt il se manifeste par des besoins impérieux , des impulsions bien caractérisées, des combinaisons en apparence fort intelligentes ; d'autres fois il ne se révèle que par des manifestations équivoques, qui semblent devoir faire douter de son existence. C'est ainsi que le palmipède connu sous le nom de fou {Pclecanus bassanus, L.) se laisse attraper sans chercher à fuir, et assommer sans faire d'efforts pour se soustraire aux coups; mais ce n'est là qu'une exception fort rare qui ne peut infirmer la règle générale.
Sous le nom d'instinct de conservation, je n'entends point parler d'un instinct unique, isolé, mais d'un ensemble d'instincts, dillérents par leur but immédiat, leur mode de manifestation, et se rapportant, en dernière analyse, au butcomnuui
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de reiUretieil de l'iiulividii. L'oie du Nord qui va nager sur le bord des eaux pour y chercher sa nourriture, et qui émigré lorsqu'un hiver trop rigoureux ne lui permet pas de trouver sa subsistance dans le pays qu'elle iiabitc, obéit tour à tour à l'hislinct qui la porte h nager ou h celui qui la pousse h l'émigraliou, dans les deux cas pour le seul but do se procurer de la uourrilin e ; l'abeille qui va recueillir le nectar des (leurs, et qui le dépose dans la ruche qu'elle a construite avec art, semble mue par des instincts différents, niais qui, en définitive, se rattachent à celui qui nous occupe.
On comprend que ces instincts doivent varier beaucoup suivant l'organisation des animaux, leur genre de vie, les lieux qu'ils habitent, les dangers auxquels ils sont exposés, le but que ces animaux doivent remplir dans le plan de la création. Ceux qui sont destinés à vivre de proie, à se rcpaîire de carnage, ont besoin de force pour vaincre, ou de ruse pour surprendre leurs victimes; la nature leur doit des mouvements souples, une course agile, une ouïe fine, un odorat exquis. Ceux, au contraire, qui vivent d'herbes et sont à la merci des premiers, ont besoin d'armes défensives ou de moyens particuliers pour se soustraire à la férocité de leurs ennemis; il est nécessaire qu'ils puissent déjouer les ruses de ces derniers et se ménager des retraites qui leur donnent quelque sûreté; il faut enfin que leurs moyens de conservation se modifient suivant qu'ils vivent solitaires ou réunis en troupes, suivant qu'ils sont à l'état sauvage ou sous l'empire de la domesticité.
Le carnassier, l'oiseau de proie, ont besoin de vivre isolés; il leur faut un espace libre où ils puissent exercer leurs ravages et régner en souverains absolus. Leur subsistance est précaire , souvent ils sont exposés à souffrir de la faim ; aussi ne peuventils supporter des rivaux qui leur disputent leur proie. Bien différent de l'herbivore dont l'alimentation assurée se trouve sans peine, sans ruse ni combat, le carnassier semble coiislamuient inquiet de sa subsistance; toutes ses préoccupations paraissent se rapporter à la recherche de ce qui doit apaiser sa faim; cependant il est encore fréquemment obligé à de longues abstinences que la nature doses aliments et la disposition de sou ajiparoil digestif lui rendent tolérnblos. Bien que l'isolement soit pour lui une nécessité, il est quelquefois sociable. Plusieurs de ces animaux aiment îi se réunir en troupes, sait momentanément, comme le loup de nos forêts par les temps de neige, soit d'une manière permanente, comme les chiens devenus sauvages, ou les chacals qu'on voit se rassembler ponr dépecer une proie morte ou déterrer un cadavre.
l/appélit de la destruction va souvent plus loin que la satisfaction d'un besoin impérieux, et rend l'animal inutilement sanguinaire : le renard qui s'est introduit dans la basse-cour ne se contente pas de se repaître jusqu'à la satiété, il veut encore égorger les victimes qu'il ne jiout dévorer, comme pour se venger sur elles des privations qu'il a souffertes et des difficultés qu'il a éprouvées; la fouine, la belette, lui ressemblent entièrement sous ce rapport. Parmi eux, il en est que la force rend belliqueux et pleins de courage, comme le tigre, le lion, l'aigle, l'épervier; ils se plaisent h l'exercice de la chasse ; ils aiment les combats : leur proie ne leur paraît agréable qu'autant qu'elle a été courageusomont conquise. D'autres, plus faibles, sont pusillanimes et lâches; pour eux, l'adresse, la ruse, doiventsuppléer à la force : le renard se creuse un terrier et ne s'attaque qu'à des ennemis dont il n'a rien à redouter. Du reste, chacun se sert des moyens qui lui ont été donnés. Le chien,
FACULTÉS INSTINCTIVES ET INTELf.ECTdELLES. iSS
(loué d'un odorat exquis, l'emploie pour la chasse ; le chai, incapable de forcer ses \icliiiics à la course ou de pénélrer dans leurs retraites, se contente de les attendre, admirablement servi qu'il est par sa patience et la finesse de son oreille. Quelques uns d'entre eux, lâches à l'excès, sont, comme le vautour et le corbeau, réduits à se l epaîlre de proies mortes, de débris en putréfaction. Ainsi, chez Ions, les modiliralionsdc l'instinct sont mises en harmonie avec les variétés de l'organisation, les unes entraînant inévitablement les autres. C'est autant pour le vautour une néccssilé d'être lâche que jiour le tigre un besoin impérieux d'cîre sanguinaire.
S'il est généralt'mcnt dans la nature dos carnassiers de vivre solitaires, il est dans ( l'Ile de beaucoup d'herbivores de vivre en troupes. l,a subsistance de ceux-ci étant assurée, nulle rivalité ne peut exister entre les individus d'une même espèce ; la faiblesse de quelques uns, les dangers imminents auxquels presciue tous sontexposi's, paraissent leur en faire une loi, une nécessité : nécessité heureuse pour l'homme, puisqu'elle a été le point de départ, la condition préliminaire de la doiieslicité. Les bullles de l'Inde et de l'île de Ceyian, les bisons du nord de l'Amé- 1 i<iue, l'yach, ou vache grognante des montagnes de l'Asie, les gazelles, et, en (■■néral, tous les autres ruminants, de même que les ânes et les chevaux sauvages, m; rassemblent constamment en troupes plus ou moins nombreuses; ils paissent, Imposent, émigrent, ou vrillent ensemble à la sûreté commune; la troupe obéit à (les chefs qui se sont imposés ou qu'elle s'est choisis ; les jeunes animaux, les individus faibles sont mis au centre et protégés avec sollicitude, et dès que l'ennemi essaie d'attaquer la troupe, toutes les bêtes se rangent, dit-on, en cercle pour lui opposer une barrière ledoutable.
L'instinct de conservation oifre, parmi ces espdxes, une infiniié de modifications suivant la nature de leurs aliments, les localités qu'elles habitent, les dangei s qu'elles courent, etc. La vache ihibétaine, lorsque la neige couvre la région qu'elle habile, se laisse glisser sur le versant de la montagne et vient en remontant brouter l'herbe qu'elle a miseà découvert; le renne sait bien avecsonpied découvrir le lichen dont il doit se nourrir; le mulet destiné aux voyages dans les steppes de l'Amérique brise, dit de llumboldt, une espèce de cactus dont le suc abondant est pour lui un rafraîchissement agréable. Du reste, tous savent choisir les plantes qui leur conviennent et re|)ousser celles qui pourraient leur nuire. La domesticité, qui a si profondément modifié les animaux destinés à vivre avec nous, n'a pas détruit cet instinct : les bœufs que l'abbé Rozier avait mis dans un pâturage où abondait le colchique souffrirent de la faim, sans toucher à la plante vénéneuse.
Si l'instinct de conservation se révèle, sous une infinité de formes, dans les moyens qu'emploient les animaux pour pourvoir à leur subsistance, il se manifeste aussi avec énergie lorsqu'ils ont à se préserver des attaques et à déjouer les ruses de leurs ennemis. En général, quand ils sont attaqués, ils font usage de leurs armes les plus sûres : le cheval se sert de son pied, le bœuf de ses cornes, l'éléphant de sa trompe, le chat de ses dents et de ses griffes. Les animaux faibles ot timides emploient des moyens plus ou moins singuliers : la souris, la taupe, se se creusent des habitations souterraines ; le mulot se loge dans un terrier où il s'endort, entouré d'une abondante provision ; le lapin, la marmotte, se réfugient également dans des terriers. Le castor renverse des branchages en travers des courants.
130 Diis i-oNcrio.NS DU svsricMi'; ni;uvël'.\'.
enfonce dos pieux, élève nne digue, et se conslriiil, avec un talent admirable, une habilalion solide, l/indusli ie que ce dernier emjiloie à se bàlir nne demeure n'est point le résullaidc l'éducation, ni le produit de combinaisons intelligentes. Frédéric Cuvier a démontré que des castors pris jeunes, élevés loin de leurs parents et enfermés dans des cages, cliercliaieiit à bàlir, bien qu'ils n'eussent rien ap|)iis des animaux de leur espèce, et que toute construction fût pour eux parfaitement inutile.
L'instinct de conservation est très développé dans toutes les classes de la série animale : j'en ai dit assez pour les mammifères. Chez les oiseaux, il offre uneinfinilé de modifications fort remarquables <|u'il serait trop long d'examiner ici. Une d'entre elles mérite cependant une mention .spéciale, c'est l'émigration. Tout le inonde sait que l'oie sauvage, la cigogne, l'hirondelle, la grue, la caille, passent, à certaines époques de l'année, des contrées du nord vers les pays ou règne une température plus douce; que la bécasse voyage des montagnes vers les plaines pour trouver une subsistance assurée. Chez les invertébrés, ces instincts .sont souvent plus admirables encore que chez les animaux supérieurs : la fourmi laborieuse entasse des provisions dans ses magasins; l'abeille accumule le miel dans sa ruche; l'araignée tend avec art des filets qui doivent servir de piège à sa proie ; la seiche poursuivie lance autour d'elle, pour se dérober l\ la vue de .ses ennemis, une partie de l'encre qu'elle lient en réserve dans une poche spéciale ; le bernard-l'ermite, dont la queue n'est pas comme le reste du corps pourvue d'une enveloppe résistante, choisit un coquillage vide pour la loger, et l'échange contre un autre quand il est devenu trop petit pour la contenir. Ces quelques exemples, pris parmi des milliers, donnent une idée suffisante de l'universalité des instincts de conservation.
Si ccsinslincts nedérivent pas de l'organisation, on ne saurait nierqu'ils soient en parfaite harmonie avec elle. Ainsi les animaux du Nord sont couverts d'une épaisse fourrure ; ceux des contrées chaudes ont, au contraire, le pelage peu fourni, et quelquefois même la peau complètement nue; ceux qui passent l'hiver dans un engourdissement plus ou moins complet, comme les reptiles et certains mammifères, tels que l'ours, la marmotte, la chauve-souris, le hérisson, s'engraissent avant la saison rigoureuse, et trouvent dans la graisse un combustible respiratoire ainsi qu'un aliment réparateur ; le chameau, exposé à .souiïrir de la soif dans les cUmals brûlants qu'il habite, a des poches gastriques où l'eau se lient en réserve ; la girafe, qui doit se nourrir des feuilles d'un arbi isseau épineux, a un long cou et une lèvi e fendue ; le fourmilier, privé de dents, mourrait de faim sans la disposition particulière de sa langue prolractilc et gluante ; l'oiseau de rivage manquerait à sa destination s'il n'avait de longues jambes et un bec effilé. C'est ainsi que, par une concordance des inslincts avec l'organisation, la nature s'est montrée logique dans ses plus singulières bizarreries.
Les instincts de conservation se manifestent avec plus ou moins de force aussitôt après la naissance, avant que l'animal ait pu recevoir aucune éducation de ses parents, et, dès lors, ils donnent lieu à des opérations aussi sûres et aussi préci.ses que par la suite. L'abeille, à peine éclose et dégagée des enveloppes de sa larve, sort, comme le dit Réaumur (i), de l'habitation commune, va chercher dos lleurs, y va
(I) Mémoins pour servir à l'hisloire des imcctcs. Varb, lllO, t. V, p. GOl.
i-.u;iii/ni:s i.Nsri.NCTiviis i:r iNTKi.LiiCïi iiLLiis. I,i7 seule, s'emparer (le leur ncclar, el sail bien reliouver sa ruche; en un moi, elle fait dès le premier nioruenl tout ce qui {le\ iontlra l'occupalioii du resiccle sou exisleucc. Le jeune galliuacé, à peine sorli de sacoc|uilIe, va prendre le grain qui doit le nourrir; il comprend dès la première fois le cri d'alarme fine pousse sa mère, el accourlsous ses ailes pour se soustraire au danger; les jeunes canards que la poule a couvés vont immédiatement se jeter à l'eau. Les petits mammifères prennent la mamelle de leur mère, dès qu'ils sont sortis de son sein. Haller a vu des agneaux etdes chevreaux nouveau- liés aller chercher leur mère à des distances considérables. Ces inslincis semblent même pi éexisler à la naissance : le chevreau qucGalien avait lire par une incision du ventre de sa mère distingua au milieu d'une poignée d'herbe le cytise qui s'y trouvait mêlé.
lisse montrent avec des caractères constants chez tous les individus d'une même espèce qui se trouvent dans les mêmes conditions, el ils ne donnent jamais lieu à des erreurs bien grandes : l'oiseau n'est déterminé à voler que quand ses ailes lui permettent de se soutenir dans les airs ; le jeune carnassier n'est poussé à l'attaque d'une proie que lorsque ses forces sont sufTisantes pour assurer la réussite de son entreprise.
Ce que je viens de dire s'applique plus spécialement aux animaux qui vivent à l'état sauvage. L'homme, en asservissaut quelques espèces sociables, les a rendues, sous le joug de la domesticité, souples et dociles, en même temps qu'il s'est efforcé de modifier tout ce qui pouvait nuire au but de cet esclavage. Eu se chargeant de les protéger, de leur construire des habitations, de leur choisir et de leur ménager, pour toutes les saisons, une abondante nourriture, il a alfaibli insensiblement l'instinct de conservation, du moins chez quelques unes d'entre elles, comme la brebis nous en offre un exemple frappant, tandis qu'il n'a pu l'altérer chez quelques autres. Plus loin, je reviendrai avec quelques détails sur ces modifications, en examinant rinfluence exercée par la domesticité sur les facultés instinctives cl intellectuelles des animaux.
lU. DES tNSTINCTS DE REI'UODUCTION.
Si la nature a donné à tous les animaux les instincts nécessaires à leur conservation, elle a dû, pour assurer la perpétuité de l'espèce, leur donner aussi un instinct qui les porte à se reproduire, à proléger et à nourrir leur progéniture, jusqu'à ce qu'elle puisse se suflire à elle-même.
Cet instinct de la reproduction est non moins impérieux que le premier, s'il ne l'est même davantage ; mais il en diffère beaucoup, indépendamment du but, en ce que, au lieu de se manifester dès la naissance et de persistera toutes les époques de la vie, il ne se développe qu'au moment de la puberté, pour se faire sentir pendant un certain temps avec des alternatives d'activité el de torpeur, puis pour cesser enlii\ vers le déclin de l'existence.
Cet instinct à manifestations momentanées, périodiques, prouve bien, par ses caractères, qu'il a son foyer ou son point de départ dans l'appareil génital. En effet, il se développe avec les organes de la reproduction, il se fait sentir au moment de la puberté ; il est vif, quand ces organes fonctionnent avec énergie, s'affaiblit lorsqu'ils
138 DES l'ONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX,
liiiiguisscnt, s'cndorl, icmporairenient quand ils suspciidont leur aclioii, et disparaît avec leur engourdissement on leur airopliio. La mutilation l'anniliilc complètement ou à peu près; enlin, ra|)i)iivoi.s(!ment des espèces sauvages et ([iielques circonslaiices de la domeslicilé en préviennent ou en font cesser l'apparition.
En disant (pi'il a .son point de dépai t dans les organes reproducteurs, je ne prétends pas en inférer qu'il y réside réellemenl, je veux dire seulement (pi'il a, dans ces organes, le princi|)e d(! .son excilalion, ou, en d'autres termes, la cause de son apparition; car s'il résidait dans les organes sexuels, ce ne serait plus un instinct, mais un simple besoin, et il serait complètement anéanti par la castration, ce qui n'arrive pas dans beaucoup d'espèces, ei nolanimenl dans celle du bœuf. Du re.«te, dans cette liypotlièsc, on .s'expliquerait diiïicilemenl une infinité de phénomènes très variés qui en dépendent et qui ont avec lui la liai.son la plus intime, tels que lus soins malernels chez les vivipares, l'incubation et la nidification chez les oiseaux.
Un de ses caractères les plus remarquables, c'est de se présenter sous des traits qui ne sont pas les mêmes dans les deux sexes, puis(|uc le rôle du mâle dans la reproduction de l'espèce est complètement dilTèrent de celui delà femelle. Toulefois, dans l'un et dans l'aulro, il a quelque chose de commun (|ui inq)rime à l'ensemble des foi'.clions une |)hysionomie nouvelle, au moment où il se fait sentir énergiqnement. Alors un redoublement d'activité s'observe dans l'économie ; une ardeur liévreusc s'empare de l'animal ; il sent qu'il ne peut .se suinre à lui-même et qu'il a besoin de s'allier à des individus d'un autre sexe ; l'iuipulsion qui le porte à se reproduire est tellement forte, qu'il s'oublie lui-même pour ne vivre que pour son espèce. Leiaureau ressent une ardeur (|ui le dévore; il erre au milieu delà prairie, promène ses regards de tons côtés, fait enleniire, à de fréquents intervalles, de longs mugissements ; il se montre rebelle à la voix de celui qui le conduit ; le lai)oureur essaie en vain de le soumettre au joug : on dirait que le senliment de son rôle lui fa.sse regarder comme humiliante la servitude que le bœuf supporte avec docilité. S'il vient h rencontrer un rival, il veut se mesurer avec lui et ne goûter de repos qu'après l'avoir vaincu au milieu de combats acharnés. La vache eu chaleur se tourmenle, s'agite, refuse de manger, paraît en proie à la i)lus vive inquiétude, court dans toutes les directions à la recherche du mâle; elle oublie jusciu'à son petit encore à la mamelle et cesse de l'entourer des soins qu'elle lui prodiguait auparavant avec tant d'empressement. Le coq exerce dans la basse-cour un empire absolu ; fier et jaloux de ses prérogatives, il ne souffre pas qu'un rival vienne les lui disputer. Tous les animaux, enlin, nous montrent cet instinct plus ou moins l)rononcé; et il sulTit de comparer le taureau au bœuf, le cheval entier au cheval hongre, le bélier au mouton, le coq au chapon, pour se faire une idée des modifications profondes qu'il imprime aux diverses fonctions et à la plupart des facultés des animaux. On voit clairement que c'est lui qui donne à tons le sentiment de l'indépendance, les rend indociles elles fait quehjuefois devenir furieux. Il semble, chez les animaux domestiques, aussi bien que chez les espèces sauvages, être aussi prononcé et aussi impérieux que l'instinct de conservation parmi les carnassiers les plus féroces. Pour rendre les animaux plus souples et |>lns dociles, l'homme a dil rétoulfer en détruisant les organes essentiels de la reproduction.
L'instinct qui nous occupe, (pioiqnc en général très |M-ononcé, est loin d'être
FACULTÉS INSTlNCTlVIiS Kl' INTELLlîCTLELLIiS. 139
aussi j)arfail clans toutes les classes du règne animal, et dans cliacune d'elles il oiïrc même beaucoup de différences, suivant les espèces; sous ce ra|)port, il y a un aussi >;rand nombre de degrés qu'il peut y en avoir dans le développement de i'insiinct (le conservation. Tout à l'iieure, je disais que l'instinct de rei)r()dnclion allait parfois toilement loin , que l'individu s'oubliait, en quelque sorte , pour s'y abandonner entièrement. Plusieurs espèces, celle du hérisson entre autres, nous en offrent un exemple : au printemps, cet inseclivore sort de l'engourdissement et de la torpeur où l'avait plongé le froid de l'hiver ; la plus grande partie de sa graisse a disi)aru peniiant que ses vésicules séminales se sont remplies. ICh bien, quoique afl'.iibli, épuisé par l'hibcrniitiou, il consume le peu d'ardeur qui lui reste en se livrant à la génération.
Chez les mâles, dans la plupart des espèces, l'instinct reproducteur se présente dans toute sa simplicité, car le rôle de ce sexe est bien moins compliqué (pie celui (le l'antre. Chez la femelle, au contraire, il entraîne une foule de inoclifications qidoiit trait à la protection, à l'enlretieu et à l'éducation dos petits. Ces soins maternels, que le mâle partage rarement, méritent une grande attention ;i cause de leur diversité.
Parmi les quadrumanes, l'instinct qui nous occupe est excessivement prononcé, comme tout le monde le sait. Les femelles montrent la plus grande tendresse pour leurs petits : elles les portent dans leurs bras ou sur leur dos, (juand elles sont obligées de fuir; elles les défendent avec un dévouement et un courage remarquables.
Chez les femelles des carnassiers, il est peut-être encore plus cxallé. La plupart d'entre elles ontpour leurs petits une affection poussée jusqu'aux dernières limites. La ciialte, si casanière au coin du feu, change ses habitudes dès qu'elica mis bas : elle abandonne la i)lacc qu'elle avait au foyer, et n'y vient que pour prendre sa nouri iture ; elle se dérobe aux caresses qui auparavant lui paraissaient si agréables et s'en va à la hâte allaiter, réchauffer et jtrotégerses petits. Attentive à dissimuler le lieu où elle les a déposés et le chemin qu'elle prend pour s'y rendre, on la voit soucieuse et inquiète dès qu'elle s'aperçoit que ce lieu est découvert : alors elle les prend dans sa gueule et les emporte un à un dans un autre endroit où ils seront plus en sûreté. La louve, la renarde, la lionne, s'expo.sent à tous les dangers pour procurer des aliments à leur progéniture. Leur affection pour leurs petilsles rend d'une férocité extrême, si elles se voient menacées de les perdre. Mais une fois que ceux-ci peuvent se suffire à eux-mêmes, cette tendresse se change en aversion; la mère, jusqu'alors si empressée à leur prodiguer ses soins, si courageuse ii les défendre, leur voue nue haine impiloyable et les éloigne du lieu de leur naissance. Cependant quelques exceptions s'observent parmi les espèces de ce groupe : la chienne et la chatte, qui n'ont pas moins de sollicitude pour l'éducation de leurs petits, ne les prennent pas en aversion, une fois qu'ils deviennent assez forts pour se passer de la protection maternelle. Parmi les ruminants, bien des femelles témoignent presque autant d'affection à leur progéniture. Voyez la vache qu'on prive de son petit : lu pauvre mère inquiète le cherche de tous côtés ; errante au milieu de la prairie, elle fait entendre des beuglements plaintifs qui expriment sa douleur et redemandent avec instance le nourrisson qui jusqu'alors ne l'avait pas quittée. Sou agitation ne
no DliS lUNCTlO.NS OtI .SYbTK.MK MillVlil X.
vient pas de ce que son lait l'incommode : la main de la ménagère, en le lui enlevant, ne calme pas sa cuisante in(|uiélndc.
Les autres ordres de mamtnifèrcs nous présenleiit une infinité de particularités plus ou moins intéressantes. Ainsi, chez certains rougeurs, le lapin, par exemple, la femelle n'est pas seulement chargée de l'éducalion des petits, elle a encore à lutter contre une aberration de l'instinct qui pousse le mâle à détruire sa progéniture. Lorsqu'elle se sent près de mettre bas, elle cherche un coin obscur de son terrier; elle s'arrache du poil sous le ventre et en garnit le nid dans lequel elle viendra déposer ses petits, dette mère timide, sans armes pour résister aux fureurs du màle, se contente de ne jamais abandonner le fruit de ses amours.
Les didelphes ou marsupiaux, qui sont si singuliers quant à leur organisation, ne le sont pas moins sous le rapport de leur mode de reproduction. Tout le monde sait que, chez eux, le jeune fœlus reste pendant très peu de temps dans la matrice. Au moment où il sort, il se montie sous l'aspect d'une masse informe, à peine ébauchée; sa perle serait inévitable si sa mère n'avait le soin de le recueillir dès qu'il sort de l'utérus, et de le placer dans une poche spéciale qu'elle a sous le ventre. Une fois dans cette seconde matrice, il se greffe à un mamelon pour y pomper du sang d'abord, puis du lait, quand ses organes peuvent le digérer. Lorsqu'il a acquis un certain accroissement, il sort, par moments, de cette poche protectrice, où sa mère le rappelle au moindre danger. De semblables rapports entre la mère et les petits se continuent jusqu'à ce que ces derniers puissent se passer de ses soins (1).
Enfin, parmi les groupes où les femelles montrent le moins d'empressement à l'éducation de leur progéniture, on remarque néanmoins qu'elles cherchent pour la déposer un endroit convenable. Aussitôt que leurs petits sont nés, elles les sèchent en les léchant, et, pendant leur premier âge, elles ne cessent de les entourer des soins les plus minutieux ; elles ne les quittent que pour prendre leur nourriture. Si la jeune famille leur est ravie, on voit, à leur inquiétude et à leurs plaintes, qu'elles en éprouvent une vive douleur.
Chez les oiseaux, les instincts reproducteurs donnent lieu à des phénomènes plus curieux encore que ceux qui dérivent des mêmes instincts parmi les mammifères. Ici la femelle ne reste pas seule chargée des soins de sa progéniture ; le mâle la protège souvent avec beaucoup de patience et d'abnégation.
Un des plus remarquables de ces phénomènes est celui de la nidification, qui offre tant de variétés dont la raison n'est pas toujours facile à trouver. Dès qu'arrive la saison des amours, la femelle prépare le nid dans lequel elle déposera ses œufs et où elle élèvera ses petits. La nature des matériaux, la manière de les employer, varient à l'infini suivant les espèces : le nid des oiseaux de rivage n'est pas semblable à celui des oiseaux qui vivent dans les forêts ou au milieu des plaines ; l'un niche sur un arbre très élevé, l'autre dans un buisson ; tel niche h terre, tel autre sur un rocher ou dans un trou de muraille. Ces nids sont le plus souvent construils avec un art admirable et une grande solidité, comme ceux de l'hirondelle de cheminée ou de l'hirondelle de fenêtre ; il en est qui, à peine fixés aux branches d'un
(l)GeolTroy-Sainl-IIilaii-e, Mémoires du Muséum d'histoire naturelle, t822, l, IX, p. ^02.
arbi-e, peuvciiL copcndaiU l ésisleraux vcnls les plus impétueux ; quelquefois ils sont laits avec la plus grande simplicité : celui du rossignol, par exemple; enfin, dans certaines circonstances, le nid n'est qu'un simple trou dans lequel l'oiseau vient pondre ses œufs, comme le font l'alouette, la caille cl la perdrix.
Quelque admirable que puisse paraître l'industrie que les oiseaux niellent à choisir remplacement de leur nid, à trouver et à employer les matériaux qui doivent servir à sa construction, celte industrie ne suppose ni réflexion, ni prévoyance, ni combinaison d'aucune espèce. Quand l'animal arrête le lieu où il fera son nid, il ne sait pas que ce lieu convient mieux qu'aucun autre ; quand il prend telle substance, il ignore qu'elle est préférable à telle autre ; au mouient où il s'occupe de ce nid, il lie prévoit pas que bientôt il aura des œufs ii y pondre, et plus tard des petits à y élever; toutes ces opérations, il les exécute enverlu d'une impulsion non raisonnée, et dès la première fois il y réussit aussi bien.qu'il peut le faire dans tout le reste de son existence; il n'a besoin pour cela d'aucune éducation, d'aucune expérience. C'est bien à tort que G. Leroy (1) suppose de la réflexion à la perdrix, parce ([u'elle place son nid dans un lieu élevé afin de le préserver de l'inondation, et dans un endroit entouré de ronces et d'épines « qui en rendent la vue et l'accès dilficiles » : le gallinacé n'agit dans ce cas que par inslinct; il n'a nulle prévision d'une inondation et nulle connaissance de l'ulililé des ronces au voisinage de son nid, mais il agit absolument comme s'il .savait tout cela.
La construction du nid une fois achevée, la femelle y dépose ses œufs et les couve. Pendant tout le temps que dure l'incubation, elle supporte patiemment mille privations: la poule, dévorée par une fièvre brûlante, quitte difficilement ses œufs, même pour prendre de la nourrilure; il faut, pour ainsi dire, qu'elle y soit excitée par la voix de la ménagère; à peine a-t-el!e un peu mangé et pris quelques gorgées d'eau qu'elle revient sur son nid. Dans certaines espèces, le mâle, qui quelquefois participe à la nidification, se charge de pourvoir à la subsistance de la mère et charme les ennuis de celle-ci par des chants plus ou moins mélodieux ; assez souvent il perd la voix quand le rôle de la reproduction est accompli. Dès que les petits sont sortis de la co([uille,la mère va leur chercher de la nourrilure, si le nifile ne prend pas ce soin ; elle avale parfois les aliments pour les leur rendre atténués ou mêlés à un suc laiteux sécrété par les glandes des renflements œsophagiens, ainsi que le fait la femelle du pigeon. Elle montre, pendant tout le temps que les jeunes oiseaux ont besoin de sa proteclion, la plus grande tendresse à leur égard; elle reste sur le nid pour les préserver du froid, de la pluie, et des attaques de ses ennemis. Si ses petits marchent dès qu'ils sont éclos, comme les gallinacés, elle les mène à la pâture, les appelle lorsqu'elle trouve du grain ou des vers, et les couvre de ses ailes au moindre danger. Son affection la rend courageuse au dernier point pour les sauver du péril qui les menace : tout le monde .sait combien la poule devient dangereuse lorsqu'on cherche à lui prendi e ses poussins, et chacun a entendu parler de la fureur de l'aigle femelle ii laquelle on enlève ses aiglons.
Jl est cependant certaines espèces d'oiseau.x dont les instincts reproducteurs sont peu développés : l'autruche, dit-on, abandonne l'œnf qu'elle a pondu, laissant à la
[i; Lellres iihiinxophujues, etc., p. "7
'i/l2 l'ONCÏIONS DU SYSTÈME NEUVEIIX.
chaleur du sable le soiu de le faire éclore. Si le fait est exact, ce qui est peu probable, il indi(|ucralTaiblisseineiit d'uu iiisliiicl que la température des climats chauds ne rend pas indispensable pour cet animal.
Chez les reptiles, l'instinct de reproduction a des caractères très variables. Parmi les espèces qui font des œufs, et c'est presque la totalité, il se traduit par des manifestations extrêmement simples. Une fois que la fécondation et la ponte sont opérées, généralement le mâle et la femelle ne s'occupent plus de leur i)rogéniture. Mais dans quelques espèces, cet instinct donne lieu à des phénomènes plus ou moins bizarres : ainsi le batracien connu sous le nom de pipa recueille les œufs à mesure qu'ils sont pondus, et les place sur le dos de sa femelle, où, par suite d'une légère irritation que leurcontact produit, ils se trouvent bientôtcntourés d'un petit bourrelet qui les protège jusqu'à leur éclosion. Le caïman de l'Amérique du Sud dépose ses œufs dans le sable, sur le bord des eaux, les couvre de feuillages, de plantes aquatiques, et veille patiemment à leur conservation. La vipère, dont les petits naissent vivants, les protège encore longtemps après leur sortie du sein maternel ; dès qu'ils viennent à courir quelque danger, elle les reçoit, dit-on, dans sa gueule, pour les rendre aussitôt qu'ils n'ont plus rien à redouter.
Les poissons paraissent être, de tous les vertébrés, ceux chez lesquels l'instinct reproducteur est le plus faible, et il devait en être ainsi, par suite de leur mode de génération. La femelle n'a pas, en général, de rapports avec le mâle ; elle pond ses œufs qu'elle abandonne au milieu des eaux; le mâle, de son côté, répand sa semence, sans même chercher à la déposer sur les œufs. C'est par suite de la rencontre fortuite de la semence du mâle avec les œufs de la femelle que se produit la fécondation. Les poissons cartilagineux, qui sont vivipares pour la plupart, ont cet instinct un peu moins imparfait; enfin, il est un poisson acanthoptérygien, appelé épinoche [gasterosteus), qui construit, selon les observations de RI. Lecoq, un nid avec un art singulier : sa femelle vient y déposer ses œufs, qui sont i)rotégés jusqu'à leur éclosion.
Quant à cet instinct, chez les invertébrés, il est plus ou moins prononcé suivant les classes. Quelquefois il se manifeste avec des caractères tellement équivoques, qu'on est porté à douter de son existence ; d'autres fois il se montre plus parfait, sans qu'on puisse bien en donner la raison. Tout le monde sait que, quand on vient à déranger le nid de la fourmi, elle emporte ses œufs dans un lieu où elle les croit plus en sûreté. La mouche carnassière qui est à la veille de pondre vole dans toutes les directions et cherche un endroit convenable pour déposer les siens. C'est sur la chair humide, sur les parties du cadavre qui se ramollissent et qui se putréfient facilement, qu'elle les place de préférence, afin que les larves qui doivent en sortir trouvent dans le lieu même de leur éclosion une abondante nourriture. Le papillon du ver à soie est à peine sorti du cocon qu'il s'accouple et pond. Une s'occupe pas de lui, car il ne lui reste que quelques jours à vivre, et il les emploie à la reproduction de l'espèce. L'œstre du cheval va faire ses œufs sur la peau du solipède et dans les endroits où l'animal peut porter la langue; celui du bœuf les fait pénétrer dans la peau, à travers une petite ouverture, et il a soin de ne les déposer que sur les reins, le dos, etc. , et non dans les points où ils pourraient être, ainsi que leurs larves, écrasés par les frottements. Une autre espèce va pondre à l'entrée des
FACULTÉS INSTINCTIVES ET iNTELl.IÎCTUliLLES. 1/|3 narines (lu nioiiton : l'œuf écloi, la larve uioulc dans les cavités nasales, pénètre dans les sinus, s'y nourrit pendant près d'une année, et en sort pour opérer sa uiélanioi pliosc ; elle en sort facilement, ([uoiquo devenue énorme, parce que l'ouverture nasale des sinus est très dilatée. L'œstre a été guidé par un instinct sûr : s'il fût venu pondre ses œufs à l'entrée des narines d'un autre animal, la larve toute petite eût bien pénétré dans les sinus, mais une fois développée, elle eût été dans l'impossiliilité d'en sortir, par suite de l'étroilesse des ouvertures ; enfin, elle eût péri dans sa prison (1). L'insecte, une fois arrivé à l'état parfait, poursuit le bétail avec une sorte de fureur : le mouton a beau mettre le nez dans la poussière, et le bœuf s'enfuir à travers les cliamps, ils ne peuvent se soustraire aux attaques du parasite. Sous tous les climats, ce dernier est également redoutable : le Lapon est obligé, pour en préserver ses troupeaux de rennes, de les emmener dans les montagnes, mais le pasteur des plaines de l'Amérique est réduit à voir ses bœufs presque cxpiiants sans pouvoir éloigner les essaims d'insectes qui les poursuivent ("2).
L'instinct de reproduction est encore, comme on le voit, un instinct commun à toutes les espèces animales, mais fort variable, du reste, par son mode de manifestation et les pbénomènes qui en dépendent. Cliez quelques unes, en effet, nous l'avons vu très prononcé, ciiez d'autres très faible. Dans toutes cependant, il était parfait, puisque son but se trouvait rempli.
Quelquefois il s'éteint sous l'influence de certaines causes tout à fait étrangères à l'état sauvage. Beaucoup de mammifères et d'oiseaux qui s'apprivoisent assez facilement, perdent, avec la liberté, l'instinct de se reproduire, et restent conséqueminent stériles pendant tout le temps que dure leur captivité; mais il renaît avec leur retour à la vie sauvage. L'anéantissement de l'instinct dans celte circonstance n'a certainement rien qui dérive du raisonnement; toutefois, quelle qu'en soit la cause, il nous fournit iTne nouvelle occasion d'admirer cette nature prévoyante qui refuse à des individus la faculté de reproduire leur espèce dans des conditions incompatibles avec son existence.
Il persiste cependant chez les hybrides : la mule, le mulet, le bardeau, bien que ces animaux soient inféconds. Sa manifestation est évidemment alors un non-sens, puisque cette dernière ne saurait avoir, en général, aucun résultat.
Enfin, il offre, parmi les animaux domestiques, quelques aberrations assez remarquables : la poule couve les œufs d'un autre oiseau et montre pour les petits qui en proviemient autant d'affection qu'elle eu témoigne aux siens; elle couve même des morceaux de craie, sans paraître s'apercevoir, comme le dit Buffon, qu'il n'en peut rien résulter. Certaines espèces voisines s'accouplent ensemble et donnent naissance (1 des produits inféconds, mais elles ne s'unissent ainsi que par l'inlervenlion des soins de l'homme. Quelques animaux, par une aberration plus singulière, cherchent à tuer leurs petits : la truie, par exemple, ainsi que Pline (3) en avait fait la
(1) Voyez ma note à ce sujet, Recueil de médecine vétérinaire, 1852, t. IX, p. 479.
(2) Boussiiigauit, Économie rurale, 2° édil., t. II, p. 505.
(3) Histoire des animaux, iiv. Vlil, p. 213, trad. Guôroult. Il dit aussi que quand il y a trois aiglons dans une seule aire, la mère, par un scnliiricnl déualuré causé par la disette, ea chasse un, faute de pouvoir les nourrir tous trois? (Liv. X, p, 323.)
Mx'4 DES FONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX.
remarque, dévore qutlqiiefois les siens, cl le lapin mâle étrangle souvenl les jeunes lapins que la femelle a été obligée d'ahandonncr pour (juelques instants.