CHAPITRE IX
CONSIDÉRATIONS SUR LA STATIQUE ET LA DYNAMIQUE DES ORGANES PASSIFS DE LA LOCOMOTION.
La plupart des animaux sont pourvus intérieurement ou extérieurement de parties solides destinées àdélerminer les formes générales du corps, à protéger certains organes, h faciliter et à régulariser les mouvemenls. Déjà beaucoup de zoopliyles, tels que les astéries cl les oursins, ont des enveloppes solides produites par une sécrétion légumeiilaire. Une grande quanlilé de mollusques sont revêtus de coquilles formées de la même manière; plusieurs arliculés, notamment les insectes et les crustacés, ont le corps recouvert de pièces cornées ou pierreuses, mobiles les unes pur les autres, lesquelles constituent par leur ensemble ce que des naturalistes ont appelé un squelette extérieur. Mais lesverlébrés seuls, c'est-à-dire les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammifères, possèdent un appareil intérieur de pièces articulées osseuses ou cartilagineuses, dont la réunion forme un véritable squelette, june sorte de charpente à laquelle sont fixés les autres organes locomoteurs.
Les os qui composent ce squelette sont des parties dures, très résistantes, peu flexibles, élastiques, presque insensibles, qui s'accroissent avec lenteur, et passent, avant d'arriver à leur complet développement, par divers étals successifs. Dès qu'ils sont formés, leur tissu résulte de l'association de deux éléments : l'un, organique, gélatineux, susceptible d'être isolé par l'action des acides ; l'autre, terreux, déposé (dans les mailles ou interstices du premier. Ce tissu, dont les propriétés physiques sont assez variables, se présente sous (rois élals différents. Dans l'un, il forme la subslauce qui envelojipe tous les os d'une couche plus ou moins épaisse; dans l'autre, c'est la substance spongieuse, plus légère, qui constitue la plus grande partie des os courts et les extrémités des os longs ; enfin, dans le troisième, c'est la substance réticulée, encore plus celluleuse et plus défiée que la précédente, dont elle n'est qu'une modification.
Ces trois variétés de substance osseuse forment, à leur tour, plusieurs sortes d'os : les os longs, renflés à leurs extrémités, creusés intérieurement d'un canal médullaire, et destinés à la composition des rayons des membres; les os courts, irréguliers, de la colonne vertébrale ; les os larges, aplalis, et plus ou moins minces, qui se voient au crâne, à la face et à l'extrémité supérieure des membres.
Les os, quelles que soient leurs formes et leurs variétés de structure, sont réunis les uns aux autres par des parties molles très résistâmes disposées en cordes ou en rubans. Leurs articulalions, quelquefois immobiles, sont, pour la plupart, susceptibles de mouvemenls plus ou moins étendus. Dans ce dernier cas, les extrémités
osseuses soiil assciiihlces par des liens flexibles, el leurs surfaces, si elles soiil lissi's, selroiiveiit recouvertes de fibro-carlilages cllubrifîées pardes meiiibraiies synoviales.
1)0 l'ensemble des os ainsi réunis résulle le squelette. Celui-ci détermine la forme générale du corps, règle et limite les mouvements, donne des points d'implantation aux muscles, leur fournit des leviers, des plans inclinés, des poulies de renvoi nécessaires au déploiement de leur puissance. Il concourt à la formation des cavités qui logent et protègent les parties centrales du système nerveux, les organes des sens, les principaux viscères. 11 constitue, en un mot, un appareil admirablement disposé pour servira la fois à des usages si divers, appareil dont la configuiation peut cependant, au premier abord, paraître grossière à celui qui n'en a point analysé l'action.
Le squelette se compose de deux appareils distincts. L'un, central, qui s'étend d'une extrémité du corps à l'autre, forme des cavités pour les centres nerveux, les organes des sens, les parties centrales du système de la circulation et de la respiration : c'est la partie essentielle, l'axe destiné à recevoir et à transmettre le mouvement. L'autre appareil, plus accessoire, est disposé symétriquement sur les côtés du premier; il comprend des appendices en nombre variable, destinés soit à la marche, soit au vol et à la natation. Son existence est loin d'être constante.
L'appareil central constitue îi lui seul tout le squelette des serpents. Il y est réduit à la lête et aux vertèbres, sur les côtés desquelles se trouvent des côtes libres par leur extrémité inférieure.
L'appareil accessoire se compose de deux ou de quatre extrémités qui, quelquefois, sont simplement unies au tronc par des parties molles, ainsi qu'on le voit pour les antérieures des mammifères non clavicules, mais le plus souvent articulées avec lui, du moins pour les postérieures. Les premières manquent à certains reptiles, et les secondes aux cétacés et aux reptiles apodes.
Lorsque les antérieures elles postérieures existent, elles peuvent toutes servir : à la marche et à la station, comme chez les quadrupèdes; au vol, comme dans les chauves-souris ; à la natation, comme chez les poissons. Quelquefois les deux postérieures seulement servent à la marche, comme dans l'homme et les oiseaux, et les antérieures, soit au vol, soit à la préhension des aliments.
Jetons maintenant un coup d'œil sur le squelette de nos animaux domestiques, et voyons comment sa construction est mise en harmonie avec le rôle qui lui est départi ; ce que nous dirons à cet égard s'appliquera naturellement à un grand nombre d'espèces, dont nous ne parlerons qu'autant qu'elles pourront offrir des particularités propres à éclairer notre sujet.