IV. DE l'audition
Destiné h recevoir les impressions produiles par les vibrations que les corps éprouvent et qu'ils transmettent à l'aluiosphère, le sens de l'ouïe donne à l'animal des notions nouvelles sur la présence des objets, leur distance et leurs mouvements.
Appareil de l'andition. — Cet appareil compliqué qui recueille les ondes sonores, les propage à une cavité membraneuse dans laquelle s'épanouit le nerf auditif, est formé de diverses parties qui sont, de l'extérieur à l'intérieur : 1° un pavillon cartilagineux résultant de l'union de plusieurs pièces mises en mouvement par un grand nombre de muscles; 2° une cavité dite tympanique, renfermant une chaîne d'osselets tendus entre deux fenêtres fermées par des membranes; 3" une seconde cavité connue sous le nom de labyrinthe, comprenant le limaçon, le vestibule et les canaux semi-circulaires.
Le pavillon de l'oreille, qui manque à un grand nombre d'animaux, est une partie tout à fait accessoire, il est formé de trois cartilages : le conchinien, l'annulaire et le scutifoi me, dont l'ensemble représente généralement un cornet ouvert obliquement on avant et en dehors. Très grand dans l'âne, le porc, le lièvre, le lapin et la plupart des animaux limides, il est plus ou moins redressé dans le chat, le chien de berger, le sanglier; incliné ou pendant chez le boeuf, le mouton, la chèvre et l'éléphant. Sa direction, très variable, a semblé en rapport avec le genre dévie et les besoins des espèces : elle n'est point dans celles qui chassent comme dans celles qui fuient. Los premièics ont l'ouverture de la conque tournée en avant, afin de mieux saisir la trace de leur ])roie ; les secondes l'ont dirigée en arrière, puisque le bruit de leurs ennemis leur arrive en ce sens. Ce pavillon, rétréci à sa base, embrasse le méat auditif qui forme tantôt un tube osseux plus ou moins long, droit ou incurvé, comme on le voit dans les sohpèdes et les ruminants, et tantôt une simple ouverture ovalaire comme dans les carnassiers.
Le tympan, placé entre le méat auditif et le rocher, constitue une cavité déprimée de dehors en dedans chez les solipèdcs. A sa paroi extérieure se trouve la membrane du tympan fixée à un cercle osseux incomplet, de la circonférence duquel partent une série de lames rayonnantes (pii viennentaboutir sur le rocher. Sa paroi interne, inégalement convexe, offre en haut la fenêtre ovale fermée en grande partie par la hase de l'étrier ; en ari-ière et un peu plus bas, la fenêtre ronde; entre les deux, le promontoire, éloigné de L\ à 5 millimètres de la membrane 'mpanique; en dessous, le relief du limaçon ; et enfin, tout à fait en avant, l'orifice supérieur de la trompe d'Eustache dont le pavillon s'accole à l'apophyse slyloïde. Cette cavité, très grande chez le bœuf, par suite du développement énorme des cellules mastoïdiennes, se trouve divisée, chez le chat, en deux comparlimenis inégaux , au moyen d'une lame osseuse mince, perforée et parallèle au cercle du tympan : l'un d'eux, l'externe, contient la chaîne des osselets ; l'autre, plus grand, correspond à la fenêtre ronde ot à une moitié de la saillie du limaçon.
Entre la membrane du tympan et la fenêtre ovale, s'étend la chaîne tympanique composée de quatre osselets articulés : le marteau, l'enclume, le lenticulaire et l'étrier. Le premier, courbé sur lui-même presque à angle droit, est fixé par
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son manche à la membrane du tympan ; il s'arlicule par une large surface de son extrémité renflée avec renclume. Ce second osselet, silué dans la région la jilus élevée de la caisse, porte en avant une éminence terminée en pointe, et en arrière une seconde éminence plus longue et plus courbée que la première, pour se mettre en rapport avec le lenticulaire. Celui-ci, très petit, déprimé, se trouve au niveau môme du promontoire. Enfin, l'étrier, logé dans l'excavation de la fenêtre ovale, olfre un polit disque sur lequel repose le lenticulaire, et à son extrémité opposée un iiutre disque bien plus grand, destiné à fermer ;i peu près complètement la fenêtre vestibulaire.
Ces osselets sont pourvus de petits muscles sur l'existence et le nombre desquels on n'est pas encore bien fixé. Cuvier en décrit quatre : trois pour le marteau et un pour l'étrier ; de Blainville et Brescliet, deux seulement. Les solipèdcs en possèdent deux très distincts et pourvus d'une partie charnue assez considérable. Le premier, ou le muscle interne du marteau, est allongé, cylindroïde, couché dans unescissurc sur le trajet de l'aqueduc de Fallope, au bord antérieur de la cavité tympanique. .11 naît près de l'orifice de la trompe d'Eustache en confondant ses fibres avec celles du stylo-pharyngien, et va se terminerpar un petit tendon à l'apophyse aiguëdu col du marteau. Son action est évidemment de tirer le premier osselet vers le rocher, et par conséquent de tendre la membrane du tympan. Le muscle de l'étrier, très court, renflé, charnu et très rouge à sa base, est logé dans une profonde excavation au-dessus du promontoire, puis recouvert d'une lame fibreuse qu'ilfaut détruire pour l'apercevoir. Son tendon, pourvu d'un noyau osseux mlliaire, |)asse sur une éminence grêle eu arrière de la fenêtre ovale, et vient s'insérer à la branche postérieure de l'étrier, tout près du lenticulaire. Quant aux muscles exierncs et antérieurs du marteau, ils existent réellement : l'un vient s'insérer tout près de l'interne, et l'autre à une pointe aiguë de l'extrémité renflée du premier osselet, mais ils sont entièrement tendineux, ainsi que M. iMiiller l'a vu chez l'homme. Dans les ruminants, le muscle tenseur du tympan est énorme, conique et enfoncé dans une excavation antérieure à la fenêtre ovale; le muscle de l'étrier, également très considérable, oITre à l'extrémité terminale de son tendon une ossification un peu plus grande que celle du cheval (1). Ces deux muscles, qui sont encore très développés dans le chien et le chat, paraissent les plus essentiels à l'audition. C'est bien h torique Al, iMagendie et Dugès ont dit (pi'ils étaient remplacés, dans les mapimifères autres que les singes, par des brides élastiques et tendineuses faisant l'office de muscles en contraction permanente.
Sur un plan plus interne que la caisse du tympan, se trouvent plusieurs cavités communiquant les unes avec les autres et constituant par leur ensemble le labyrinthe osseux ; ce sont : le limaçon, le vestibule et les canaux semi-circulaires.
Le limaçon ou cochlée, dont la base est située en haut et en arrière, au niveau delà fenêtre ronde, forme par sa paroi externe une légère saillie oblique dans la cavité tympanique. 11 est divisé en deux compartiments par une lame spirale, osseuse du côté de l'axe sur lequel elle s'enroule, et membraneuse à la circonférence, lame qui décrit trois tours dont le premier est beaucoup plus grand que les deux
(1) Dugès signale ces concrétions sésamoïdcs dans les muscles de I;i cliaiiie lympunique (la bœuf et du rlicvnl. {Trailé de phyaiolof/ir mnipnire, I. I, \^. 1S3.)
auli'cs. Le comparlimciil supérieur ou la rampe veslil)ulaire communique avec l'inférieur ou rampe tympaniqne, près de la pointe du limaçon. Leur intérieur est rempli |)ar un Iluide séreux, transparent, immédiatement en contact a vecles nom hreiiscs divisions nerveuses étalées à la surface de la lame spirale. Ce fluide est de même nature que celui qui baigne les parties molles renfermées dans le vestibule et les canaux semi-circulaires.
Le vestibule, placé eu regardde la fenêtre ovale, constitue une cavité en coquille recourbée sur elle-même, communiquant inférieurement avec le limaçon et recevant en bant les orifices des canaux semi-circulaires.
Ceux-ci peuvent être distingués, cbez les solipèdes, en externe, interne et postérieur. Le canal externe, le plus petit, est, vertical et presque parallèle à la face externe du rocher. L'interne, moins vertical que le précédent, est oblique du côté du crâne; enfin, le postérieur, à peu près horizontal, dirige sa convexité en arrière. Ces trois canaux viennent s'ouvrir par quatre orifices dont deux doubles au-dessous et en arrière de la fenêtre ovale, pour le canal postérieur, la branche inférieure du canal interne et l'inférieure de l'externe ; les deux autres, simples en dessus et en avant de cette fenêtre, pour les branches supérieures des canaux externe et interne.
Le labyrinthe membraneux, composé de trois tubes, de l'ntricule ou sinusmédian, et du sac, est contenu dans les canaux semi-circulaires et le vestibule, qu'il ne remplit pas complètement. I/espace laissé entre ces parties molles et les parois internes du labyrinthe osseux est occupé par un fluide séreux, limpide, connu sous le nom de lymphe de Cotiigno ou périlymplie .
Les tubes membraneux des canaux semi-circulaires n'ont pas le même diamètre que ces canaux. Leur surface externe est séparée des parois de ces derniers par la périlymphe qui existe en grande quantité dans la cavité veslibulaire. A leurs extrémités, ils se dilatent pour former des ampoules et s'ouvrir dans l'utricule. Leurs parois, extrêmement minces, sont pénétrées par des divisions nerveuses anastomotiques très ténues, destinées à recevoir l'impression des ondes sonores; enfin, leur cavité est pleine d'un liquide communiquant avec celui de l'utricule et du sac.
L'utricule, ou sinus médian, est la pocheà parois presque transparentes qui occupe la partie supérieure du vestibule et reçoit les orifices des tubes semi-circulaires. Sa cavité est pleine de liquide, et ses parois, pénétrées par une infinité de filets nerveux, oiïrent à leurfiice interne un petit amas de poudre calcaire signalé par Brescliet, et liés apparent chez le clieval et les animaux ruminants. Au-dessous de l'utricule, entre elle et le limaçon, se trouve la petite cavité connue sous le nom de sac ou saccule, contenant un liquide semblable à celui de la première poche avec laquelle elle paraît communiquer par une petite ouverture.
L'appareil de l'audilion, ainsi constitué chez les mammifères, n'oiïre pas, à beaucoup près, dans tous les animaux, le même degré de complication. Sa partie fondamentale, qui persiste alors que tous les accessoires disparaissent successivement, consiste en mie poche à parois membraneuses dans lesquelles s'épanouissent les ramifications terminales du nerf auditif. Cette poche pleine de liquide, réduite à sa plus simple expression dans la plupart des mollusques et des articulés, s'entoure déjà, chez les céphalopodes, d'un réservoir cartilagineux, et laisse voir dans sa cavité des concrétions solides plus ou moins volumineuses. Ciiez les poissons, il n'y a en-
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cote ni cavité lynipaniqiie, ni limaçon, mais il y a nn vcstilmlc conlcnant des concrétions calcaires, et de plus, un, deux, ou trois canaux semi-circulaires. Chez K's reptiles, ou du moins chez une partie d'entre eux, il ya, entre le \estil)ule el les tanaux, une caisse du tympan, des osselets et des fenêtres. Enfin, chez les oiseaux ajjparaissent, avec quelques dillerences, toutes les parties qui caractérisent l'appareil auditif des mammifères; seulement la chaîne des osselets y est plus simple, et le limaçon tubuloux n'y est point tordu en spirale, ni divisé en deux rampes par une lame ostéo-membraneuse.
Mécanisme do l'audition. — L'appareil auditif, dont je viens de rappeler la disposition essentielle, est impressionné par les mouvements vibratoires produits dans les corps, propagés dans l'airet transmis aux parties profondes où s'épanouissent les dernières divisions du nerf acoustique.
Tous les corps, solides, liquides ou gazeux, sont susceptibles de vibrer et, par conséquent, de devenir sonores. Les solides el les gaz jouissent surtout de celte faculté.
Les vibrations qui donnent nai.ssance au son résultent d'un déplacement oscillatoire des molécules d'un corps. Dès que ces molécules ont été déplacées, soit par leur rapprochement, soit par leur écarteinent, elles tendent à revenir à leur situation normale, et en y revenant elles la dépassent, d'où une série d'oscillations comparables à celles du pendule. Celles-ci peuvent se développer dans l'air ou être communiquées à ce fluide par le corps dans lequel elles s'effectuent, sans que leur nature éprouve de modification.
Les oscillations moléculaires donnent lieu à la formation d'oiidcs sonores dites : shUionnaires, quand elles sont circonscrites dans des limites déterminées ;p'or;rexsives, quand elles s'étendent graduellement du point ébranlé aux parties de plus en plus éloignées. On les appelle ondes de condensation si elles résultent du rapprochement des molécules; ondes de dilatation, si elles proviennent de leur écartement ; ewùn, ondes d'inflexion, si elles produisent;! la surface d'un corps une série d'élévations et de dépressions alternatives. Leur caractère dépend, non seulement du genre de mouvement imprimé aux cor|)s, mais encore de la forme de ces derniers. Dans une sphère, il s'effectue des ondes raréfiées alternant avec de« ondes dilatées ; dans une lame métallique, dans une corde, des vibrations longitudinales et des vibrations transversales; à la surface d'un liquide, des ondes d'inflexion; au sein de l'atmosphère, des ondes progressives, etc.
Les ondes sonores se propagent dans l'air avec une vitesse de 3/4O mètres par seconde; elles s'entrecroisent sans se confondre, et sont réfléchies par les corps solides d'après les lois de la réllexion du calorique et de la lumière.
Tous les mouvements vibratoires ne sont pas susceptibles d'impressionner le sens de l'ouïe. Quand ils sont très lents, ils n'ont plus de sonorité. Les recherches des physiciens ont démontré que les vibrations ne deviennent sonores qu'autant que leur nombre s'élève au moins à 35 par seconde. De leur amplitude et de la difl'érence qui existe entre les ondes dilatantes el les ondes condensantes, dépend 1'/»tensilé du son qui peut être modifié par plusieurs causes. De leur nombre dans un temps donné dépend \d /lauleiir du son: les sons graves lésullent d'un petit nombre de vibrations, et les sons aigus d'im nombre plus considérable. Le tind/ir est une
2û/l DES SENSATIONS.
qualité du sou, doiu la cause n'est pas encore parfaitement déterminée. Il varie à l'infini suivant la nature des corps qui \ilji-oiU et le motle de vibrations qu'ils produisent.
Les ondes sonores développées dans l'atmosphère se propagent aux organes de l'audition, d'après les lois ordinaires de leur propagation dans les milieux solides, liquides ou gazeux. Suivons-les successivement jusqu'aux parties les plus profondes de l'appareil.
L'oreille externe ou le pavillon reçoit les ondes, les rassemble et les transmet au conduit auditif. D'abord ce cornet les rassemble, et d'autant mieux qu'il est plus large et plus évasé ; ensuite il en inflécliit une partie sur ces courbes les plus légères ; enfin, il réfléchit vers la membrane du tympan celles qui viennent frapper ses inégalités les plus saillantes. L'influence que peuvent avoir sur son rôle de transmission ses variétés de forme et de direction sont difficiles à apprécier. A cet égard, il faut remarquer queles animaux qui ont l'ouïe délicate, ont généralement les oreilles plus ou moins droites, et que ceux qui cherchent à écouler redressent cette partie, si elle est inclinée. Elle est d'autant plus favorablement disposée pour recueillir les ondes, que son ouverture est tournée du côté par où elles viennent. Aussi, dès que l'animal entend du bruit, il porte les oreilles dans le sens où ce bruit paraît lui arri- •ver, afin d'en mieux reconnaître le point de départ et la direction. Le cheval aveugle, qui ne juge plus des objets à dislance que par l'ouïe et l'odorat, a les oreilles presque constamment agitées. Les animaux qui poursuivent une proie les ont dirigées en avant; ceux qui fuient les ont, au contraire, tournées en arrière, du moins dans la plupart des cas, ainsi que les naturalistes en ont fait l'observation. Cette partie n'a, du reste, qu'une importance très accessoire, car elle manque dans la taupe, les célacés, les oiseaux, et tous les vertébrés inférieurs, dont quelques uns cependant ont l'ouïe très fine. Les inconvénients qui paraissent alors résulter de son absence sont compensés probablement par des dispositions anatomiques favorables à l'audition.
Les ondes que le pavillon de l'oreille a rassemblées sont transmises par le méat auditif à la membrane du tympan, soit directement, soit aprèsavoir éprouvé diverses * inflexions et réflexions sur les courbes et les inégalités de la conque. Elles ont très peu de chemin à faire dans les espèces dont le conduit auditif est court, et dans celles où il est remplacé par une simple ouverture au niveau de la membrane tympanique, comme on le voit chez le chien, le chat et d'autres carnassiers. Elles parcourent un trajet plus considérable chez les solipèdes, les grands ruminants et plusieurs pachydermes, tels que le porc et le sanglier, qui ont le méat auditif très allongé, courbé sur lui-même, et parfois strié suivant le sens de sa longueur. Ce conduit, de même que le pavillon, transmet les ondes directement, ou bien il les infléchit s'il est courbé, et les réfléchit en partie si elles lui parviennent obliquement. De plus, quand il est osseux, il vibre lui-même et communique ainsi ses propres vibrations au cercle du tympan, et par conséquent à la membrane tympanique. Il agit alors comme toutes les autres parties du crâne, qu'elles soient pleines ou creusées de sinus aériens.
Les ondes sonores, une fois parvenues dans le fond du méat auditif, frappent la membrane du tympan et la font entrer en vibrations. Celle-ci, toujours oblique, relativement h l'axe du conduit, forme un angle très aigu avec cet axe chez le cheval
DË l'audition. 205 et les ruminants. Elle éprouve des vibrations qui tloniionL lieu, comme celles de toutes les membranes tendues, à des ondes d'inflexion elà des ondes de condensation : les premières, résultant du choc opéré à sa surface ; les secondes, des mouvements qui lui sont communiqués par l'intermédiaire des parties solides de l'oreille. L'aptitude de la membrane du tympan h vibrer dépend de sa tension. Savart a constaté que le sable fin éparpillé sur une membrane est projeté plus loin quand elle est lâclic que quand elle est tendue, et il a conclu de ce fait que la tension de la membrane tympanique, au lieu de renforcer le son, ne sert qu'à l'affaiblir. Wiiller* qui partage la même opinion, fait remarquer que lorsqu'on tend la membrane en faisant une forte expiration, alors que le nez et la bouche sont fermés, l'audition devient très imparfaite. Cette tension affaiblit les sons graves, d'après les observations de "NVollaston, mais elle est moins défavorable h la transmission des sons aigus. Elle peut être augmentée par la contraction du muscle interne du marteau, si volumineux dans les ruminants, les carnivores, et même les animaux solipèdcs. Celte contraction que l'on a assimilée à celle de l'iris et des paupières, est mise enjeu par une action réflexe des centres nerveux. Elle serait même volontaire selon Fabrice d'Aquapendente et i^liiller (1), et aurait pour but d'éviter l'impression pénible de sons trop intenses. Son usage, pour M. Longet, est seulement de maintenir la membrane à un état convenable de rigidité, et d'empêcher qu'elle ne se détende sous l'influence des variations hygrométriques de l'atmosphère.
On a voulu attribuer aux variétés dans la forme et la direction de la membrane du tympan les différences d'aptitude des animaux à être imprcs.sionnés , les uns très fortement par les sons graves, les autres au contraire très vivement par les sons aigu.s. Il paraît, en cfl"et, que les membranes larges conviennent aux .sons graves, et les petites aux sons aigus. I\Iais on ne voit pas bien comment une différence de quelques millimètres dans la largeur du tympan peut sufTire à changer l'impressionnabilité des animaux pour tels ou tels sons. De même, on ne découvre |)as bien l'influence que peut avoir sur cette faculté une forme circulaire ou plus ou moins elliptique. Toutefois il est à noter que chez les solipèdcs la membrane est très elliptique; qu'elle l'est beaucoup moins chez les ruminants et les carnivores, et à peu près ronde dans le porc. I,a brebis, qui l'a ellipsoïde, s'est montrée très sensible aux sonsgraves, dans les expériences de Kœrner ; l'éléphant et le lion seraient, d'après Cuvier, plus impressionnés par ces derniers que par les sons aigus. Le lion entrerait même en fureur sous l'influence des sons très graves, et resterait indifl^érent aux autres. Cette impressionnabilité, très variable, peut bien tenir à d'autres causes que celles qui ont été indiquées, puisqu'elle a ofl'ert des caractères opposés chez des animaux dont la membrane du tympan avait une forme et une étendue à peu près semblables.
La membrane du tympan n'est point tout à fait indispensable ;» l'audition. Esser (2) a vu des chiens chez lesquels elle avait été détruite artificiellement continuer à entendre. Plusieurs même avaient acquis une telle sensibilité, que certains bruits leur
(1) Manuel de physiologie, 2" édit., I. Il, p. 432.
(2) Miim. sur les fonctions des diverses parties do l'organe auditif {Archives générales de médecine, 1834, t. XXVI, p. 303 et4G3).
an-achaiuiil (l(;s liui lcmciils plaintifs. M. Floureiis (1) l'a enlevée complclcinenl à des pigeons dont l'ouïe n'a i)as éprouvé d'an'aiblisseinent sensible. Elle manque, du reste, dans plusieurs reptiles où elle est remplacée par la peau qui passe sur le méat auditif.
Les vibrations produites dans la membrane du tympan se Iransmellenl, d'une part à la cbaîne des osselets, cl de l'autre à l'air qui remplit la cavité tympaniquc. La chaîne des osselets, lixéepar une de ses extrémités à la membrane du tympan, et par l'autre à la fenêtre vcslibulaire, constitue la voie la plus essentielle de la propagation des ondes sonores aux liquides du labyrintiie. L'air du tympan n'est qu'une voie accessoire destinée à les propager à la fenêtre ronde.
La chaîne tympaniquc, tout à fait libre à son pourtour, ne trouve pas autour d'elle d'obstacle à ses vibrations. Formée par de petits os très denses, elle transmet les ondes, comme le font tous les corps solides, et elle le fait aussi bien que si elle n'était composée que d'une seule pièce. Les vibrations de la membrane du tympan se communiquent au manche du marteau, passent à l'extrémité rendée de cet osselet, el de là à l'enclume et au lenticulaire ; puis se divisent dans les deux branches de l'étrier pour se réunir enfin de nouveau à la platine de ce dernier qui les propage aux fluides du labyrinthe par l'intermédiaire de la membrane qui ferme la fenêtre vestibulaire. Les ondes qui se propagent dans les osselets sont, d'après ."\Iiillcr, des ondes condensantes. Elles auraient le même caractère si la chaîne était formée d'un seul os, ou si, au lien d'être coudée en divers sens, elle eût été tout h fait rectiligne. L'utilité de plusieurs pièces osseuses, de leur direction sinueuse, de leurs formes si variées, reste problématique. Elle remplit parfaitement son office chez les batraciens où elle ne se compose que de deux pièces, et chez les oiseaux (2) où il n'y en a qu'une seule, formée, à la vérité, de deux branches pourvues de petites apophyses cartilagineuses.
La chaîne des osselets, outre son rôle de transmission des ondes sonores, a encore pour ofTice de régler la tension de la membrane du tympan et celle de la lame membraneuse qui obture la fenêtre ovale. Cet usage, qu'on ])ourrait- croire peu important, puisqu'il ne peut être rempli dans certains animaux, la baleine, par exemple, où le marteau ne vient pas se mettre en rapport avec la membrane du tympan, n'en est pas moins réel, surtout chez les espèces qui possèdent des muscles. Et nous avons vu que tous nos animaux domestiques ont le muscle interne du marteau et celui de l'étrier composés d'une quantité considérable de fibres charnues. Ces muscles peuvent, conséquemmenl, en se contractant, imprimer divers degrés à la tension des membranes du tympan et à la fenêtre ovale.
La fonction des osselets étant très importante, on conçoit que leur dcslrnclioii doit afl'aiblir beaucoup le sens de l'ouïe. On a observé, en elTet, que leur chute rend chez l'homme l'audition très im.jiarfaite ; mais comme cette chuic s'accompagnt d'autres lésions, il est assez dillicilc de faire la part exacte des troubles qu'elle cn - • traîne. Les expériences de iM. Flourens, faites sur des pigeons, ont montré que la
(1) Rechevches expér. sur les prop.cL /c.s'/Wiid. du sysl. nerv., 2'cilil,, ji. -li l cl suiv.
(2) Breschcl cl d'aulrcs rclrouvenl cependant ihez ces animaux l'analogue des quatre osselets des maniniifèrcï.
oli l'audition. 207 dosiriiclioii lolale de la chaiiie alFaiblissait beaucoup l'audiliou, laiuli.s que sa desli uclion pailiellc (l'étrier étant conservé) ne l'affaiblissait pas très sensiblement.
La seconde voie que la cavité lynipanique oiïre à la transmission des ondes sonores, (•si l'air qu'elle l enferme. Cette cavité, plus ou moins vaste, simple ou divisée en plusieurscompartimenls, à parois tantôt unies, tantôt anfraclueuses,jouepar leduidc ([u'elle contient un rôle qui n'est pas tout à fait accessoire. D'abord, elle isole les osselets, et lesmeldans les meilleures conditions possibles pour qu'ils puissent effectuer sans affaiblissement et sans diffusion la transmission des ondes. Sans la présence de l'air dans son intérieur, « la membrane du tympan et les osselets ne pourraient remplir leur destination. Sans elle, les vibrations de la membrane ne seraient pas libres, et les osselets ne seraient pas isolés comme ils doivent l'être pour effectuer une transmission concentrée (1). » La cavité lynipanique, si vaste dans certains animaux, tels que les grands ruminants, si restreinte dans d'autres, est toujours en communication avec l'arrière-bouclie parle moyen d'un tube cartilagineux ou membraneux qu'on appelle la trompe d'Eustache.
Sa fonction la plus essentielle est de permettreà l'air delà caisse de se renouveler et de se mettre en équilibre de pression avec l'air extérieur. Sans cette communication, lorsquela pression atmospliérique augmenterait, la membrane serait refoidée du côté de la caisse, et celte membrane serait poussée en sens inverse lors(|ue l'air du tympan viendrait à se raréfier. Dans les deux cas, l'audition deviendrait difficile, ainsi qu'on peut s'en assurer sur soi-même, en faisant une inspiration ou une expiration profonde, après s'être fermé le nez et la bouche. On a attribué encore d'au- ! très fonctions à la trompe. Esser a prétendu qu'elle était indispensable pour que l'air de la caisse pût entrer en vibration, mais c'est une erreur, puisque ce fluide vibre parfaitement dans un espace fermé. Quelques physiologistes ont pensé qu'elle .servait à faire entendre à l'animal sa propre voix. Sans doute, lors de la phonation, les ondes sonores produites dans le larynx et le pliarynx peuvent se transmettre à la caisse par les trompes, maison ne voit pas que cette propagation directe soitbicn utile, dès l'instant que les vibrations aériennes, une fois développées, viennent frapper l'oreille, comme si elles avaient pour point de départ la voix d'un autre animal. Millier croit la trompe susceptible d'accroître la résonnancc. Ses énornics dilatations, qui, chez les solipèdes, forment les poches (jutturules, ont des usages tout à fait inconnus. Les vétérinaires qui ont eu occasion d'observer des cas de réplétion de ces poches par le pus n'ont pas noté de troubles de l'audition dans celle circonstance. Il est très remarquable que les solipèdes seuls possèdent ces diverticulum avec des trompes déjà très larges, tandis que les ruminants ont une lrom])c courte et excessivement étroite.
Ainsi, dans la caisse tympaniquc, les ondes sonores sont propagées par l'air et surtout parla chaîne des osselets aux cavités labyrinthiques. La chaîne les Iraiismcl à la fenêtre ovale, et l'air à la fenêtre ronde. Ces deux ouvertures ont donc chacune un office bien déterminé. A la première, c'est la platine de l'étrier qui communique les vibrations au liquide du vestibule par l'intermédiaire de la lame périostique qui tapisse la cavité vestibulaire ; car il n'y a pas, à proprement parler, de membrane
[\) Mullcr, Manuel do physiologie, 2" édil. , t. 11, p. 42^.
spécinlc pour fermer celle fenCirc que la partie évasée du quatrième osselet remplit exaclcmcnt. A la seconde, c'est l'air qui fait vibrer une membrane mince que Scarpa appelait le tympan secondaire. Cette dernière paraît moins importante que l'autre, puisque les ondes sonores sont surtout transmises i)ar les osselets, et qu'elle manque dans les grenouilles qui, cependant, possèdent une cavilé tympanicpie. La perforation de la membrane de ces fenêtres alVaiblit l'audilion chez les oiseaux, d'après les expériences de iM. Flourcns, mais elle la laisse persister.
Voilà donc les vibrations parvenues au liquide qui remplit le labyrinthe. Cellesci, une fois produites dans le vestibule, le limaçon et les canaux semi-circulaires, impressionnent les ramifications du nerf auditif épanouies dans les parois du labyrinthe membraneux, ou à la surface de la lame spirale de la cochlée.
Le vestibule est la partie la plus essentielle du labyrinthe, c'est la dernière qui subsiste après la disparition du limaçon, des canaux semi-circulaires et de la cavité tympanique. Les vibrations imprimées à la périlymphe qui baigne le sac et l'utricule se comnnmiquent au liquide qui remplit ces parties membraneuses et agissent sur les filets nerveux ramifiés dans ces dernières, Lesdivisions ultimes du nerf auditif se trouvent ainsi dans d'excellentes conditions pour être impressionnées par les ébranlements les plus légers qui peuvent, du reste, devenir plus sensibles, par suite du contact de ces divisions avec les corpuscules calcaires désignés sous le nom (i'oloconies depuis les recherches de Breschel.
Les canaux semi -circulaires, que certains auteurs ont cru destinés à reconnaître la direction des sons, paraissent avoir pour usage probable de renforcer ces derniers. Ils sont en eiïet très développés, suivant les observations d'Esser, dans les animaux, tels que la taupe et les oiseaux qui manquent de pavillon auriculaire. Scarpa les suppose chargés de rassembler les ondes sonores développées dans les os de la tête. Quelques uns leur attribuent en outre la faculté d'accroître la résonnance, ce qu'ils feraient beaucoup mieux s'ils étaient remplis d'air. Leur section, qui est très facile chez les oiseaux, où ils sont simplement entoures de tissu spongieux, n'abolit point l'audilion. M. Flourens a vu qu'à la suite de cette section, les pigeons coiilinuaient à entendre, et que même leur impressionnabilité s'exaltait au point de rendre douloureux certains bruits peu intenses.
Le limaçon, bien qu'il manque à des animaux pourvus de vestibule et de canaux semi-circulaires, n'est pas une partie moins importante à l'audilion que ces derniers. Il semble même, d'après les expériences de M. Flourens (1), qu'elle soit la plus essentielle de toutes, car sa destruction abolit complètement la sensation auditive qui est seulement très aiïaiblie après la destruction du vestibule et des canaux semi-circulaires. Le limaçon, étant plein de liquide et communiquant largement avec le vestibule, reçoit les ondes sonores à la fois par l'intermédiaire de la fenêtre ronde, et par celui du liquide veslibulaire (|ue l'élrier a mis en mouvement. Son liquide et sa lame spirale en vibrant impressionnent les divisions nerveuses élaléesà la surface de la lame ostéo-membruneuse qui partage cette cavilé en deux rampeS contournées à peu près égales.
Telles sont les propriélcs acoustiques des diverses parties de l'oreille, et tel est
(1) Ouvrage cilc, p. 433.
DE l'audition. 209 le mode de iraiisinissioii des ondes sonores depuis le pavillon jusqu'aux dernières divisioiisdu nerf auditif. Par le rapideexposc qui précède, on voit que les ondes rassemblées par la con(|uc sont transmises au méat auditif A (lig. 4 2) qui les conduit à la membrane du tympan B. De celle-ci, elles se communiquent d'une parla la chaîne des osselets (;, D, E, F, et, d'autre part, à l'air de la caisse G. La chaîne des osselets les propage à la fenêtre ovale H, eipar suite, au liquide et aux parties molles du vestibule I, d'où elles s'étendent aux canaux semi-circulaires .1, K, L, el au limaçon M. L'air de la cavité tympaniqne transmet ces ondes à la membrane de la fenêtre ronde
Fig. 12.
Fig. 12, — Oreille droite du cheval {coupe verticale transverse vue par la face postérieure).
J. ConJail auililil.
li. ]Mcni))r.iiie du lyinpail.
<'r. Cuvile tyni|>uiii(|uc et rel liiles nuiblonlieiiiies,
C, Bliirlcuu.
D. Eiii-liimc.
E. Leiiliciilaiic.
y. Eliicr.
jV. l'cnrhe roiule.
Jl. I'cin;(re oViile.
M, Liniu^oii.
l. Vnsliliiili-.
J, Ciinal scmî-ciiTuliiiio externe ou aiite'i'iciii'.
K Canal sc!ini circulaii e interne.
/.. Coiial sunii circulaire postérieur.
qui, à son tour, les fait passer au liquide du limaçon d'abord, puis à relui des autres parties du labyrinthe qui communiquent toutes entre elles. Les ondes sonores une lois arrivées au liquide du labyrinthe, impressionnent les ramifications nerveuses étalées sur la lame spirale de la cochlée et dans les parois du sac, de l'utriculc cl
(les lubes luembiaiieuîi qui reiifeiineiiL les canaux semi-circulaires. Enfin, de cette impression résulte la sensation auditive.
La sensation produite par les ondes sonores dépend donc des ébranlements communiqués aux nerfs auditifs par les fluides du labyrintbc. Ces ébranlements élaui susceptibles de varier à l'infini parleur intensité, leur nombre, dans un temps donné, .leur vitesse et leur mode de propagation, on conçoit que l'impression auditive puisse avoir une infinité de nuances.
En effet, celle-ci peut résulter d'un son grave déterminé par 30 à 35 vibrations, ou d'un son aigu de plusieurs milliers de mouvements vibratoires eu une seconde; elle peut dépendre d'un son unique ou de plusieurs sons simultanés, variables par leur liauteur, leur timbre et leurs autres propriétés acoustiques.
Bien qu'il ne nous soit pas possible d'analyser cette sensation chez les animaux, nous pouvons, jusqu'à un certain point, lui reconnaître la plupart des caractères qu'elle présente dans notre espèce. En effet, ils distinguent la direction du bruil, comme le prouvent les mouvements de leurs oreilles et le sens de leur fuite ; il apprécient peut-être aussi la distance des lieux d'où les sons proviennent, puisque cette appréciation leur est utile pour calculer l'étendue du danger qui les menace cl régler la rapidité de leur course ; ils discernent les sons graves des sons aigus, puisque quelques uns sont vivement impressionnés par les premiers et indifférents aux seconds; ils ont le sentiment du timbre ; on les voit distinguer sûrement la voix de l'homme de tout autre bruit, et la voix des animaux de leur espèce de celle des espèces différentes. Ils sont affectés par les diverses inflexions de la parole humaine ; le bœuf, le chien, par exemple, ne confondent point la voix qui les flatte avec celle qui les menace; les oiseaux qui apprennent si bien à chanter, et qui exécutent des airs souvent compliqués, ceux qui parviennent à imiter la voix de l'homme, ne le feraient pas s'ils étaient insensibles à l'harmonie et incapables de démêler les tons de l'échelle musicale. Quelquefois, cependant, l'impression du timbre et des modulations n'est pas tellement sûre qu'ils ne puissent être trompés. Le chasseur à l'aide de ses pipeaux simule assez bien le cri de la chouette pour que les petits oiseaux s'y méprennent aisément. Le gamin qui miaule, fait tomber dans la même erreur le chat dont l'ouïe est pourtant si délicate.
La sensation auditive est, du reste, plus ou moins exquise suivant les espèces. Certaines d'entre elles ont l'ouïe dure ; d'autres l'ont très fine, et parmi ces dernières se trouvent d'abord les espèces timides qui ont besoin d'être averties à temps de l'approche de leurs ennemis et d'en reconnaître toutes les démarches, comme les espèces carnassières, qui n'ayant pas l'odorat assez fin pour découvrir leur proie par ses émanations, ni la vue assez perçante pour la distinguer à de grandes distances, doivent arriver à ce résultat par le secours d'un autre sens. Toutefois, si obtuse qu'elle soit, elle dépasse encore généralement l'ouïe de l'homme. Chacun sait comment le moindre bruit éveille le chat, tire de leur assoupissement le bœuf, le cheval et le porc. Il faut aussi qu'elle ait quelque chose de particulier chez les animaux qui vivent dans les bois pour qu'ils soient à même de distinguer les bruits (|u'ils ont intérêt à reconnaître, des échos répétés et confus qui se produisent autour d'eux.
L'ouïe ne paraît pas être, pour l'animal, le point de dépari d'un grand nombre
d'idées, lille csl, iiéaiimoius, une des voies par lesquelles ii reçoit diverses excilalioiis pénibles ou agréables. On sait quelle ardeur le bruit du cor donne au chien (le chasse, et dans quelle agitation se trouve le cheval qui entend sonner la charge. (Je que les poêles disent des ellets de la lyre d'Orphée et de la musique sur les brûles, n'est pas sans quelque réalité. 11 n'y a rien d'étonnant à ce que la symphonie plaise il certains animaux, fût-ce même au dauphin, comme Pline le raconte. Le bruit du tonnerre n'inspire-t-il pas à tous de la frayeur? et les sons graves ne font-ils pas enlrer le lion dans des accès de fureur ? Pourquoi les animaux qui ont le sentiment des diverses qualités des sons, ne seraient-ils pas impressionnés agréablement par ceux qui nous plaisent, et péniblement par les autres ?
Le sens par lequel l'homme et les animaux aperçoivent les objets extérieurs, jugent de leur couleur, de leur forme, de leur étendue et de leur dislance, est celui de la vue ou de la vision.
itiipnrcii de la vision. — Les orgaucs de la vision existent dans plusieurs animaux inférieurs, dans la plupart des mollusques, lousies articulés et les vcrlébrés. Les parties dont ils se composent offrent de très grandes variétés suivant le rang que les animaux occupent et le milieu dans lequel ils vivent. On trouve déjà dans les planaires, les astéries, lesrotifères, d'après plusieurs observateurs, des points oculaires plus ou moins distincts qui paraissent donner une sensation vague de la lumière et de l'obscurité. Ils sont déjà, dans les anuélides, fort distincts et pourvus de nerfs optiques bien caractérisés. Chez les mollusques, commencent à se montrer des yeux simples, sessiles ou portés à l'extrémité des tentacules ; chez les insectes et les crustacés, tantôt des yeux simples ou ocelles, tantôt des yeux composés ou à une multitude de facettes. Enfin, chez tons les vertébrés, existent deux yeux quelquefois imparfaits et atrophiés comme dans la taupe, le protée, lescécilies.
Ils sont logés sur les côtés de la tête, dans les fosses nommées orbituires, complètement isolées des fosses temporales chez l'homme et les siiiges, mais séparées seulement de ces dernières par une gaine fibreuse chez les autres animaux. Ils sont dirigés en avant dans l'homme, les quadrumanes, les oiseaux de proie nocturnes, latéralement dans la plupart des mammifères et des autres vertébrés. Par exception, ils sont dirigés en haut conmie dans Yurunoscope, ou d'un seul côté, comme dans les pleuronectes. Proportionnellement petits dans les très grands animaux et les espèces qui habitent des demeures souterraines, ils sont, au contraire, généralement grands chez les oiseaux, les poissons et les espèces maritimes.
L'appareil de la vision des mammifères se compose : i" d'organes de protection (orbite, gaîne fibreuse, paupières); T organes de lubrifaction (glande lacrymale, caroncule du même nom, glandcdeHarderus) ; 3° d'organes de locomotion (muscles droits, obliques, etc.); enfin, d'un organe essentiel (le globe oculaire).
L'œil, renfermé dans la cavité orbitairc, et entouré d'une gaîne fibreuse quil'isole (le la fosse temporale, est protégé en avaut par ces voiles membraneux et contractiles connus sous le nom de paupières. Constituées parla peau eu dehors, la conjonctive en dedans, et des muscles entre ces deux couches tégumenlaires, les pau-
2^2 DKS SENSATIONS.
pières portenl à leur bord libre un petit cartilage qui prévient leur plissement transversal et soutient une série de petites glandules. Le troisième de ces voiles (jui forme ce qu'on appelle le corps clignotant, est une production muqueuse pourvue à sa base d'un cartilage irrégulier et d'un coussinet graisseux. Peu développée chez l'homme, le singe et les onguiculés, en général, elle prend de l'extension chez les ruminants, les solipèdes, et devient chez les oiseaux tellement grande, qu'elle peut entièrement recouvrir le globe de l'œil.
Cet organe est humecté, lavé continuellement ou lubrifié à sa face antérieure par la glande lacrymale qui verse les larmes à la face interne de la paupière supérieure par les conduits hygrophthalmiques, d'où elles se répandent sur toute la surface de la cornée, arrivent à l'angle nasal, puis s'engagent dans les points lacrymaux, passent dans le sac, et enfin, dans le canal qui les amène à l'entrée des cavités nasales. Les glandes de Meïbomius, situées au bord libre des paupières, sont seulement préposées à la sécrétion d'une humeur onctueuse susceptible d'agglutiner les cils. La glande de Harderus que possèdent un certain nombre d'animaux, les carnassiers, les rongeurs, le porc, plusieurs ruminants et même le cheval où elle est à l'état rudimentaire sur la base du cartilage du corps clignotant, n'a pas de fonctions jusqu'ici bien connues.
Enfin, l'œil est mû dans tous les sens par différents muscles naissant dans l'orbite et s'insérant sur le globe oculaire. L'homme n'en a que six, et la plupart des mammifères en possèdent un septième qui entoure le nerf optique. Des six muscles constants, deux sont obliques et les autres droits : ils produisent par leur action combinée les mouvements si variés qu'exécute le globe de l'œil. De plus, en tirant cet organe vers le fond de l'orbite, ils donnent lieu à la compression du coussinet du corps clignotant, et déterminent par suite la projection de la troisième paupière en avant du globe oculaire.
pose, d'une part, de plusieurs membranes capsulaires contenues les unes dans les autres, destinées à renfei mer des humeurs transparentes, et à donner, dans une certaine mesure, passage aux rayons lumineux; d'autre part, de milieux parfaitement diaphanes pour réfracter la lumière; enfin, d'une expansion nerveuse chargée de recevoir l'impression de cette dernière.
Sa forme est à peu près sphéroïde dans l'homme et les mammifères qui vivent à la surface du sol. Le globe qu'il constitue est aplati antérieurement chez les poi.ssons, et un peu conique dans le mémesenschez certains oiseaux. Voici, d'après Cuvier (1), (I) Analomie comparée, t. III, p. 390.
DE LA VISIOX. 213
un lahleau qui indique, pour quelques animaux, le rapport existant entre le diamètre antéro-postérieur ou l'axe de l'œil, et le diamètre transversal.
Animaux. axe. diasiktre inANsvEnsAu
Chien :: 2i : 2:i
Loup :: 5" : jI
Lyux :: 1 : I
Phoque :: 6:; : 7i
Marmotte :: 05 : 68
Castor :: 50 : 51
Chamois :: 04 : "0
Bœuf :: 20 : 21
Cheval :: 21 : 25
Kléphant :: 9 : 12
Balciue :: (i : Il
Tv'enveloppe la plus externe du globe oculaire est constituée en avant par la cornée transparente, et en arrière par la sclérotique.
La cornée transparente , qui ferme antérieurement, à la manière d'une vitre, l'appareil d'optique représenté par le globe de l'œil, a une courbe appartenant à une sphère d'un diamètre plus petit (|ue la sphère de la sclérotique, et qui est susceptible de varier un peu par l'action des muscles. Sa circonférence, au lieu d'être circulaire et elHpsoïde, est allongée transversalement dans le cheval et les ruminants. Cette membrane, composée de plusieurs lames superposées, est recouverte, à sa face externe, par la conjonctive devenue mince, transparente et sans vaisseaux apparents. Celle-ci est, par accident, quelquefois pourvue de poils dont la présence est constante chez certains animaux, le ratzemni, par exemple; elle est remplacée par la peau chez les reptiles et les poissons.
La sclérotique constitue la plus grande partie de l'enveloppe externe de l'œil. C'est une membrane blanche, opaque, résistante, adaptée en avant avec la cornée, et percée en arrière pour le passage du nerf optique. Elle est fibreuse dans la généralité des animaux, pourvue antérieurement d'un cercle d'écaillés osseuses chez les oiseaux, et en arrière, de plaques osseuses ou cartilagineuses chez les poissons. Sa face interne répond à la choroïde, et l'externe donne implantation aux muscles droits et obliques.
En dedans de la sclérotique, se trouve la choroïde, membrane mince, opaque, noire ou diversement colorée, composée d'un réseau de vaisseaux fins renfermant dans ses mailles une matière colorante qui disparaît chez les albinos et laisse à cette membrane une teinte rosée fort remarquable. Elle offre dans les mammifères, du côlé ojiposé à la terminaison du nerf optique, une tache brillante, plus ou moins étendue, à reflets métalliques. Cette tache, désignée sous le nom de tapis, est vert doré chez le bœuf, bleu argenté chez le cheval, la chèvre, les cerfs, jaune doré pfde chez le lion et le chat (1), C'est lui, qui en réfléchissant fortement la lumière dans l'obscurité, donne aux yeux de certains animaux un éclat souvent si vif. Il manque il l'œil des oiseaux et des poissons.
(1) Cuvier, Aualomie comparée, l. III, 2' {'■(lit., p. ^ilS.
2lÛ DES SENSATIONS.
' La face interne de la choroïde est tapissée par \^r(Hine, meniijrane presque transparente résultant de l'épanouissement de la pulpe du nerf optique et destinée à recevoir l'impression de la lumière. Cette expansion nerveuse, qui paraît le plus souvent s'étendre jusqu'aux procès ciliaires, comme on le voit très bien à l'œil des solipèdes, ne va pas jusque-là dans tous les animaux. En général, on la voit aller d'autant plus loin que la couronne ciliaire est plus réduite. Ainsi, d'après Cuvier, elle recouvrirait la moitié seulement de la choroïde du porc- épie et le tiers de celle du lynx qui ont les procès ciliaires très grands, tandis qu'elle aurait un développement considérable dans le chamois et la corinne dont la couronne ciliaire est très étroite. Dans tous les cas, elle est libre d'adhérence à ses deux faces. Les raicrographes y ont vu trois couches distinctes : une externe granuleuse, une moyenne constituée par des fibres nerveuses, et une interne, formée de cylindres très faciles à détacher. Le nerf optique qui vient la constituer, arrive tantôt sensiblement dans l'axe de l'œil, comme cela se voit sur l'éléphant, le lynx, le phoque ; tantôt en dedans de cet axe, comme chez l'homme; ou en dehors, comme dans le cheval, le loup, le chamois, les oiseaux et les reptiles (1). Il pénètre à travers une petite ouverture, fermée elle-même, par une membrane criblée d'une infinité de trous.
L'intérieur du globe oculaire est divisé en deux grands compartiments par le diaphragme perforé qu'on appelle Viris. Cette cloison est une membrane vasculaire d'une couleur très variée, mais généralement uniforme pour tous les individus d'une espèce sauvage. Son tissu, d'une nature encore mal déterminée, lui donne une contractihté analogue à celle des muscles, ou une sorte d'érectilité qui s'explique par la quantité considérable et la disposition spéciale de ses vaisseaux. L'ouverture qu'elle présente à son centre est elliptique et allongée transversalement chez le cheval et les animaux domestiques, disposée au contraire en fente verticale chez le chat et plusieurs carnassiers nocturnes. Son bord supérieur est légèrement sinueux et festonné dans le bœuf, le mouton, la chèvre, et notamment les solipèdes où il porte de petites masses de matière colorante connues sous le nom de grains de suie. Les différentes formesde la pupille sontsansdoule appropriées aux variantes de la vision des animaux. Cependant, on ne saurait préciser leur utihté. Il est difficile de concevoir que les ruminants et le cheval, avec leur pupille ovale, ne verraient point devant eux, comme l'avance Dugès, si leur pupille était ronde.
En avant et en arrière de l'iris, existent des liquides d'inégale densité et une lentille destinés à réfracter la lumière. Ils constituent ce qu'on appelle les milieux de l'œil.
V humeur aqueuse remplit toute la chambre antérieure, c'est-à-dire le compartiment compris entre la cornée et l'iris, puis toute la chambre postérieure ou l'espace étroit laissé entre l'iris cl le cristallin. Sa densité, im peu supérieure à celle de l'eau, lui donne un pouvoir réfringent peu différent de celui de ce liquide. Elle est en très petite quantité dans l'œil des jioissons, par suite de l'aplatissement antérieur du globe oculaire de ces animaux.
V humeur vitrée, plus épaisse, plus dense que l'autre, remplit l'espace laissé
(1) Anatomie comparée, I. III, p. «29 el suiv. Cuvier dit on dedans pour W clioval, mais c'est une erreur.
cnire le cristallin, les procès ciliaires et le fond tic l'œil. Elle tstconieniie dans les inailles d'une membrane fine, iransjiarcnte, connue sons le nom de membrane /ii/a/o'tde.
Le cristallin forme une lentille biconvexe dont la moitié postérieure est plus bombée que l'antérieure. Il est spliérique, ou à peu près, chez les poissons ; presque spbérique, ou du moins très convexe sur ses deux faces dans les cétacés; enfin, il ,'st plus aplati dans les mammifères aériens, et plus encore dans les oiseaux.. Sa substance visqueuse et diaphane est enveloppée d'une capsule sur laquelle repose la circonférence interne des procès ciliaires. Par sa configuration et sa densité, il est très apte à concentrer les rayons lumineux et à remplir, par conséquent, le rôle des lentilles dans les instruments d'optique.
• Entre la rétine et le cristallin se trouve, mais seulement chez les oiseaux, certains reptiles et quelques poissons, une membrane vasculaire, très fine, analogue à la choroïde, et qu'on ap|)elle le peic/ne ou la Ooui^se noire. C'est, d'après la plupart des observateurs, une sorte de cône souvent et fortement plissé qui part de la face antérieure de la réline, traverse le corps vitré et arrive jusqu'au cristallin, sur la capsule duquel il se fixe, du moins chez un certain nombre d'oiseaux. 11 paraît servir à rapprocher, plus ou moins, le cristallin de la rétine, afin de faire varier l'étendue du champ visuel, et de permettre ainsi aux animaux qui en sont pourvus, de voir les objets à de petites, comme à de grandes dislances.
'Jelles sont les diverses parties conslittianles de l'appareil de la vision. Il reste maintenant h examiner comment cet appareil fonctionne, c'est-à-dire comment la lumière agit sur l'œil pour donner l'image des objets, la sensation de leur forme, de. leur couleur et de (juclques autres de leurs propriétés.
iHccnnisnic «le la %îsion. — L'impression produite sur l'œil par les objets extérieurs, s'elfectue par l'intermédiaire de la lumière émanée des corps sous forme de rayons divergents qui marchent toujours en ligne droite. Lorsqu'un de ces rayons tombe perpendiculairement à la surface d'un milieu transparent, il le traverse sans changer de direction. S'il y arrive obliquement, il éprouve en le traversant, une déviation connue sous le nom de réfraction. Il est l éfracté en se rapprochant de la perpendiculaire, s'il passe d'un milieu moins dense dans un milieu l)lus dense, tandis qu'il est éloigné de cette ligne dans le cas contraire. L'angle que le rayon lumineux fait alors avec le prolongement de la perpendiculaire élevée à la surface du milieu, constitue Vanrjle de réfraction. Le degré de celui-ci est en rapport avec la densité et la forme des milieux : ses variations paraissent dépendre de ce que la lumière ne traverse pas tous les corps avec une égale vitesse. Soient les rayons AR et CB tombant
sur l'une des faces d'un cube de cristal (fig. \k). Le rayon perpendiculaire
Fis. li.
traversera ce milieu sans éprouver de déviation, c'est-à-dire suivant la ligne ABD. Le rayon CB oblique, au lieu do le traverser suivant la direction CE, sera réfracté en se rapprochant de la perpendiculaire, il prendra la direction BF. Puis en sortant du cube pour passer dans l'air qui est moins réfringent que le cristal , il éprouvera une nouvelle déviation FG qui l'éloiguera de la perpendiculaire.
Si les rayons lumineux parallèles viennent à traverser une lentille bi-convexe, ils sont réfractés de la manière suivante. Soient (fig. 15) les rayons AB, CD, EF tombant à la surface d'une lentille, ^ dont les courbes peuvent cire
considérées comme formées d'un grand nombre de petites surfaces planes. Le rayon CD arrivant perpendiculairement , et dans l'axe de la lentille, n'éprouvera pas de déviation. Le rayon AB, au contraire, arrivant obliquement , se rapprochera de la perpendiculaire HB, au point d'incidence. En sortant de la lentille, il sera réfracté de nouveau et éloigné de la perpendiculaire à son point d'émergence.- Ces deux réfi aclions successives l'amèneront à rencontrer le |)remier sur un point qui est le foyer de la lentille ; il en sera de même pour le rayon EF, et il en serait encore ainsi pour tous les rayons intermédiaires. Au foyer de In lentille, les rayons lumineux s'entrecroisent, puis continuent leur trajet en divergeant à l'infini. Si les rayons lumineux partent d'un point placé à une distance limitée de la lentille, ils arrivent en diver- ^ géant à la surface de celte
dernière, mais ils sonl réfractés de la même manière que dans le cas où ils sont parallèles. Ainsi, par exemple, le faisceau conique de rayons émanés du point A (fig. 16) sera réuni au foyer B de la lentille CD, comme si tous ces rayons eussent été parallèles.
Lorsque les rayons partent d'un corps plus ou moins étendu, leur réfraction s'effectue encore suivant les mêmes lois, seulement il y a dans cette circonstance une
FiK. 1".
complication apparente dont la (ii^urc 17 donne une idée, la (lècho ABC en-
voyaut par tous ces points des rayons divergents qui forment des pinceaux ou des côneç dont la base est représentée par l'une des faces de la lentille.
Le cône du point A rassemblera les siens en F, celui du point C en U, et celui du point B en E. D'où il résulte que l'image de la flèche reçue sur un plan au point de réunion des rayons des cônes lumineux sera renversée.
Ce qui précède étant bien compris, il est facile de se rendre compte de la formalion des images dans l'œil. Si nous supposons la flèche AB (fig. 18) à une certaine distance du globle oculaire, elle enverra par chacun de ses points des pinceaux de rayons ou des cônes lumineux dont la base sera représentée par la face antérieure de a cornée. De son exlréniité supérieure partira le pinceau A, qui après avoir été suc-
lijj;. 18.
ccssivement réfiaclé par la cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin, viendra réunir .ses rayons en C. Le pinceau B sera réfracté de la même manière, et les siens se réuniront en D, de telle sorte que l'image de la flèche peinte sur la réline sera renversée. La première réfraction opérée par la cornée transparente est déjà considérable, à cause de la courbure et de la densité de cette membrane. La seconde, qui a lieu dans l'humeur aqueuse des deux chambres, est moindre; la troisième, qui s'effectue dans le cristallin, est la plus prononcée; enfin, celle du corps vitré estinlerraédiairc aux deux précédentes. L'indice de réfraction de ces divers milieux est tellement calculé, que le foyer des rayons de chaque cône lumineux se trouve à la surface de la rétine. 11 faut donc, pour que l'image peinte sur cette expansion nerveuse soit nette, que la distance qui existe entre le cristallin et le fond de l'œil soit déterminée. Si cette distance est diuiinuée, les rayons frappent la réline avant de s'être réunis ; si elle est augmentée, ils la rencontrent après s'être entrecroisés, et dans les deux cas, l'image est diffuse.
La formalion de l'image des objets sur la rétine peut être facilement mise en évidence par une expérience d'une très grande simplicité. 11 suffit pour cela de placer en avant du globe oculaire, ouvert par en haut, un objet très éclairé. On voit alors, en regardant par l'ouverture, l'image de l'objet reproduite sur la rétine avec ses couleurs et tous ses détails, mais dans de faibles proportions; un œil d'animal albinos, ou un œil dont la sclérotique a été amincie au point de devenir translucide, peut, sans être ouvert, servir à la même démonstration.
La netteté de l'image doit être un peu plus parfaite au centre que sur les bords,
parce qu'elle se fi)rinc sur une surface courbe, et psrce que es rayons provenant de la périphérie des objets ont traversé les parties excentriques du cristallin .qui leur foiit éprouver, à un laiblc degré, ce qu'on appelle Vohcrmtion de spluhùcité, aberration reudue ii peu près insigniliante par la disposition de l'iris autour du . cristallin. Néanmoins, celte uettcté est sensiblement uniforme pour les objets qui ' nt) sont ni trop éloignés, ni trop rapprochés ; elle résulte en partie de ce que les rayons lumineux, susceptibles d'être réllécliis, sont absorWs par le pigment choroïdien. Sans celle particularité, les rayons pourraient, après avoir été réfléchis, venir une seconde fois impressionner la rétine, produire l'éblouissement et rendreainsi l'image confuse. Aussi, les animaux à pigment choroïdien blanc, tels que les chats, et ceux qui ont la choroïde privée de matière colorante, comme les albinos, ne peuvent-ils supporter la vue d'objets fortement éclaii-és et voir distinctement au grand jour.
Les dimensions de l'image varient suivant la distance des objets ; elles sont d'autant plus grandes qu'ils sont plus rapprochés, et d'autant plus petites qu'ils sont plus éloignés de l'œil : la théorie l'indique et l'expérience de l'œil aminci à sa face postérieure le démontre très clairement. Ainsi j'ai constaté qu'une llèche de Zi5 centimètres de longueur donnait sur le fond de l'œil du cheval une ima<,'e de 12 millimètres à 1 mètre de distance, de 6 millimètres ù 2 mètres, de 5 millimètres à 3 mètres, de h millimètres à k mètres, de 3 millimètres à 5 mètres, de 2 millimètres 1/2 îi 6 mètres et de 2 millimètres à 7 mètres. Une fenêtre large do 1 mètre 67 donne une image de 7 millimètres de large à 5 mètres 90, et de h millimètres à une dislance double. .Mais c'est aux mathématiciens de déterminer les proportions de la décroissance des images dans le globe oculaire, suivant la distance des objets. Il est facile de concevoir ces variations d'après les lois de la formation des images dans les appareils d'optique. En cITet, un objet étant placé à une certaine distance de la cornée, ses rayons extrêmes s'entrecroisent en arrière du cristallin dans un point désigné sous le nom de centre optique, point dont la situation est telle sur l'axe de la lentille, que les rayons qui le traversent n'éprouvent pas de déviation, quelle que soit l'obliquité de leur incidence à la surface de la cornée. Après s'être entrecroisés à ce centre, ils arrivent sur la rétine en formantl un angle dont le sommet est précisément le centre optique. Or, il est évident que
cet angle vimel est d'autant |)Ius petill que la distance de l'objet est plus considérable. De même , des objets d'inégale* étendue peuvent, suivant qu'ils sont plus ou moins rapprochés, avoir un angle visuel égal , et par conséquent, produire une image dont les dimensions seront le.*- ■ mêmes pour tous. Soient les trois llè- M ches AB, CD, EV, (iig. 19] inégalcmtni éloignées de l'œil. La plus grande A H aura le même angle que la seconde, et celle-ci le même que la troisième. Pour les trois, l'image aura une égale étendue, et si rien ne vient rectifier l'idée des dimensions dt ces flèclies , celles-ci paraîtront de même grandeur. D'après cela, on comprend
pourquoi une slatue,. un animal, un paysage semblent gigantesques vus de près, ot so l apclissent ii mesure qu'on s'en éloigne.
Puisque les images des objets perdent de leur netteté à de très grandes et à de très petiios dislances par suite de la réunion des divers rayons de chaque cône lumiiicnx, soit en avant, soit en arrière de la réline, il est nécessaire que l'œil éprouve (jiielques changements pour que la vue soit possible à toutes les distances. Leur réalité que plusieurs physiologistes ont mise en doute, est très difficile à démontrer Mexpérimentalemoni, mais elle ressort d'un grand nombre de considérations présentées par i\liiller et d'autres auteurs.
1 Ces variations paraissent consister : I" dans l'agrandissement ou le raccourcis- [isemenl de l'axe de l'œil par l'action des muscles qui s'attachent sur la .sclérotique ; l'i" le plus ou le moins de dilatation de la pupille ; 3" dans un déplacement du crisjliiallin, et peut-être une légère modification du degré de ses courbures. I I.a possibilité des changements dans l'étendue de l'axe de l'œil eldans la courbure de la cornée transparente, se conçoit très bien par l'action isolée ou associée de certains muscles du globe oculaire, seulement il est difïicile de savoir quels .sont ceux de ces muscles qui peuvent agrandir le diamètre longitudinal de l'œil, et ceux qui peuvent diminuer son diamètre transverse. Olbers avait admis l'agrandissementde l'axe par la contraction des muscles droits, laquelle devrait plutôt, d'après plusieurs auteurs, produire un raccourcissement. Quelques autres croient àcelteélongation par l'effet des muscles obliques. Mais, quoi qu'il en puisse être sur le mécanisme de cette déformation, celle-ci n'est certainement pas difficile à produire, et pour peu qu'elle soit étendue, elle fait varier la distance qui existe normalement entre le cristallin et la rétine. Les mouvements de l'iris contribuent non moins que lii déformation dn globe, ;i adapter l'œil pour la vision à des distances diverses. On s.iit que la pupille se dilate quand on regarde des objets éloignés, et qu'elle se resserre dans le cas contraire. Son rétrécissement aurait pour but, suivant M. Pouilict, I :irrêter les rayons qui tombent trop loin du centre du cristallin, et dont la con- \ei gence n'aurait lieu qu'en arrière de la rétine, la dilatation permettrait le passage 1 un plus grand nombre de rayons dont les extrêmes seraient moins réfractés que les autres, par suite de la moindre courbure et de la moindre réfringence des bords (le la lentille oculaire. Enfin, les déplacements du cristallin qui seraient opérés par les procès ciliaires ont été invoqués comme un des principaux moyens de faire vaiier le lieu de convergence des rayons lumineux émanés des objets à diverses disliiiices. Mais ils sont loin d'être bien démontrés, si ce n'est chez les oiseaux où 1 existence du peigne est constante.
La faculté que possède l'œil de se modifier pour rendre la vision distincte h des 'lislances très diverses, n'existe pas au même degré dans tons les animaux. Jl en est nui voient .seulement de très près, d'autres de très loin ; en un mot, il est des animaux myopes, et des animaux presbytes, comme le fait ob.server ]\liiilcr. Quelques autres jouissent du privilège de distinguer nettement et tour à tour les objets rapprochéset ceux qui se trouvent h de grandes distances : les oiseaux de proie (l'aigle , l'épervier, etc.), sont de ce nombre.
l-a myopie paraît tenir à une trop grande convexité de la cornée, et peut-être du cnslallin, ainsi qu'au défaut de la faculté dont jouit quelquefois l'œil de s'adapter
aux dislances. Elle déierniine une convergence trop laonipie des rayons lumineux. Ceux qui émanent des objets rapprochés se réunissent seuls sur la rétine, mais ceux qui viennent des objets éloignés se réunissent en avant de celte membrane, el donnent lieu à des images confuses. Certaines espèces, telles que le bœuf, le lapin, qui ont la cornée transparente très convexe, sont probablement myopes. Les espèces rioclurnes ou nyctalopes, les chats, par exemple, dont le champ visuel est étroit, semblent aussi avoir la vue plus courte que les espèces diurnes.
La presbytie est l'inverse de la myopie. Dans la presbytie, les objets ne sont vus distinctement que de loin. La cornée el le cristallin ont une convexité trop peu prononcée pour amener la réunion des rayons lumineux sur la rétine. Aussi, celte réunion ne s'effectue-t-elle qu'en arrière de la membrane nerveuse, à moins que les objets ne soient placés à une distance considérable.
De la sensation en elle-même, — La lumière est arrivée jusqu'à la rétine ; elle a peint à sa surface l'image des objets. Il reste à savoir comment cette membrane réagit, quelle est la nature de l'impression produite sur elle, et de quelle manière se développe la sensation de la forme, de la couleur, de l'étendue et de la distance des objets ? Analyse délicate, au fond de laquelle il ne peut manquer de rester beaucoup d'obscurité.
D'abord, la rétine est le siège de l'impression. Cette membrane seule est susceptible de la recevoir en verlud'une sensibilité spéciale qui n'appartient qu'à elle. Une fois produite, elle est transmise au cerveau par l'intermédiaire du nerf optique. L'image des objets qui se peint à la surface de l'expansion nerveuse, bien qu'elle soit dans l'œil, fait cependant voir les objets en dehors de cet organe. Cette notion, d'après laquelle les corps lumineux sont bien réellement hors de l'œil, a été considérée comme un résultat de l'expérience et de l'habitude, et à l'appui de cette hypothèse, on a cité l'exemple de l'aveugle de Cheselden qui voyait après l'opération les objets touchant ses yeux. Il est facile pourtant de prouver que la notion dont je parle est indépendante de l'habitude. D'une part, les objets qui touchent les yeux de l'aveugle récemment opéré, sont déjà hors de lui ; d'aulre part, les jeunes animaux, tels que les veaux, les poulains, sont à peine sortis du sein de leur mère, qu'ils s'approchent de celle-ci, vonl prendre sa mamelle au lieu de la chercher eni| eux-mêmes. Si l'on place autour de ces jeunes mammifères des obstacles plus ou i moins éloignés, ils les évitent ; par conséquent, ils ont dès le principe, suivant la ii judicieuse remarque de M, Flourens (1), le sentiment des distances et de la situation réelle des objets. Toutefois, il est incontestable que dans la suile, le jugement l| sert beaucoup à préciser les idées relatives à la distance, idées qui paraissent primitivement moins sures chez les enfants que chez les animaux; car les premiers, .1 d'après Millier (2), cherchent aussi bien à saisir la lune que les objets les plus rapprochés d'eux.
D'après les lois de la réfraction , d'accord avec les résuliais de l'expérience, lesd images des objets projetées sur la réline sont renversées, ce qui n'empêche pas qued les objets soient vus droits cl tels qu'ils sont effectivement. Les physiciens expli-
(1) Leçons orales, 18.">l.
(2) Manwl de physiologie, 2' Oïlil., t. 11, p. .-^r,:.
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(|iicnl ce fail en disant (]uc les objets .'ionl vus suivant le prolongement des rayons qu'ils envoient à la rétine, dételle sorte qu'un rayon arrivant à la partie inférieure de l'expansion nerveuse, fait voir eu liaut de l'objet le point dont il émane. Mûllcr repousse cette explication et croit qu'il est inutile de chercher la cause delà \ision I droite, puisque tout est renversé dans l'œil, et qu'il y a conséquemment harmonie I dans la sensation. En réfléchissant à cette singulière particularité, on arrive à con- I cevoir que la direction de l'image importe peu, en définitive, pour la sensation, car si un homme est suspendu par les pieds, l'image des objets est peinte en sens inverse de l'image habituelle, et s'il est couché, l'image a encore une autre direction. Néanmoins, dans tous les cas, les objets sont vus de la même manière.
Les deux images produites, une dans chaque œil, ne donnent pas la sensationde deux objets ou d'un objet double, mais elles déterminent une impression unique comme si l'im des deux seulement eût reçu l'image de l'objet. Pour rendre compte de ce fait, les uns ont dit, avec Gall, que les deux yeux, au lieu d'agir simultanément, agissent tour à tour, mais c'est là une erreur dont la démonstration n'est pas difficile; les autres ont avancé que la vue simple résulte de la formation des images sur des points identiques dans les deux rétines. C'est une variante de celte opinion |i que propose Dugès, en admettant que l'unité de la sensation dépend de l'habitude qu'acquièrent certains points de la rétine appelés homologues d'agir ensemble. Mais toutes ces hypothèses, qui sont loin d'être satisfaisantes, ne sont nullement nécessaires pour expliquer l'unité de la sensation. Très probablement, les deux impressions identiques sont converties par le cerveau en une seule sensation, comme les autres impressions venues par les deux oreilles ou les deux moitiés des fosses nasales.
Quoi qu'il en soit, il est des cas dans lesquels il y a une vue double par suite des changements assez prononcés dans la direction des axes visuels pour donner lieu à la formation d'images en dehors des points homologues des deux rétines. Il y a également une vue double chez les animaux qui ontles yeux placés tout à fail sur les côtés delà tête, et qui ont, par conséquent, des axes visuels très divergents. Il faut qu'il en soit ainsi, puisqu'ils aperçoivent d'un œil des objets difîérents de ceux qu'ils aperçoivent de l'œil opposé. Les deux séries d'images se réunissent dans un point intermédiaire aux deux axes visuels, et ne forment, en définitive, qu'un tableau uni- I que sans solution de continuité. Les oiseaux et les poissons ont les yeux disposés | 3 pour ce mode de vision qui existe aussi, mais à un faible degré, chez plusieurs I I mammifères, même les solipèdes et les ruminants. I La sensation consécutive à la formation des images dans l'œil, donne l'idée de I la forme, des dimensions, de la distance et de plusieurs autres propriétés des R corps. I La notion de la forme est évidemment primitive. Elle ne paraît nullement le ré- » siiltal d'opérations intellectuelles. Sans doute, l'animal acquiert cette notion sans « le secours d'un jugement quelconque. Il serait absurde de croire qu'il ne distingue ; pas la forme du carré de celle de la sphère, la forme humaine de celle d'un arbre. ! Ll, cette distinction, il la fait en naissant, car il ne confond pas la tête avec les mamelles de sa mère.
La notion de la distance paraît aussi indépendante, du moins jusqu'à un certain
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point, (lu jtigeiiiL'iiL (le i'aiiiiiial. Elle iic manque cliez lui ni (r('lenduc, ui de piccision. I,c chien, an(iuel on lance une piei ro, s'enfuit, niais il s'anêle quand il sp croit à une distance telle qu'il n'a plus à craindre une insulte. Il ne reprend sa course que quand il se croit à portée d'être atteint. I,e loup qu'on poursuit, fait souvent la même chose, il s'assied sur sa croupe comme pour braver le chasseur, tant qu'il se trouve suHisainnienl éloigné de lui. Tous les animaux qu'on menace, tous ceux qui cherchent à franchir un obstacle, à traverser un fossé, ii sauter d'une branche d'arbre sur une autre, etc., paraissent avoir une idée très précise des distances. On ne voit jamais un chat se jeter à terre s'il est sur un toit très élevé, ni un canard se précipiter dans un puits pour se baiguci'. Ce sentiment est même si sûr, que le carnassier qui s'élance d'un bond sur sa proie ne la dépasse pas. Il a fait un elTort en harmonie avec l'étendue de l'espace qu'il devait franchir.
L'impression qui donne lieu à la sensation de la forme, de la couleur et des autres propriétés optiques des corps, est due à un état particulier de la rétine dont la nature est tout à fait inconnue. On suppose que cet état est délerminéen elle par lesondulations plus ou moins rapides du fluide élhéré dont l'existence est, du reste, purement hypothétique. Chacune des particules de l'expansion nerveuse transmet au cerveau, par l'intermédiaire du nerf optique, la modidcalion qu'elle a éprouvée, et de toutes les modifications partielles résulte la sensation d'ensemble.
La rétine ne paraît ))as, dans tous ses points, également apte ù être impressionnée par la lumière. Elle i)résenlc au niveau deia terminaison du nerf optique, un petit disque blanc d'une étendue de U à 5 millimètres dans le cheval. Ce disque, dontl'iraprcssionnabilitéest très faible, ne peut guère nuire à la vision, puisqu'il se trouve à une distance assez considérable de la ligne du centre opti(ine, et par conséquent, en dehors de la surface sur laquelle vient habituellement se peindre l'image des objets. La sensibilité de la membrane est, du reste, très variable suivant les animaux : elle est portée à son plus haut degré dans les espèces nocturnes qui ne peuvent supporter la vive lumière du jour; elle est beaucoup plus faible chez certains oiseaux de proie, tels que l'aigle, l'épervier, dont la vue est cependant très perçante. Cette propriété est mise en rapport avec les mouvements de l'iris qui se resserre lorsquet la lumière est vive, et se dilate graduellement à mesure que l'intensité de la lumière, diminue.
L'impression produite sur la rétine par les rayons lumineux, s'effectue avec rapidité, mais elle persiste pendant quelques instants, conune le prouve l'observation du. charbon incandescent auquel on communique un mouvement de rotation. Dillérentes causes, telles que l'action de l'électricité, la compression exercée sur le globci oculaire, peuvent produire des impressions plus ou moins persistantes, analogues ai celles de la lumière, mais ou conçoit que l'analyse de ces phénomènes n'est pose possible en ce qui concerne les animaux.
Le nerf optique, dont il est si facile de constater sur les animaux l'insensibiliUÉc complète, est chargé de transmettre aux centres les modifications éprouvées par la. réline. Celui d'un côté communique les impressions à la partie de l'encéphale quii lui est opposée. A cet égard, il ne peut rester aucun doute. Les expériences oliti iippris (jue la destruction des tubercules bigéminés d'un côté, eniraîne la perte dc< la vue de l'autre, et un grand nombre d'observations pathologiques sin* l'hoilnno,-
ont montré que" l'iitropiiie du nerf optique droit, par exemple, s'étendait à gauche au delà de la dccussation. Ebel et. Cuvier (1) ont fait la même remarque sur le clicvai. J'ai vu aussi sur un cheval, dont l'œil gauciie pourvu d'une cataracte, était d'un très petit volume, le nerf optique correspondant réduit à un petit cordon iibieux jusqu'au chiasma, puis très sensiblement atrophié à droite au delà de ce point et jusqu'aux tubercules bigéminés.
La vision offre un très grand nombre de variétés dans la série animale suivant que les espèces doivent vivre dans l'air ou dans l'eau, à une vive lumière ou au sein de l'obscurité, etc.
Les invertébrés les plus parfaits, c'est-à-dire les mollusques et les articulés, pos- • sèdent déjà des yeux fort compliqués. Beaucoup d'entre eux les ont à facettes, et un certain nombre de ces animaux sont pourvus à la fois d'yeux simples et d'yeux composés. Ceux-ci résultent de l'assemblage d'un nombre considérable de petits tubes fermés, chacun, par une cornée polygonale, et enduits à l'intérieur d'un pigment plus ou moins analogue à celui de la choroïde. La vision h l'aide de tels appareils oculaires doit résulter, ou de la répétition de la même image sur tous les éléments de l'œil, ou de la réunion de petites images peintes isolément sur le fond de chacun des petits tubes de l'œil à facettes. La première hypothèse paraît ])eu |)robabIe, puisqu'on ne voit pas qu'il soit nécessaire qu'un objet se peigne plusieurs milliers de fois pour donner la sensation qui peut résulter d'une seule image; elle est, du reste, en contradiction avec les lois de la vision par deux yeux simples, par cela même que les axes visuels de tous les tubes oculaires n'étant point paralK'les, la vue devrait être multiple comme elle est double dans les cas où il n'y a plus de parallélisme entre les axes visuels. La seconde, qui a plus de vraisemblance, permet fdc concevoir comment un grand nombre d'objets sont vus à la fois, bien (|u'ils n'aient pas tous envoyé leur image au même élément visuel. Il y a sensation d'un tableau d'ensemble provenant d'une infinité de petits tableaux partiels, comme il y a chez les animaux supérieurs une image résultant de tous les éléments reproduits un à un sur chaque point de la rétine.
Les poissons ont une cornée aplatie, très peu d'humeur aqueuse, un crislallin presque sphérique, un iris à peine mobile, toutes dispositions favorables à l'étendue delà réfraction dans un milieu déjà très dense. Ils ne paraissent pas avoir une vue d'une grande portée, non plus que les phoques, le dauphin, la baleine et autres mammifères aquatiques.
Enfin, les oiseaux dont la vue est souvent très étendue, diffèrent beaucoup entre eux sous le rapport de leur mode de vision. Les uns, tels que les oiseaux de j)roie diurnes, aperçoivent à de grandes distances les petits animaux qui leur servent de victimes ; les autres qui vivent le plus souvent sur le sol ne voient pas de très loin. Ceux qui prennent leurnourriture dans l'eau, ont, d'après les observations des naturalistes, l'œil analogue à celui des poissons.
Considérée dans ses rapports avec les facultés et les besoins des animaux, la vision ■»'a pas une prééminence toujours bien marquée sur les autres sensations. Quoique les notions qu'elle fait acquérir soient très variées, elles n'ont pas, pour la plupart,
l.ougcl, Analomie cl physiokxjie du système nerveux, t. Il, p. 70.
une utilité aussi immédiate que celles qui viennent par l'odorat et la gustation. Beaucoup d'entre elles sont même à pou près indifférentes. L'animal ne paraît pas s'arrêter à la contemplation de ce qui l'environne. Tout ce qui ne se rattache pas à la satisfaction de ses appétits et aux nécessités de sa conservation ne railecle guère. 11 fixe avec attention un objet inconnu ou nouveau pour lui, il observe minutieusement les démarches et les gestes des personnes qui s'en approchent. Le chien cherche à distinguer son maître au milieu de la foule, à reconnaître un étrangerqu'il n'a pas encore vu plusieurs fois, ou une personne familière qui se présente sous un habillement inconnu. On le voit interroger du regard le maître dont il a encouru la disgrâce, comme s'il voulait en deviner les intentions. Mais, à part quelques exceptions, les animaux ne semblent pas chercher à acquérir par la vue des notions sur ce qui ne leur cause ni plaisir ni inquiétude. Le bœuf qui, après avoir rempli sa panse, se couche au milieu de la prairie pour ruminer, se contente de porter par moments la tète à droite et à gauche afin de s'assurer si rien ne menace sa tranquillité. Lorsqu'il paissait, on ne le voyait pas flairer les fleurs d'un buisson ou les plantes aromatiques à la lisière d'un bois. Et, dès que ses besoins sont satisfaits, il ne s'intéresse guère à la sérénité du ciel ou à l'effet d'un paysage.
Si l'animal n'applique pas le sens de la vue à tout ce qui nous affecte, c'est qu'il ne fait usage de ses facultés que dans la stricte mesure de sa conservation. La vision lui donne, comme à nous, la sensation, l'idée de la forme, de la couleur, des dimensions, de la dislance, du repos et du mouvement des corps. Il pourrait, par conséquent, s'en servir plus qu'il ne le fait, car sa vue n'est pas, comme le veut Buffon (1), plus imparfaite que la nôtre, bien que les idées qu'elle donne ne puissent être contrôlées ou rectifiées par le toucher. Lorsque ce contrôle leur est nécessaire, il a lieu par l'intermédiaire de l'odorat qui est, ainsi que nous l'avons vu, le premier des sens de la brute.
(1) Hisl. nal., Discours sur la tutturc des animaux, i. V, p. 31, édit. royale.