‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 3 sur 155 · DE LA SYSTÉMATISATION · texte numérisé non relu

DE LA SYSTÉMATISATION

(|iio lu pliysiologie s'est, à diverses époques, si élrangemeiiL l'oiii voyéc ; r'esl piiire (lii'oii a voulu aller au fond des choses avant d'en connaître la su])cr(icie ; savoir le })ourquoi et la cause première des phénomènes a\ant d'en avoir précisé les cai actères, les conditions et les lois, que la science de l'organisme est devenue un alTroux dédale de rêveries d'où la lumière des faits pouvait seule nous faire sortir ; et la même marche, si naturelle à l'esprit humain, a conduit les autres sciences à des résultats semblables. Les esprits supérieurs ont compris seuls qu'il fallait procéder autrement : Harvey, Haller, Bichat et tous les grands physiologistes, sont sortis du cercle vicieux dans lequel continuaient à se mouvoir ceux qui étaient incapables de s'élever au niveau de leurs conceptions.

Le secours du raisonnement est indispensable à l'interprétation des données fournies par l'observation et les expériences. La première constate un phénomène, en détermine toutes les particularités. Quelle est sa signification de celui-ci, quels sont ses rapports avec les autres ? Le raisonnement nous le dira. Les secondes mettent à grand' jieiiie un résultat en évidence; mais il faut le dégager de ses accessoires et le ra|)porter à sa véritable cause ; on n'y parviendra encore que par la même voie. Il ne faudrait pas croire cependant qu'avec un raisonnement basé sur les faits, et déduit avec les apparences de la logique la plus sévère, on arrivera à des conclusions toujours rigoureuses; c'est chose si souple qu'il se prête à toutes les subtilités.

Les faux raisonnements ne sont pas rares dans les sciences aussi complexes que la physiologie; ils tiennent à plusieurs causes. On commence à discuter sur le fait: est-il ou n'est-il pas ? l'a-t-on bien ou mal observé ? La discussion ne peut avoir d'autre objet sur ce point; mais il y a là déjà matière à contradiction. On peut: •1" nier le fait ; 2° le dire mal observé; 3" le regarder comme mal interprété; U" lui opposer d'autres faits sans valeur, vrais ou supposés, se rapportant ou non à celui qu'on examine. A l'aide de ces artifices employés avec art, il est facile, sur une infinité de questions, d'arriver à des conclusions contradictoires, de soutenir le pour ou le contre ; de telle sorte qu'il deviendra très difficile, surtout pour des esprits superficiels, de découvrir de quel côté est la vérité. 11 faudra revenir à l'examen des faits, reprendre le fil des déductions pour retrouver la vérité travestie, et c'est une tâche dont tout le monde n'est pas disposé à s'acquitter.

L'histoire de la physiologie est pleine d'exemples de cette guerre acharnée que le faux raisonnement, le sophisme scientifique a constamment faite aux vérités, même les plus évidentes. Un des plus remarquables est celui de la lutte qu'Harvey eut à soutenir contre les adversaires de la circulation du sang. Cet homme illustre annonçait un phénomène patent, le mettait en évidence, le démontrait par des arguments sans réplique; et cependant, en face de l'évidence, on trouva le moyen da prouve?' que le sang ne circulait point et ne pouvait circuler, fi fallut presque un demi-siècle pour convertir ce qu'il y avait d'hommes éclairés à l'épociue. Mais telle est la suprématie du sens commun sur le .sophisme que les plaisanteries de Molière firent plus, peut-être, en faveur d'Harvey, que n'avaient pu contre ce dernier l'esprit de Guy-Patin avec l'opposition de la Faculté et de tous les vieux docteurs.

La contradiclion, ne fùt-elIc fondée que; surdos subtilités et des .Hbtilies, a poiuelle, au milieu de ses inconvénients, l'avantage d'obliger ceux qui signalent nn.fait

'lO I.NiKOUUCTUiiN.

à le bien (léiuoiili ci-, ceux iiiii ôincllont une opinion à la bien nioliver, ceux qui tirent des inductions à le faiie avec rigueur. En pliysiologie, on ne saurait trop |)rouver, notamment les points obscurs et les découvertes qui ne s'accordent pas avec les idées reçues. Cependant il faut éviter de tomber dans l'cxagéralion, car il est des choses (pii perdent à être trop prouvées. Ceuvqui veulent les contredire, ne trouvant pas en elles-mêmes matière à contestation, s'attaquent aux arguments dont on les a appuyées et savent en profiter s'ils n'ont pas une grande valeur ; enfin il est des vérités dont l'évidence est (elle ([u'elles n'ont besoin d'aucune démonstration. A ceux qui les nient on ne doit rien répondre.

Si le raisonnement, basé sur les faits, le seul qui soit acceptable dans toutes les circonstances, est encore sujet à l'eireur, à plus forte raison celui qui manque de ce fondement peut-il nous tromper. Aussi ne doit-on, en bonne logique, se servir de ce dernier qu'avec une extrême réserve. Le raisonnement à priori ne peut être sérieux qu'autant qu'il se fonde sur des faits acquis dont on semble faire abstraction afin de les donner ensuite comme preuve de son exactitude ; mais alors il résulte d'une véritable inversion dans les formes du langage, inversion sans importance réelle. Le raisonnement qui s'attaque aux faits exacts et bien observés pour arriver à des théories qui paraissent plus rationnelles et plus vraisemblables que celles qui ressortent des faits eux-mêmes est naturellement faux, absurde; il ne vaut pas la peine d'être combattu. Enfin, le raisonnement par hypothèse est trop dangereux ])our mériter une grande place dans les sciences positives où il a fait tant de mal. Du reste, les bons esprits conviennent cju'une telle méthode ne peut conduire, seule, tout au plus qu'à des probabilités. Il faut l'abandonner, comme le disait Bichat (1), « dès que les ox|)ériences pro])res à lui servir de base nous niantpient,» car la théorie seule est impuissante à rendre raison des moindres phénomènes (2), et les conceptions de l'esprit humain sont bien au-dessous de ce que la nature nous révèle quand on sait l'observer et l'interroger avec art.

Un second élément précieux de la systématisation, c'est la comparaison. Les lumières qu'elle a jetées sur l'organisation animale et les services qu'elle a rendus eu histoire naturelle auraient dû engager les physiologistes à la moins dédaigner, car elle peut être pour la science de la vie d'un immense secours. Si de très bonne heure elle a été appliquée à l'étude de l'anatomie, ce n'est pas seulement parce (ju'elle y était très facile, mais c'est encore parce qu'on avait compris qu'elle deviendrait un moyen de découvrir et de bien apprécier la structure et le jeu des organes. iNéanmoins elle n'a pas été employée , comme on pourrait le croire, pai- tous ceux qui se sont occupés de l'anatomie des animaux. Beaucoup ue paraissent pas en avoir eu le sentiment vrai qui se révèle déjà clairement dans l'œuvi e d'Aristote ; ils se contentent de décrii-e les espèces les unes après les autres, sans élablir de parallèles entre elles, sans rechercher en quoi elles se ressemblent et en quoi elles diffèrent. Or, sans celte doid)le recherche des analogies et des dissemblances entre les choses, il n'y a pas de comparaison réelle. Quelques unsseulemeul, etCuvieren pa'liculier, prennent l'espèce la plus parfaite pour type, et indiquent les difl'érpnccs (pie chacune des autres espèces offre relativement à la

'1 ) Analrime (jénà-alc.

(2V- Haies, préface de la atatiqnc des animaux.

Dli LA SYSTÉMATISATION. .'il

piciniorc. Coiiiiiie loiiles les dispositions qui ne (lill'ùrciil, point si." rcssonibiont, ks similitudes résultent iniplicilcment de l'énoncé des différences, et une fois rpie celles-ci sont données, il est superllu de parler des autres. Ue même en zoologie, en botanique, les espèces comprises dans un genre ont entre elles des caraclènis communs, des similitudes, et c'est pour cela qu'elles sont rassemblées dans la même catégorie; mais elles ont des caractères diirércntiels, c'est pourquoi elles se trouvent ensuite distinguées et séparées les unes des autres.

Si donc c'est par la comparaison qu'on arrive à déterminer les analogies et les dissemblances qui existent entre l'organisation d'un animal et celle d'un autre, entre les caractères extérieurs d'une espèce et ceux d'une autre espèce, c'est encore parle même moyen qu'on pourra, en physiologie, voir en quoi la digestion du Carnivore ressemble à celle de l'herbivore, et en quoi la première diffère de la seconde: ainsi pour la digestion du solipède comparée à celle du ruminant, |)our la respiration du mammifère mise en parallèle avec celle de l'oiseau, du reptile ou du poisson, etc.

Si, d'autre part, c'est la comparaison qui a montré quelles étaient les |)ai ties essentielles des organes, des appareils, et lésa distinguées des parties accessoires, qui a donné tous les éléments de classification en histoire naturelle et servi de base à la philosophie anatomique, pourquoi ne l'appliquc-t-on pas à l'étude de la physiologie? Haller n'eu donne-t-il pas le précepte et l'exemple, lorsqu'il cherche avec tant de soin à mettre en regard les fonctions de l'homme avec celles des animaux ? Non-seulement il regarde ce parallèle comme utile, mais encore il le croit indispensable. (' Je reconnais chaque jour, dit-il, qu'on ne peut porter un jugement solide sur les fonctions des diverses parties du corps si on ne les a examinées dans l'homme, les divers quadrupèdes, les oiseaux, les ))oissons et souvent même les insectes. (1). » Où sont, à part quelques exceptions, les tentatives qui ont été faites depuis près d'un siècle que cette leçon a été donnée ?

On me répondra peut-être que la physiologie comparée n'a j)as été négligée, puisque toutes les expériences ont été faites et le sont sur les animaux. Oui, mais ce n'est pas dans le but d'apprendre ce que les fondions ont de particulier chez eux. c'est dans celui d'appliquer à l'horaifte, en les modifiant de mille manières, les résultats obtenus sur les brutes. Encore, dans ce cercle étroit, si l'on choisissait les animaux dont les fonctions se rapprochent le plus des nôtres ; si l'on |)renait, ])ar exemple, le porc, qui est omnivore quand il s'agit d'expérimenter sur la digestion, et non pas un animal qui se nourrit de fourrage connne le lapin, au moins alors on serait un peu plus logique. Galien, qui se moquait si (inemeiit des médecins de son temps (qu'il appelait des empiriques), aurait aujourd'hui de (pioi se moquer de certains ex|)érimentateurs qui font la physiologie de l'homme avec celle du lapin ou du cochon d'Inde.

Le calcul est un autre élément qui peut avoir une certaine utilité quand il est appliqué aux questions qui le comportent. Malheureusement il en est très peu qui s'y prêtent assez pour qu'il conduise à des résultats exacts. Les tentatives qui ont été faites à cet égard suffisent pour le prouver. Toute une série de maliiématiciens

I) Cilé par M. Béiard , t. 1 , p. 30.

Û2 INTUOUUCTION.

n'ont pu depuis des siècles nous dire exactement la force du cœur, Ja vitesse du sang, etc. C'est Jiorolii, le premier d'entre tous, qui calcule la plupart des forces, celles des muscles, de l'estomac et des autres viscères, il arrive à évaluer la puissance du cœur à cent Irente-cinq mille livres, puissance que plus tard Haller réduit à cinquante et une livres, Sauvages à quatre livres et demie, et Keil de cinq à huit onces seulement; — c'est Haller qui porte la vitesse du Iluide nerveux à neuf mille pieds par minute. Sauvages à trente-deux mille par seconde, un troisième à des centaines de millions de pieds dans ce même espace ; — c'est Keil qui trouve (jue le sang parcourt cinq mille deux cent trente-trois pieds dans une minute. Enfin, ce sont : Bellini, Pitcairne et d'autres, qui tentent des calculs analogues et arrivent à des chiffres qui étonnent par leur exagération et leur peu de concordance.

Aujourd'hui plusieurs de ces évaluations peuvent être reprises avec avantage, non pas qu'on sache mieux calculer maintenant qu'on ne le savait autrefois, mais parce que des recherches et des expériences exactes peuvent fournir des bases que ne jjossédaienl point les anciens physiologistes. Les injections de ceilains sels dans le sang n'ont-elles point permis à Héring de déterminer avec une précision rigoureuse la vitesse du sang? Un appareil ingénieux n'a-t-il pas sufii à M. Poiseuille pour reconnaître la force avec laquelle ce Iluide est lancé dans les artères? Les analyses chimiques ne donnent-elles point le moyen d'apprécier, comme on l'a fait, du reste, la quantité d'acide carbonique produit par la respiration, la quantité de carbone briilé dans un temps déterminé ? De même n'arriverait-t-on pas très bien à savoir combien'de fluides sont expulsés ])ar les reins, la perspiration cutanée, dans une période de vingt-quatre heures? Ne serait-il pas facile encore de préciser la proportion de matières salines, azotées, aqueuses, que le foie, les glandes salivaires soustraient au fluide nutritif durant une période quelconque? Tout cela est déjà fait en partie et peut l'être avec une satisfaisante exactitude. Le calcid fournira des lésultats exacts quand l'observation, les expériences, les analyses chimiques, les recherches microscopiques lui présenteront des éléments rigoureux, c'est-à-dire une base. Que vienne quelque ingénieux calculateur comme Haies, et l'on verra bienlôt si les chiffres ne mènent à rien la physiologie.

Lnlin arrive l'hypothèse, qui à toutes les époques a tenu une large place dans le domaine de la physiologie. C'est par elle que celle-ci a débuté ainsi que la jilupart des autres sciences ; mais, à mesure qu'elle s'est enrichie par l'observation et l'exj)érience, les faits ont resserré graduellement la sphère des hypothèses et se sont peu à pca subslilués à ces dernières. Ils finiraient sans doute par les faire disparaît le , s'il était possible d'ai river à une coimaissance parfaite de tous les phénomènes de la vie.

Il n'est rien qui ait plus nui aux progrès de la science qne cette arme dangereuse. Elle a fait surgir les systèmes les plus bizarres que l'on puisse inventer, systèmes qui se sont renversés les uns par les autres, et n'ont laissé que des ruines sur leur passage. Aujourd'hui encore , il est fort comnnm de voir des hommes s'abandoimer à toutes les divagations d'une imagination sans frein, courir à la recherche d'inconmies ([u'on ne peut trouver, amonceler théories extravagantes sur théories plus extravagantes encore, embrouiller ce qui est clair, remettre en question ce qui est déjà à demi démontré, faire perdre ainsi à la science son prestige et

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lui (loiiiiei- rap|iaroncc d'un roman aux yeux des esprits iwsilifs. Heureusement Ions les grands physiologistes ont fait la guerre à ces vaines tendances, (|ui ont trouvé déjà dans Ilaller un terrible adversaire. « Cet liomme célèbre a non seulement, dit ( ,uvier('l), repousse les bypolbèses d'une manière générale, mais il s'est attaché à les analyser, à montrer par où elles pèchent , et à faire voir que ce n'est pas par la voie hypothétique que l'on peiU parvenir à la vérité. » Les ell'orls persévérants de ceux qui ont suivi ses traces n'ont eu pour but que de détruire le vague des suppositions et d'y substituer le positif des faits, des lois et des principes.

Si l'hypothèse est en soi une méthode fort préjudiciable dans les sciences, elle peut, étant réduite à de certaines limites, devenir de quelque utilité. D'abord elle lient en l'absence de faits une place qui sans elle resterait vide, elle comble la lacune immense qui existe entre le connu et l'inconnu, forme, pour me servir de l'expression d'un habile physicien (2), « une sorte de crépuscule qui se répand des choses clairement connues et éclaire jusqu'aux confins de celles qui ne le sont pas encore. » L'exemple donné par Newton, par Lavoisier, nous prouve qu'elle peut servir étant apphquée aux forces ou aux causes premières des phénomènes physiques, et par là on doit penser qu'elle n'aurait pas moins d'utilité en physiologie, si elle pouvait s'y adapter avec rigueur ; car après tout, celte science n'est pas d'une précision telle, qu'elle soit obligée de s'affranchir d'une alliance que ne dédaignent point celles qui ont la prétention d'arriver au plus haut degré d'exactitude : il lui suffit d'éviter les extrêmes, en réduisant l'hyi othèse à des proportions assez restreintes pour que celle-ci ne devienne pas nuisible. Là se trouve la grande difficulté qu'on n'a pas toujours su vaincre. Si je n'aime point la physiologie aussi abstraite qu'elle est dans Stahl, Barthez et certains vitahstes, je la trouve trop aride, trop nue, telle cpie rex|)osent quelques savants de noire époque.

Kn somme, riiy|)othèse est une méthode fausse tant qu'elle veut tenir lieu de choses positives , une méthode qui ne peut nous conduire à la vérité, et cju'il faut cnergiquemenl repousser. Seulement, comme elle peut, dans de certaines hmites, laire suite aux faits , et suppléer à ce qu'ils ne sauraient nous aj)prendre ou à ce qu'ils ne nous ont point encore appris , elle devient en quelque sorte l'appoint de ce que nous possédons, sans j)ouvoir jamais sur aucun sujet faire la somme de nos connaissances.

Aidée de ces divers éléments employés chacun à sa place et dans une juste mesure, la systématisation arrive à constituer la science dans son ensemble ; elle en établit la doctrine et les principes sur des bases inébranlables. Mais il ne faut pas qu'elle aille trop loin sur le terrain des explicalions, sinon elle rencontre bientôt un écueil contre lequel elle vient se briser. L'exemple de ceux qui se sont engagés dans la voie des théories nous prouvera tout à l'heure que les eirorls tentés jusqu'ici pour arriver à la comiaissance des causes premières des phénomènes n'ont abouti souvent qu'à enlauler des monstruosités et à montrer le vide d'une pareille philosophie.

(1) Hisloire des sciences naliirclles, l. IV, p. 202 (2J Maies, Statique des animaux, p. 15.

i.NrnoDiKnioN.

§ VI. — Des niédiodes on physiologie . In marche et des progrès de

celte science.

iMailUeiiaiil que nous avons passé en revue les divers moyens à l'aide desquels on arrive à la connaissance dos phénomènes de la vie, il faul, rechercher suivani (picl ordre ou quelle mélhodo on s'en est servi, depuis l'origine de la physiologie jusqu'il nos jours. Par ceLte revue rélrospective , nous aurons l'occasion de signaler les principales époques de la science, les ])rocédés nouveaux et les découvertes qui les caractérisent. Le passé ainsi reproduit à grands traits nous servira d'enseignement pour l'avenir, en nous montrant comment elle s'est enrichie , juscpi'à que! degré de |)erl'ection elle est arrivée , et par conséquent ce qui lui reste encore ;i acquérir.

En parcourant les écrits des anciens médecins et des premiers naturalistes, on voit que, de très bonne heure , on avait cherché à se rendre compte des actes qui s'accomplissent en dedans de nous-mêmes. Il n'est pas une page des ouvrages d'Hippocrale où cette tendance ne soit évidente ; presque partout le grand observateur essaie d'expliquer les phénomènes qui le frappent, mais ses tentatives ne reposant pas sur une connaissance assez exacte des faits, sur des notions même assez vagues de l'organisation animale, et n'étant pas d'ailleurs aidées par les lumières des sciences physiques, ne peuvent le conduire qu'à des théories plus ou moins imparfaites. Ce ((u'ildit des actions vitales en général, et des fonctions en particulier, de la digestion qu'il regarde comme une coction , de la respiration qu'il croit destinée à rafraîchir le sang, de la chaleur animale qu'il suppose innée, des sécrétions , de la génération, des tempéraments, etc., se réduit à des idées vagues, à des hypothèses purement gratuites. Aristote (1 ) va plus loin : son immense génie, qui lui faisait embrasser l'ensemble des connaissances relatives aux êtres organisés, le conduit à des aperçus plus judicieux et à des appréciations plus exactes. II considère la vie comme un principe ou une cause qui détermine l'activité des plantes et des animaux, ou qui les fait se nourrir, s'accroître, et enfin dépérir ; il définit l'aninial, un être qui jouit delà faculté de sentir et de se mouvoir; il distingue en lui une vie végétative et une vie sensitive , examine les conditions générales de l'existence et les principales fonctions de l'économie ; d'abord les sensations , en commençant par celle du toucher, qui lui paraît la plus générale, puis successivement les autres ; il étudie avec soin les instincts, les habitudes , les mœurs des animaux, leiu- manière de se nourrir, leurs migrations, leurs divers mouvements qu'il distingue en volontaires et en involontaires, leur reproduction dont il passe en revue les divers modes, les différences des sexes, l'iulluence de la castration. 11 a quelques notions sur la digestion , la rumination ; il croit que toutes les parties ne s'assimilent pas les mêmes éléments; il sait que la chaleur animale est plus élevée dans les espèces qui ont des poumons que dans les autres , mais il pense qu'elle a sa source dans le cœur, etc. Du reste , il se montre assez réservé en matière d'explications

(1) Voy. sou Histoire dns nnimau.v , traduction de Canuis ; son Traité de l'rimc, traduction de Barthélémy Saiiil-Hilaire.

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