‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 4 sur 155 · DES MÉTHODES EN PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

DES MÉTHODES EN PHYSIOLOGIE

jiliysiologiqiios. Sa marche est ralionnclle : il débute par l'étiido comparative de l'orr liiiiisation, puis il a recours à l'observation ; ce n'est qu'après celle (Mude préalable (|Li'il cherche à expliquer ce qu'il a vu, à deviner ce qui ne tombe pas sous les sens, et ce qui ne ressort pas de l'examen auatomique.

Mais il faut arriver h Galien pour trouver un ensemble de connaissances physiologiques mieux compris et présenté sous un aspect réellement scientifique. Cet illustre médecin résume tout ce qui avait été fait avant lui. 11 puise dans les écrits d'Aristole, d'Hippocrale, rians ceux d'Krophile, d'Ilérasistrale, aujourd'hui perdus, et dans l'enseignement de l'école d'Alexandrie, de précieux matériaux dont il sait tirer un excellent parti. Ilérasistrate et Érophile avaient acquis de nouvelles connaissances anatomiques sur les organes des sens et de la génération, sur les nerfs, qu'ils avaient distingués en ceux du sentiment et en ceux du mouvement, sur les vaisseaux, elc. TIs avaient \u la dilférence qui existe entre les artères et les veines, trouvé les vaisseaux lactés, constaté l'isochronisme des battements du cœur et des |)ulsalions artérielles, et admis des forces particulières pour exjiliquer les sensations, les actions nutritives, la production de la chaleur animale. Galien l assemble tout C(!la, il perfectionne l'anatomie de l'homme, en s'occupant aussi, mais moins (pi'Aristote, de celle des animaux. Son génie éminemment philosophique et généralisateur lui faitseiUir toute l'importance d'une appréciation détaillée des actions organiques. Il observe, et de plus il imagine les expériences; lui , le premier, comprend la nécessité de rechercher sur l'animal vivant ce qu'on n'a pu trouver par l'inspeclion du cadavre. Il crée la physiologie comme science distincte, dans son fameux traité De usa par- (nim, que Cuvier regarde comme un des plus beaux ouvrages de l'antiquité. En commençant , il dit qu'il compose un hymne en l'iionneur du Créateui- , cherche à démontrer que tous les êtres vivants ont été formés par la même intelligence, et que leurs mœurs, leurs habitudes sont parfaitement appropriées à leur destination ; que les formes extérieures ne sont que la traduction des formes intérieures ; que, par exemple , de la forme et du nombre des os on peut conclure à la forme et au nombre des muscles (1) : les considérations dans lesquelles il entre à cet égard indiquent un esprit tout \i fait supérieur. Il examine successivement le rôle de diverses parties de l'économie, et, pour l'éclaircir, il a recours à des dissections de divers quadrupèdes, oiseaux, reptiles et poissons; il considère le cerveau comme l'organe des sensations ; voit ciue les nerfs sont des conducteurs du sentiment ou du mouvement ; regarde le foie comme l'organe de la sanguificalion ; remarque que les artères contiennent du sang de même que les veines, et sait que toutes les parlies puisent leur nourriture dans ce lluide qu'il suppose animé d'un mouvement oscillatoire dans les vaisseaux ; il dit que l'absorption du chyle s'efleclue dans l'intestin et même dans le cœcum ; il croit que le chyle est pompé par les veines inésaraïqucs , etc.

l'ar les expériences sur les animaux vivants , expériences sur l'utilité desquelles il insiste, il arrive à plusieurs découvertes fort remarquables. La section des nerfs récurrents le conduit h montrer qu'ils sont des nerfs moteurs, présidant à la phonation ; celle des nerfs phréniques, des intercostaux, lui apprend les usages de ces

(I) De Blainville , H isloire des sciences de l'organisation.

cordons ; la persistance des mouvements du cœur, après que cet organe est sépare du corps, le conduit à étaljlir qu'ils sont involontaires ; l'enlèvement de quelque^ côtes avec leurs muscles inKîrcoslaux sans lésion de la plèvre lui montre le poumon remplissant complètement la cavité tlioracique ; il constate que les animaux à pou mous rcspiient seuls l'air, tandis ({ue les poissons, qui n'en ont poin:, sont privés (h voix. 11 lente d'autres expériences pour apprécier l'influence du cœur sur les baltemenls de l'aortp, pour reconnaître la nature de l'instinct, etc. C'est donc un grand mérite de Galien d'avoir institué la méthode expérimentale, d'en avoir senii la nécessité et de l'avoir appliquée avec autant d'intelligence que d'habileté.

Par sa manière de systématiser, il se moutre encore un esprit judicieux, du moins tant qu'il demeure dans de certaines limites, comme lorsqu'il fait voir que 1/ configuration des parties est en harmonie avec leurs fonctions; mais lorsqu'il veni pénétrer l'essence des phénomènes , il fait fausse route en imaginant une infiniir de forces qui n'expliquent rien : car on n'a rien dit quand on a avancé que l'estouiiK est doué d'une force attractive, d'une force rétentive , d'une force altérante ; les artères d'une foi ce pulsifique, etc. Toutefois on peut bien lui faire grâce pour ce travers, en raison de l'impulsion qu'il a donnée à la physiologie. Lui, le premier, l'a bien comprise, en a fait une science distincte, basée sur l'anatomie non seulemeiii de l'homme, mais encore d'un grand nombre d'animaux; il a enfin réuni, le premier encore, l'observation à l'expérience et à la systématisation intelligenle, eu un mot tous les éléments de la science de la vie. Une conception à la fois si vaste et si vraie caractérise un esprit supérieur et marque la première époque de la physiologie.

Pour arriver à quelque chose de nouveau, à quelque progrès réel, il faut franchir d'un seul bond tout l'espace qui sépare l'antiquité du moyen âge. Galien résume la science de la première. Ses connaissances deviendront le point de départ de tous les elïorts tentés par les travailleurs de la renaissance. D'abord on se contentera de commenter et d'expliquer, plus tard on sentira la nécessité de chercher dans la nature même ce qui est et ce qui n'est pas dans les écrits des anciens, et alors seulement commencera une nouvelle ère de découvertes dans laquelle bien des elïorts seront tentés avant qu'on arrive à quelques résultats remarquables. C'est sur l'anatomie que l'atlention est d'abord appelée. Au conmiencement du xiv siècle, Mundinus, qui enseignait à Bologne, composa un hvre qui fut longtemps suivi dans les écoles, et cependant il n'avait pu disséquer que trois cadavres. Jl était alors prescrit à l'école de Salerne d'en disséquer au moins un chaque année. Ce livre n'a, dit-on , rien d'original. Au xvi" siècle apparaissent des hommes qui impriment à la science une impulsion puissante: Sylvius, Fallope, lùislaclie, Vésale, Ce dernier déclare la guei re à Galien en démontrant que ses descriptions ont été faites d'après le singe; il étudie avec ardeur dans les cimetières et jusque sous les fourches patibulaires les cadavres dont il a pu s'emparer. Son ouvrage opère une véritable révolution et marque neUcment la scission entre la science antique do GaUen et celle ([ui commence avec Vésale et ses contemporains. Mais alors on laisse la physiologie dans l'oubli. Sorvct découvre bien la circulation pulmonaire; Cœsalpin a une idée vague de la circulation générale; Realdus Colombus fait quelques expériences sur la respiration; Vésale lui-même essaie de ranimer les battements

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