‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 33 sur 155 · DES SENSATIONS EN GÉNÉRAL. I/Ç · texte numérisé non relu

DES SENSATIONS EN GÉNÉRAL. I/Ç

^istnncc des corps, et le second, un autre sens relatif h la température. 1! sufïii dd rédéchir un peu à l'origine des impressions que les animaux éprouvent, pour se ;otiv;iiiicre cprelles peuvent toutes se rapporter h l'un des sens précédemment iiulicpiés.

Les sens sont, pour la plupart, aussi parfaits chez les animaux que dans l'espèce humaine; quelques uns môme, tels que l'odorat et le goût, qui sont, suivant la l emarquede Buiïon (1), plus relatifs à l'appétit, y possèdent une délicatesse exquise, landis que le toucher y a généralement moins de perfection. [Mais ils n'y présentent |);is une délicatesse proportionnelle. Ordinairement, l'un d'eux a une prédominance marquée sur les autres : tanlôt c'est la vue; d'autres fois l'ouïe, l'odorat ou le tou- ( lier; et cette supériorité relative n'est jamais arbitraire, mais elle se trouve en rapport avec les instincts, les habitudes elles besoins de chaque animal. Ainsi, le chien, (|iii ne découvre sa proie qu'en suivant ses traces, a besoin d'un odorat exquis pour !i suivre à de grandes distances par les émanations qu'elle a laissées sur son pas-

ge;Ie chat, qui surprend ses ennemis dès qu'ils sortent de leurs retraites, a I ouïe très fine ; les rongeurs et la plupart des rum inants, timides etsans défense, ont c e sens également délicat, afin d'être avertis de l'approche des animaux qui leup iDiit la guerre. D'autres, comme l'aigle, le faucon, l'épervier, ont la vue très per- ( ante; tels ont la vue excellente à la lumière la plus vive; tels autres ne peuvent Mipporter l'éclat du jour, mais voient h de grandes distances pendant la nuit. Qucl- (|ues uns, dont la peau est recouverte de poils rudes ou d'enveloppes résistantes, ont la sensibilité tactile très obtuse; d'autres, comme la chauve-souris, ont le toucher .d'une incomparable délicatesse.

Le mode d'action des sens est remarquable par plusieurs particularités dignes d'intérêt. D'abord, ils peuvent tous agir ensemble. L'homme peut, à la fois, voir, entendre, flairer, goûter, etc. Slais alors il éprouve des sensations vagues, confuses, dont quelques unes sont plus vives que d'autres ; il est, en quelque sorte, accablé, étourdi par tout ce qui l'impressionne. Sou attention n'étant pas susceptible de s'appliquer simultanément à un grand nombre d'impressions, leur nombre fait perdre à chacune une partie de sa netteté et donne lieu à des perceptions confuses. Au contraire, si l'altenlion est concentrée sur un seul genre d'impressions, cellesci deviennent nettes et sont vivement senties. Voilà pourquoi, suivant l'observation de Mûller, quand un sens s'exerce seul après la perte des autres, il devient en apparence plus parfait, puisque l'attention, n'étant plus partagée, s'applique tout entière à l'analyse de la sensation persistante.

Cette action n'est pas tout à fait indéj)endanie de la volonté. Les voiles membraneux placés au-devant de l'œil, en s'abaissant, soustraient cet organe à l'inllueuce de la lumière ; la bouche (jui refuse de recevoir les substances sapides, la main, la lèvre ou les autres parties qui évitent le contact des corps, se dérobent à l'action des excitants. iMais ces mômes parties, quand la volonté leur imprime des déterminations inverses, vont au-devant des sensations, qui alors deviennent plus complètes et plus vives. De l'inlervenlion ou de la non-intervention de la volonté et de l'attention plus ou moins grande que le cerveau apporte dans la perception, il résulte que les

(1) Discours sur la nature des animauXy ilui^ t. IV, y. 31.

sons s'exercent activement ou passivement. Aussi fait-on tiiie différence qui est très réelle entre voir et regarder, entendre et écouler, loucher et |)alper.

Les sens ne sauraient Cire conslamment en éveil; leur action est intermillente ou périodique comme celle des autres fonctions de relation. Ils sont dans une inaction h peu près complète pendant le sommeil; et, pendant la veille, il en est qui ne sont mis en jeu qu'à de rares inlervalles. Leur sensibilité se fatigue, s'aiïaiblil, s'émou.sse, par suite d'un exercice continu très prolongé.

Ils ne commencent pas tous à agir, en même temps, à partir de l'époque de la naissance. Plusieurs sont organisés de manière à pouvoir entrer en exercice de très bonne heure. Dès que l'animal sort du sein de sa mère, il entend ; dès qu'il saisit Ta mamelle, il goûle l'alimonl que lui prépare celte glande; mais alors la vue peut ètro imparfaiteou nulle parsuiledu rapprochement des paupières, comme cela s'observe dans le chien, le chat et d'autres carnassiers. Si les yeux sont ouverts, il voit trL■^ bien et avec une grande précision.

Ils font leur éducation par un exercice modéré, par l'habitude d'être impressionnés. Si le jeune animal voit dès la première fois les objets où ils se trouvent, s'il a la notion de leur distance, ainsi qu'on peut en juger par ses démarches et les précautions qu'il prend pour éviter les obstacles, il est évident que la sensibilité (!<■ quelques organes sensoriels n'a pasencore acquis la délicatesse qu'elle aura plus lard : le jeune chien ne reconnaît pas lout d'abord très sûrement les traces du gibier ; l'oiseau de proie n'a pas, dès le principe, l'œil aussi perçant que par la suite. Sur la fin de la vie, les sens s'émoussent et se détériorent souvent à un haut degré : 1< cheval devient assez souvent aveugle; le chien perd l'ouïe avec la vue et parfo; l'odorat. On sait que le meilleur chien de chasse finit par ne plus pouvoir trouM ni suivre longtemps la piste du gibier.

La domesticité les développe ou les affaiblit dans de certaines limites. Le goùi et l'odorat ne sont plus, pour le bœuf et le mouton, des guides aussi sûrs que pour les animaux sauvages. Quelquefois elle les exaile ou les perfectionne, comme l'odorat du chien pour la chasse, et celui du porc pour la recherche des truffes.

Ils peuvent, jusqu'à un certain point, se suppléer réciproquement. Lorsque l'un d'eux est affaibli, les autres qui peuvent donner des notions analogues à celles fournies auparavant par le sens affaibli ou perdu, acquièrent de la prééminence : le cheval aveugle agite sans cesse les oreilles, elles porte dans toutes les directions, comme si l'ouïe devait lui faire reconnaître les objets que la vue ne lui laisse plus apercevoir ; le chien affligé de la même infirmité exerce davantage le toucher et l'odorat ; : de même que l'homme privé de la vue acquiert une irès grande délicatesse de lacl.

Les sensations des animaux, considérées relativement à celles de l'homiue, n'ont pas en général de caractère d'infériorilé. A tout prendre, les bêles, parle nombre et la délicatesse de leurs sensations, sont aussi bien et quelquefois même mieux partagées que nous. Seulement, les notions que ces êtres acquièrent par cette voie sont moins étendues et moins variées que dans notre espèce. Les idéologues modernes, Locke, Condillac et leur école, qui prétendaient que les idées dérivaient des sensations, ont fait une psychologie parfaitement applicable aux animaux. Ces derniers, en effet, à peu près dépourvus de la faculté de penser e; de réOéchir, n'ont probablement d'autres idées que celles venues par les sens. Les impressions qu'ils

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éprouvent sont comme les nôtres, pénibles ou agr6al)les, elles csuscntdu plaisir ou de la douleur. Et qui oserait douler que le plaisir et la douleur, dépouillés de ce qui peut lenii- à l'imagination, ne soient aussi vifs chez eux que chez nous?

Indépendamment des sensations qui niellent l'animal en rapport avec le monde extérieur, il en est d'autres qui lui font connaître ce qui se passe en lui-même, on lui donnant une idée de ce qui se produit dans la profondeur de ses organes : ce sont les sensations internes.

L'une avertit l'animal du besoin de réparation; l'autre le pousse à prendre des liquides qui doivent délayerson sang épaissi ; une troisième traduit la nécessité impérieuse de respirer; une quatrième, le besoin d'expulser les produits excrémcnliiiels; d'autres lui expriment la fatigue des muscles, le besoin du sommeil, l'irritation d'une partie, la surcharge de l'estomac, la difficulté de la digestion, la souffrance d'un organe malade. Ce sont autant de voix qui crient, chacune h sa manière, et qui donnent à l'animal conscience de ce qui se passe en lui-même. Dès que le besoin est satisfait et que l'excitation a disparu, la sensation s'évanouit ; un calme iiilcrieur, un bien-être plus ou moins prononcé remplacent celte dernière.

Le point de départ de chacune de ces sensations ne peut pas être toujours facilement déterminé. Rien ne prouve, péremptoirement, que la faim ail le sien dans l'estomac devenu inactif, et la soif dans la gorge desséchée ; mais il est évident que le besoin d'expulser les urines a son principe dans la vessie distendue, que la sensation douloureuse émane de la partie malade. La modification survenue dans l'état (les nei fs impressionnés échappe môme à l'analyse de l'imagination. Le développement de l'impression est une chose encore plus inconcevable dans les tissus dont 1 insensibilité normale semble indiquer en eux l'absence des nerfs. Sans doute, ces tlerniers y existent là où l'anatomie ne peut les découvrir; mais s'ils y existent, pourquoi ne donnent-ils pas habituellement aux parties une sensibilité si faible qu'elle soit? pourquoi faut-il que l'inflammation s'empare de leur tissu pour qu'elles accusent leur sensibilité ?

La transmission de ces sensations s'elTectue par le mode ordinaire, c'est-à-dire par l'intermédiaire des nerfs conducteurs, et la perception s'opère à son tour dans le ' crveau, pourvu que cet organe conserve rinlégrité de son action. Elles sont rapportées avec plus ou moins de précision à l'organe dont elles émanent, quelquefois irès vaguement, comme dans le cas de douleurs profondes. Du reste, il est difficile lie savoir si, sous ce rapport, il y a identité entre les sensations internes des animaux et celles de l'homme; cependant, beaucoup de faits semblent indiquer cette similitude. Ainsi, lorsque l'animal a été piqué dans un point du corps, lorsqu'il éprouve du prurit ou une douleur quelconque, il cherche à porter la tète ou le pied sur ce point, à se frotter contre les objets environnants ; s'il souffre par suite de coliques, il regarde souvent son flanc ; si un scton lui cause une irritation trop vive, il fait des ciïorts pour l'arracher, etc. Leur caractère est nécessairement fort variable, mais qui pourrait dire quel est celui de la douleur d'un animal alTamé, d'un autre qui aicurl de soif, d'un troisième auquel on arrache une partie de l'ongle ou qui souffre d'une maladie inflammatoire?

Celles de ces sensations qui constituent des besoins ont divers degrés; elles font éprouver du plaisir quand ces besoins sont satisfaits. L'habitude a sur elles l'in-

llueiice qu'elle exerce sur les autres; elle les émousse; l'attention les rend plu$ vives ; la préoccupation semble les affaiblir et les rend même moins intenses.

î. CHAPITRE VIII.

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